Test Elan Ripstick 96 Black Edition 2023

Note moyenne : 8,4/10
Thoams

Le compromis sans compromission: accompli!

Elan Ripstick 106 Black Edition
Profil du testeur : 43 ans | m
Taille testée : 0
Acheté : d'occasion
Conditions du test : Deux mois complets: février et mars 2026. Pistes, hors piste, rando, tous types de neige sauf grosse soupe.

Points forts

Vraie polyvalence
Facilité
Excellent en poudreuse
Très bon pour carver sur piste
Poids contenu vu le programme
Excellent comportement à la descente en rando
Construction robuste

Points faibles

Vibrations à haute vitesse sur piste dure
Perfectible en trafolle

Retour sur la découverte de cette perle noire lors de la saison 25/26

Pourquoi ce ski ?

L'idée de départ était assez simple : trouver une seule paire capable de tout faire. C'est d'un classique...

Piste, freeride, randonnée, bonne neige, mauvaise neige, poudre, dur, trafolle... Bref, le fameux ski à tout faire qu'on cherche tous plus ou moins, avec généralement quelques compromis à la clé.

Le besoin s'est surtout concrétisé pour un petit trip en train en Italie. Programme sur place pas franchement défini et pas question de trimballer plusieurs paires dans les trains. Il fallait donc choisir : prendre un ski de piste et oublier la rando ? Un ski de rando et subir sur piste ? Ou tenter le coup avec un seul ski (une paire j'entends, le monoski ne m'ayant pas traversé l'esprit). 

Et comme la fréquentation de ce site et de ses disciples n’aide pas à la retenue en terme d’accumulation de lattes, le besoin était aussi criant que le manque flagrant. J’ai donc été faible lorsque ces beautés noires ont pointées le bout de leurs spatules.

C’est d'occasion que j’ai dégoté ces Ripstick 96 Black Edition montés avec des ATK Raider 12. Le vendeur mentionnait 6 à 8 jours de skis (dans mon monde, on appelle ça neuf) : mensonge avéré lorsque je reçois les skis. C’est parfois ça le jeu de l’occasion. Plutôt une quarantaine de sorties à la louche. Passé une première déception, l’état reste très correct, il faut aller de l’avant.

J’ai skié les choses essentiellement avec avec des Scarpa 4-Quattro XT. Une chaussure cohérente avec le programme. Sur le papier, ça ressemble déjà pas mal au montage à tout faire. Restait à voir si, sur la neige, le compromis n'allait pas se transformer en ski moyen partout.

Spoiler : non.

Quelques caractéristiques à la louche

  • Ski : Elan Ripstick 96 Black Edition
  • Millésime : 2022/2023
  • Cépage : 180 cm
  • Lignes de cotes : 136 / 96 / 110 mm
  • Rayon : 18 m
  • Poids annoncé : environ 1710 g par ski en 180 cm
  • Construction : TubeLite Woodcore, Carbon Line, QuadRod, SST Sidewall
  • Profil : Amphibio
  • Fixations : ATK Raider 12
  • Période de test : de début février à fin mars 2026

Pour situer le bonhomme : 180 cm également, donc des skis à ma taille, pour environ 71 kg, plus ou moins selon la quantité de raclette ingérée. Niveau correct mais toujours perfectible et style pas spécialement bourrin, pas spécialement propre non plus. J'ai surtout fait de la rando ces dernières années donc bon...

Comme dit plus haut ma paire avait déjà pas mal vécu lorsque je l'ai achetée. Le vendeur m’avouant finalement sous la torture qu’il est aspirant guide. Bref, une paire pas rincée pour autant, mais suffisamment utilisée pour commencer à avoir un peu de recul sur la solidité de la construction.

Et de ce côté-là, plutôt une bonne surprise.

Après ce qu'ils avaient déjà encaissé avant moi, puis deux mois à les sortir bien plus que ce que j’imaginais, rien de particulier à signaler. Ça semble bien construit et robuste.

Pour une paire dont le boulot consiste justement à sortir tout le temps et quelles que soient les conditions, c'est plutôt une bonne nouvelle.

Un ski droit, un ski gauche

Comme sur les Wingman que j’utilise les jours de pistes, Elan utilise ici son profil Amphibio.

Concrètement, il y a un ski droit et un ski gauche. Et non, ce n'est pas uniquement pour compliquer le chaussage le matin.

Le principe est d'avoir davantage de cambre sur les carres intérieures pour favoriser l'accroche, tandis que les carres extérieures bénéficient de plus de rocker pour faciliter le pivotement et l'entrée en courbe.

Difficile évidemment de dire quelle part exacte l'Amphibio prend dans le comportement général du ski, mais le résultat est là : le Ripstick est particulièrement intuitif, facile à faire pivoter et tout aussi facile à mettre sur la carre.

Seule contrainte : il faut réussir l'exploit de mettre le ski droit à droite et le gauche à gauche. Un ski peu compatible avec une pratique assidue du ski après l’après-ski donc. J’espère que ça suit.

Dans la neige, ça donne quoi ?

  • Sur piste

C'est probablement là qu'ils m'ont le plus surpris.

Avec 96 au patin, un poids contenu et un montage permettant de partir en rando, je m'attendais évidemment à pouvoir skier sur piste. Je ne m'attendais pas forcément à autant m'y amuser. Le ski est facile, se met naturellement sur la carre et carve vraiment très bien. Malgré les 96 mm sous le pied, les changements de carre sont naturels et on peut vraiment tailler ses courbes.

J'ai fait avec plusieurs journées 100 % piste sans avoir une seule fois l'impression d'avoir pris la mauvaise paire le matin.

Il y a quand même une limite : à haute vitesse sur piste dure, ça commence à vibrer. Mais on atteint surtout là les limites logiques du concept. Ce n'est pas un ski FIS et ce n'est pas non plus ce qu'on lui demande. Si le programme consiste à tirer des grandes courbes à Mach 12 sur du béton toute la journée, passez votre chemin, évidemment.

Pour tout le reste, et surtout compte tenu des 96 mm sous le pied et du poids du ski, c'est franchement bluffant. Sur une neige pas trop dure, il est génial.

  • En poudreuse

Deuxième très bonne surprise.

96 mm, ça commence à être confortable mais ça reste raisonnable pour un ski destiné à faire autant de choses.

Pourtant, en poudre, le Ripstick donne vraiment l'impression d'avoir plus large sous les pieds.

Le déjaugeage est excellent, le ski reste facile, maniable et joueur. Avec les 180 cm pour mes 180 cm et mes 71 kg, je n'ai jamais eu l'impression de devoir compenser un manque de largeur.

Alors évidemment, si on a 50 cm de fraîche et une paire de gros fats à portée de main, on pourra toujours préférer les fats.

Mais si les gros skis sont restés à la maison, ça tombe bien : on ne va quand même pouvoir kiffer.

J’ai fais le choix de les prendre sur une dernière grosse chute de poudre profonde fin Mars, et grosse régalade. Un ski donc étonnamment performant en poudre compte tenu de sa largeur plutôt faible pour un ski de freeride.

  • En trafolle et mauvaises neiges

Ça fait le job. Alors le niveau technique du bonhomme fait que la croûte reste la croûte et que ces ripstick BE n’inversent pas non plus la rotation de la terre.

Ce n'est probablement pas non plus le ski qui va le mieux défoncer la trafolle en ignorant tout ce qui se trouve devant lui. Un ski plus lourd et plus bulldozer fera certainement mieux.

Le Ripstick reste néanmoins suffisamment sain et facile pour passer dans les neiges remuées sans se faire peur.

On perd un peu de son côté magique par rapport à la poudre ou à une belle piste, mais il ne devient jamais mauvais pour autant.

Et c'est finalement peut-être ce qui caractérise le mieux ce ski : Même lorsqu'il n'est pas le meilleur, il reste bon.

  • En randonnée

C'était probablement le plus gros point d'interrogation.

Avec environ 1710 g par ski nu en 180, le Ripstick 96 Black Edition n'est évidemment pas un ski de rando light, mais c’est à coup sûr un ski de freeride léger.

J'ai pesé la bête avec fixations et fart d'été à 2260g/ski. C'est environ 500g plus lourd qu'un ski de rando classique de même largeur monté en fix plus light. Associé aux ATK Raider 12, le poids de l'ensemble reste finalement tout à fait acceptable compte tenu de ce qu'on récupère à la descente.

J'ai fait des journées 100 % rando avec, jusqu'à environ 1100 m de D+, et finalement ça monte plutôt bien. J’ai juste eu l’impression d’avoir un poil moins d’accroche en dévers dur qu’avec un ubac par exemple, mais j’avais des peaux trop étroites. Le rayon plutôt court de 18m n'est pas forcément un allié dans ce genre de situation. Pour l’hiver prochain, je leur ai trouvé des peaux adaptées histoire d’optimiser tout ça. Il le méritent.

Est-ce que je le choisirais pour aller chercher 2000 m tous les week-ends ? Probablement pas mais je n’exclus pas non plus de les utiliser un jour avec les F1XT pour des journées plus conséquentes avec les peaux.

Pour de la randonnée où le but de la montée reste quand même de se faire plaisir à la descente, le compromis devient très intéressant : une fois arrivé en haut, on a sous les pieds un vrai ski. Et ça change quand même pas mal de choses.

Le comportement à la descente est bien meilleur que celui de la plupart des skis de randonnée que j'ai pu utiliser. Alors certes, on monte quelques centaines de grammes de plus.

Mais personnellement, si je monte, c'est quand même principalement pour redescendre. Certes il y a des jours où on sait que la montée sera meilleure que la descente, mais là n’est pas le propos.

  • Et quand on mélange tout ?

C'est finalement là que ces Ripstick prennent tout leur sens.

J'ai fait avec des journées 100 % piste, des journées 100 % hors-piste et des journées 100 % rando. Mais aussi des journées où j'ai mélangé tout ça.

Remontées mécaniques, hors-piste, peaux, retour sur piste : pas besoin de réfléchir le matin à ce qu'on va réellement faire dans la journée. Et c'était exactement le cahier des charges au départ. Cette paire achetée pour pouvoir partir en train avec un programme incertain s'est finalement retrouvée à faire exactement ce pourquoi je l'avais choisie : tout. Et surtout, à le faire correctement. Un vrai plaisir.

Selon le montage de fixations et le programme de chacun, le spectre d’utilisation peut-être vraiment varié.

Conclusion

Je voulais une paire à emmener lorsque je ne savais pas ce que j'allais skier. J'ai trouvé une paire qui donne surtout envie de ne pas choisir.

Les Ripstick 96 Black Edition sont excellents sur piste, étonnamment bons en poudreuse, suffisamment efficaces dans les neiges compliquées et encore tout à fait raisonnables à emmener en randonnée selon la fixation montée. Le tout avec une construction qui semble plutôt bien encaisser les heures de vol.

Bien sûr, il existe de meilleurs skis dans chacun de ces domaines pris séparément: un vrai pistard sera plus stable à Mach 12 sur neige dure. Un gros freeride passera mieux dans la trafolle et flottera encore davantage. Un ski de rando light permettra d'enchaîner beaucoup plus facilement les gros dénivelés.

Mais il faudra trois paires.

Le Ripstick 96 Black Edition fait le compromis sans compromettre la notion de plaisir. Peut-être que les skieurs plus lourds et agressifs le trouveront limité et auront besoin de choses dopées au titanal, mais pour moi c’est une réussite. Un ski polyvalent, facile et accessible mais fiable et performant. Un ski plaisir.

Et si je dois partir avec une seule paire sans connaître le programme, je sais laquelle prendre. Un ski qui restera donc au quiver, un one ski quiver par excellence. Un coup de coeur de l'hiver.

Pour qui ?

Au skieur pas trop agressif qui cherche un one ski quiver performant et qui met le smile

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