Pour qui sonne le glas(cier)? : anthologie du ski d'été en France

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Pour qui sonne le glas(cier)? : anthologie du ski d'été en France

La saga du ski d'été
Chapitre I de notre saga du ski d'été
ventoux84
Texte :
Photos :
cf. légendes
Vidéo :
INA

Alors que la saison de ski d'été 2020 démarre dans des conditions particulières avec neige abondante et dispositifs sanitaires, « Pour qui sonne le glas(cier) ? », ce jeu de mots détourné du livre d’Hemingway comme accroche de l’article, colle parfaitement avec ces visions de dépouilles que renvoient les webcams avec vue sur nos glaciers alpins en ce mois d’août 2019. Quelques bâches linceulées complètent un décor mortuaire, une entropie totale et irrémédiable. La saison de ski d'été en France s'est arrêtée abruptement. Alors que le glacier du Pissaillas à Val d'Isère avait fermé le 15 juillet sous une salve de flocons tardifs, les stations de Tignes et des Deux Alpes ont dû stopper précipitamment leur saison estivale : le 25 juillet à Tignes pour une (courte) saison qui devait s’étendre initialement jusqu’au 4 août, le 7 août aux Deux Alpes qui se voyait tenir jusqu’à la Saint-Aristide. Pour la première fois, depuis l’équipement en remontées mécaniques du glacier du Mont de Lans, la station iséroise n’a pas pu respecter sa date prévisionnelle de fermeture tout comme Tignes n’avait pas été capable d’ouvrir en septembre 2018 et 2019 comme traditionnellement.

La controverse pourra le récrimer mais la glace supporte de moins en moins ce sempiternel réchauffement climatique couplé ponctuellement à de sévères coups de chalumeau. Le ski d'été sur glacier en France glisse tout doucement vers sa fin. Les épitaphes sont forcément écrites après la mort mais plutôt que de ressasser cette finitude, replongeons-nous, façon « brèves de glacier », dans un passé pas si lointain pour retracer la géohistoire d’une époque semblant révolue.

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Remerciements : Ce dossier n'aurait pas vu le jour sans l'aide précieuse et généreuse de Roger David, Simon Gabolde, Guillaume Attard, Jérôme Bordier, Guillaume Bodovillé, Jean-Philippe Gaussot, Marius Mayer, Michel Caplain, Christian Hawellek, Romain Guigon, Laurent Touchard (Skivintage), David De Bruyne (Atout France), Pascale Vidonne (ville de Bourg Saint Maurice - Les Arcs), Dorothée Fournier (Laboratoire SENS - UFR STAPS – Université Grenoble Alpes) et Lionel Laslaz (Laboratoire Edytem - UMR 5204 CNRS – Université de Savoie). Qu'ils en soient remerciés!

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Années 50, le début du ski d’été en France

Le ski d’été figure une grande tradition chez nos voisins Italiens et Suisse. Construite en 1825, la strada statale 38 dello Stelvio permet d’atteindre le col éponyme. Le glacier du Livrio, situé sur son flanc sud, s'ouvre à la pratique du ski au début des années 30 sous l’impulsion du club alpin de Bergame qui y construit un refuge. Dans le Val d’Aoste, la station de Cervinia se relie par téléphérique en 1939 au glacier Théodule par le Plateau Rosa au nez et à la barbe des zermattois. Côté Suisse, les chemins de fer fédéraux vantent dans un dépliant, en 1937, la complémentarité entre le ski d’été et la vie de plage : « en juin et juillet, il y a encore de grandes compétitions de ski au Jungfraujoch. En outre, les skieurs peuvent s’adonner à la baignade au pied même des géants de rocs et de glaces ». Si certains s'adonnent avant guerre au ski sur les pentes de l'Iseran aux premiers jours de l'été, en France, il faudra attendre l’après-guerre et les années 50 pour voir apparaitre du ski toutes saisons dans la vallée de Chamonix. Raymond Balseinte, professeur spécialiste des stations climatiques d'altitude, en parle dans un essai de 1957 consacré aux populations de montagne : « la conquête de la montagne s'étend non seulement dans l'espace (par les téléfériques) mais dans le temps également, en prolongeant la saison des sports d'hiver jusqu'en plein été — ainsi, à Chamonix, avec le fonctionnement du téléférique de l'Aiguille du Midi, la Vallée Blanche est devenue, pour les très bons skieurs, un immense champ de ski pratiquement toute l'année ».

Chamonix, du grand ski à l’Aiguille du Midi

On skie à l’Aiguille du Midi depuis l’avènement du mythique téléphérique en 1955. Il y a la descente sur la grandiose Mer de Glace mais un guide Italien a fait installer également un téléski à sellettes de 750 mètres de longueur évoluant entre 3 530 et 3 680 mètres à l’aplomb du sommet près du col du Midi. L’expérience tourne court malheureusement du fait de la dangerosité de l’accès et du manque de sécurisation de l’unique piste. Le téléski trouve cependant une seconde jeunesse sur le glacier du Géant près de la pointe Helbronner. C'est d'ailleurs ainsi qu'est née en France une autre station de ski d'été, mais exploitée depuis l'Italie et la station de Courmayeur... Profitant de cette ambiguïté géographique, Chamonix continue de communiquer sur le ski d'été à l'Aiguille jusque dans les années 70 alors que celui-ci avait bel et bien disparu du paysage des cosmiques !

Le névé de l'Index à La Flégère, terre de champions

Presque en face et à la même période, c’est sur le névé de l'Index au pied du massif des Aiguilles Rouges que se développe une école de ski estivale. Le domaine de la Flégère s'appelle alors Super Chamonix. Son accès dépend du téléphérique inaugurée en 1956 au sommet duquel on emprunte la télécabine biplace de l'Index qui aboutit à l'altitude de 2 470 mètres. De là, un quart d'heure de marche conduit à la base du névé. L'École Nationale de Ski et d'Alpinisme, les champions et les espoirs du club des sports de Chamonix, des membres du ski club de Genève utilisent régulièrement ce terrain d'exercice qui sert aussi à certains stages d'entrainement des équipes de France. « Grâce à l'entraînement intensif mené sur le névé de l'Index au-dessus de Chamonix, nos skieurs pouvaient disputer la victoire à chances égales en slalom aux meilleurs spécialistes du monde » souligne Philippe Gaussot, dans son histoire de ski en 1966. La pente est desservie par un téléski à va-et-vient, pouvant tracter jusqu’à trois skieurs, fourni par l'équipementier Pingon. À la grande époque, il était possible de skier toute l’année sur une pente de 1 000 mètres de long et 250 mètres de dénivelé. Le ski d’été sur névé s'arrête définitivement en 1979 en ayant toutefois survécu au torride été 76.

ventoux84
Texte Maxime Petre
Cette montagne que l'on découvre...Au loin de toutes parts est presque toujours devant nos yeux

5 commentaires

Cedski
Statut : Confirmé
inscrit le 10/11/01
le névé de l'Index c'est le bout blanc dans un combe (ex-glacaire) sur géoportail orienté plein est sous les aiguilles de la Glière et de la Floria ?
ventoux84
Statut : Gourou
inscrit le 18/11/03
Oui, sous le "s" des Aiguilles de la Glière. On devine le petit lac sur la photo du téléski d'ailleurs.
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le roy
Statut : Expert
inscrit le 29/03/00
Stations : 1 avisMatos : 5 avis
Excellent (et intéressant) boulot Maxime !
Je reviendrai très vite lire la suite... parce que bon, là je suis quand même en télétravail :D
 

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