Les Contamines-Montjoie, l'esprit Olympique

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Les Contamines-Montjoie, l'esprit Olympique

La SECMH, société exploitante du domaine skiable, investit dans un nouveau télésiège débrayable en lieu et place d'un triplace de 1985. De la décision du changement à la livraison de l'appareil, nous allons vous faire découvrir en deux articles toutes les étapes de la construction.
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Cet article développe la suite du premier épisode consacré au suivi de la construction du télésiège de l'Olympique aux Contamines-Montjoie échelonnée sur deux années. La première pierre posée en août 2020 avait marqué le début du chantier, proprement dit, après la longue phase préalable d'études, de dossiers techniques et de cahiers des charges. Nous entrons maintenant dans la mise en oeuvre, visible et reconnue, soutenue par les métiers responsables de l’installation. Elle nous conduit jusqu'à l'ouverture au public de l'appareil sur les premiers week-ends de décembre. Au-delà de l'appareil en lui-même très attendu par les usagers du domaine skiable, la SECMH, société exploitante, a souhaité mettre en valeur tous les métiers qui participent à sa mise en action : une vingtaine d'entreprises mobilisées dans une vision partagée et engagées dans une confiance mutuelle et, une équipe de conducteurs impatiente d'appuyer sur le bouton « marche ». Olympique n’est pas seulement un nom sur les gares et un plan des pistes. Olympique, c'est aussi l'état d’esprit positif et la bonne ambiance qui ont régné sur ce chantier biennal dont nous vous invitons à découvrir les coulisses au plus près de ses acteurs.

Un télésiège, des métiers et des missions

Chaque année, l’entreprise Poma livre des centaines de remontées mécaniques pour les domaines skiables à travers le monde et des dizaines d’appareils comme le télésiège débrayable de l’Olympique. Un processus de construction bien huilé, décliné territoire par territoire, de la complexité souvent mais des éléments génériques aussi que l’on peut facilement simplifier à deux gares, un câble, des pylônes et des sièges. Il va de soi que l'implantation d’un téléporté est beaucoup plus complexe et ne se résume pas à l’appareil et aux équipements que fournit le constructeur. Usinage, aléas météorologiques, accès en altitude, héliportage, tirage de câble, tests et essais, autant d’étapes, d’activités ou de contraintes qui jalonnent un chantier, rendant captivant son suivi. 

Ce 30 juin 2021, jour de notre visite sur site, le chantier bat son plein en gare aval. Après la traditionnelle réunion de travail au restaurant d'altitude du signal réunissant toutes les entreprises présentes, nous rejoignons les équipes qui s'affairent sur le montage et la construction du poste transfo. La grue lève la poulie, le montage est délicat. Les métiers sont nombreux et variés telle une ruche bourdonnante. Il y a Poma bien sûr mais aussi les entreprises Boma, le constructeur des locaux techniques, Semer, le spécialiste des équipements électriques, Joly & Philippe, qui réalise l'appareil, des massifs en béton jusqu'à sa livraison, Benedetti, le terrassier. Le géant du transport par câble et des entreprises locales. Des métiers variés, rudimentaires, mais combien ingénieux et méticuleux : électriciens, câbleurs, monteurs, maçons, conducteurs de travaux. Tous s'affairent de façon très ordonnée sous l'oeil du chef d'orchestre, Yann Durmois de DCSA, le maitre d’œuvre. « Une remontée mécanique, c'est un gros jeu de Lego à bien coordonner si on peut faire une analogie » explique Christel Bottolier Curtet de Boma.

Les nuages enveloppent encore les Dômes de Miage après une veille bien arrosée ne nous laissant pas la chance d'apercevoir les glaciers. « Nos agents sont des passionnés de la montagne. Ils aiment travailler en extérieur mais la spécificité de ces chantiers est que la fenêtre de tir est très courte avec des délais contraints et de l'adaptation aux intempéries » signale Pascal Bray, chef du projet Olympique chez Semer, l'entreprise responsable des raccordements et de la mise en service. 

Le chantier de l'Olympique fait intervenir aussi des experts, métiers de l'ombre au rôle pourtant ô combien essentiel. C'est le cas de la société Altivolt qui apporte l'électricité au télésiège. « Si nous n’étions pas là, il y aurait un bel appareil mais qui ne pourrait pas fonctionner » ironise David Allard. Le passage d'un appareil à pince fixe à un débrayable modifie, en effet, le besoin de puissance nécessitant l'installation de nouvelles alimentations électriques. « La partie électrique est enchevêtrée dans le planning de la remontée mécanique car nous sommes à l'interface de plusieurs métiers. Cela nous demande beaucoup d'adaptabilité mais nous nous connaissons tous bien car "la montagne" est un petit milieu et tout le monde joue bien le jeu » se satisfait le gérant d'Altivolt.

La fabrication du télésiège

Avant de gravir les pentes du col de Joly, le jeu de construction débute dans les locaux de la société SACMI, à Gilly sur Isère, en amont d'Albertville pour un projet en circuits courts mettant en lumière le dynamisme de la filière rhônalpine. SACMI est la filiale de POMA spécialisée dans la mécano-soudure, l’usinage et le montage. Elle est surtout l'assemblier de l'appareil, le catalogue des pièces détachées, une sorte d’Ikea de la remontée mécanique. Fûts de pylône, potences, balanciers, galets, éléments de gare, c'est ici que se configure l'appareil, d'ici aussi que les différents composants rejoignent leur lieu de montage. Chez SACMI, le télésiège Olympique prend forme. On produit les pièces métalliques à partir de matériaux bruts. Les tubes en acier sont percés, soudés, combinés, manuellement ou avec des robots de soudure. Certains éléments sont produits sur mesure et d'autres en petites séries. Le procédé de galvanisation, qui donne aux pièces leur patine grise et brillante, permet d'éviter la corrosion et de résister aux intempéries. Louis Matuchet, l'ingénieur d'affaire chargé du projet de l'Olympique esquisse cette opération, « on peut voir l'appareil comme un jeu de brique géant. Il est constitué de briques génériques et d'éléments spécifiques. Les fûts pour les pylônes ne font jamais la même hauteur par exemple et varient en fonction du cahier des charges pour prendre en compte la contrainte avalanche ou d'autres paramètres du terrain. Les balanciers composants sur lesquels les câbles roulent avec les galets peuvent être plus ou moins grands également ». L'appareil s'adapte à la topographie des lieux« On se conforme aussi aux souhaits du client comme pour l'habillage des gares pour lesquelles la SECMH nous a demandé une couverture spécifique » complète Louis Matuchet.

L'appareil quitte ensuite en pièces détachés les locaux de SACMI. Modules de gares, structures de gares, moteurs, groupes de tensions, poulies et éléments de lignes sont réglés, câblés et testés en atelier avant leur expédition sur le chantier. « Je donne au coordinateur logistique les données d’entrées qui sont issues d’une concertation avec Joly & Philippe, la société qui s'occupe de monter de l'appareil. Il gère tous les flux de pièces. J’envoie un récapitulatif le vendredi pour la semaine suivante avec ce qu’il faut envoyer sur le chantier : le nombre de camions, les jours et les heures de livraison, les lieux de déchargement » explique Louis Matuchet. Les 3/4 des pièces du télésiège de l'Olympique sont partis de Gilly sur Isère. Le gain de temps en entrepôt est également un enjeu important du montage final. « Nous pré-montons des éléments, et nous en pré-assemblons d’autres. Nous pouvons pousser le pré-montage assez loin. Par exemple, la mécanique de gare qui s’appelle le convoyeur ou le module et qui permet le débrayage et le transport des sièges dans les gares sont pré-montés avec des morceaux de couverture, avec la mécanique de gare. Les groupes moteurs aussi sont pré-câblés ». 80 camions ont été nécessaires pour acheminer l’ensemble de l’appareil aux Contamines-Montjoie.

Les moments clés du chantier

Après la visite des ateliers, prenons de l'altitude pour nous retrouver sur les pentes voisines du massif du Mont-Blanc. Quatre jalons principaux rythment la construction : la fin des génies civils et le montage de la mécanique de gare, les opérations de levage de la ligne, l'épissure du câble et enfin, les tests préalables à la mise en service.

Génie civil et mécanique de gare

Avant l'implantation des différents organes de l'appareil, il faut réaliser le terrassement et mettre en place les fondations. Les bétons sont coulés à la base des pylônes ainsi qu'aux emplacements de gare. A la reprise du chantier en mai 2021, la gare amont débutée à l'automne 2020 était presque achevée et les socles en béton n'attendaient plus que les fûts des pylônes. Les différents éléments de la gare sont montées par la société Joly & Philippe qui assemblent des centaines de pièces. « Une gare comme l'Olympique, c'est 15 à 20 semi-remorques et quatre à cinq semaines de travail pour quatre monteurs » détaille Cédric Wiki, le chargé d'affaire de Joly. Une grue mobile télescopique facilite le levage des éléments les plus lourds. La gare aval est le coeur de l'appareil, ce qui le fait tourner. De l'extérieur, cela peut paraitre pas grand-chose mais à l'intérieur se trouvent notamment les roues qui propulsent les sièges dans tout le terminal après qu'ils aient été détachées du câble de transport, leur permettant de se déplacer à une vitesse plus lente que le câble. Cela permet ensuite à l'appareil de fonctionner à des vitesses plus élevées une fois que les skieurs sont propulsés en dehors des gares assis confortablement sur la banquette.

Je suis conducteur de travaux chez Poma et j'interviens comme expert sur le projet. Ma présence est requise pour toutes les phases sensibles du chantier comme pour le montage de la poulie par exemple.

Michel Giraud, conducteur de travaux chez Poma

Levage de la ligne

La levée de ligne est l'opération la plus spectaculaire et visuelle. Sept pylônes accessibles aux engins de chantier sont levés à la grue. Les dix autres sont héliportés au cours d'une opération de haute voltige. Potences, balanciers et fûts se trouvent sur la DZ à côté de la gare amont, prêts à être transportés par les airs.
Les tonnes d’acier semblent insignifiantes pour l'hélicoptère qui soulève sa charge, s'avance vers sa cible tandis que les monteurs la réceptionnent et la guident vers son point d'assemblage. Les premiers boulons sont serrés pendant que l'appareil repart déjà vers une nouvelle rotation. Les nouveaux pylônes sont bien évidemment plus grands que sur l'ancien Roselette pour accueillir les sièges six places mais ont aussi des voies plus larges pour garantir plus de stabilité et mieux résister au vent conformément à la demande du cahier des charges de la SECMH. « Une fois la ligne héliportée, nous avons une grosse phase d'alignement des pylônes, de serrage de boulon, de réglage de balancier en statique car il n'y a pas encore le câble qui permet le réglage final lorsque l'on tire une droite entre les gares aval et amont » décrit Cédric Wiki.

Déroulage du câble et épissure

Si le levage est l'opération la plus impressionnante avec son ballet d'hélicoptère, l'épissure est le moment le plus délicat mais aussi le plus typique du transport par câble. Le chantier est alors renforcé en moyens humains et par la mise en œuvre d'une procédure très formalisée. Le câble de l'Olympique vient de Bourg en Bresse. TEC Câbles, son fabricant, délègue sur place un technicien pour superviser l'opération. « Nous procédons au déroulage des cordelines, une étape qui précède le déroulage du câble de 48 mm qui pèse 29 tonnes puis nous faisons la tension, avec un système de treuil et de mouflage », explique Cédric Wiki. Une équipe très dense physiquement mène la pénible et longue opération entièrement manuelle qui consiste à joindre les deux extrémités du câble entre les pylônes P10 et P11. L’épissure, pour imager, est l'action d'assembler les brins de chaque extrémité de câbles, appelés torons, jusqu'à ce qu'ils emboîtent comme nous le ferions avec nos doigts. Cédric Wiki décrit ensuite une longue phase de conformité, « il y a une période de réglage dynamique où l'appareil tourne sans les sièges pour nous permettre de paramétrer les vitesses de câble, de procéder aux réglages en ligne et en gare ».

Le déroulage du câble est un grand moment de tension, une phase délicate et critique. Il faut éviter le coup de fouet du câble car il y a beaucoup de monde sur place.

Cédric Wiki, chargé d'affaire Joly & Philippe

Réception de l'appareil et les incontournables de la sécurité

Après les phases de conception ? Les tests ! Au préalable, les sièges sont installés sur le câble depuis la gare amont. A ce stade, le chantier va sur sa fin mais il reste encore la réception technique et administrative des travaux. Yann Durmois précise cette phase, « nous contrôlons que l’appareil fonctionne bien et nous testons les sécurités. Cette levée de doute est impérative. Plusieurs jours d'essai permettent de pousser l'appareil dans ses retranchements pour assurer la sécurité des skieurs transportés : simulation du poids avec des plots béton sur les sièges, accélération et freinage... ». Le service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG), pôle de compétence de l'administration française dans le domaine des remontées mécaniques, intervient pour donner son feu vert à l'ouverture via une autorisation de mise en exploitation. Anatole Armada, responsable du bureau de Haute-Savoie du STRMTG, est chargé de la sécurité de l'infrastructure, « nous sommes des contrôleurs et nous devons savoir faire preuve de plusieurs compétences pour parler mécanique, électricité, hydraulique avec le maitre d’œuvre... ». L'objectif est que l'appareil soit sûr et ouvre à temps pour les premières neiges, « nous avons une première partie de travail de bureau sur la partie documentaire (notices, documentation technique) puis trois à cinq jours de réception officielle selon la complexité de l'appareil. L'Olympique est un télésiège plutôt classique mais c'est une belle installation avec du dénivelé » met en avant Anatole Armada. Dans les faits, tout s'est bien passé.

La prise en main de l'appareil

Céline, Laëtitia, Franck et Didier seront aux commandes de l'appareil cet hiver. Le choix de la confiance et de l'expérience pour Jean-Yves Duperthuy, le directeur d'exploitation de la SECMH, qui a constitué une équipe motivée, dynamique et soudée. Pour chacun, ce sera la première expérience d'une saison complète aux commandes d'un appareil débrayable après des années sur des pinces fixes. Tenir les rênes de l'appareil étendard du domaine skiable des Contamines est l'accomplissement d'un long chemin parcouru pour Franck, qui est resté 30 ans à la barre de Roselette. « Je fais un métier passion et c'est une grande fierté de me retrouver sur cet appareil cet hiver ». Après une saison blanche, l'enthousiasme est grand, en effet, « c'est excitant de retourner bosser après le coup reçu sur la tête l'an dernier. Pour moi, c’est génial de travailler sur une grosse installation, de comprendre son fonctionnement, de découvrir les vérifications à effectuer chaque matin avant l'ouverture au public » nous explique Céline. La montée en gamme et l'effort d'équipement profiteront aux skieurs comme aux conducteurs souligne Laëtitia, « un débrayable, c'est plus confortable à conduire car nous sommes informés en temps réel de ce qui ne fonctionne pas. Le contrôle de défaut de serrage des pinces sur le câble, par exemple, n'existait pas sur le télésiège de jonction où j'étais précédemment affecté ». « J’aime tout ce qui est high tech, je suis un grand fan de technologie. Cela va me plaire d’être sur un appareil bardé des dernières technologies comme la caméra contrôlant l'abaissement des garde-corps » se languis presque Franck. Tous sont conscients que l'Olympique va devenir le "point chaud" du domaine skiable, bien au-delà de la nouveauté, mais cela n'amène pas plus d'appréhension, bien au contraire, « cet appareil va être un gros plus en désengorgeant le télésiège de jonction qui lors des grosses affluences restaient ouverts bien après son heure de fermeture officielle pour remonter les skieurs vers le Signal » rappelle Céline. « Pour nous, employés, cela va nous permettre d’être plus proche de la clientèle. La fluidité à l’embarquement va créer plus de proximité et nous donner du temps d'échange avec les skieurs pour les orienter sur le domaine » se félicite Franck.

 Le télésiège de l'Olympique va devenir l'axe principal du domaine skiable. C'est important d'avoir une équipe motivée pour débuter la saison.

Didier Mollard, directeur général de la SECMH

Les entreprises sont force de proposition, l'entraide est fabuleuse en phase chantier : un coup de pelle mécanique par-ci, un levage avec le camion bras par-là. Les chefs de chantier travaillent vraiment main dans la main.

Yann Durmois, DCSA - chef de projet maitrise d'œuvre

Le télésiège de l'Olympique n'attend plus que les premières neiges d'automne pour satisfaire des skieurs impatients de renouer avec les plaisirs de la descente mécanisée. L’aboutissement de deux années de travail sur le terrain « qui nous ont permis d'aller très loin dans le détail de ce que nous voulions » et de quatre années années de maturation du projet « qui a dépassé le cadre d'un simple remplacement d'appareil » souligne Didier Mollard, satisfait d'avoir « vu des équipes motivées, soucieuses de trouver et d'apporter des solutions ». Pourtant, tout n’a pas été fluide et linéaire. « Il peut y avoir des incompréhensions, des aléas, des problèmes d'approvisionnement mais tout le monde se serre les coudes et l'entraide est très intuitive. Les chefs de chantier de tous les corps de métiers mobilisés sur le terrain ont tous travaillés main dans la main. Quant à la relation du binôme maitre d’œuvre/maitre d'ouvrage avec la SECMH, elle a été excellente » insiste Yann Durmois. « Nous sommes loin des clichés client/fournisseur. Bien au contraire, ce chantier est à l'image de notre entreprise : familial. Pour nous, l’humain est indissociable de la SECMH. Lorsque l’on entreprend comme c'est le cas avec ce télésiège, il est évident que tout notre ADN doit résonner dans le projet. Tout le monde y trouve son compte finalement » se réjouis Didier Mollard.

                                                                               C'est parti !


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Article sponsorisé, rédigé en partenariat avec les contamines-montjoie
ventoux84
Texte Maxime Petre
Cette montagne que l'on découvre...Au loin de toutes parts est presque toujours devant nos yeux
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