Comment (bien) sauter des barres rocheuses

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Comment (bien) sauter des barres rocheuses

Nous vous dévoilons les secrets de cette pratique un peu particulière
Barres rocheuses
KillaWhale
Texte :
Photos :
Jonathan Mourglia, Team Bucheron

Vous n'osez pas vous lancer quand vous êtes au-dessus d'un rocher ? Ou bien vous avez du mal à "stomper" comme disent les ricains, et vous vous écrasez régulièrement lamentablement au pied dudit rocher ? A l'heure où la mode est plutôt au combo graines/quinoa pour remonter le plus vite possible les pistes en afterwork, nous préférons revenir aux bases, solides, de ce qui a fait la renommée du ski, du vrai, du freeride : la noble pratique du saut de barres rocheuses. 

Après des années d'études et d'expériences (pas toujours fructueuses), l'équipe de skieurs dont votre humble serviteur fait partie, le Team Bucheron, vous présente ses conclusions et conseils pour vous mettre de beaux tirs l'hiver prochain. Au programme : l'histoire de la pratique, puis l'analyse de l'action accompagnée de nos conseils pour réussir vos plus beaux vols. 

Avertissement 1 : L'abus de sauts de barres rocheuses, même correctement effectués, est dangereux pour la santé. La rédaction décline toute responsabilité en cas d'accident, d'arthrose, ou de non-compréhension des passages au second degré de cet article. 

Avertissement 2 : Par définition, le saut de barres rocheuses ou autres obstacles du même type se fait en dehors des pistes, par conséquent le risque d'avalanche est toujours présent. N'oubliez pas de jeter un oeil à notre guide du ski hors-piste avant de vous y aventurer, et gardez à l'esprit qu'un impact de réception augmente le risque de déclencher une avalanche

Le concept

Mais quelle idée ?

Sous-discipline du freeride (terme fourre-tout par excellence), la pratique du saut de barres (ou rochers, cailloux, corniches, etc.) a fait couler pas mal d'encre au fil des décennies et continue de faire parler d'elle. C'est une des choses que l'on attend le plus quand on regarde une compétition, un film, ou juste un mec décérébré qui se jette dans la face en dessous de notre télésiège, provoquant son lot de "holy s***", "f*** yeah !" et autres expressions impressionnées (généralement, quelle que soit l'issue de l'action).

C'est aussi l'une des choses les plus compliquées à comprendre pour les profanes et non-initiés : mais quelle idée, quel intérêt d'aller se jeter sur les obstacles qu'une personne normalement constituée devrait tout faire pour éviter (ce n'est pas pour rien qu'il y a des panneaux DANGER - BARRES ROCHEUSES) ? Eh bien, parce que c'est l'une des meilleures sensations que l'on peut avoir en ski. Le combo pression/adrénaline, suivi de la sensation de vol, avant le soulagement une fois la réception réussie... L'extase quoi ! Mais ça ne se maitrise pas comme ça : il y a du boulot avant de plaquer correctement ses sauts.

Avant d'attaquer dans le vif du sujet, nous allons commencer par un peu d'histoire, non exhaustive et plutôt subjective, du vol à ski en terrain naturel : c'est toujours mieux de savoir de quoi on parle, c'est bien pour votre culture freeski et surtout, cela vous aidera à mieux comprendre certains de nos conseils.

"Maman, il fait quoi le monsieur là ?"

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Un peu d'histoire

Les débuts (70's - 90's)

Les premiers sauts en terrain naturel sont impossibles à dater et n'ont probablement pas été capturés par une quelconque caméra : depuis aussi longtemps que l'homme s'est hissé sur des morceaux de bois pour évoluer dans la neige (c'est-à-dire plusieurs siècles, voire millénaires), bien avant l'apparition des pistes, on peut penser que certains ont sauté des obstacles (volontairement ou non). Le saut à ski en tant que discipline, avec des tremplins préparés, peut lui remonter au début du XIXème siècle.  

Bien que l'on ait déjà vu des sauts en poudreuse auparavant (Daydreams en 1975, ou certains films de Warren Miller des années 80), la mise en lumière des premiers vols en dehors des pistes remonte à 1988 avec la sortie du célèbre Blizzard Of Ahhhs de Greg Stump, popularisant ce qu'on appelait alors le "ski extrême", et ouvrant la voie au développement du freeski. Ce film hissera au rang de stars Glen Plake, Scott Schmidt et Mike Hattrup, qui influenceront ensuite des milliers des skieurs. 

A cette époque, les sauts de barres se comparent essentiellement par leur hauteur. Commence donc une course au record du saut le plus haut... C'est comme ça qu'en 1990, un skieur suisse du nom de Dominique Perret se fera remarquer avec un nouveau record de saut de barre de 36 m, qui lancera sa carrière (il sera nommé "freerideur du siècle" en 2000). On parle déjà de hauteurs impressionnantes, où l'erreur ne pardonne pas. C'est malheureusement ce qui arrivera en 1993 à Paul Ruff, skieur américain qui se tuera lors d'une tentative de record près de Kirkwood. Il a tenté un saut évalué à 48 m, mais manquant de vitesse lors de l'appel, il tombera sur un rocher, y laissant la vie. 

Au cours des années 90, les premières compétitions de "ski extrême" sont organisées : côté Amérique, ce sont les World Extreme Skiing Championships (WESC, de 1991 à 2000). Lors de la seconde édition de Valdez en 1992, les six critères de jugement des runs étaient : le degré de difficulté, l'agressivité, la technique/le style, les sauts, le contrôle et la fluidité. En Europe, les Scandinavian Big Mountain Championships apparaissent en 1992, et continuent d'avoir lieu encore aujourd'hui. Ancêtres de l'actuel Freeride World Tour, ces circuits de compétitions (on notera aussi l'US Freeskiing Tour apparu en 1998) et les autres compétitions organisées localement auront contribué à l'évolution du freeride, aussi bien en renommée qu'au niveau de la pratique elle-même.

En 1999, Powder Magazine, une des références aux US, fera la couverture de son numéro de septembre avec un immense saut de 44 m de Jeff Holden en Alaska (à droite ci-dessous, photo de Dave Nagel). C'est le début de l'ère des "big hucks"

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La surenchère des années 2000

Plusieurs skieurs fous feront évoluer progressivement le record de saut autour des 50m, jusqu'à ce qu'un palier semble atteint en 2000 par un skieur néo-zélandais, Paul A'hern, revendiquant un saut de 68 m, dans une neige relativement compacte. Pour les curieux, ce vol impressionnant est visible dans le film amateur The Swarn (vers la fin), qui au passage donne une bonne idée de la taille moyenne des barres sautées à l'époque (qui n'ont rien à envier à aujourd'hui) et de la façon dont elles étaient réceptionnées (là, c'est autre chose...) : le but semble être surtout de pouvoir se relever et continuer à skier. On se jette, et on espère que ça passe. Tout un état d'esprit.

C'était sans compter la motivation (folie ?) du regretté Jamie Pierre, décédé en 2011 dans une avalanche. Après un premier essai relativement réussi à 55 m à Engelberg en 2004 (posé dans la neige mais avec des cailloux pas loin dessous, miraculeusement indemne), il repoussera le record en 2006 à Grand Targhee, avec un vol très médiatisé de 78 m. Ce saut, "posé" sur la tête mais tout même validé en tant que record, essuiera de nombreuses critiques, à notre avis justifiées : intérêt de l'action, saut d'une "marche d'escalier" de 80m, inutilité des skis si ce n'est de le retourner au cours du vol, etc. 

En effet, ces sauts de hauteurs particulièrement élevées (quand on commence à compter en dizaines de mètres) mettent en évidence un phénomène aérodynamique qui était peu visible sur de petites barres : au cours du vol (ou plutôt de la chute), la surface plane des skis créée une perturbation qui a tendance à déséquilibrer en arrière le skieur, jusqu'à carrément le retourner si la hauteur est suffisante, comme dans le cas de Jamie. Clairement, on parle plus de chutes semi-contrôlées que de sauts...

Deux ans après le record de Jamie, un skieur norvégien, Fred Syversen, placera involontairement la barre (haha) très haute lors d'une erreur de ligne, pendant un shooting pour la Nuit de la Glisse : il creusera un trou duquel il faudra l'extirper (comme Jamie Pierre), 107 m plus bas que son point d'envol. C'est toujours le record à l'heure actuelle. A noter qu'à l'inverse de Jamie qui se "laisse tomber" avec une vitesse horizontale quasi-nulle, Fred arrivera avec pas loin de 100km/h de vitesse sur la barre, l'éloignant énormément de celle-ci (voir ci-dessous à droite), diminuant l'angle d'impact et ainsi probablement, le choc (on reparle plus loin de l'effet de la vitesse)


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Tête en bas

A côté des tentatives de record, de nombreux skieurs se sont "spécialisés" dans le gros vol en terrain naturel, dans des proportions un peu moins déraisonnables mais toujours impressionnantes (autour des 20 m, c'est déjà sacrément costaud...)

Parmi eux, certains pionniers comme Shane McConkey, suivi rapidement de Seth Morrison, Seb Michaud, Julian Carr, Enak Gavaggio (liste totalement non exhaustive), ajoutèrent leur touche avec des rotations dans les airs : backflip, frontflip, lincoln, misty 7... C'est le début du mélange des genres entre le freeride et le freestyle, dès la fin des années 90. 

La seconde vague, en partie issue du freestyle (Sage Cattabriga-Alosa, Mark Abma, Pep Fujas, Eric Pollard, Sean Pettit, etc.) apportera un bagage de tricks supplémentaire (du switch avec des 180, 540, des 360, flat 3, rodeo 7, etc.) au cours des années 2000. Le sujet des tricks sur les cailloux (faisant partie de ce qu'on appelle le backcountry) pourrait remplir un article entier, ce sera pour une autre fois.


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Ci-dessous Julian Carr, toujours en frontflip de manière à gérer sa chute, éviter les déséquilibres et retomber en plat-dos (c'est sa théorie et marque de fabrique). A gauche, plus gros saut avec trick en compétition (42 m, à Snowbird), et à droite le plus gros saut avec trick tout court (Engelberg, 64 m) :

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Années 2010 : Retour à la raison et évolution

Dans les années 90's et 2000, le débat avait déjà lieu : est-ce que s'écraser de tout son poids et/ou s'étaler de tout son long au pied d'une barre, on peut dire que c'est plaquer ? Quand on voit certaines des réceptions des gros vols précédemment cités, on peut se poser la question : avec ou sans skis, quelle différence si on tombe sur le dos ? Alors, même si le skieur se relève péniblement et sort de son trou pour continuer sa descente, est-ce que c'est toujours du ski ? L'évolution de la pratique au cours des hivers suivants va clore le débat.

Déjà durant la période précédente, certains riders comme Hugo Harrison préfèrent "stomper" leurs sauts (poser proprement, dans le jargon freeride anglosaxon) et en font leur marque de fabrique, skiant avec une vitesse élevée et une précision chirurgicale (Kaj ZackrissonEric Hjorleifson sont de la même veine). C'est cette méthode qui finira par l'emporter, après que les plus fous aient fini de se la mesurer en hauteur (désolés, mais c'était un peu ça quand même - bon OK, le ski en général, c'est souvent ça). Forcément, il y avait une limite à ce que le corps humain pouvait subir.

Les années 2010 voient un retour à des hauteurs plus raisonnables de vol (bien que toujours démentielles pour le commun des mortels) car le but n'est plus "simplement" de se jeter, mais bel et bien de plaquer le saut et d'enchainer, pour gagner en fluidité. On ne regarde plus une action seule, mais une ligne entière dans laquelle le saut de barre n'est qu'une partie, voire une variable. Et on commence à regarder de très près l'atterrissage, tout comme l'intégration du saut dans le run. L'idéal pour un saut "réussi" selon les standards toujours en vigueur actuellement, c'est de ne pas avoir de perte de vitesse au cours de l'action, ni avant la barre (hésitation), ni après (avec une mauvaise réception). Rapide, propre, fluide, boum, on enchaine. 

Hugo Harrison, un homme en avance sur son temps, est juge sur le FWT depuis plusieurs saisons (ceci expliquant peut-être cela). Observez bien sa technique lors des sauts (et en bonus, vous avez un des plus gros tête-pieds de l'histoire en fin de vidéo) :


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Poser sur ses pieds

Les compétitions de freeride et de backcountry ont eu un rôle important dans cette évolution de "se jeter et voir ce qu'il va arriver" à "plaquer et skier". Il était temps que ça change d'ailleurs, car lors de certains événements, des skieurs se contentaient de faire des travers dans la face pour aller se laisser tomber des plus gros cailloux qu'ils pouvaient trouver, histoire de marquer le plus de points.

Pour éviter ces "jeters de viande" inutiles, dangereux et de plus en plus éloignés de la pratique réelle du ski (vision subjective, certes), les organisateurs ont progressivement modifié le jugement en pénalisant les riders qui ne plaquent pas correctement leurs sauts, tout en valorisant la fluidité de la ligne, le contrôle et la technique. On parle de plus en plus de "backslap" lorsque le rider pose le dos sur la neige, voire de "backseat" quand il se penche un peu en arrière à la réception et n'est pas parfaitement en bloc, solide sur ses appuis. Ça ne pardonne plus (voir ci-dessous) ! Il n'est plus question de se jeter et espérer s'en sortir en plat-dos dans un nuage de neige. Evidemment, la tendance suit dans les productions vidéos, et une action qui n'est pas "propre" selon les nouveaux standards aura peu de chances de passer à l'écran. Y compris quand le rider envoie une figure... 

Extraits du document détaillant le jugement lors des compétitions du Freeride World Tour et Freeride World Qualifier (FWT 2017 judging rules tools, désolé pour les non-anglophones) : 

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La technique évolue donc : pour pouvoir poser un saut sans s'écraser, il faut revoir un peu la physique et la façon dont les forces s'appliquent sur le bonhomme en mouvement. La vitesse devient une composante essentielle : il n'y a plus forcément besoin de mettre une grosse impulsion qui risque de déséquilibrer, on préfère arriver avec une grosse vitesse et parfois même amortir l'appel pour gérer sa trajectoire exactement comme on le souhaite (visible dans le segment d'Hugo Harrison ci-dessus). Alors qu'avant on s'assurait surtout d'avoir un gros matelas de poudreuse et d'aller plus loin que le rocher, désormais les skieurs arrivent à diminuer suffisamment l'impact grâce à la vitesse pour se permettre de sauter dans des conditions de neige bien moins bonnes et plaquer quand même (voir notamment la Roldal Freeride, en Norvège, rarement en conditions poudreuse). Attention, avec de la vitesse, les réceptions sont ainsi moins violentes, par contre on va vite et il faut gérer derrière, dans des terrains parfois difficiles : cela demande donc une excellente technique et un engagement mental conséquent. 

Ainsi, après une débandade de sauts dans les 30, 40, puis 50 et jusqu'à plus de 70 m mais sans être réellement plaqués au cours des années 90/2000, on en revient depuis les années 2010 à des hauteurs plus "normales" mais mieux skiées autour des 10 à 25 m (ça fait quand même plusieurs étages, et l'erreur ne pardonne pas non plus à ce niveau) que ce soit en compétition ou dans les films. Les sauts de plus de 25m plaqués proprement sont assez rares (une des exceptions se trouve ci-dessous à gauche avec Richie). Par contre, on voit de plus en plus de vols dans ces longeurs avec des tricks (flat 3, back, front, parfois misty ou rodeo 7) qui sont posés à la perfection. On constate aussi de belles évolutions dans la créativité au niveau du choix des lignes, puis de leur enchainement avec précision, vitesse et fluidité (par exemple, Sam Smoothy en Andorre en 2015). Mais ça, c'est un autre sujet. 


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A votre tour

Tout d'abord, pour clarifier : nous n'allons pas vous faire sauter des barres de 20 m (ou plus). Vous pouvez évacuer de votre esprit les images précédentes : nos conseils donnés ci-après sont destinés à vous faire gérer des vols d'une hauteur de quelques mètres au maximum, ce qui est déjà PAS MAL DU TOUT. Particulièrement si la neige n'est pas poudreuse : une chute de plusieurs mètres sur de la neige béton, ou pire, sur des cailloux en cas d'erreur, cela peut être très grave, voire fatal.

Mais surtout, surtout, nos conseils sont là pour vous aider à repérer votre cailloux, gérer votre vol, plaquer votre saut et continuer à skier tout en intégrant cette action dans une ligne digne de ce nom. Bref, vous préparer à, un jour peut-être, faire votre première compétition de freeride, ou juste faire de beaux shoots avec votre brand new drone cet hiver.

Si déjà vous gérez ça, libre à vous plus tard d'aller tenter des choses plus grosses (ou alors de commencer à tenter des tricks après un entrainement préalable). Mais honnêtement, nous ne vous le conseillons pas : c'est risqué et même si ça marche, plus tard vos os et articulations vous le feront terriblement sentir. Puis bon, se mettre un vrai vol de 4/5 m, avec de la fluidité et de la vitesse, c'est déjà franchement une sacrée sensation. Spoiler : vous ne ferez surement pas ça toute votre vie... 


"Dans la poudreuse, on est tous champions du monde"

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Les pré-requis : Volonté, technique, physique, la trinité du bon sauteur

Pour commencer, il convient de réfléchir quelques minutes au pourquoi du comment vous voulez faire ça. Ben oui, pourquoi se jeter d'une hauteur tout de même considérable, prenant ainsi des risques conséquents ? Dans quel but ? Pourquoi faire ?

Soyez certains que vous avez réellement envie de faire ça, et que vous ne le faites pas uniquement pour des raisons superflues (impressionner la galerie, vous prouver quelque chose, faire un post Instagram, etc - voir les pièges de l'inconscient n°3 et 5, ces biais psychologiques lors des prises de décisions n'étant pas réservés aux accidents d'avalanches). Non pas que nous voulions vous faire la morale (enfin si, un peu quand même), mais surtout cette envie et la motivation qui en découlent, dans le cadre du saut de barre rocheuses, vont clairement influer sur le succès de votre entreprise. 

Car, comme dans pas mal d'autres activités de ce style (à "risques" comme on dit), la demande mentale est assez forte et si vous êtes surs de vous, si vous croyez en vous et votre entreprise, cela ne pourra que mieux se passer. Il n'y a rien de pire que de s'engager à reculons en direction de ce qui ressemble à un précipice : c'est la meilleure façon de se retrouver avec la trace de vos gencives imprimée dans vos genoux (ou l'inverse, c'est selon)

Cette petite introspection est un bon début, mais avoir une envie profonde de se jeter dans le vide ne suffit pas. Il est tout aussi important d'avoir un bagage technique de ski et un niveau physique conséquents avant d'entreprendre des sauts de barre "sérieux" (au sens où vous voulez plaquer vraiment votre vol). Concernant la dernière condition, nous vous conseillons de jeter un oeil à notre série d'articles sur la préparation physique. Si vous n'êtes pas au moins au niveau du profil n°2, c'est qu'il y a du boulot à faire, sinon vous augmentez considérablement le risque de vous blesser. La technique elle, vous permettra surtout d'arriver correctement à l'aplomb de la barre, puis derrière de tenir le coup et vous remettre dans votre ligne malgré la vitesse acquise pendant la phase de vol. On y revient plus bas, mais autant dire que c'est également capital pour votre sécurité, et ça se travaille tout autant. 


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Le matos

Enfin, le matos joue pas mal si vous voulez mettre des chances de votre côté. Bien sur, les mecs précédemment cités skiaient (et sautaient) à une époque en lattes de 80mm par 210cm, mais aujourd'hui on fait des skis qui sont plus faciles à manipuler en hors-piste, autant en profiter. D'ailleurs, l'évolution de la pratique du freeride est en partie due à l'évolution du matériel, notamment l'élargissement et l'apparition du rocker. Les skis devenant plus maniables et plus stables ont permis aux riders d'aller plus vite et plus loin.  

Quelque chose à minimum 100mm au patin, d'une taille légèrement supérieure à la votre, pas trop souple et/ou pas trop "rockerisée" fera l'affaire pour commencer et apprendre les bases (pour la suite et la progression, on y revient plus loin). Puis l'indispensable : sac avec trilogie (of course), casque, dorsale et éventuellement short de protection (on est jamais trop prudents)

A gauche, un petit quiver, à droite, un gros (photos des articles le shape des skis et des skis de légende), où pas mal de paires feront l'affaire pour sauter des trucs. Faites votre choix.

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Une dernière chose : les risques

Cela peut paraitre évident, mais tout le monde n'en a pas pleinement conscience, nous préférons donc en remettre une couche. Tous les conseils et techniques que nous vous présentons ci-après servent à éviter certaines mauvaises surprises, plus ou moins graves. Si cette activité a une telle renommée, ce n'est pas pour rien : c'est effectivement risqué, voire très risqué ! Des personnes se sont déjà tuées suite à des sauts de barres (comme la tentative de record de 1993, ou le skieur américain Neal Valiton en 2007). D'autres se sont blessés gravement : en 2012, c'est un saut de barre qui a laissé paralysé l'un des membres de notre équipe, Robin. Autant vous dire que l'on sait de quoi en parle à ce sujet... 

Soyez-en conscients au cours de votre pratique et au moindre doute, sachez renoncer ! Si vous n'êtes pas en forme, pas dans un bon jour, que vous ne vous sentez pas prêt ou pas sur de vous, c'est que ce n'est pas le moment et qu'il faut faire autre chose. Les pistes bleues c'est cool aussi. 

Voici les risques principaux à anticiper :

- Tomber sur un obstacle (rocher, arbre, etc.) : potentiellement le plus grave. Doit normalement être évité par un bon repérage.
- Chuter en réception : au-delà d'un vol qui se passe mal et qui coupe toute chance de finir sur ses pieds, il y a deux chutes principales lors d'un saut un minimum correctement effectué (posé à peu près sur les pieds, mais avec un mauvais centrage, un impact trop fort, une mauvaise neige, etc.). L'une en avant (face-plant/tête-pieds), l'autre en arrière (backslap). Le risque du backslap est de se faire prendre un des bras par la neige sur un des côtés et partir dans une sorte de tête-pieds horizontal. Il y a aussi le risque d'une chute bien centrée mais trop haute/sur neige dure/avec mauvais angle et qui provoque un impact si fort qu'on risque de se prendre les genoux dans la tête, ou pire...
- Chuter, puis ne pas s'arrêter : si vous êtes dans un secteur raide avec d'autres obstacles après la réception de votre barre, cela peut aussi être très dangereux. Nous avons tous des images effrayantes en tête de riders qui ont dévalé une face en basculant par-dessus (voire heurtant) plusieurs barres rocheuses...
- Poser, mais perdre le contrôle dans la suite et exploser : selon l'endroit, le type de neige, la suite de la face, ça peut finir très mal aussi. 

Parfois, tout ne se déroule pas comme prévu :

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Au boulot

1) Petit-à-petit...

Avant d'attaquer dans le concret, une notion importante : la progression. Que vous soyez débutant complet ou déjà aguerri, n'oubliez jamais que la progression progressive (si si) est la clé. Aussi bien dans votre grande carrière de skieur qu'au cours de l'hiver. Commencez par de petits obstacles : il vaut mieux bien poser un petit vol sur un rocher d'un mètre que s'étaler ou backslaper (désolés pour les anglicismes) systématiquement sur des rochers de 3 ou 4 mètres. Il ne sert à rien de passer à l'étape suivante tant que celle en cours n'est pas maitrisée (c'est valable pour pas mal de choses dans la vie, plutôt évident, mais on préfère le rappeler)

Ici un exemple de petit caillou, idéal pour attaquer ou se mettre en jambe :

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2) Le repérage

Quand on voit un skieur sauter une barre, c'est un peu comme quand on écoute un solo de guitare : ça impressionne (pas toujours, certes), mais on ne voit pas toutes les heures de travail derrière pour en arriver là. Il y a bien sur l'expérience et les sauts accumulés au fil du temps qui lui permettent d'adopter naturellement la bonne position, mais surtout le repérage, partie extrêmement importante du ski hors-piste, celle qui vous évite de basculer par-dessus une falaise de plusieurs dizaines de mètres, plaqué contre un tronc d'arbre, finir dans un torrent, de nuit, etc.

Règle n°1 du bon sauteur de barres : ne JAMAIS sauter à l'aveugle (voir ici pourquoi).

Sauter à l'aveugle, ça veut dire sans avoir repéré son saut, sans savoir de combien et où on va tomber. Attention : ce n'est pas parce que vous avez sauté quelque chose l'année précédente que ça va être la même chose cette année... Selon l'enneigement, votre rocher peut aussi bien avoir disparu que faire deux mètres de plus de hauteur ! Alors, qu'est-ce qu'il faut regarder avant de s'élancer ? Plusieurs critères qui vont vous permettre de choisir comment aborder votre saut : quelle vitesse, quel axe, etc. Vous remarquerez que nous conseillons souvent d'estimer "au pire" : cela permet d'avoir une plus grande marge d'erreur. Voici les choses à observer qui devraient occuper vos montées en télésiège :

- La qualité de la neige globale le jour J, ainsi que la qualité de la neige de la zone de l'action (directement dedans, ou bien estimée à vue). En cas d'estimation, toujours tenir compte du "pire" dans son approche : si ça semble compact, ça l'est surement. C'est ce premier critère qui va orienter vos choix suivants concernant le ou les cailloux à sauter.

La neige influence énormément les sauts : plus elle est fraîche et "souple", plus la réception va être agréable et plus on va pouvoir sauter de haut en limitant l'impact. Attention cependant, à partir d'une certaine quantité de poudreuse (à partir de 40 cm on va dire), cela peut aussi compliquer la tâche en demandant un centrage parfait lors du saut pour éviter le backslap ou le faceplant avec les skis qui plongent à la réception... Et sur neige dure, évidemment ça impacte fort, mais on prend aussi beaucoup plus de vitesse, que ce soit à l'envol ou à l'atterrissage.

Les traces peuvent aider à avoir une bonne idée de la qualité de la neige à un endroit, à condition qu'elles soient fraîches : le meilleur moyen étant de repérer celles qui n'étaient pas là à la rotation précédente. Il faut donc passer son temps à observer la montagne plutôt que ses spatules quand on est sur le télésiège... Vous verrez, ça paye. A noter que les traces ont un rôle important en saut : sur l'appel elles permettent de prendre plus de vitesse, en réception en revanche elles peuvent augmenter l'impact.


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- L'appel : c'est la partie supérieure de l'obstacle, celle de laquelle on va décoller. Elle va définir les caractéristiques du vol en fonction de plusieurs critères : son inclinaison (plutôt plate type corniche, ou très raide type "vraie" barre d'Alaska), son axe (vers où elle envoie le skieur, il n'y a pas toujours le choix), sa forme (linéaire, plongeante, en cuillière, etc.), enfin la qualité et l'épaisseur de la neige à cet endroit, tout comme la présence d'éventuels obstacles (rien de pire que d'accrocher un requin lors de l'envol, faceplant assuré).

- La barre/l'obstacle lui-même : sa hauteur tout d'abord. C'est surement le plus évident, mais pas forcément si facile à estimer à distance. A nouveau, toujours estimer au plus gros pour éviter les mauvaises surprises (il vaut mieux que ce soit plus petit que prévu, plutôt que de se retrouver à battre quatre fois des bras en l'air avant de s'écraser). En deuxième, sa forme : toutes les barres ne sont pas verticales, loin de là ! Certaines sont carrément déversantes, vous n'avez alors aucune chance de toucher le rocher même en vous laissant tomber du sommet : le risque est moindre. Mais une bonne partie sont seulement un peu plus pentues que la pente que vous skiez : il va falloir de la vitesse pour aller plus loin que le rocher (sinon, on racle)


Quelques types généraux de barres rocheuses, vues de profil. Les "plongeantes" envoient le skieur dans la réception, celles qui remontent ("pop", corniche ou barre à backflip) demandent plutôt à baisser un peu la vitesse et amortir pour éviter de se satelliser, tout comme les déversantes, tandis que les longues demandent d'y aller plein gaz et éventuellement impulser légèrement :

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- La réception : élément capital bien sur. Il faut s'assurer qu'il n'y ait pas d'obstacle immédiat dans la zone de réception du saut, mais aussi dans les mètres qui suivent où vous pouvez être en "récupération de contrôle" après un atterrissage un peu foiré... Les caractéristiques à regarder : son degré de pente (pour l'impact et la vitesse à prendre), sa largeur (pour l'axe du saut, CF la partie suivante), sa longueur avant une autre partie de la ligne (resserrement, couloir, autres barres, ou bas de face dégagé, etc.), obstacles éventuels, et bien sur l'état du manteau neigeux.

Vous devez aussi regarder où se trouve votre saut dans la face et ce qu'il y en dessous : d'autres barres ? Un couloir ? S'il n'y a qu'un grand champ de poudre régulier qui s'aplanit, vous prendrez peu de risques. En revanche, si c'est un saut en haut de ligne et que derrière il y a de la pente et plusieurs barres qui se succèdent, c'est une autre paire de manches... En cas de chute, ça peut très mal finir.

- L'accès et l'intégration dans la ligne : vous avez trouvé votre barre, checké votre appel et réception à vue, mais maintenant il faut vous assurer qu'une fois en haut de la face, vous allez la retrouver... C'est peut-être une des choses les plus dures : qui n'a jamais raté son cailloux (ou complètement sa ligne), perdant tout ses repères ? Pour cela, il faut trouver des éléments qui seront visibles d'en haut : rochers, arbres, poteaux, couloirs, etc, avant de mémoriser le trajet exact pour y arriver (en inversant bien gauche et droite par rapport à la vue spectateurs). Enfin, si vous êtes dans le cadre d'une compétition, assurez-vous que ce saut s'intègre bien dans votre ligne et vous permet de la réaliser avec fluidité ET contrôle. 

Conclusion : chaque barre est différente des autres de part ses caractéristiques, et chaque saut de barre est différent des autres par les changements des conditions (même le même rocher, le même jour, change à chaque passage à cause des différentes traces, en appel comme en réception, ou de l'évolution de la neige en fonction des conditions météo). Le repérage est donc indispensable. 

Que faire avec ces infos ? Eh bien, en fonction de votre niveau et votre volonté, vous pouvez prévoir un saut sur le cailloux qui vous intéresse, avec une trajectoire potentielle. Pour prévoir celle-ci, il vous faut noter mentalement : la zone d'appel précise (si le rocher permet de choisir), l'axe du saut (la direction dans laquelle vous sautez) et la vitesse que vous prendrez (ces trois premiers éléments décideront de la zone de réception finale) et enfin la suite de votre ligne. Tips : commencez plutôt par des rochers avec une zone large et évasée en réception, d'abord raide pour l'atterrissage, puis s'aplatissant progressivement plus loin. 


Repérage lors du Freeride World Qualifier de Vars :

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3) L'action

A partir d'ici, on considère que vous avez suffisamment repéré votre saut pour avoir en tête tout le déroulement : comment y accéder, quel vitesse approximative prendre, quel axe, quel niveau de résistance au choc anticiper (en fonction de la neige, la pente et la vitesse) et enfin quoi faire une fois réceptionné (en fonction de la ligne/face)

Pour commencer, histoire de prendre confiance et faire les choses correctement, arrêtez-vous au-dessus du rocher et faites-vous aider par un des skieurs qui vous accompagnent (car bien sur, VOUS NE FAITES PAS ÇA TOUT SEUL) en cas de soucis de repérage, histoire d'être certain de sauter là où vous l'avez prévu. Mais à terme, le but sera de supprimer cet arrêt et d'enchainer de haut en bas votre ligne, sans interruption, uniquement de la gestion de vitesse pour le saut. 

- "Je vois rien, c'est comment ?"

Si vous ne voyez "rien", c'est normal : souvent d'en haut de sa ligne on ne voit pas son rocher (on ne voit pas ou peu les rochers de la face en général, et pour peu qu'elle soit un peu plongeante, on ne voit rien du tout), et une fois au-dessus de celui-ci on ne le voit pas, tout comme on ne voit pas la réception. On distingue seulement la silhouette, la forme que la neige donne là où elle plonge. En jour blanc, c'est vite problématique... Mais si vous avez fait le boulot correctement niveau repérage, que vous avez des repères pour vous en assurer, c'est qu'il "n'y a plus qu'à" comme on dit !


A gauche, la vue depuis le départ de la face de FWQ de Chamonix, puis de Vars (et ouais, on voit que dalle). A droite, Le fameux "J'vois rien !" "Ouais t'inquiètes, ça passe !" :

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La vitesse, c'est la clé

Bon, cette fois, c'est la bonne : vous avez fait le boulot, votre repérage est bon, il n'y a plus qu'à y aller. Faites le vide dans votre esprit et concentrez-vous uniquement sur les gestes à effectuer, puis allez-y avec la meilleure conviction que vous puissiez avoir. 

Quelques virages, ou au pire juste les skis à mettre dans l'axe, droit vers l'abime qui arrive. L'important est d'y aller avec suffisamment de vitesse : c'est elle qui vous permet de gérer votre vol et limiter votre impact ! Vous ne devez pas vous laisser aller vers le bord puis vous laisser tomber et voir ce qu'il se passe en espérant vous en sortir sur vos pieds et sans encombre. La vitesse, vous pouvez la maitriser, et ainsi vous maitriserez toute votre action. 

Arrivé sur l'appel, vous ne mettez pas une grosse impulsion sauf si vous sentez que vous risquez d'être trop court à cause d'un manque de vitesse (elle risque de vous déséquilibrer au cours du vol). Vous ne vous laissez pas non plus glisser dans la pente, vous y allez franco et chargé sur les languettes, en envoyant les bras vers l'avant. Sans ce mouvement du haut du corps idem, vous allez vous déséquilibrer vers l'arrière et nous faire un bon vieux plat-dos. 

Avant même de décoller réellement, au moment où vous êtes sur le haut du rocher, vous voyez enfin la réception et vous fixez l'endroit vers lequel votre trajectoire semble vous diriger. Il ne vous reste plus qu'à vous grouper et profiter du voyage.

Quelques instants avant d'atteindre l'endroit où vous allez retrouver le sol, vous vous dégroupez au maximum en tentant d'amortir l'impact de manière tonique avec tout votre corps (jambes mais aussi abdos/dorsaux). C'est là que le physique intervient... Si vos calculs sont bons, il y a des sauts de barres (et même des gros) où l'impact n'est presque pas sensible (grâce au combo vitesse/trajectoire/poudreuse -> voir le schéma en fin d'article)

Si tout va bien, il va falloir maintenant gérer la suite de votre descente et notamment votre vitesse qui est surement en augmentation : un saut de barre est généralement une phase d'accélération (c'est normal, c'est de la physique, gravité, tout ça). Selon la suite de votre ligne il vous faudra freiner pour calmer cette accélération, ou bien laisser aller avant que le redressement de la pente (typiquement en bas de face) ne fasse le travail tout seul. 


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Equilibre, impulsion, centrage

Une des choses difficiles à trouver au début de la pratique du saut de barres est le centrage idéal à avoir en réception : un peu en arrière et on backslape, un peu en avant et on finit direct en tête-pieds... C'est pour cette raison que la progression lente, en privilégiant l'augmentation de la vitesse à celle de la hauteur au début, est capitale pour que vous intégriez naturellement cette notion du bon centrage, d'autant plus que celui-ci dépend de deux facteurs principaux : l'inclinaison de la pente en réception, et la neige au moment du saut (le centrage est différent en poudreuse et en neige béton). En général, au début on a tendance à finir en arrière parce qu'on a du mal à y aller avec de la vitesse, et on se laisse plus tomber que ce que l'on saute, tandis qu'ensuite une fois qu'on a compris, on se met quelques faceplant/tête-pieds le temps de trouver ou placer le curseur puis après, c'est que du bonheur...

Le jeu consiste à trouver, à l'aide de la vitesse et l'impulsion, la bonne position par rapport à la forme de la barre. Qu'est-ce que la bonne position ? Pour un saut de barre posé, il faut chercher une trajectoire et une position en l'air qui vous mettra avec les skis parallèles à la pente de réception, et le corps bien positionné dessus, à l'attaque (voir sur les séquences ci-dessus, ou sur les photos prises de côté)

Nous avons écrit plus haut qu'il valait mieux éviter l'impulsion au sens "classique" où beaucoup l'entendent, une grosse extension comme pour sauter plus haut ou plus loin. Cependant les riders effectuent tout de même un mouvement qui consiste à envoyer les bras et le torse vers l'avant : c'est ce qu'on appelle "charger" dans le jargon freeride. Combiné au groupement du corps qui suit, cela permet de garder au mieux le contrôle de la position au cours du vol et de contrer l'effet "naturel" de la chute qui tend à faire basculer le skieur vers l'arrière. Ce mouvement permet alors de prendre la bonne position avant réception dont nous parlons dans le paragraphe précédent. 

Attention : si vous sentez que vous risquez d'être trop court, ne pas hésiter à mettre une plus grosse impulsion qui peut vous sauver. Elle peut aussi être nécessaire selon l'aspect de l'appel du rocher, si la pierre est affleurante il vaut mieux mettre une impulsion et décoller avant le bord pour éviter de racler et finir tête première. A vous de doser selon les conditions et le terrain ! Une fois maitrisée, c'est cette légère impulsion qui vous donnera le centrage idéal en réception. 

Parmi les pros, il n'y a pas de règle : certains (comme Richard Permin) mettent une petite impulsion au niveau des jambes qui leur permet de bien grouper ensuite et mieux gérer leur trajectoire. D'autres, dans le même but, engrangent le maximum de vitesse et amortissent légèrement l'appel de la barre, mais gardent un mouvement du haut du corps pour rester sur l'avant. En voici un exemple très concret dans le fameux Claim de Matchstick Productions avec James Heim (les deux séquences à 12 minutes) :


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Pour résumer le centrage, considérez que vous devez avoir lors du vol les skis à peu près parallèles à la pente de la réception. Au dernier moment avant l'impact, l'extension que vous ferez pour amortir aura tendance à leur faire relever le nez, ce qui évitera qu'ils ne plongent au fond du manteau, vous envoyant alors manger la neige. Au moment de l'envol, vous devez donc faire en sorte de gérer votre impulsion pour mettre votre corps dans cette position, adaptée à la pente de la réception. Tout dépend donc de l'appel (son inclinaison, son axe et sa forme) et de votre vitesse (qui vous fait atterrir plus ou moins loin dans la réception). Ça comment à être plus clair ?

4) Progression... Petit-à-petit

On en revient au début, et la boucle est bouclée : vous pouvez désormais, en fonction des succès de votre entreprise, tenter des rochers un peu plus difficiles (attention, cela ne veut pas forcément dire plus hauts). Dans des endroits un peu plus engagés, plus raides, dans des neiges moins bonnes, voire carrément tenter de petits enchainements avec des doubles barres. Cette partie s'adresse donc à ceux qui ont quelques bases de sauts et qui souhaitent progresser ou ceux qui ont mis en place les conseils précédents et qui veulent aller plus loin.

A terme, sur neige compacte ça marche aussi (mais l'impact reste costaud, backseat ici) :

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Plus vite, plus haut, plus loin : "charger" comme ils disent les ricains. Nous vous conseillons tout d'abord de continuer votre progression sur des rochers que vous connaissez et maitrisez déjà à peu près. Continuez de les sauter en tentant de nouvelles choses dessus : dans des conditions de neige différentes, avec beaucoup de traces, ou alors avec de plus en plus de vitesse à chaque fois, en allant un peu plus loin. 

Vous verrez qu'en gérant votre vitesse, vous gérerez de mieux en mieux votre trajectoire et aussi votre longueur, hauteur et durée de vol. On peut se mettre des vols de dix mètres sur des rochers qui en font quatre avec la bonne vitesse ! Celle-ci vous montrera également que le saut de barre c'est autant un question de longueur que de hauteur. En engrangeant de l'expérience et de la confiance en terrain connu, vous pourrez plus facilement exporter ce savoir sur de nouvelles zones avec de nouvelles barres, peut-être plus grosses... 

Un peu de physique/mathématiques : plus vous allez vite, plus votre trajectoire est tangentielle à la pente, plus vous réduisez l'impact (et plus vous volez loin). La vitesse est donc bien la clé de la réussite... 

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Selon le matériel que vous possédez, il vous faudra peut-être investir au fur et à mesure que vous gagnerez du niveau. Les lattes idéales pour le saut de barres sont plutôt grandes (pour plus de stabilité) et assez rigides, notamment en talon (pour gérer les réceptions et limiter les faceplant ou backslaps parce que vos skis se plient en deux sous votre poids, mais aussi simplement gérer la vitesse que vous allez commencer à atteindre). Par contre, on perd un peu en maniabilité avec ce genre de shape : à vous de voir. 

Forts de ces expériences, vous pourrez commencer à travailler vos lignes pour y intégrer un ou plusieurs sauts de manière fluide, sans casser le rythme de votre ski. Plus on gagne en expérience et en niveau, plus on est propre, mieux on enchaine. 

Les bons côtés : grosses sensations, technique meilleure (en ski, en l'air, en réception), polyvalence et adaptabilité aux conditions, et on épate la galerie (ben ouais faut pas perdre de vue l'objectif non plus)

Les moins : plus on skie vite, plus on saute haut et plus si ça rate, c'est la merde... Les risques sont plus élevés. Ne pas l'oublier... 

Voilà, maintenant "y a plus qu'à" comme on dit ! Soyez prudents...

Le Team Bucheron dans ses oeuvres :

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19 commentaires
Dr.Skier
Statut : Expert
inscrit le 09/12/15
Stations : 1 avisMatos : 25 avis
Très bel article! C'est super complet! Elle est trop bien cette barre sous le télésiège à Orcière!
C'est vrai que le lancer de bras en avant c'est super important, se forcer un peu à garder les bras en avant ça permet souvent d'éviter les backslaps!
Petite pensée pour Shane Mc Conkey, un des plus grand sauteur de barres de tous les temps, ça fait plaisir de revoir son segment dans Claim!
 

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freeryan
Statut : Gourou
inscrit le 12/02/05
Super cet article , mais aussi emprunt à beaucoup d'émotion avec les différentes déconvenues de certains rider connus ou pas ..
Thks skipass et "notre serviteur " ;)
 

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Cl3m
Statut : Gourou
inscrit le 20/05/09
Matos : 24 avis
Excellent article. Pas seulement parce que très complet et plein de pédagogie mais aussi parce que très agréable à lire et plein de mémoire.
 

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Amphib Bia

inscrit le 03/10/18
y'a pas... je prefere la technique des années 90-2000... les années ou TOUT a été inventé... un saut de barre dans la pentu, bien raide, avec peu de vitesse, c'est tellement plus technique que les "jets" type coupe du monde de ski... les vrais hommes sautent les barres comme ça, avec les .ouilles...
 

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ramtsv
Statut : Confirmé
inscrit le 26/11/12
Matos : 12 avis
Super article, merci. Quelle classe Hugo Harrisson...
Pour le rôle du materiel, je trouve que la forme de la spatule a aussi un rôle, je me souviens de mes gotama qui avaient la spatule très basse, je partais en tête pied une fois sur deux dans la neige lourde, c'est devenu beaucoup plus rare avec d'autres skis ... évidemment avec une technique parfaite j'aurais sans doute posé à tous les coups mais quand on est un peu limite toute aide est bienvenue
 

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klyxt
Statut : Gourou
inscrit le 09/11/08
Très bon article bien illustré
Déjà une barre de 2m me fait limite flipper alors quand je vois ce que d'autres envoient je n'ai qu'un mot: Respect

Après il est certains que la préparation joue un rôle important pour ne pas finir avec un genou à la place de la hanche...
 

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murazakiii

inscrit le 18/11/12
Super article très complet. Ça fait du bien de se rappeler l'histoire du freeski où il y avait plus de rockers dans l'esprit que sous les skis.
Par contre J'aurais un peu attendu pour sortir cette article.
Allez pas vous briser dès le début de saison les boys. Y'a pas assez de neige pour l'Instant
Allez plutôt sauter dans les bars en attendant.
Sinon n'oublier pas de prendre l'assurance car le secours hors piste ça chiffre vite.
Et n'oublier pas : "mieux vaut sauter une triple barre de 3×3m qu'une grosse de 9 m" ça score plus!!!
Surtout avec un 360 au milieu.
 

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NobruDude
Statut : Gourou
inscrit le 25/04/13
Stations : 19 avisMatos : 44 avis
Superbe article ! :)
Pour faire écho aux "risques d'arthrose" ou au spoiler "ça ne durera pas toute votre vie", je partage ici mon expérience perso : à 48 piges, depuis plusieurs années, j'avais de plus en plus mal au dos suite à des bonnes sessions. Donc, direction le toubib puis scanner. Verdict : arthrose L5-L6, fini les conneries, et les barres, ce sera céréales ou au chocolat :( Grosse déprime, du coup je vais voir un kiné ancien coéquipier au rugby, et il me dit "bullshit, tous les gens de ton age ont de l'arthrose, le pb, c'est ta posture !!" Et de travailler sur ladite posture, et miracle, fin des douleurs, et je re-bienvenu les drops dans la poudre :) :)
Donc, y'a pas d'age, on peut continuer à se mettre des tirs jusqu'à la fin :P
ramtsv
Statut : Confirmé
inscrit le 26/11/12
Matos : 12 avis
Voilà un beau message d’espoir !
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NobruDude
Statut : Gourou
inscrit le 25/04/13
Stations : 19 avisMatos : 44 avis
Voilà une tentative d'application de toutes les consignes de l'article :) Dans la forêt du Fornet à Val D'Isère.
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