Test Dynafit Beast 2018

3 tests Dynafit Beast.

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siewicz

Des chaussures avec une crise d'identité

Avis sélectionné
Profil du testeur : 28 ans | 1,80m | 62kg | Expert | Aime
Acheté : 300€ en ligne
Conditions du test : Randos sur une saison

Points forts

Légèreté
Précision
Facilité de manipulation
Fiabilité
Style

Points faibles

Confort
Obligé d'envoyer tout le temps
Programme très spécifique qui ne correspond pas à une pratique réelle

Caractéristiques


  • Vendues comme des chaussures freeride
  • 3 kg la paire en 28
  • Flex donné à 110
  • Débattement donné à 45°
  • Semelle pomoca
  • Chausson custom light
  • 4 Crochets, un levier marche/ski, une forme typée alpin, un béquet en magnesium



Prise en main


Au premier abord la finition met en confiance. Le design est sympa. Il y a un petit côté brut et sauvage. Les lignes lui vont bien. La coque texturée est agréable et masquera facilement les futurs coups de carre de la même manière qu’une voiture grise semble toujours propre.

Le chausson est bien fini, plutôt rigide, il s’enlève et se remet facilement. La semelle interne fait cheap : toute plate et toute fine, on dirait une couche de feutre sur un carton-pate… vraiment moyen vu le prix annoncé.

Les éléments font solide, on a une coque entière avec une vraie languette et la partie arrière en magnésium est bien pensée. Le levier de mode marche/ski est facile et intuitif. Le mécanisme est simple et bien pensé.

La forme confirme l’orientation freeride du produit mais le poids est dans la fourchette haute de l’équipement typé rando. On est au même poids qu'une Maestrale RS. Bon point.

La tige est haute, comme sur une chaussure d’alpin. L’ensemble semble très rigide. Chouette ! On va pouvoir appuyer.

Je les ai donc choisies pour une utilisation rando (1000m et plus) pour skier modérément à fort. L'ensemble à l'air solide et fiable. Je les ai utilisées pendant une saison de rando et je m'en suis séparé dans un état presque impeccable. Sur le papier cette chaussure annonce vraiment que du bon.



Aux pieds


Niveau fit, le taillant est plutôt large. C’est un « gros » 28-28,5. Enfin... La coque est de taille normale mais le chausson est très fin et laisse beaucoup de place.

La largeur aux métatarsiens n’est indiquée nul part, mais même constat : Je ne recommanderais pas aux pieds très fins. Pour les autres pas de problème. Etant plus proche du 28, j’ai adapté avec une semelle un peu plus grosse (et un peu moins plate).



En mouvement


A pied la semelle Pomoca est un vrai régal. L’amorti est top, le pas est léger et silencieux. On prend plaisir à traverser les parkings de départ de rando. Vraiment.

Dans la neige et en rocher on se sent en confiance. L’accroche est efficace et le pas agréable. Le bord antérieur est solide : on peut taper dans la neige dure.

Ça botte dans la poudre poêlée au soleil, mais ça c’est normal.


En montée, on place les crochets au minimum sans les fermer : Le collier forme une béance d’avant en arrière ce qui permet un débattement assez important (on arrive quand même à mettre le pantalon par dessus).

Le collier ne bouge donc pas beaucoup mais la cheville est bien libre, le pied est bien calé au fond, on est pas gêné dans le mouvement. Je n’ai pas constaté de frottements intempestifs. Jamais d’ampoule, même à neuf.

Je n’ai pas vérifié les 45°. Est-ce important ? Je ne me suis jamais senti en manque d'amplitude.


En descente mes impressions sont mitigées. La précision est excellente et la chaussure demande beaucoup d’engagement. C’est pas « on peut y aller fort », c’est « il faut y aller fort ».

Et pour cause : c’est rigide. C’est très rigide. C’est insensé comme cette chaussure est rigide. Il n’y a pour ainsi dire pas de flex vers l’avant. Même en appuyant fort, la chaussure ne se penche pas vers l’avant, c’est le cou du pied qui se déforme en s'écrasant pour permettre la flexion, et il faut y aller ! C’est beaucoup plus rigide que mes 110 alpines.

Cela dit c’est efficace, mais c’est spécifique à des conditions bien précises :

  • La poudre fraiche et légère (autant dire jamais, puisque le jour de grosse poudre on sort les fats et les grosses pompes)
  • De la piste damée ? Oui, le moment le plus fun que j'ai eu (car totalement improbable) était en descente d'une piste en carving tranquille. Je vous ai dit que la précision était folle ?



Mais il y a un MAIS


Le confort est atroce.


disclaimer ? Oui, il y a une part de jugement subjectif, mon pied c’est mon pied. Je ne met pas en cause uniquement la chaussure. Cependant il y a des aspects qui font défaut à la Beast :


Ce chausson super fin n’absorbe rien du tout.

  • Quand le « fit » est bien fait, on a le pied contre la coque bien dure. La moindre imperfection de votre pied (ou même des endroit dont vous ne pensiez pas que ça puisse toucher la coque) donnera un appuis particulièrement inconfortable sous la coque.
  • Si on laisse trop de place (pour tester, en mettant la semelle plus fine par exemple, pour voir si ça fait moins mal…) On a le pied qui se promène et on perdra non seulement la précision, mais le contrôle si important à l'apprivoisement de ces « bêtes ».

Du coup l’inconfort empêche d’envoyer fort, et empêche donc l’exploitation correcte des chaussures. Dans la trafolle, la neige dure, etc, c’est double punition : la douleur fait relâcher l’intensité, relâcher l’intensité fait subir le terrain, et donc le pied cahote un peu plus dans cette coque de béton armé. Cercle vicieux vous voyez ?


Après je pourrais aussi mettre en cause mon gabarit de gringalet, mes petits pieds de fragile, mes skis peut-être un peu souples pour cet usage (Camox Freebird)… Mais je sortirais pas non plus mes barres à mine de derby avec ces chaussures : je prendrais avec mes chaussures d'alpin… Donc j’ai bien compris mon utilisation n’était pas en phase avec le programme de cette chaussure.


Mais cela pose la question du vrai programme de la Beast :

  • On a donc démontré qu’elle n'était pas pour la rando. Trop rigide pour du ski cool. Pas assez confortable pour les neiges difficiles.
  • Le freeride ? Pourquoi s’embêter à prendre une chaussure légère si c’est pour faire de la station ? (ou de l’héliportage si on a les moyens)
  • La freerando alors ? Même remarque ! Sur de petits dénivelés/marche d'approche une Dabello, une Lange freetour, une Rossignol alltrack, une Tecnica Cochise, une K2 Pinnacle, une Salomon MTN, une Nordica Strider ... font tous très bien le travail pour quelques grammes de plus, dans un confort optimal, avec possibilité d'envoyer très fort et ce sont toutes des chaussures de « tous les jours »

Mon impression c’est que la Beast M est une vitrine commerciale : poids, système Precision Lock, chausson Custom (trop) Light, magnesium… C’est un produit qui n’a pas vraiment de public car le package n'a pas de cohérence. Si on ajoute les 600€ à sa sortie, le chercheur d’exclusivité n’est plus à un chausson neuf et/ou un bootfiting près. Mais pour nous autres ça commence à faire cher le Pass Freerando.

On les trouve à 300 neuves aujourd’hui (printemps 2020), mais la remarque est la même. Si on ajoute un chausson et un fiting, on peut trouver chaussure à son pied pour moins que ça.



Conclusion


Il y a pour moi un gros MAIS qui gache tout. Je pense que Dynafit a loupé sa cible à pas grand chose. Avec un confort adapté on aurait eu une sérieuse rivale à la Salomon MTN qui est une pompe à tout faire. Etrangement les anciens modèles « Khion » avaient un chausson plus épais. Plus lourdes, mais plus agréable à porter. Si vous avez envie de tester, allez chercher de ce côté… 

Pour qui ?

Le randonneur ou free-randonneur qui sort uniquement et exclusivement en peau quand il y a de la poudre fraiche. Et avec des skis de derby (mais pas trop lourds).

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