Du ski au pays des ours blancs

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Du ski au pays des ours blancs

Ski Trip au Svalbard, l'exotisme polaire là où le soleil ne se couche jamais.
Vincent Lathuile
Photos :
mere_michele_prod, Vincent Lathuile
Vidéo :
Cet article est issu du mag communautaire skipass.com, dans lequel les membres de notre communauté peuvent partager librement leurs plus belles histoires de montagne. Publiez la votre !

Encore une super bonne idée...

Je ne vous représente pas la Mère Michèle, ce groupe de copains un peu cinglés qui aime le ski autant que le génépi et qui n'a presque aucune limite. Après la corse en semaine dernière, on revient sur un ski trip qui date de 2019 lorsque les chats sont allés se frotter aux Ours polaires du Svalbard à quelques brasses du Pôle Nord. 

Un rêve presque aussi débile qu'idyllique, qui semblait irréalisable pour un groupe de jeune Tarrés Tarins qui skiaient, à l'époque encore, seulement au crochet de leurs massifs savoyards. Mais alors que nos yeux étaient rivés sur les écrans du Pathé d'Annecy, lors de la diffusion de Zabardast au High Five, l'idée de voyager en pratiquant notre sport de prédilection fit son chemin dans la tête des membres de ce drôle de crew. 

Quelques mois plus tard au courant du mois de Janvier 2019, entre deux verres de Suze, Léo, notre guide traineau Finlandais pour 66° Nord, lança l'idée de partir au Svalbard... Au Sval quoi ?? Le Svalbard, cette terre du Nord lointaine recouverte de glace et de belles pentes enneigées, où le maître des lieux n'est rien d'autre qu'une grosse peluche blanche, l'ours polaire. Il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité du bouffeur de graine de la bande : "moi". Ni une ni deux je me pencha sur l'organisation de ce ski trip de fou dans l'espoir de skier des pentes peut-être jamais skiées et d'observer des animaux qu'on ne voit qu'à la télé.

Préparation du trip (ça c'est la partie la moins drôle -> direction §3)

Après avoir scruté les forums, le site du gouvernement et quelques vidéos YouTube, comme celle D'Aurélien Ducroz notre skipper/skieur préférer, je comprends que j'allais vite regretter d'avoir accepté de préparer un tel Trip. 

Après mure réflexion, on se retrouvait avec : une terre recouverte de glace, dont le prédateur principal pèse 6 fois ton poids ; des températures qui atteignent rarement plus de 0° au printemps ; un crew d'amateurs qui ne savait pas se servir d'une corde ni même d'un fusil, ... ce n'était clairement pas fait pour nous !
Mais dans l'absurdité la plus totale on a quand même décidé de se lancer. Pour se faire, j'ai tenté de trouver l'endroit le plus accueillant de l'archipel pour associer du bon ski, des températures correctes et un risque de rencontrer l'ours et les crevasses réduit. L'île de Prins Karls, tout à l'ouest, semblait remplir ces critères. Une île isolée du Spitzberg (île centrale) par un bras de mer de plus de 20km et longée par le golf-stream qui lui procure un climat plus douxmoins de glace. Pour autant'une chaine de montagne magnifique aux pentes escarpées et très esthétiques recouvre ces terres éloignées. Mais à plus de 3h30 de bateau, s'y rendre n'était pas une mince affaire. Il ne nous manquait plus qu'à trouver le mois de l'année où les conditions météo semblaient être les plus favorables, et hop on validait un départ début Mai 2019.

  • Étape 1 : Répartition des rôles

- Léo, membre de 66° Nord, se chargera de contacter la base sur place pour négocier le prêt de matériel grand froid (tente, duvet, veste) et quelques conseils pour les préparatifs.

- Moi, passionné des préparatifs (AMM dans l'âme), je m'occuperais de toute l'organisation.

- Valentin se chargera de commander la bouffe lyophi et le téléphone satellitaire (notre seul lien avec la civilisation pour la maudique somme de 6€ la minute en plus de la location)

- Nico s'occupera du reste (enfin il vient et c'est déjà beaucoup lui demander).

  • Étape 2 : Logistique et déplacement 

Bon du coup c'était parti pour une réelle partie de plaisir, quatre mois d'un travail acharné que seul un agent des remontées mécaniques qui travaille en 4/2 est capable de réaliser.  Sept jours sur sept de préparatifs à passer des appels en parlant anglais comme un chat mexicain, à repérer les faces sur Fatmap et à trouver hôtels et moyens de transport pour se rendre sur ce petit coin de paradis coupé du monde.

Difficile de comprendre quelles étaient exactement les formalités à remplir pour être autorisé à se déplacer sur l'archipel divisé en plusieurs zones, certaines formellement interdites et d'autres soumises à restriction. L'obligation de se procurer une autorisation de déplacement sur l'île, léguée par le gouverneur du Svalbard en personne, fut une des démarches les plus longues sans pour autant être insurmontable (aucune preuve à fournir prouvant nos bons sentiments). La deuxième formalité indispensable était de se procurer une autorisation de port d'arme, soumis à un justificatif de casier judiciaire vierge traduit en anglais (Environ 70€ tout de même). Tout ceci afin que nous puissions, une fois sur place, nous procurer une carabine pour nous déplacer hors de la ville (présence de l'ours oblige). L'entrainement au tir est d'ailleurs recommandé en amont de votre voyage pour ne pas hésiter lors des manipulations requises à la location prouvant que vous savez vous servir d'une carabine, sans quoi l'arme ne vous sera pas délivrée même avec autorisation du gouvernement. Seulement deux magasins proposent la location d'arme sur Longyearbyen, les chances sont alors limitées. Je vous conseille également de vous renseigner sur les procédures à suivre quant aux réactions à adopter face à un ours polaire, c'est toujours bon à savoir si celui-ci pointe le bout de son nez, c'est tout de même une belle bête.

Pour le transport c'est la compagnie Norvégienne SAS qui propose les transits pour se rendre à Longyearbyen (pour un prix d'environ 850€ si on s'y prend à l'avance). Quand au bateau le travail fut long et les appel nombreux pour trouver un moyen de se rendre sur l'ïle de Prins Karles. Mais après de nombreux appels c'est finalement la compagnie Bettermoments, qui propose de nombreuses excursions en mer, qui a accepté de nous déposer sur l'île en nous faisant embarquer sur son excursion "Morse safari" (environ 230€ aller et retour dans notre cas) durant laquelle elle permet à ses passagers de découvrir la plus grande colonie de morses du Svalbard.

Étape 3 : Organisation de la semaine de trip avant le départ.

Après de longues discussions et surtout pour économiser les moindres frais, nous décidons de partir onze jours au total. 

Deux jours de préparation avant l'excursion sur place, puis sept jours d'excursion en totale autonomie (avec installation de campement, ski et déplacement du campement). Le choix est pris de traverser le massif sud de l'île du sud au nord, en séjournant deux soirs par spot (un jour de ski, un jour de déplacement du camp), soit un total de 3 jours de ski. Ça peut paraître court, mais nous en resterons là et nous ne le regretterons pas.

Pour ce qui est du repérage, direction Toposvalbard et Fatmap pour calculer les itinéraires et repérer les faces potentiellement skiables de l'île. 

Étape 3 : Préparation avant le départ

Stand de tir, séance de mouflage et extraction de crevasse, pente raide, dénivelé positif et nuit dans le congèlo furent notre quotidient durant les 3 mois qui précédèrent le départ pour être fin prêt le jour J. On ne lésine pas sur la préparation physique et technique pour ce genre de trip.

Nous avons alors booké les réservations d'hôtel, d'avion et de bateau et avons commandé pour sept jours de bouffe lyophilisée, une bouteille de Ricard et de Génépi pour vaincre la solitude et hop... les sacs bouclés, nous voilà fin prêts pour partir à l'aventure.


L'entrainement au tir est d'ailleurs recommandé en amont de votre voyage pour ne pas hésiter lors des manipulations requises à la location.

Un novice en matière de chasse.

Jour J : Mauvaise blague et grosse frayeur

Le 1e Mai 2019 nous voilà à quelques heures de notre départ lorsqu'un des membres de l'équipe, par simple curiosité, se rend sur le site de la compagnie aérienne pour se rendre compte que celle-ci est en grève. Loin d'être un canular ou un savoir vivre à la Norvégienne, SAS faisait les frais de la colère des pilotes qui réclamaient, pour la première fois de l'histoire, une augmentation des salaires. Nos trois vols s'annulèrent les uns après les autres dans les heures qui suivirent la vrai débandade. 

Le jour J nous nous rendons tout de même à Genève un peu dépités pour tenter de régler ce petit contre-temps qui s'annoncera être une déception totale. Aucun vol en direction de Longyearbyen avant au moins 5 jours. Le moral dans les chaussettes, nous tentons le tout pour le tout et nous nous envolons avec le premier avion en direction d'Oslo dans l'espoir que la situation se débloque une fois sur place. Après quelques bières enfilées dans notre chambre d'hôtel à nous apitoyer sur notre sort, à 20H30 une news nous indique que la grève est terminée et que les pilotes ont eu gain de cause. Le lendemain après une courte nuit et un petit déjeuner aux frais de l'hôtel, nous revoilà devant l'hôtesse d'accueil de l'aéroport qui nous signale qu'un vol est annoncé dans 1h. Ni une ni deux on retourne récupérer les valises à l'hôtel pendant qu'un d'entre nous remplit les papiers, et on s'envolle direction Longyearbyen pour réaliser ce rêve de dingue. Finalement on n'aura rien loupé et serons dans les temps pour nous préparer une fois sur place. Les chats retombent toujours sur leurs pattes !!


Arrivée à LONGYEARBYEN et préparatifs

Le survol du Spitzberg est magique. Dans l'avion la tension est palpable, les passagers sont tous penchés sur les fenêtres pour tenter d'apercevoir chaque parcelle de terre `blanche immaculée qui apparaît dans les percées de nuages. D'un seul coup, au loin, notre île apparait enfin. C'est comme dans nos rêves, j'en tremble, on a l'impression d'arriver sur une autre planète. Nous survolons le fjord et atterrissons enfin à Longyearbyen. À la sortie de l'avion nous appelons un taxi qui nous dépose à l'hôtel Guesthouse 102, où un véhicule immatriculé 73 (on ne fait pas les choses à moitié), nous est déposé par un guide de 66°Nord revenu il y a peu d'expédition. Nous partons alors faire quelques courses et louer notre arme qui nous accompagnera pour les 8 prochains jours. Comme prévu après présentation de notre autorisation de port d'arme, la charmante vendeuse (aimable comme une porte de grange) nous propose une vieille Mauser de la guerre de 14-18 qui pèse un âne mort et qui n'a même pas de lunette. Par chance le Stand de tir de Cevin nous aura permis de prendre en main cet objet d'un autre temps et nous passons avec brio le test de manipulation. Nous voila fin prêt à nous défendre face à la bête, ou pas... 

Nous visitons un peu les lieux, une ville pittoresque, habitée par 1500 habitants à l'année, quelques rennes et renards polaires, et dont le centre ville commerçant n'égale pas la grande rue de Moutiers. 

Le deuxième jour nous retrouvons notre Guide 66° Nord, Ronan, pour un topo matos dans les conteneurs de la compagnie d'excursion. Réchaud à pétrole, duvets, vestes, tentes grand froids (-30° confort), et matériel de sécu (un bip secours, et un pistolet à fusée de détresse), seront nos meilleurs alliés une fois sur place. On charge ça dans les pulkas prêtes à glisser sur les bas flancs de notre île tant imaginée. Quelques histoires d'ours plus tard nous voilà repartis dormir une dernière nuit confortablement allongés dans des lits bien chauds, pour être en forme le jour du départ en bateau.

Départ pour l'île de Prins Karles Forland 

Le réveil est doux et nous profitons d'un dernier petit déjeuner à la chaleur de la Guesthousse avant de s'immerger durant 7 jours dans le froid polaire. Nous chargeons les dernières affaires dans le minibus made in Savoie et c'est parti, direction le port d'embarcation pour y retrouver le Boat qui nous emmènera tout droit sur l'île aux morses, Prins Karles Forland. Les gars de Bettermoments nous aident à charger les pulkas sur le bateau ; les autres clients grimpent avec nous et c'est parti on embarque pour 3h30 de navigation dans un décor de rêve. 

Sur la route le commandant nous donne quelques indications sur la faune qui occupe ces lieux, et aux loin on commence à observer de petites taches blanches sur les côtes, des ours...?? Non de simples petits rennes... Pas grave, les glaciers qui se jettent dans la mer et les pingouins qui survolent les eaux glaciales autour du bateau nous plongent dans un univers de film d'aventure dans lequel nous sommes les personnages principaux.

Au bout de 2h30 de trajet les reliefs de l'îles apparaissent et deviennent de plus en plus clairs, les sommets sont comme je les avais imaginés en scrutant les maps en relief ces derniers mois, le rêve se réalise enfin. Nous dégustons une dernière bière offerte par l'équipage et observons à la jumelle les morses qui se prélassent sur la plage.

À l'aide d'une petit hors-bord nous accostons à tour de rôle en prenant soin de ne pas faire chavirer les pulkas et les skis. Enfin nous posons les pieds sur le sable qui borde cette île recouverte partout ailleurs de neige et de glace. Mais ici aussi alors que nous sommes coupés de tout, loin des civilisations humaines, nous sommes accueillis par des bidons de lessive et autres déchets plastiques transportés par les courants marins. Nous passons encore quelques minutes avec les guides et le reste du groupe, avant que ceux-ci ne remontent à bord du bateau. Rendez vous dans 7 jours. 

La silhouette du bateau disparaissant à l'horizon, nous nous retrouvons bloqués sur cette île avec pour seuls compagnons les morses et nous-mêmes, quatre amis d'enfance soudés par la connerie, aillant simplement voulu nous prendre pour des explorateurs.

On attache les pulkas au bodars, et feu flamme c'est parti direction l'emplacement du premier campement au pied du Hardiefjellet. Une traversée de plus de 10km sur un désert de glace où les premiers renards polaires et rennes blancs pointent le bout de leurs museaux en se demandant sûrement qu'est ce qu'on fout là. Le choix du campement se fait par rapport à l'observation des alentours et loin de la côte pour limiter les éventuelles rencontres avec un ours. La nuit s'annonce courte avec nos premiers tours de gardes et nos premières insomnies, rêvant de la rencontre avec le plus gros prédateur terrestre.

Mais ici aussi alors que nous sommes coupés de tout, loin des civilisations humaines, nous sommes accueillis par des bidons de lessive et autres déchets plastiques transportés par les courants marins.  

Nicolas  Borlet (c'est comme Nicolas Hulot, mais différent)

Premier jour d'autarcie 

La première nuit sur cette île coupée du monde où l'on risque à tout moment de rencontrer un Ours polaire ne vous laisse pas de marbre et dès le premier réveil cela se fait bien ressentir dans l'équipe. On sent que les deux heures de tour de garde par personne ont affaibli les troupes. La gueule encore bien enfarinée, le petit déjeuner (un sachet de graines lyophilisée aux fruits rouges avec de l'eau chaude) est vite avalé dans le plus grand des silence. Par miracle on a réussi à allumer le réchaud à pétrole, pas une mince à faire par -10°, et quand t'as jamais fait ça de ta vie. 

On se prépare gentiment et on quitte les tentes direction notre premier sommet, piolet crampons dans le sac, fusil sur le dos pour gravir le point culminant de l'île dans des conditions particulières. Effectivement un redoux s'est abattu sur l'île juste avant notre arrivée, la neige est verglacée et il nous faudra nous armer de patience pour gravir les quelques 750 de D+ pour atteindre le sommet. La météo est avec nous et les premiers mètres d'ascension nous rendent fous de joie. Les conneries vont bon train et Léo semble être en pleine forme. Il nous faudra environ 4h pour atteindre le sommet en un temps record pour un dénivelé qui s'apparente à une monté sèche au restaurant de la Sittelle à Méribel.

Là-haut le panoramique est sans fin et cette impression de solitude ultime nous rend complètement euphorique. Les pentes crépies de neige sont d'une beauté sans pareilles et l'idée d'observer le pôle nord à seulement 2000km de là, est absolument incroyable. Le terrain de jeu est immense mais la qualité de la neige nous oblige à la jouer safe pour rentrer au campement entier. On décide de redescendre sur la face sud du Hardiefjellet, revenue sur quelques centimètres de neige, pour remonter un peu plus bas, un couloir qui nous ramènera au camp de base. Ce n'est pas du grand ski, mais une espèce de patinoire géante. Pas grave la sensation de se dire que nous sommes peut-être les premiers à descendre ces faces de cette manière nous rend dingues, et le kiff est énorme. On jubile. La première journée est clairement une réussite et nous donne une énergie folle pour se lancer dans le reste de l'aventure. 

Au campement les rennes nous rendent visite. Ils semblent dubitatifs et réagissent de manière bizarre en tapant de grand sprints devant les tentes lorsqu'ils ont le malheur d'approcher de trop près. Un coup de fil aux parents pour les rassurer et connaitre la météo du lendemain, un repas lyophi et un verre de Ricard plus tard, on s'endort des rêves plein la tête... sauf moi qui démarre le premier tour de garde.

 Durant ce temps de solitude je me perds dans mes pensées, le froid s'empare de moi et je viens à dessiner de grandes formes autour de la tente pour marcher et me réchauffer, mais je ne peux pas m'éloigner trop loin pour ne pas risquer de tomber nez à nez avec un ours. Les renard jappent, et les lagopèdes chantent d'une montagne à l'autre. Même là bas la nuit n'est pas aussi silencieuse que l'on peut se l'imaginer. 

Le lendemain nous reprenons la route, direction l'autre extrémitée de la chaine de montagne sud de l'île, à près de 15 km d'ici. Le chemin est long et les quelques centaines de mètres de dénivelé et les dévers ne sont pas simples à franchir surtout pour des baggy-cannettes dans notre genre. Par chance on trouve toujours à s'amuser en faisant de la luge sur les pulkas, et en racontant des blagues pour faire passer le temps. Nous sommes clairement seuls au monde. Pas un chat à l'horizon. 

Nous poserons les tentes au pied du second sommet le "Tritoppen" sur la langue glaciaire en contre-bas. Encore une bonne idée pour être sûrs de se les geler. La nuit sera bien froide malgré le soleil qui ne se cachera pas cette nuit là, même derrière les montagnes les plus hautes. Les yeux rivés sur le sommet du lendemain et sur les ours, toute l'équipe s'endort... sauf Nico qui débute la troisième nuit de garde. 



Sommet du Tritoppen, l'antre du monstre et première pente raide.

Le matin du quatrième jour nous voilà arrivés à la deuxième moitiée de notre trip et nous sommes toujours en vie. Mais en voyant briller la face sud du sommet durant toute la nuit nous voilà sûrs d'une chose : il ne faut pas oublier nos crampons et piolets si on veut le rester. Le départ se fait dans la bonne humeur, l'approche est un peu longue et pleine de surprise. En remontant la langue glaciaire, nous tombons nez à nez avec une impressionnante grotte de glace, peut-être l'antre d'un monstre ou le repère d'un gros nounours ? Pour en être sur nous voilà cinq minutes plus tard dans la gueule du loup, un impressionnant dédale de pierre et de glace traversant, une belle voie pour la descente à ski au retour. 

Nous continuons l'ascension et rentrons dans la face qui commence à être bien ensoleillée, ce qui nous réchauffe un peu en ce jour de grand froid. Arriver aux 3/4 de la face on sort les crampons car la raideur et la dureté de la pente nous oblige à quitter les skis. Mais là... stupeur, j'ai oublié mes crampons. Il faudra monter en cassant la croûte et je ne parle pas du super plat liophy pâtes bolo du jour, dans mon sac. Je me demande qui de mes pompes ou de la face gelée va résister le plus longtemps, mais je crois que je connais la réponse. Après 3h30 d'ascension et 650 m de D+ nous arrivons au pied des aiguilles acérées qui ornent ce magnifique sommet gelé. La descente s'annonce périlleuse sur les quelques premiers mètres, mais la partie basse étant bien revenue on s'offre de magnifiques virages.

On passe également affuter les carres dans la grotte de cailloux, et de retour aux tentes on coche alors notre deuxième beau sommet à ski. La chance nous suit et le soir même nous nous empressons de contacter la famille pour bénéficier des prévisions météo et prévenir qu'aucun d'entre nous n'a encore fait office de repas pour les ours. 

Nous dormons une nuit de plus sur place pour repartir le lendemain installer notre dernier camp de base sur le chemin du retour. 

Les rêves de rencontre avec les ours blancs sont récurrents et la peur `laisse place de plus en plus à l'excitation de rencontrer ces fantômes qui hantent nos pensées. C'est la première fois de ma vie que je me sens prédaté, vulnérable. Un drôle de sentiment. 

Le voyage retour du lendemain se passe dans un mélange de fatigue et d'envie de rester une semaine de plus tant l'ambiance là-bas nous apaise, loin de tout ce qui encombre nos vies dans le monde réel. 

Le Johansenfjellet, pente raide et verglacée, la leçon du renoncement 

Le dernier campement fut planté au pied de ce sommet magnifique, et deux des plus vastes glaciers de l'île. La programmation du lendemain fait débat en recevant le message du soir qui prévoit des conditions météo difficiles. Nous devons faire en sorte que les heures d'ensoleillement et les faces choisies correspondent, pour que nous puissions prendre le moins de risques possible. 

Nous décidons de partir aux heures habituelles, la fatigue se faisant bien ressentir. À 8h du matin chacun est prêt à partir avec un temps magnifique qui contredit les prévisions météo de la veille. Nous sommes bien conscients de la chance que nous avons et profitons des derniers moments de ski. En pleine ascension, plusieurs options s'offrent à nous pour la descente et le choix est difficile. Mais l'objectif de base prime et nous voila quelques heures plus tard à quelques centaines de mètres du sommet où Léo, trop fatigué, nous abandonnera, avant que nous terminions à trois en haut du Johansenfjelt (la montagne à Jhon). Nous sommes sans mot face à un panorama aussi grandiose. Du sommet, deux solutions s'offrent à nous, une face Est très raide et très impressionnante ou un couloir sud aux pierres bien givrées, raide et très esthétique. Nous choisissons de descendre en face Sud dans un premier temps avant de remonter pour enchainer sur la face Est, ce qui s'avérera être une mauvaise idée. Nous nous élançons alors à trois dans les couloirs sud sur une belle moquette à poil court toute douce. Un kiff total qui restera surement la plus belle descende de ce trip. Nous remontons ensuite au sommet en un temps record pour tenter la face Est. 

Mais arrivé en haut la face s'annonce vraiment très raide (plus de 50°), et la neige qui vient de repasser à l'ombre a déjà regelé. Je m'élance tout de même mais seulement 20m plus bas je n'ai pas d'autre solution que de renoncer. Je suis bloqué sur une neige aussi dure que de la glace, planté sur les carres, le piolet à l'épaule qui me sauvera la vie. Les copains ne peuvent pas m'envoyer de corde, je dois m'en sortir seul. Après avoir taillé une petite plateforme dans la glace et passé plus de 40min entre manip' périlleuses et chaussage de crampons, je remonte au sommet piolet à la main...Ouff.. sauvé. Une aventure qui nous rappelle que l'on n'est pas invincible.

Nous redescendons sagement au campement encore un peu chamboulés par cet évènement, mais heureux d'être en vie. Nous terminons les plats lyophilisés qui commencent à nous donner des aphtes et qui semblent nous boucher les artères, tellement le sel prédomine sur les autres ingrédients. Une soupe froide de Ricard plus tard et nous décidons d'aller nous coucher. Le bateau de demain arrive à 9h30 sur la plage des morses et si nous n'y sommes pas à l'heure il repartira sans nous. 

Le réveil est alors programmé pour 3h00 du matin, le temps de démonter le campement et d'avaler les 15km qui nous séparent encore de notre point retour. Cette nuit ce ne sont plus les ours qui hantent nos pensées mais bien la douche, et les draps propres. Dans la tente l'odeur des pieds débouche le nez et pique les yeux. 

Le chemin du retour se fera dans le silence entre rêvasserie et fatigue. Nous atteignons la cabane de scientifique sur la pointe Est où nous étions arrivés 6 jours auparavant à 7h. Nous prenons place sur un banc, accueillis par la colonie de morses toujours bien présente. Les deux heures d'attente nous paraissent interminables. L'arrivée de notre navette retour étant encore incertaine puisqu'ils nous avaient bien signalés ne pas se rendre sur l'île si la météo ne le permettait pas.

Mais deux heures plus tard apparait au loin la silhouette de notre bateau, un sentiment de délivrance nous envahit et c'est le soulagement...on va rentrer à la maison.

Arrivés au sommet la face s'annonce vraiment très raide (plus de 50°), et la neige qui vient de repasser à l'ombre a déjà regelé.

NC

Retour à la réalité

Les touristes qui descendent du bateau semblent perplexes en nous voyant là, sur cette île déserte, matériel de ski et sacs de voyage chargés dans nos Pulkas. Effectivement nous mêmes n'en revenons pas de l'expérience que nous venons de vivre. Mais on est bien là, assis dans le bateau, prêts à rentrer chez nous sains et sauf. L'impression d'avoir passé des vacances au bord de la mer alors qu'on a bel et bien réalisé un trip de fou à l'autre bout de la planète. 

Le voyage retour se fera sur une mer agitée avec des creux de trois mètres, la BO de pirate des Caraïbes diffusée sur les hauts parleurs du bateau nous plonge dans une ambiance de folie. Sauf pour la pauvre dame prise d'un violent mal de mer à l'arrière du navire, et qui repeint en quelques minutes l'ensemble des pulkas.

Nous accostons après plus de 4h de trajet et une belle rencontre. Jeanne une jeune étudiante Française en Biologie qui étudie la faune marine à l'institut scientifique de Longyearbyen. Elle nous invitera le soir même à fêter notre retour sur terre en boite de nuit  jour.  Mais avant cela un petit crochet par l'hôtel s'impose pour boucher les évacuations de la douche et faire un petit sieston technique dans des draps propres, un bonheur inégalé à l'heure où je vous écris. Un restaurant, quelques bières au bar du coin, et 2/4 10/15 verres en boite plus tard nous retournons nous coucher à l'hôtel avant notre dernier jours sur ces terres du Nord. Le lendemain nous passerons la journée à errer dans les rues de la ville, entre musée et boutique souvenir, histoire d'attendre notre vol retour décollant à 00H00 seulement. 


Encore merci de nous avoir lu, Arvi pa

Une folle expérience qui prouve bien que quand on veut on peut. Un rêve réalisé grâce aux efforts des membres de ce crew complètement barré qui restera à jamais gravé dans nos têtes.

Bravo d'avoir tenu jusqu'à la fin de cet article un peu long mais qui vous présente notre aventure atypique. Et si l'envie vous prend de vouloir voyager au pays des ours polaires et des morses, n'hésitez pas à poser vos questions en privé on se fera une joie de vous raconter d'avantage en détails ce ski trip.

Et comme qui dirait : "Souvenez vous, l'important ce n'est pas "où et comment tu pars", mais "avec qui tu pars !".

Arvi Pa !!

Vincent Lathuile
Texte, Photos, Vidéo Vincent Lathuile
Si tu te crashes pas tu prends pas de niveau !
5 commentaires
Bast03
Statut : Expert
inscrit le 27/01/03
Stations : 2 avisMatos : 55 avis
Je me suis régalé en te lisant. J'avais déjà kiffé le récit Corse, mais le petit trip polaire est encore mieux ;)
Je suis assez épaté par la motic et l'organisation d'un voyage pareil. Faut être un peu barré pour faire ça. Mais vraiment, ça me fait rêver. Ne changez rien !
Vincent Lathuile
Statut : Gourou
inscrit le 23/04/15
Merci a toi tes commentaires me font super plaisir ????????
C’est un mélange de passion, de détermination et de folie ! Et avec les copains qui vont avec on peut faire des trucs assez dingue ????
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