Développer une nouvelle gamme : les Zero G
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Développer une nouvelle gamme : les Zero G

Comment améliorer l'excellence ? C'est la difficile question à laquelle les ingénieurs de Blizzard ont tenté de répondre...
Texte Loïc Giaccone
Photos Mathis Dumas, Loïc Giaccone
Comment améliorer l'excellence ? C'est la difficile question à laquelle les ingénieurs de Blizzard ont tenté de répondre...
Texte Loïc Giaccone
Photos Mathis Dumas, Loïc Giaccone

Imaginons. Vous êtes un fabricant de skis réputé. Vous avez une gamme qui fonctionne très bien, qui est "sold out" chaque année depuis son lancement, avec des retours essentiellement positifs. Après quatre saisons de bons et loyaux services, vous décidez de la revoir pour tenter de faire ENCORE mieux, et vous donnez cette mission à votre chef de produit et son équipe d'ingénieurs. Comment peuvent-ils accomplir un tel défi ? C'est ce que nous allons découvrir dans cet article, au travers de la conception de la nouvelle gamme de rando Zero G de Blizzard. Au programme de cet article : un peu d'histoire (comme toujours), un échange avec le chef produit pour qu'il nous explique le travail effectué (avec une visite de l'usine) et enfin, des sensations en pratique, sur la neige.

Un peu d'histoire

La création de la marque Blizzard remonte aux années 50, lancée par un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Toni Arnsteiner, dans la menuiserie de son père à Mittersill (Autriche). Il développera rapidement des skis en fibres de verre et résine "époxy", méthode de construction des skis devenue classique. Dans les années 80, la marque sera vue sur les podiums de plusieurs grandes courses comme celle de Kitzbühel avec les fameux "Quattro".  


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De la menuiserie à l'usine

La menuiserie est ainsi devenue une usine de 200 employés, au milieu des montagnes autrichiennes, à deux pas des pistes de ski. Les murs n'étant pas extensibles et la demande étant forte, l'organisation de l'atelier est optimisée au maximum. 850 paires par jour y sont produites actuellement lors des pics de production, le but étant de monter à 930 avec de futurs arrangements. 

A Mittersill sont produits les skis nus, en construction sandwich, haut de gamme : 150 000 paires en sortent chaque année. Les autres skis de la marque Blizzard, notamment les skis moins chers en construction injectée, sont faits en Ukraine, pour un total de 350 000 paires par an. 

Côté rando

L'aventure rando de Blizzard ne date pas d'hier, mais la marque a "passé un cap" avec l'arrivée de sa gamme Zero G il y a quatre ans, investissant à la fois la randonnée "classique" et la freerando. Le but originel était la recherche de la performance et la stabilité, au travers d'une utilisation intelligente du carbone (en trois dimensions, avec une forme spécifique). La gamme a été un succès, "sold-out" chaque hiver. Au total, 7000 paires de rando sont produites chaque saison par Blizzard, dont une partie importante nourrit le marché français. 

Quatre ans plus tard, il était temps de revoir un peu cette gamme : nous avons échangé avec Carlo Sammartini, chef produit Blizzard qui a eu la grande responsabilité de mener ce projet à bien. Tout au long de l'interview, vous retrouverez des photos de notre visite de l'usine suivant le processus de fabrication des skis. 

Dans la cour de l'usine :

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Interview

- Bonjour Carlo, pouvez-vous nous raconter comment devient-on chef de produit skis chez Blizzard, et quel est son rôle exact ?

- Je suis Carlo Sammartini, Chef Produit (Product Manager) pour Blizzard Skis. Je suis un ingénieur, j’ai travaillé plusieurs années comme ingénieur mécanique dans l’industrie des énergies fossiles (gaz et pétrole). Je suis devenu fatigué de ce travail et j’ai souhaité trouver un autre poste, où je serais plus en phase avec ma passion du ski et de la montagne.

J’ai eu de la chance : à cette époque, le groupe Tecnica cherchait un chef de projet (Project Leader) pour le ski… Et ça a commencé comme ça ! Pendant cette période j’ai appris énormément grâce à une excellente équipe, et deux ans plus tard je suis devenu chef de produit.

Le rôle du chef de produit n’est pas facile à expliquer… Il englobe de nombreux types d’activités, et tente de faire le lien entre plusieurs groupes de travail différents. La plupart du temps entre les ingénieurs, le marketing, les commerciaux et le support technique.

Cela implique de travailler de manière transversale avec les équipes afin de développer un produit, une gamme, qui correspondent aux demandes de la marque, du marché, de l’équipe commerciale, etc., le tout en accord avec les objectifs (performance, qualité, quantités, coûts, rentabilité), et en tenant également compte de la faisabilité industrielle de ces produits. Un chef de produit analyse le marché et l’environnement concurrentiel pour définir la vision du produit ou de la gamme et sa différenciation, qui lui apportera une valeur unique et particulière. 

Les ingrédients : 

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- Cela implique-t-il des choses spécifiques dans le cas d’un ski, d’une gamme de skis ?

- Je pense que cela nécessite avant tout de la passion pour le produit, pour le sport et pour la montagne. Tant de choses dans les skis se trouvent dans les "sensations" plus que dans l’ingénierie, les chiffres et les calculs… Il faut pouvoir se "connecter" aux skis et ça passe par les sensations que les athlètes ressentent, par les sensations que vous ressentez en les skiant.

- Quel était l’objectif originel de la première gamme Zero G ?

- Le marché de la randonnée commençait à se développer de manière significative, et Blizzard y était déjà mais nous voulions continuer de nous développer dans une manière "Blizzardienne". Le but était d’ajouter à une excellente capacité de monter que nous avions, une capacité de descente tout aussi excellente, dans le but de faire quelque chose d’encore plus polyvalent, réunissant les différentes facettes du ski.

- Quels sont les retours après ces quatre saisons ?

- Nous avons eu de très bons retours ! Nous avons atteint nos objectifs : les skis étaient très légers et parfaits pour la montée, tout en offrant de très bonnes performances à la descente, une bonne accroche, etc. Presque trop de performance. Ces skis étaient un peu trop "costauds" pour certains skieurs, un poil trop exigeants surtout dans certaines situations comme à la fin d’une longue randonnée, où vous avez besoin que vos skis vous pardonnent un peu plus d’éventuelles fautes techniques. 

La préparation des ingrédients :

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- Certains demanderont, si cette gamme était un succès, pourquoi changer ?

- Je pense qu’il est important de continuer de s’améliorer. Même si quelque chose fonctionne très bien, il peut toujours être perfectionné. Nous avons travaillé avec de nombreux utilisateurs de Zero G (skieurs passionnés, guides, athlètes, détaillants, etc.) pour trouver ce qui pouvait être amélioré.

- Quels sont les objectifs de cette nouvelle gamme, par rapport à la première ?

- Le but "simple" était de rendre les Zero G "encore meilleurs". Evolution et amélioration, plutôt que le changement pour le changement. Nous voulions plus de légèreté pour la montée, mais nous voulions aussi améliorer la descente. Le but était d’avoir une performance encore meilleure : un ski qui soit plus tolérant, qui fonctionne mieux dans les neiges variables, un ski sur lequel vous pouvez compter lorsque vous fatiguez en fin de journée alors que vous portez un gros sac-à-dos, mais toujours un ski sur lequel vous pouviez avoir confiance sur la glace et la neige dure. Nous avons fait attention à la demande du marché, tout en gardant le même esprit et la même approche. 

La cuisson :

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- Quand avez-vous commencé à travailler sur cette gamme ? Comment avez-vous procédé ?

- Nous avons commencé le développement de ces nouveaux skis en 2017. C’est un gros brainstorming, avec de nombreuses interactions et réunions entre les différents groupes, depuis les utilisateurs réguliers des skis de la première génération, puis les guides et athlètes, et enfin les équipes commerciales et les équipes de développement. Nous voulions recueillir un maximum de retours (qu’ils soient positifs ou négatifs) pour bien comprendre comment nous pouvions améliorer des skis qui étaient d’ores et déjà un succès. Cette interaction a duré tout au long du développement, jusqu’au produit final abouti.

Une fois que nous avons commencé à avoir une idée à peu près précise de ce vers quoi nous voulions aller, nous avons dessiné le premier moule de prototype des futurs skis. Nouveau shape avec nouveau profil et nouveau sidecut. Le premier essai a commencé avec le 95. Nous sortions sur la neige le plus souvent possible avec l’équipe de développement en emmenant nouveaux et anciens modèles afin de s’assurer que nous allions dans la direction que nous voulions. Puis est venu le temps de travailler sur la construction. Là-dessus, on marche sur une fine ligne pour trouver l’équilibre parfait entre légèreté et performance. C’est une longue période d’itération de prototypes et de tests afin de trouver le mix parfait entre les matériaux, le shape et les lignes de côtes. Les essais sur neige avec le team, les guides et les athlètes est une partie clé du développement produit : nous avons testé toutes les tailles, de toutes les largeurs.

Une autre part importante du développement est le choix du design des modèles : nous étudions les tendances pour trouver ce qui est "cool". Avec l’aide de l’équipe et de clients, tout au long d’un processus constitué de réunions avec des "focus groups", nous essayons de bien comprendre ce qui sera apprécié par les détaillants et les futurs acheteurs. 

Le fameux logo : 

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- Quelles sont les différences précises entre cette nouvelle gamme et la précédente ?

- Sur les 85 et 95, le changement concerne le shape, le profil et le comportement du flex. Nous avons un tout nouveau shape, un nouveau sidecut, pour des skis plus tolérants, et un profil de rocker différent. Niveau construction, nous avons :

- Un nouveau noyau bois (paulownia), plus léger avec un nouveau profil ;
- Un nouveau "Carbon Drive", la couche de carbone qui donne de la rigidité au ski. Nous avons changé la façon dont nous utilisons les fibres de carbone. C’est un matériau fantastique, léger et costaud, mais une quantité excessive peut aussi amener trop de nervosité et des vibrations dans les skis. Nous avons donc fait un travail très approfondi sur la quantité et la forme de cette couche de carbone pour obtenir un flex plus équilibré, plus tolérant ;
- Un nouveau pré-imprégné de fibre de verre tissée avec des fibres de carbone, cela nous a permis d’enlever un peu de matière pour gagner du poids, tout en conservant la résistance et la structure du ski.

Le Zero G 105 lui, est complètement nouveau et très différent du Zéro G 108 (dont le shape était inspiré du Cochise, NDLR). C’est un vrai ski de rando/freerando avec un shape pour lequel nous sommes partis d’une feuille blanche. Nous avons réduit son poids de 500 g par paire (!), ce qui permet d’avoir un ski bien léger pour monter avant d’aller gouter la poudreuse. Au niveau construction, il s’agit d’un noyau hêtre/peuplier allégé, et il bénéficie des mêmes technologies que les 85 et 95, le Carbon Drive et la fibre de verre/carbone préimprégnée.

- Quels sont les avantages des chants inclinés à la place des chants droits de l’ancienne gamme ?

- Cela aide principalement deux choses :

- Moins de matière, ce qui veut dire un poids réduit,
- Un flex un peu moins rigide, plus tolérant.

- Pensez-vous que certains n’apprécieront pas ces changements ?

- Je pense qu’ils seront ravis des nouveaux modèles ! Les nouveaux utilisateurs seront étonnés de leur légèreté et performance, et les possesseurs d’ancien Zero G devraient apprécier ces modification puisque nous avons gagné en maniabilité, tolérance, sans pour autant faire de compromis sur la performance. Nous avons vraiment écouté leurs retours et leurs idées. 

Les finitions (carres, chants, structure, quality check à la main, appairage selon poids/flex/cambre, emballage) :

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Le résultat

Certains d'entre vous auront peut-être déjà vu les nouveaux skis dans nos articles matos sur les nouveautés de l'hiver, ou bien directement dans les magasins cet automne. Voici ce que donne cette nouvelle gamme, qui reste de manière générale proche de la précédente dans son organisation : trois modèles principaux en 85, 95 et 105, le premier étant décliné en version femmes. 

- Zero G 85 Women, 1075 g/ski.

- Zero G 85, 1105 g/ski.

- Zero G 95, 1200 g/ski.

- Zero G 105, 1675 g/ski. 

Nous avons pu observer sous toutes leurs coutures et comparer deux paires du Zero 95 en 178 cm, de l'ancienne version et de la nouvelle. Les différences sont subtiles et demandent un oeil attentif, mais sont significatives pour le comportement sur la neige des deux modèles (voir les tests plus bas). On observe sur la version 2020 : 

- Un rocker un peu moins prononcé, mais une spatule ajustée, un peu plus relevée, pour une hauteur totale similaire, 
- Un "early-rise" (difficile de parler de rocker arrière) un poil plus développé,
- Un millimètre de moins en spatule et en talon (il faut avoir l'oeil !),
- Surtout, des chants inclinés sur une partie de la spatule et du talon, avec un chant droit réduit à la moitié du ski environ, sous le pied. 

A la main, le flex des Zero G95 2020 est légèrement plus souple que les anciens, qui étaient de vraies "barres". Mais cela reste tout de même très correct, et on sent que les skis ont du "répondant"

Ces légers ajustements de la forme des skis, combinés aux modifications de la construction expliquées par Carlo influant sur le flex, mènent donc à ces nouveaux modèles plus maniables, plus tolérants, avec un ski qui se déforme mieux pour aider à gérer le terrain, mais tout en permettant toujours de skier fort. 

La gamme sur le stand à ISPO, à gauche on observe la nouvelle forme du "Carbon Drive", qui possède deux inserts sous les fixations et s'élargit en spatule un peu plus haut que dans la version précédente : 

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Sur la neige

Votre humble serviteur étant à l'époque privé de ski pour des raisons médicales, le test sur neige a été sous-traité à de valeureux testeurs. Tous deux ont testé le Zero G 95 en 178 cm, et tous deux ont été conquis. 

Un extrait du test de pioul, qui a été sélectionné lors du Test Privé des Zero G

Lors de mes tests j’ai rencontré des conditions de neige très variées, avec parfois sur la même sortie de la neige soufflée sur les hauteurs, de la poudre dans les creux à l’abrit, voir de la traffole lorsque l’itinéraire était déjà bien pratiqué, puis de la neige croutée un peu plus bas suite à des épisode de réchauffement, pour finir enfin par de la soupe sur les fin d’itinéraire.
Autrement dit c’était varié, changeant, pas forcément évident à skier et pourtant avec ces skis je m’en suis très bien sortie et je n’ai jamais été réellement en difficulté si ce n’est en de rare occasion dans la neige croutée. Le feeling général a été très bon et le ski s'adapte bien à toute les neiges pour peux que le skieur sache adapter sa manière de skier.


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Prorider74 lui, ne l'a testé qu'en descente afin de le pousser dans ses retranchements (voir son test complet)

C’est parti pour les petits spots de raide, de merdouilleux, où tu veux pas tomber. 4 cm de neige poudre sur un fond dur à très dur. Petites zones en très dur sans rien dessus. C’est là que les qualités de cette seconde version apparaissent. Le ski ne vrille pas. En forçant quasiment à outrance la précision des virages, en cherchant les contre-pentes encore plus raides, encore plus dures, le ski garde une précision, un tranchant exceptionnel.
[...] Pour tous les skieurs qui, comme moi, ont regardé la première version avec envie, puis l’ont tâté, ont eu les retours que “punaise, c’est rigide quand même, limite trop”, et bien cette deuxième version n’abandonne rien dans la performance, mais va supprimer ce “limite trop”. Vous n’en pouvez plus après vos 1800 de déniv et vous flippez en haut de votre 5.x parce qu'il va falloir retrouver les jambes pour la descente, et bien le ski ne sera pas limitant, même si ce n’est quand même pas lui qui vous fera descendre.

Il semblerait que le pari soit remporté haut la main ! 

Théo dans ses oeuvres :

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Cet article est une production skipass.com, réalisée avec le soutien de Tecnica-Blizzard.

2 commentaires

Nicolas Fanon

inscrit le 09/01/20
Trop cool ! Si j ai bien compris quand tu avais les anciens tu étais un mutant du ski ? Moi qui pensait être un skieur moyen quelle révélation merci skipass ????????????
 

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