/ Texte Guillaume Desmurs _ Photos Dom Daher/FWT (sauf mentions) _ Vidéo Guillaume desmurs



Pour sa première saison sur le Freeride World Tour, Candide Thovex (en photo d'entête) ne pouvait rêver meilleur scénario... Après un début en fanfare qui a surpris à Chamonix, même si on le savait depuis toujours très fort sur ses skis quel que soit le terrain, c'est l'apothéose aujourd'hui à l'Xtreme de Verbier puisqu'il remporte le Freeride World Tour 2010. Six skieurs pouvaient prétendre au titre mondial et sur la neige, personne n'a rien lâché. Le suspens a été entier jusqu'au bout...
 
Sur le papier, il lui "suffisait" d'être meilleur que l'excellent Henrik Windstedt (lui aussi issu du ski freestyle). C'était sans compter le fait que les gaillards finiraient ex aequo, en troisième position. En effet, c'est Kaj Zackrisson qui l'emporte aujourd'hui à Verbier, devant Aurélien Ducroz (photo du podium à gauche).

Mais les mathématiques sont imparables : le classement s'effectuant au meilleur des 3 résultats sur les 4 épreuves. Candide est champion du monde, devant Kaj Zackrisson et un Henrik Windstedt très déçu ! (Kaj et Henrik étaient ex-aequo, mais le 4ème résultat de Kaj étant meilleur, c'est lui qui prend la seconde place)

Surtout, Candide Thovex n'aura pas fait de compromis ce matin à l'Xtreme : en choisissant la ligne la plus engagée et en la ridant avec vitesse et aisance, il a prouvé que justement il n'avait plus rien à prouver. Bon ok, ce n'est pas la victoire sur le mythique Bec des Rosses, mais un podium pour une première participation et une première fois dans cette face, c'est beau.

Le Freeride World Tour a un nouveau champion, et c'est la discipline dans son ensemble qui vient de prendre un sacré électrochoc. Bonne journée pour les français puisque c'est Xavier De le Rue qui décroche la victoire à l'Xtreme et le titre mondial en snowboard, de quoi se consoler des J.O.


Mardi sur les pentes du Bec des Rosses, on a donc refait le match. Après le report de la compétition disputée samedi, les conditions étaient idéales aujourd'hui mardi pour recourir la totalité de la compétition hommes (ski et snowboard). La neige molle et traître de samedi a gelé et une couche de poudreuse est venue parfaire le tableau.

Les premiers à partir ont fort à faire avec le slough qui dégouline. Kaj Zackrisson le premier signe un beau run dans le couloir central. On n'en attendait pas moins du solide Suédois. Idem pour Aurélien Ducroz qui montre un peu plus d'entrain et de fluidité que samedi. Il réceptionne la Voirol avec aisance et se permet même d'engager dans les cailloux en fin de run. Julien Lopez, l'épaule en vrac et l'ambition abandonnée de prétendre au titre mondial, choisit le dogleg couloir. Il signe un run un ton en dessous des autres, mais il est run fluide avec même un petit saut de barre.


Henrik Windstedt nous ramène dans le couloir central avec le même run que samedi : propre, rapide et parfaitement exécuté. On sent que les juges vont avoir du mal à départager les riders… Ca continue avec un Reine Barkered qui change de run, part à gauche puis revient dans le couloir central. Pour le moment, on assiste à une très belle compétition de freeride mais somme toute classique. Les riders suivant vont lui donner une autre dimension, il faut le dire, exceptionnelle.
 

D'abord Sverre Liliequist, le vieux routard suédois part droit dans la face, bricole derrière un caillou, caché des juges et du public, et ressort sur une arête encore non ridée. Mais où va-t-il ? Sans s'arrêter, le formidable Suédois saute une énorme barre tout au sommet de la face. La chute est tout simplement interdite. Le public retient son souffle. Il s'arrête net dans la neige à l'atterrissage et poursuit son run. Le public est bouche bée. Il l'a fait ! Et Sverre ne s'arrête pas là, il continue à sauter tout ce qu'il voit, avec une fluidité difficile à croire dans ce degré de pente.
C'est sûr, il est le roi de la journée et remportera l'épreuve. Et pourtant, il termine cinquième. J'ai demandé à Seb Michaud, l'un des juges, de m'expliquer pourquoi Sverre n'avait pas plus scoré : "Tu peux essayer de faire tous les sauts possibles et les poser sur le côté, dans ce cas-là on reviendrait en arrière, à l'époque où on envoyait ce genre de gros jumps… aujourd'hui c'est devenu tellement technique et pro, que la moindre petite erreur doit être sanctionnée… même si le saut est haut et exposé. Ca doit être dur à accepter pour Sverre, surtout quand tout le public lui a dit qu'il le voyait devant. S'il posait bien, il pouvait jouer la gagne. Je vais aller lui expliquer..."

Ensuite, c'est… comment dire…je suis à court de superlatifs pour décrire le run de Xavier De Le Rue. Il avait prévenu qu'il allait nous suprendre… mais là ! Il a pris la direction d'une zone inexplorée, sur la droite (vu d'en bas) et s'est mis à slalomer dans du 50° de pente entre les cailloux. Tout le monde essayait de prévoir où il allait bien pouvoir passer… et là, sans une souffle d'hésitation, il survole une barre (d'ores et déjà baptisée "barre De Le Rue") et repose impeccablement… la planche droit dans l'axe. Il n'est pas loin de 70 km/h (a estimé un guide) dans du 50° de pente. Incroyable. Il ralenti à peine en se mettant en travers et termine la face avec un pif-paf entre deux cailloux, ras les bouclettes, à une vitesse supersonique. On s'est tous regardés ébahis. Et quand on sait que Xavier ride avec ses boots desserrées… Les autres snowboarders (dont Cyril Néri, 2ème et Mitch Toedlerer 3ème) était tous aussi puissants, rapides et engagés les uns que les autres. Xavier est juste un cran au-dessus...
 

Suivant. Candide Thovex. Son run en vidéo dit tout. On l'attendait dans le dogleg couloir, moins raide et moins engagé, où il aurait pu mettre en valeur ses points forts : vitesse et fluidité. C'était sans compter sur le fait que Candide est un skieur, un vrai, et pas qu'un freestyler. Il a voulu "faire comme les grands" dit-il et nous a offert un vrai run de freeride, sur les traces de Aurélien, Kaj et Henrik dans le couloir central. Il a véritablement joué dans la cour des grands en signant un run digne des meilleurs.

Le couloir central. Pourquoi tous choisissent-ils d'y aller ? Comme l'explique Candide, "il est beaucoup plus facile de se repérer dedans", et il y a cette barre Voirol (et Hollywood, la partie la plus sautée) "devenue indispensable pour terminer sur le podium", précise, comme à regret, Seb Michaud, l'un des juges. 

Ensuite, la compétition se termine avec un JT Holmes aventureux qui suit la ligne de Xavier De Le Rue, saute la barre mais ne peut pas freiner et explose dans une série de tête-pied spectaculaire. J'ai compté, il y a 21 trous… Même pas mal. L'Américain se relève immédiatement et bat des bras pour indiquer qu'il est sain et sauf.
 

Les juges mettront un moment à se décider. Les rumeurs courent : Reine est premier, non c'est Sverre, il y aurait trois ex-aequo en première place… "Kaj par rapport à Aurélien, a joué un peu plus avec le terrain avant le dernier gros saut, avec un petit take-off par dessus un rocher qu'Aurélien a contourné. Ca fait une difficulté en plus dans son run, et ce n'est pas du hasard, il savait exactement où il allait. Ca s'est joué à des subtilités, on est à 0,1, 0,2 points de différence entre les cinq premiers…", explique Seb Michaud.

Finalement le verdict tombe et avec lui vient ce frisson dans l'échine d'avoir assisté, aujourd'hui, à du freeride du plus haut niveau (certaines lignes sont dignes d'une vidéo) et à la victoire stupéfiante d'un Candide rayonnant. "Il faut toujours se méfier des skieurs de bosses !", résume Glen Plake, hilare.