Les Contamines-Montjoie, de Roselette à l'Olympique

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Les Contamines-Montjoie, de Roselette à l'Olympique

La SECMH, société exploitante du domaine skiable, investit dans un nouveau télésiège débrayable en lieu et place d'un triplace de 1985. De la décision du changement à la livraison de l'appareil, nous allons vous faire découvrir en deux articles toutes les étapes de la construction.
Les contamines - montjoie
ventoux84
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En novembre 2019, cet article vous avait plongé dans les coulisses du domaine skiable des Contamines-Montjoie. Très tôt dans le matin, avant l'ouverture des remontées mécaniques aux skieurs, nous avions suivi le travail des professionnels de la neige et appréhendé la diversité des métiers de dameurs, pisteurs-secouristes, conducteurs de télésiège.

Nous poursuivons notre série sur le travail de l’ombre et l’envers du décor de la vie d’une station avec le suivi complet de la construction du télésiège six places débrayable de l’Olympique, qui sera livré en 2021 après une construction étalée sur deux années.

Nous ne mesurons pas forcément, quand nous prenons place sur un nouvel appareil en début d’hiver, le cumul d’heures travaillées et la diversité des activités et tâches mobilisées pour concrétiser un projet de cette envergure. Pour l’Olympique, la décision a été prise en 2016 de remplacer l’actuel télésiège trois places de Roselette, dans sa précédente dénomination, qui vit de fait en 2020 sa dernière saison après 35 ans de bons et loyaux services. Cinq années d’un long processus d’études et de préparation que nous allons vous détailler en passant par un bout d'histoire sur cet axe majeur du domaine des Contamines-Hauteluce.

Roselette, un axe historique

Erik Reitzel, le père de la Grande Arche de La Défense, racontait que l'axe historique de Paris commençait dans la Cour Carrée du Louvre et traversait l'Arc du Carrousel, la place de la Concorde, les Champs-Élysées et l'Arc de Triomphe. Pour les Contaminards, il part du Lay sur la route de la Gorge, rejoint le hameau de l’Étape puis le Signal avant de gagner, après une courte descente dans le creux du Nant Rouge, la crête frontière avec la Savoie. Nous sommes dans les années 50 et le ski sort du cœur du pittoresque village, où se trouvent les téléskis fondateurs du Nivorin et des Loyers, pour gravir les pentes situées entre les aiguilles de Croche et de Roselette.

Le monoplace de Roselette, un appareil au sommet

Construit en 1959, le télésiège une place de Roselette appelé « tête des grillées » dans ses premières années, du sommet éponyme situé à son arrivée, était le dernier maillon d’une chaîne constituée de trois appareils avec un premier télésiège et un téléski à enrouleurs. L’appareil pionnier de Roselette disposait de sièges latéraux obligeant ses passagers à monter déchaussés, les skis à la main. 500 skieurs par heure avaient alors le privilège de gagner le sommet du domaine skiable à 2 107 mètres.

Le manque de praticité de l’embarquement amène la société des remontées mécaniques à remplacer les sièges d’origine par de nouveaux modèles permettant de s’installer face à la montée. Une petite casquette permettait alors de protéger les skieurs des intempéries.

Les pistes desservies s’appellent alors la jaune, la bleue, la verte de la couleur des jalons qui délimitent les itinéraires de descente. La jaune descendait sous le télésiège, « une piste amusante mais il y avait moins d’arcosses à l’époque » nous raconte Bernard Mollard, fils du fondateur de la SECMH et père de l’actuel directeur général Didier Mollard, dans une trilogie familiale. Le relief mamelonné du secteur offre de nombreuses possibilités de ski hors les pistes à une époque où le damage était encore artisanal. L’appareil sommital donne accès également à la magnifique Combe de Nant-Borrant sous l’aiguille de Roselette qui sera équipée par la suite.

Ce gain d’altitude se fait aussi dans un « creux à neige », un versant nord qui garantit du bon ski du début à la fin de la saison. « Nous avons toujours pu ouvrir ce secteur pour noël même les années difficiles et, en fin d’hiver, c’était le dernier à rester ouvert » rappelle Bernard Mollard.

1985, remplacement de l'appareil pionnier

L’historique et emblématique monoplace de Roselette est remplacé en 1985 par un trois places Pomagalski et sa fameuse gare alpha qui a popularisé la pince fixe. Le must de l’époque. Depuis 1973, les Contamines sont reliés avec Hauteluce et cet appareil améliore la liaison directe avec la voisine Savoyarde. Un passe montagne. Pour les locaux, c’est le télésiège à Miton, sympathique sobriquet donné à Marcel Calamar, le conducteur de l’appareil et personnage haut en couleur. La colorimétrie des jalons est du passé et les pistes se dénomment maintenant Frédzé, Boulevard, la Croix, l’Olympique…L’Olympique, dont le nouvel appareil va épouser le nom, en forme de clin d’œil, est d’ailleurs la piste totem du domaine, « belle avec des changements de rythme, des mouvements de terrain sur le haut et une pente régulière sur le bas, toujours bien préparée » nous indique François Barbier, le nouveau maire de la commune, également moniteur de ski. Pour Nicolas Raffort, membre de l’équipe de France de ski de vitesse, c’est « la plus belle des Contamines, droite, raide ».

Troisième génération et nouvelle dimension

Ce qui était l’attraction, l’identité du domaine en 1985 ne l’est plus forcément en 2020. Même si Roselette demeure l’artère centrale, l’emblème des années 80 est devenu un appareil lent, long, encombré. « Quand tu montes dessus, tu sais que tu vas rester 20 minutes et il ne faut pas être pressé. Cela fait son charme » plaisante Nicolas Raffort. Un charme sympathique mais qui ne répond plus au standard des pratiquants d’aujourd’hui. Nicolas Raffort, de poursuivre, « tout le monde attend le nouvel appareil. Il était temps de le changer et ce débrayable va faire du bien au secteur qui avait perdu de sa superbe et un peu d’intérêt aussi ». Ce désintérêt partiel devrait bientôt être gommé. « Cela risque de beaucoup changer les flux skieurs » s’impatiente déjà Didier Mollard.

Confort et vitesse forment également l’argumentation. « Cet ascenseur va permettre de désengorger l’étroiture du fond de jonction où se situe la gare aval, en particulier en fin de journée. C'est un secteur stratégique car c’est le lieu où convergent les plus belles pistes du domaine mais aussi un appareil prisé des jeunes débutants qui accèdent aux secteurs d’altitude » évoque Olivier Bégain, directeur de l’école de ski et usager au quotidien.

La construction du télésiège Olympique

Le clap de fin du triplace de Roselette ne sera donné qu’à la fin de la saison ; au-delà de la joie promise aux usagers du domaine et amateurs de ski, la construction du nouvel appareil est une aventure qui mérite d’être racontée.

Comment se décide et se construit un nouveau télésiège ?

La SECMH est la société exploitante des remontées mécaniques et du domaine skiable, opérateur historique implanté depuis 1956 sur la commune. Dans une relation à deux, la mairie lui a concédé cette gestion dans le cadre d’un contrat long, une délégation de service public, signée pour une durée déterminée. « Parmi ses obligations, la SECMH s’engage à réaliser les investissements prévus dans un plan directeur pour assurer le développement touristique de la station » explique François Barbier. Après le remplacement du télésiège de Bûche Croisée, en 2013, la rénovation des télécabines de Montjoie et du Signal, en 2015, le remplacement du télésiège de Roselette était le dernier gros investissement contractuel prévu au programme avant l’échéance du contrat en 2029. Un projet qui nous emmène à la rencontre de tous les maillons de la chaîne de conception et mettre en valeur des métiers méconnus.

Première étape, la constitution d’un duo

Lorsque la décision de réaliser le nouvel appareil est prise, une équipe se met en place. L’exploitant, maître d’ouvrage de l’opération, est le chef d’orchestre. Pour la SECMH, c'est deux chefs d'orchestre même, puisque Didier Mollard et Jean-Yves Duperthuy, le directeur d’exploitation, ont souhaité fonctionner en « co-chefs de projet » pour assurer le suivi du dossier. L'équipe interne désigne pour l’accompagner, un maître d’œuvre qui va superviser et contrôler le bon déroulement des travaux. Pour le télésiège de l’Olympique, la SECMH a fait appel au cabinet DCSA. « La première étape de notre mission est la phase d’esquisse », explique Yann Durmois, ingénieur conseil et représentant de DCSA. « Nous intégrons les souhaits généraux de l’exploitant en termes de débit, de confort. Nous prenons également en compte la configuration des lieux ». Un télésiège six places s’est vite imposé, mais Jean-Yves Duperthuy, de préciser « nous avions des besoins spécifiques comme le stockage des sièges en gare pour éviter des problèmes de givre ou une exploitation à une vitesse de vent supérieure à la normale pour pouvoir évacuer nos clients si la journée est tempétueuse ». « Plusieurs hypothèses de tracé sont travaillées et nous arrêtons ensuite un axe, en validant l’implantation des gares amont et aval. L’étude de ligne nous permet enfin de rentrer dans les détails mécaniques : dimension du câble, implantation des pylônes, type de balancier… » expose le maître d'oeuvre. Outre les aspects techniques très pointus, DCSA est chargé aussi de coordonner l’action des différents intervenants.

Le maître d'oeuvre a la connaissance technique des appareils. Notre rôle, c'est de lui apporter notre expertise et notre expérience du terrain.

Jean-Yves Duperthuy, directeur d’exploitation de la SECMH

L’étude d’impact pour protéger l’environnement

Toutes une série d’études consacrées aux avalanches, aux crûes, aux sols permettent de confirmer la zone d’implantation. Elles sont complétées d’une évaluation environnementale du projet. « L’étude d’impact est réglementaire et est une des pièces du permis de construire » précise Charles Mure, écologue de métier et qui intervient pour le compte du bureau d’études Épode. Un passage obligé pour garantir la préservation des milieux concernés par le tracé de l’appareil. « Mon travail consiste à faire le diagnostic complet du site en réalisant des inventaires très standardisés de la flore, de la faune, des habitats naturels, des cours d’eau. Cet état des lieux du milieu naturel permet d’identifier les impacts potentiels ». Même si l’Olympique est un remplacement d’appareil, que la ligne reste quasiment inchangée, « les études repartent de zéro dans la mesure où la végétation s'est renouvelée » indique Charles Mure. Le recensement effectué a ainsi permis de pointer quatre stations de Lycopode des Alpes, une espèce protégée et plusieurs zones humides d'altitude. Le projet de tracé est alors superposé à l’inventaire pour définir des stratégies d’évitement, de compensation ou de réduction des impacts. « Nous avons ainsi adapté l’emplacement de certains pylônes pour préserver des zones humides sous la ligne » détaille le professionnel de la biodiversité. La qualité de l'environnement est également une préoccupation de la mairie, « nous accompagnons la mise en place de cet outil en préservant la nature et en veillant que l'investissement ne dégrade pas la montagne » confirme François Barbier.

Le permis de construire, sésame pour la construction

Toutes les études et les plans techniques sont soumis à une demande d'autorisation d'exécution des travaux. Une DAET dans le jargon des remontées mécaniques, le permis de construire pour les non-initiés. La procédure d’obtention du fameux sésame suit un déroulement très encadré. Une enquête publique coordonné par un commissaire enquêteur permet à la population de réagir et de donner un avis. En parallèle, des organismes d'État habilités étudient le projet : la DREAL pour la partie environnementale, le STRMTG pour la partie mécanique.

Olympique sera un appareil Poma

Le profil en long réalisé pendant la phase préalable d’études sert à consulter les candidats à la construction. Cette sollicitation s’effectue en parallèle de la demande de permis de construire. Au jeu de l’appel d’offre, ce sont les entreprises Poma pour l’appareil et Joly&Philippe pour le génie civil qui ont été retenues. « Je récupère le projet à la signature du contrat et suis l’interlocuteur de la SECMH et de DCSA » affiche Emma Pellissier, chef de projet du constructeur historique. « Mon rôle est de coordonner une équipe constituée d’un ingénieur système - pilote technique de l'opération - qui va réaliser toutes les notes de calcul et être le garant de la cohérence de la solution, d’un conducteur de travaux et d’un logisticien pour la partie livraison sur site du matériel ». La configuration de la ligne de la remontée mécanique est réalisée par un lignard, métier bien spécifique à Poma. Le logiciel d'IAO - implantation assistée par ordinateur - fait chauffer les processeurs. Cette phase, invisible, est essentielle. L’appareil s’assemble de façon très détaillée sur un écran d’ordinateur façon brique de lego. « Nous arrêtons le nombre définitif de pylônes, leurs hauteurs et diamètres pour avoir des balanciers de 6, 8, 10 galets pour répondre au profil de la ligne, nous dimensionnons les gares, les types de motorisation, l’équilibrage des câbles. Les documents de sécurité sont élaborés sur la base des études » détaille Emma Pellissier. « Tout est très normé et j’interviens en miroir pour effectuer le second regard sur la conception et sur la réalisation » indique Yann Durmois.

Poma compte de nombreux métiers. Parmi eux, le lignard qui va réaliser l'étude de ligne à partir d'un outil nommé IAO

Emma Pellissier, Poma

Un travail d’équipe, une énergie collective

« J’aime cette vision de maillons qui s’assemblent, par étapes, pour arriver à la construction de l’appareil » déclare Yann Durmois. Si cet esprit d’équipe s’affiche chez les intervenants extérieurs, la SECMH a profité de cette construction pour créer aussi une véritable dynamique interne autour de ce projet phare. « Un retour d’expérience de nos derniers investissements a été réalisé et nous avons impliqué, dès le départ, nos équipes de terrain, dameurs, nivoculteurs, équipe de maintenance de façon à ce qu’ils participent au cahier des charges et que l’on ne découvre pas des choses auxquelles nous n’aurions pas pensé au moment de la livraison » se félicite Didier Mollard. Les agents ont été également appelés à se prononcer sur des sujets plus nébuleux comme la négociation des marchés. « Nous n'avons pas acheté qu’une simple remontée mécanique mais nous souhaitions créer un véritable outil participatif pour permettre à tout le monde de s'exprimer ».

Alors que le confinement du printemps a rallongé la période d’enquête publique et reporté tous les délais liés aux autorisations d'urbanisme, les travaux du télésiège de l’Olympique ont enfin débuté le 15 août dernier pour tordre le cou à la crise. « Un point d’honneur et beaucoup de fierté de réaliser un tel investissement dans une période si incertaine et de lancer ce chantier en nous appuyant sur des entreprises locales dans une logique de solidarité territoriale » lance Didier Mollard, avec conviction et satisfaction ; « cet investissement est le symbole du dynamisme de la SECMH » de conclure Olivier Bégain.

Nous vous donnons rendez-vous à l’automne 2021 pour un nouvel article qui parlera cette fois de toute la phase de construction et des premiers tours de poulies de l'Olympique.

Cet article est une production Skipass.com réalisée avec le soutien des contamines - montjoie
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Texte Maxime Petre
Cette montagne que l'on découvre...Au loin de toutes parts est presque toujours devant nos yeux
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