La grande histoire du ski d'été en France : Années 70, la course aux neiges éternelles

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La grande histoire du ski d'été en France : Années 70, la course aux neiges éternelles

La saga du ski d'été
Chapitre II de notre saga du ski d'été
ventoux84
Texte :
Photos :
cf. légendes
Vidéo :
INA

Changement d'époque, changement d'ère, la fièvre de l'or blanc gagne la France dans les années 60 et les politiques d'aménagement de la montagne pénètrent avec frénésie les vallées Alpines. « Les nouvelles théories veulent qu'il faille grimper sans cesse plus haut pour aller chercher la neige poudreuse ou dure comme glace qu’il faudra rentabiliser été comme hiver » écrit Danielle Arnaud dans son livre pamphlet "la neige empoisonnée". Comme chez Samivel, la splendeur immaculée du royaume blanc laisse place aux fous d'Edenberg. On ne jure plus que par le ski d’été qui doit faire tourner les stations douze mois sur douze. « Les investisseurs plaçaient les plus grands espoirs dans la pratique du ski d'été pour faire "décoller" quelques-unes des stations nouvellement installées en altitude et qui ne fonctionnaient, jusqu'alors, qu'en hiver. Tignes, Val-Thorens, La Plagne, mais aussi les Deux-Alpes et l'Alpe-d'Huez se sont, à grands frais, emparées de quelques glaciers pour y planter leurs remontées mécaniques » écrit Claude Francillon en 1984.

Val d'Isère, du névé de Leissières au glacier de Pissaillas

Comme au Stelvio, l'accès aux glaciers est facilité par la route qui a gagné le col de l'Iseran en juillet 1937. Le président de la République, Albert Lebrun, inaugure les titanesques travaux le 10 juillet et à cette occasion se dispute une descente sur les pentes de l'Aiguille Pers. Il faudra ensuite attendre l'année 1958 pour voir le ski d'été s'ancrer définitivement à l'Iseran. C'est d'abord sur le névé de Leissières qu'est installé un monte-pente démontable à l'initiative du Racing Ski-Club de Paris. Le 14 juillet 1958, presque vingt ans après la course historique de l'inauguration, on skie au Col de l'Iseran avec une remontée mécanique.


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Néanmoins, le névé de Leissières propose très vite un terrain de jeu limité notamment du fait de sa fonte sous les chaleurs d'août. Aussi, afin d'intensifier les possibilités de ski d'été, le club des sports et le syndicat d'initiative décident d'équiper, sur le versant opposé, le glacier de Pissaillas. L'histoire débute en 1962 avec la construction du télésiège du Grand Pissaillas et, pour la première fois en France, l'implantation de téléskis à ancrage fixe sur la glace. Les années 70 constituent la période la plus prospère sur le plan de l'aménagement du secteur de Pissaillas avec un point culminant atteint avec le téléski de la côte à 3 300 mètres.

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Tignes, le ski 365 jours par an

Été 1968, la télécabine de la Grande Motte permet de rejoindre le front du glacier depuis le Val Claret, la station la plus haute d'Europe. En narguant le Parc National de la Vanoise qui n'a pas été consulté pour donner son accord sur cet équipement, Tignes rejoint ainsi Chamonix, l'Alpe d'Huez et sa voisine Val d'Isère dans le quatuor des stations offrant du ski d'été. L'office du tourisme affiche Tignes comme celle qui offre "365 jours de ski par an", un slogan qui fera date. Ici, on ne connait que deux saisons, l'été et l'hiver. Les publicités montrent des nymphettes en maillot de bain pour communiquer sur du ski quasi "balnéaire" dans des conditions climatiques agréables. Rapidement, la télécabine est insuffisante pour hisser les skieurs voir les neiges éternelles et Pierre Schnebelen, qui préside aux destinées de la station, décide son doublement prédisant un "marché explosif" pour le ski d'été.

En 1975, Tignes construit le téléphérique de la Grande Motte. Il est le fleuron du domaine avec une technicité d'avant-garde et ouvre plus de 1 000 hectares permettant de descendre d'une traite jusqu'à la côte 2 760 au pied du télésiège de la Leisse. Jacques de Barrin écrit « Tignes, sans temps mort. Les pieds sur des planches d'un bout à l'autre de l'année. À portée de téléphérique, le glacier de la Grande-Motte. Slalom "non-stop", été comme hiver. Les inventeurs de la station savoyarde, la mieux équipée de France avec quarante-cinq remontées mécaniques, s'emploient à ne jamais laisser la neige au repos, même au-delà des nuages ».

Les Grands Montets, à flanc de Verte

Le domaine de ski d'été des Grands Montets nait en 1964, un an après l'installation du second tronçon du téléphérique reliant le village d'Argentière au sommet des Grands Montets à 3 300 mètres par le plateau de Lognan. On skie alors jusqu'au mois de septembre sur le glacier de la Pendant et les contreforts de l'aiguille Verte dans la familiarité des aiguilles, des glaciers et des séracs. On ne sait pas très bien combien il y a eu de téléskis là-haut pour s'adonner à la glisse estivale, deux, trois ? Les bonnes années, on parcourt les pentes sous la télécabine de la pendant (Bochard). Malgré sa situation exceptionnelle, les Grands Montets, reste un domaine mystérieux, mal documenté et ayant vécu dans l'ombre de l'Index qui avait la faveur des huiles chamoniardes.

La Plagne, dernière arrivée dans la cours des grands

Roche de Mio démarré en 1974 et ouvert en 1975, Bellecôte en 1978, quatre années de travaux et trois tronçons auront été nécessaires pour relier, par télécabine, la station de Belle Plagne aux glaciers situés à l'aplomb du sommet de Bellecôte. Dès l'été suivant, la Chiaupe et Bellecôte sont équipés pour le ski d'été. Le Cul du Nant, situé sur le versant sud du sommet de Bellecôte est déjà dans le viseur affichant le potentiel le plus intéressant et surtout la possibilité de venir flirter avec les 3 416 mètres sommitaux. La Société d'Aménagement de la Plagne a blindé son affaire en commandant en 1973 auprès du service de géophysique de l’Université de Grenoble une étude très complète sur la dynamique et la composition de ces glaciers pour déterminer le comportement probable des masses glaciaires. « Cette étude a pour but de constater s'il est rentable ou non de construire les équipements lourds nécessaires à la pratique du ski d'été sur ces glaciers. On ne veut donc pas faire de tels investissements avant d'être sûrs que les deux petits glaciers ne vont pas disparaître d'ici quelques années » peut-on lire dans un article du Monde titrant sur « les glaciologues et la pratique du ski d'été ». Avec des épaisseurs de 45 à 75 mètres de glace et de neige, un blanc-seing est donné pour valider l'investissement. « 4 télésièges et 6 téléskis permettront de desservir un domaine skiable où la pratique du ski sera possible 10 mois sur 12 » annonce la station qui s'entiche d'un nouveau slogan « le ski des 4 saisons ». Des intentions initiales, les années 80 sont le temps des remises à plat et le cul du Nant reste inviolé. La sécheresse impacte aussi de plus en plus le fonctionnement du ski d'été faisant envisager à André Martzolf, directeur des pistes, l'installation de canons à neige pour garantir l'exploitation. « La Chiaupe a vu sa masse fondre de 10 % depuis 1983. L'eau que produit le glacier serait suffisante pour réaliser un enneigement artificiel en hiver et au printemps, permettant de recharger et d'exploiter notre glacier dans des conditions parfaites » raconte Martzolf aux journalistes du monde en juillet 1990. En 2005, le ski d'été est définitivement abandonné après deux années de quasi-arrêt.

ventoux84
Texte Maxime Petre
Cette montagne que l'on découvre...Au loin de toutes parts est presque toujours devant nos yeux
11 commentaires
le roy
Statut : Expert
inscrit le 29/03/00
Stations : 1 avisMatos : 5 avis
L'avant dernière photo des Grands Montets : pas sûr sûr que ce soit la Pendant, ça ressemble étrangement au téléski de la Verte ! (pente, sommet en arrière plan cf la 3e photo de la section des Grands Montets)
ventoux84
Statut : Gourou
inscrit le 18/11/03
On voit pourtant que ce n'est pas le même 1er pylône : simple pour la verte, tripode pour le pendant. Une possibilité est que les téléskis aient pu être déplacés au gré des mouvements du glacier. Me suis refait les photos aériennes de l'IGN mais on ne voit pas grand chose vu la résolution...
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le roy
Statut : Expert
inscrit le 29/03/00
Stations : 1 avisMatos : 5 avis
Arfff je reste sur mon idée, pour moi c'est un "faux tripode" sur l'avant dernière, on passe pas dessous :c'est un pylone vertical avec jambe de force à iso altitude vers la droite, et 3e pied implanté plus haut dans l'axe de la ligne (et donc potentiellement présent mais masqué sur la photo "ski d'été aux grands 3200m" écrit en rouge (et tout le reste y est, terrassement pour la gare avale, position des barrières, ...) m'enfin ça reste du pinaillage ;)
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MadenAK

inscrit le 06/02/04
Ce n’est effectivement pas le téléski de la Pendant, ce qui était impossible vu l’arrière plan : dans le sens de la pente à la Pendant on aurait eu les Aiguilles Rouges et pas le Mont-Blanc.
En fait il s’agit du 2e téléski sur le Glacier des Grands Montets, sous la Petite Verte, concrètement au départ du Pas de Chèvre pour ceux qui connaissent.
On le voit clairement sur la photo en PJ, qui vient de remontées-mécaniques.net
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grand massif
Statut : Confirmé
inscrit le 02/12/02
Stations : 1 avis
Articles de qualité, vraiment intéressants.
Ça a un côté rafraîchissant tous ces gens qui skient en maillot de bain...sans casque ni attirail devenu quasi obligé.
 

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jojoski
Statut : Confirmé
inscrit le 05/12/03
j'avais pas posté mais super série il manque juste qq indications de dates (ou fourchettes ) de photos/cartes postales de collection .
pour l'international la bonne adresse est là
http://www.sommerschi.com/forum/sommerschi-alagna-freeride-f24/
ventoux84
Statut : Gourou
inscrit le 18/11/03
Christian aka ché grand artisan du site sommerschi est d'ailleurs remercié dans les contributeurs :) ...Pour les dates, c'est pas simple! Exemple : Je trouve une brochure de 1973 des 2 Alpes indiquant des remontées sur le glacier (avec même une photo de téléski) alors que l'on m'indique côté historien de la station qu'il n'y a pas eu de ski d'été avant 1975. A force, je me suis détaché de la nécessité de chercher à tout dater face à l'absence de certitude ;).
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Cedski
Statut : Confirmé
inscrit le 10/11/01
C'est vrai que j'aurais aussi bien aimé les dates.... Même si on devine, finalement. (rien qu'avec les graphismes de chaque époque). En plus il y a des erreurs. Je ne crois pas qu'il n'y ai jamais eu de ski d"été sur le glacier des Lessières (RIP à lui) comme le montre un des documents mais plutôt sur le névé, versant du Col comme ton article l'indique bien (enfin je fais genre j'étais au courant mais j'ai découvert ça dans cette article :p ). La photo suivante ou l'on voit la route du Col est d'ailleurs parfaitement raccord avec le versant Col/pissaillas....
 

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