La grande histoire du ski d'été en France : utopies et perspectives

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La grande histoire du ski d'été en France : utopies et perspectives

La saga du ski d'été
Chapitre IV de notre saga du ski d'été
ventoux84
Texte :
Photos :
cf. légendes
Vidéo :
INA
Outre Maurice Michaud, doctrinaire du plan neige, il est une autre figure incontournable de l'aménagement touristique de la montagne dans les années 60 en la personne de Pierre Schnebelen. Diplômé des arts et métiers, de Harvard Business school, il n’est pas du sérail mais la montagne l’a toujours attiré. Promoteur, il gravite avec son bras armé la SEFCO sur tous les projets d’ampleur à la Clusaz d'abord puis à Tignes, Val d’Isère, Val Thorens avec une double obsession : faire de l’immobilier en construisant un maximum de lits et développer des mastodontes des neiges capables d'offrir du ski toute l’année. « Il faut faire vite et grand », aimait à dire "Boule-de-neige" comme le sobriquaient ses détracteurs.

Val Prariond, au bouquetin la décision finale

Après l'épisode Tignard, Pierre Schnebelen lance sa seconde attaque contre les limites du parc National de la Vanoise en 1968 avec un projet de station au Val Prariond sur la commune de Val d’Isère. La station veut multiplier son offre en créant un nouveau site ex-nihilo du côté du Pont-Saint-Charles sur la route de l’Iseran. Ce val formé par un vaste plateau d’origine glaciaire est situé en plein parc. Schnebelen propose un deal, Tignes, la voisine, céderait l’équivalent du territoire prélevé pour construire la station contre la superficie nécessaire pour bâtir le projet. Il voit grand, très grand avec la construction de 40 000 lits et d’une route à destination de l’Italie, avec un tunnel sous le Col de la Galise et trois kilomètres à ciel ouvert pour rejoindre le hameau de Serrù. Schnebelen s'engouffre dans la brèche des dissensions locales puisque c’est au nom de ce projet « provoquant l’éclosion d’un nouveau centre de ski d’été » que le Syndicat d’Initiative de Val d’Isère se prononce contre la création du parc National de la Vanoise dans le registre d’enquête publique ouvert en mairie le 24 septembre 1962. Trois années de tractation et le Glacier des Sources de l’Isère est finalement sauvé des pelles mécaniques par la présence du bouquetin dont le Prariond est un passage de transit entre l’Italie et la France.

Val Chavière, le coup de canif sur le parc National de la Vanoise

En 1969, Pierre Schnebelen lance un vaste projet de domaine skiable sur le site actuel de Val Thorens, comprenant deux pôles : Val Thorens dans la vallée des Belleville et Val Chavière au sud côté Maurienne située sur la commune de Modane. Entre les deux, une vaste zone glaciaire, placée en plein cœur du Parc de la Vanoise, qui deviendrait la station des glaciers, le plus fabuleux complexe de loisirs été-hiver : six glaciers, 365 jours de ski par an de 2200 à 3650 mètres, plus de 150 remontées mécaniques dont 35 fonctionnent 12 mois par an, un skirail - nom pompeux pour qualifier un funiculaire - d'un débit de 7 200 personnes à l'heure pour relier à la vitesse prodigieuse de 10 mètres par seconde le centre de la station au glacier de Thorens, un golf, un aéroport, 10 piscines, deux patinoires, un centre commercial de 75 boutiques, un parking souterrain de 2 000 places, des boîtes de nuit, 35 000 lits prévus... « Les deux stations de Val-Thorens-Val-Chavière constitueront un ensemble comparable à celui de Cervinia-Zermatt » ajoute Schnebelen. S'en suivent des années de conflit pour ce qui restera l'affaire de la Vanoise, l'opposition frontale de deux approches de la montagne. Finalement, la décision est tranchée en 1971 de ne pas amputer le parc mais d'autoriser toutefois l'utilisation modérée du glacier de Chavière pour du ski d'été. Deux téléskis sont réalisés en 1974 mais cessent de fonctionner en 1987 suite au recul important du glacier. En 1989, alors qu’il est temps de renouveler ces équipements, un vaste projet d’aménagement du glacier de Chavière est relancé. Nouvel affrontement entre protecteurs de la nature et aménageurs. Patrick Gabarrou, pour les antis, et Marielle Goitschel, pour Val Thorens, se retrouvent à débattre à 3 000 mètres d'altitude d'un projet finalement clos par le ministre de l'environnement.


Péclet, à tout le moins

Val Thorens et Schnebelen, c'est aussi du ski d'été sur le glacier de Péclet à partir de juin 1973, un glacier qui semblait pourtant moribond sur des photographies prises en 1939. L'accès est plus commode que pour Chavière où il fallait emprunter deux tronçons de télésiège pour rallier le glacier. Avec une dénivellation de 500 mètres, deux pistes noires, deux rouges, Péclet propose des pentes bien engagées à la différence de la plupart des autres domaines skiables exploités en été. À l'été 2019, un pan entier de l'histoire de Val Thorens se tourne avec le démontage du télésiège du Glacier, dernier vestige et témoin d'une époque désormais révolue, celle du ski d'été sur le glacier de Péclet qui avait définitivement cessé en 2001.

Val Ruitor, ski d’été chez les amis Italiens

Puisque les Italiens utilisaient les glaciers français (glacier du Géant au niveau de la Pointe Helbronner côté Courmayeur, glacier du Sommeiller sur la commune de Bramans en Maurienne), il a sûrement émergé dans l’esprit de certains idéalistes que le versant français pourrait aussi exploiter les glaciers Italiens limitrophes. Pure spéculation mais toujours est-il qu’un projet de station au hameau de la Sassière au-dessus de Sainte-Foy en Tarentaise a germé dans les années 60Val Ruitor (inscrit dans le « plan neige » de Maurice Michaud, la bible de la bétonisation en montagne) prévoyait la construction de 18 000 lits dans l'un des derniers « gisements » de neige immaculée, d’un péage routier pour amortir les énormes travaux de la route d'accès et l’exploitation du glacier du Ruitor débouchant dans le Val d’Aoste pour du ski d’été. Le livre de Danielle Arnaud « la neige empoisonnée » indique que l’on a même cherché des investisseurs jusqu’au Moyen Orient du côté des princes du pétrole. Personne n’est venu verser son obole et ce magnifique secteur est resté vierge de remontées mécaniques même si la tentation du Ruitor renaitra avec la création de la station de Sainte-Foy-Tarentaise.

Éphémères domaines d'été

L’engouement pour le ski d’été pousse certains acteurs privés ou stations à se lancer dans des équipements opportunistes dont la durée d’existence fut limitée à quelques étés.

Ski sous le Galibier

Le troquet du col du Galibier « côté Savoie » tenu par Robert Kuzniewycz décide d’installer en 1973 un télésiège deux places pour permettre à la clientèle l'accès à la table d'orientation depuis le tunnel. L’appareil très court permet aussi d’ouvrir des pistes de ski d’été ou plutôt de printemps avancé. Serre-Chevalier en fait ses choux gras dans ses dépliants en vantant le « ski d’été sur le versant Valloire du 15 juin à début août ». L'année 1976 voit la route du Galibier s’allonger pour atteindre le col topographique et faire perdre une partie de son intérêt à ce télésiège. Il sera définitivement stoppé en 1978. Pour l’anecdote, ce même monsieur Kuzniewycz avait eu l’idée de créer la station de Super Valloire dans les années 60 qui prévoyait dans ses plans du grand ski en altitude voire même sur glacier sous l’aiguille de l’épaisseur et peut-être même jusqu’au glacier Lombard.

Le mystère du glacier du Varet aux Arcs

Dans les années 80, les Arcs veulent rejoindre le cercle fermé des stations organisant du ski d’été. Les plans des pistes de l’époque dessinent les remontées mécaniques projetées pour équiper le petit glacier du Varet. Le téléphérique de l’Aiguille Rouge construit en 1981 permet de concrétiser cette idée qui attendra l’année 1988 pour ressortir des cartons. Le conseil municipal envisage de doubler son axe sommital et décide enfin l’installation d’un téléski au Varet. Janvier 1989, le projet se double d’un télésiège. Le 6 juillet 1989, la presse régionale titre sur le ski d’été aux Arcs … mais les équipements n’ont pas été réalisés et les skieurs étrennent le ski d’été en profitant de rotation sous le téléphérique. L’épisode tourne court avec une canicule précoce et un cocasse accident puisqu'un skieur fait une chute sans gravité dans une crevasse. 1990, la station est prête à relancer son grand projet. Les brochures titrent déjà sur le retour du ski d’été. Las, l’expérience tourne court et de ski d’été il n’y aura plus ou il n’y en a jamais eu d’ailleurs.

Aujourd'hui, pour quelques arpents de glace

« En haute montagne, le recul des glaciers remet en cause la pratique du ski d’été » estimait la cour des comptes dans son rapport de 2018. Pour poursuivre dans le jeu de mots littéraire, ils partirent à 14 et se retrouvèrent à trois et demi (Tignes, les Deux Alpes, Val d'Isère et la Grave où le ski d'été débute de façon météorologique) à continuer à offrir du ski d'été mais pour combien de temps encore ?  Si l'offre de ski d'été s'est considérablement réduite à cause du retrait glaciaire, le ski d'été est aujourd'hui à la jonction des effets du réchauffement climatique et de l'évolution sociétale. « Ce qui était présenté dans les années 1960-1970 comme l’horizon du développement du ski en double saisonnalité se trouve réduit à la portion congrue, et la fréquentation des sites concernés n’a cessé de chuter depuis cette date. Il s’agit donc d’une activité en suspens, une survivance d’un produit touristique affiché comme moteur dans les années 1970, et par ailleurs largement remis en cause » disait justement Lionel Laslaz en 2009 dans les cahiers de géographie. Contrairement aux stations Autrichiennes comme Mölltal ou Hintertux, les stations françaises n'ont pas fait le pari précoce d'installer des canons à neige sur les glaciers pour aider artificiellement à leur régénération. Le ski d'été n'a plus la côte et se heurte aujourd'hui à des considérations environnementales nouvelles et à une diversification de l'offre estivale en montagne. La promesse des stations ouvertes 365 jours par an doit faire face également à un autre paramètre et non des moindres, des glaciers en grande souffrance, "figures symboles" des signaux de modification des conditions climatiques. Si à certains endroits, la pratique du ski d'été a été rendue définitivement impossible, à Tignes ou aux Deux Alpes, les domaines sont amputés en grande partie et n'ont plus rien à voir avec la pratique des années 70 et 80. « Nous nous entrainions sur le secteur du télésiège du Jandri IV. Le télésiège n'existe plus aujourd'hui. Pour avoir passé du temps sans fréquenter régulièrement le glacier, je ne retrouve plus sur le glacier la même configuration des pistes telles qu’elles ont existé quand je montais là-haut en 95. L’échine de la Chèvre, le Signal, le dôme...le glacier des Deux Alpes a complètement changé de physionomie, pleins de rochers sont apparents » nous raconte Dorothée Fournier, ancienne membre de l'équipe de France de snowboard. 

Dans quelques années, le ski d'été ne sera sans doute plus qu'un souvenir et on se dira "tiens, tu te souviens des sports d'hiver que l'on pratiquait toute l'année ?".

ventoux84
Texte Maxime Petre
Cette montagne que l'on découvre...Au loin de toutes parts est presque toujours devant nos yeux

5 commentaires

le roy
Statut : Expert
inscrit le 29/03/00
Stations : 1 avisMatos : 5 avis
Transition toute trouvée pour le nouvel axe éditorial... l'été on passe au "vert" ? ;)
Super intéressant à lire, belle collection d'images... merci pour le partage !
 

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le roy
Statut : Expert
inscrit le 29/03/00
Stations : 1 avisMatos : 5 avis
Et si à l'occas' tu as besoin de photos des installations du Sommeiller (en cours de démantèlement) je dois pouvoir te retrouver ça au fond d'un disque dur et en faire don à la science ;)
 

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steve_winwood
Statut : Confirmé
inscrit le 28/06/07
Stations : 1 avis
Effectivement, peu de mention du domaine du Sommeiller dans cette (néanmoins superbe) série : sa mythique route d’accès - la plus haute jamais construite dans les Alpes! - , son refuge et ses remontées emportées par les avalanches etc... !
ventoux84
Statut : Gourou
inscrit le 18/11/03
C'est un parti pris personnel que d'avoir exclu les glaciers du Sommeiller à Bramans et du Géant à Courmayeur...Je ne me suis intéressé qu'aux domaine français. Pour moi, Col Sommeiller et Col Géant ne sont pas des stations françaises. Même si les deux glaciers sont sur le sol français, ils n'étaient pas gérés par des exploitants français et les conditions d'accès étaient grandement facilitées côté Italien. Je ne suis pas certain que Chamonix ait vu beaucoup de skieurs embarquer au TPH de l'Aiguille du Midi pour aller skier au col du Géant... mais finalement, avec l'histoire de Val Ruitor, je me dis que l'on aurait pu rajouter une page "ski d'été Franco-Italien". A suivre alors ;).
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chin@ill
Statut : Confirmé
inscrit le 04/01/06
Stations : 4 avis
Merci, Maxime, pour cette remarquable série en forme d'oraison funèbre d'une pratique d'un autre temps ;)
 

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