Dans l'envers du décor aux Contamines
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Dans l'envers du décor aux Contamines

En immersion avec le personnel des remontées mécaniques des Contamines-Montjoie
Texte Loïc Giaccone
En immersion avec le personnel des remontées mécaniques des Contamines-Montjoie
Texte Loïc Giaccone

Cet article est une production skipass.com, réalisée avec le soutien de la SECMH.

Lorsqu'on chausse les skis sur le front de neige, tout est généralement prêt. Il n'y a plus qu'à passer les tourniquets, embarquer sur le télésiège ou dans la télécabine qui nous déposera au sommet de la montagne, puis profiter de la descente avec nos spatules. 

Mais derrière cette belle histoire, un grand travail est effectué en amont pour qu'à l'arrivée des skieurs, tout fonctionne comme sur des roulettes, depuis le damage des pistes à la mise en route des télésièges, en passant par la sécurisation du domaine skiable. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur un aspect moins connu de cet envers du décor, celui des remontées mécaniques et leur fonctionnement. Direction la Haute-Savoie, dans le domaine des Contamines Montjoie.

Un peu d'histoire...

Chez skipass.com, nous aimons remettre les choses dans leur contexte. Pour cela, un petit retour dans le passé s'impose. Nous nous trouvons tout près du Mont-Blanc, au Sud-Ouest, dans le val Montjoie. Au coeur de cette vallée, vers 1160 m d'altitude, se trouve le village des Contamines. 

C'est là qu'au sortir de la guerre, en 1946, un groupe de moniteurs menés par Placide Mollard va créer la SECM, Société d'Equipement Touristique et Sportif de la Station des Contamines-Montjoie. Le tout début d'une belle aventure qui deviendra au fil des années un domaine skiable fort de 25 remontées et de plus de 120 km de pistes. La station a donc soufflé ses 70 bougies en 2016. 


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Les aménagement se feront progressivement, du premier téléski inauguré en 1948, au premier télésiège en 1952, et la première télécabine en 1960. Une seconde télécabine, entre l'Etape et le Signal, sera ouverte en 1965 et marquera l'ouverture du domaine à d'autres pentes qui seront à leur tour équipées. Dans les années 70, la SECM deviendra la SECMH en intégrant Hauteluce, de l'autre côté du col du Joly, au domaine skiable. 

Par la suite, la société se concentrera sur l'amélioration et le renouvellement du parc de remontées mécaniques, augmentant leur confort et leur débit, passant à des télécabines 6 places et des télésièges débrayables. Dans le même temps, elle développera le réseau de neige de culture, lui assurant un fonctionnement de la station y compris les saisons où la neige vient à manquer. Suite au décès brutal de Placide Mollard en 1982, la SECMH sera gérée par son fils Bernard, jusqu'en 2014 où il laissera les rennes à Gilles Mollard.


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Le domaine

Voici ci-dessous le domaine skiable des Contamines-Montjoie dans son intégralité. La partie droite, côté Contamines, est orientée Est/Nord-Est, tandis que la partie gauche, côté Hauteluce, est plutôt orientée Ouest/Sud-Ouest. Une grosse journée, entre 8000 et 10 000 skieurs s'y répartissent. Pour Didier Mollard, le directeur général, c'est un domaine qui est arrivé à maturité en taille. Sur l'avenir de la station, il regarde plutôt vers le renouvellement du parc existant (il reste un dernier télésiège à pinces fixes), les services et une éventuelle liaison avec les Saisies (Espace Diamant)

Pour notre visite, nous nous sommes concentrés sur deux remontées : celui de la Jonction, et surtout celui de Nant Rouge, un six places débrayable construit en 2010 et remplaçant un trois places visible dans la photo en noir et blanc ci-dessus, datant de 1976. Ce dernier fait partie du secteur Tierces, du nom d'un autre télésiège, à peu près au centre de la station :


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La vue depuis le sommet sur le secteur Roselette, au premier plan le col du Joly et à droite le secteur Hauteluce : 


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Au boulot

« Il va y avoir de l'action »

7h45. Nous sommes le 30 janvier, et après un début d'hiver assez calme, la neige fait son retour en grandes pompes : la station se réveille avec une bonne trentaine de centimètres de neige fraîche. Nous avons rendez-vous à la gare de la télécabine avec Sébastien, responsable des remontées mécaniques du secteur Tierces. C'est lui qui va nous faire les présentations et le tour du propriétaire. Employé depuis 1994, il a commencé au damage avant de passer du côté des remontées mécaniques. Au programme : une montée avec la dameuse de service jusqu'à l'arrivée du télésiège de Nant Rouge, afin de faire l'ouverture avec le personnel.

Sébastien a pris la température au bureau : une belle quantité de neige est tombée pendant la nuit, il nous prévient, « Il va y avoir de l'action, ça va bouger pour ouvrir à l'heure ». Car oui, la neige est essentielle au fonctionnement d'un domaine, mais elle ne se prépare pas toute seule ! Il faut tout préparer, déneiger, déblayer, damer... Les pisteurs eux, sont déjà en place depuis un moment pour sécuriser. 


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Télécabine du Signal et télésiège de Jonction

8h00. Nous montons par la piste, le peigne de la dameuse baissé laissant des stries impeccables pour les futurs skieurs, et arrivons à la gare d'arrivée de la télécabine du Signal, centre névralgique de la station. Au moment où nous arrivons, "l'ancre" entre en gare (première photo ci-dessous), un système qui permet de vérifier que tous les capteurs fonctionnent avant la mise en route des cabines (qui "dorment" encore dans la gare)

Nous passons voir l'arrivée du télésiège quatre places de la Jonction, qui permet aux skieurs du secteur Tierces de revenir sur le Signal. Ce télésiège (à pinces fixes, non débrayable) a pour particularité de fonctionner sur deux versants, avec un double embarquement au départ, au fond du goulet du Nant Rouge. Le conducteur est en train de préparer l'arrivée, avec déblaiement et mise en place des filets de sécurité. Sébastien nous emmène jeter un oeil au moteur de celui-ci, situé sous la gare d'arrivée. Comme la plupart des télésièges, c'est un moteur électrique, entrainant ce qu'on appelle un "arbre lent" qui lui-même fait tourner la poulie motrice, celle qui emmène le câble portant les sièges.


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Non visible sur la dernière photo, se trouve dans l'arrière du local un moteur thermique de secours, qui sert à prendre le relais pour évacuer les skieurs en cas de problème du moteur électrique "normal". Une simple manipulation permet de changer de moteur et évacuer les passager. Deux freins permettent de bloquer l'ensemble lorsque le télésiège est arrêté, l'un dans la partie moteur sur l'axe horizontal, l'autre directement sur la poulie à l'extérieur. Une fois que tout est prêt, le conducteur démarre le moteur électrique, et c'est parti pour la journée. 


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Dans la gare de la télécabine du Signal se trouve le local technique principal des remontées mécaniques. Les outils et les pièces permettant l'entretien de celles-ci y sont entreposés : galets, perches, capteurs, câbles, etc. C'est aussi le vestiaire des employés, et la cantine est située juste à côté, dans le bâtiment abritant le restaurant d'altitude. 


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Tempête

Nous avons choisi notre jour ! Du vent et des chutes de neige sont prévus tout au long de la journée, avec de potentielles trouées dans le ciel lors de courtes éclaircies en cours d'après-midi. Lorsque nous avons pris la dameuse sur le front de neige, Sébastien n'était pas sûr que nous allions pouvoir ouvrir le télésiège de Nant Rouge. Cette décision est celle de deux responsables : du pisteur qui gère le secteur en question et qui donne son accord en fonction des conditions de ski et du risque d'avalanche, et de celui des remontées mécaniques, Sébastien en l'occurence. Il estime si le bon fonctionnement de l'appareil est possible et assure la sécurité des skieurs. Suspense pour l'instant. 

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi une remontée ou un secteur entier sont parfois fermés : c'est une question de sécurité des pratiquants, soit en raison du risque d'avalanche ou des conditions de neige, soit en raison des conditions météo et notamment du vent qui empêche le bon fonctionnement des remontées (il arrive que ce soit les deux raisons à la fois)

Nous reprenons la dameuse pour aller en direction du télésiège de Nant Rouge, annoncé sur le plan comme "en cours d'ouverture". Le risque d'avalanche est de 3/5, "marqué", et le reste du secteur Tierces demeurera fermé ce jour-là. 


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Au sommet

8h40. Nous allons directement au sommet du télésiège et y arrivons en même temps que la conductrice, Heidi, qui est montée par celui-ci avec le responsable d'une autre remontée. Sébastien ne quitte pas son anémomètre portatif qui lui permet de voir la vitesse du vent, environ 20 km/h. Ça ira ! Il n'y a pas de temps à perdre, pour ouvrir à l'heure il va falloir carburer : déblayer, mettre en place la sécurité, les filets, rabattre les sièges, faire les tests... Tout est fait pour garantir un accueil parfait des clients.


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Débrayable

Pendant que la conductrice prépare l'ouverture, nous montons dans la machinerie pour que Sébastien mette du lubrifiant sur le rail du système débrayable. Au passage, vous ne savez peut-être pas ce que cela veut dire, ou comment cela fonctionne un télésiège débrayable ? 

Dans l'histoire, les premiers télésièges étaient à pinces "fixes" : les sièges sont fixés au câble et n'en bougent pas. Pour pouvoir augmenter leur débit, les ingénieurs ont réfléchi à une solution permettant d'augmenter la vitesse de montée tout en conservant un embarquement confortable, avec des pinces "débrayables". Cela signifie qu'à l'arrivée en gare, de départ comme d'arrivée, le siège est désolidarisé du câble et se retrouve sur un rail emmené par un système de pneus et courroies. Ce système est synchronisé avec la vitesse de l'appareil, mais à un rythme plus lent permettant au skieur de s'installer ou descendre sans soucis. C'est ce qu'on voit sur la troisième photo ci-dessous, à l'endroit où les sièges amont entrent dans la gare d'arrivée. 

Le télésiège du Nant Rouge fait partie de ces dernières générations de télésièges débrayables six places, parmi les plus confortables et les plus rapides. Il a remplacé un télésiège trois places à pinces fixes, et vous allez comprendre pourquoi rapidement : de 1350 personnes par heure, on est passés à 2700 ! Alors même que la nouvelle ligne est plus longue, l'arrivée ayant été déplacée pour un meilleur transfert des skieurs sur le secteur Tierces.


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Feu vert

9h00. Nous redescendons de la partie moteur. La conductrice effectue les derniers tests de service avant l'ouverture au public. Le chef de secteur des pisteurs passe, ils valident l'ouverture du secteur avec Sébastien, en espérant que le temps s'ouvre un peu car les conditions de ski sont pour le moment un peu agréables avec les flocons qui tombent à l'horizontale et la visibilité réduite.

Le télésiège, un Poma, a un tableau de bord avec écran tactile qui permet d'afficher en temps réel une grande quantité d'informations, comme le vent aux gares et sur deux des pylônes disposant d'anémomètres. Infos capitales pour le fonctionnement d'un téléporté, qui est essentiellement dépendant du vent. Sur la troisième photo vous pouvez voir ces données, ainsi que la vitesse du télésiège, à ce moment en mode V2 à 4,51 m/s. 


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Sécurité

Sébastien nous explique que le lendemain, il y aura aussi de l'action côté remontées avec un exercice d'évacuation de la télécabine. Ces exercices font partie des obligations des exploitants de remontées mécaniques, soumis à des normes et contrôles très stricts, ce qui en fait un des moyens de transport les plus sûrs au monde. 

La sécurité des remontées mécaniques a été de nouveau évoquée récemment avec le malheureusement accident d'une petite fille à Châtel (en février 2019, NDLR). Mais il faut rappeler que ces accidents restent rares si on les compare au nombre de personnes transportées. Laurent Reynaud, délégué général de Domaines Skiables de France, l'expliquait il y a peu dans un article du Parisien, arguant que les skieurs sont transportés « avec un niveau de sécurité similaire à celui du métro ou du tramway, malgré la pente, la neige et le givre ».

Un rapport annuel du ministère analyse d'ailleurs ces accident. On dénombre ainsi 32 blessés graves (plus de 24h d'hospitalisation) en France sur la saison 2017-2018, essentiellement dûs à des maladresse des usagers. Seuls trois cas mettent en cause la remontée mécanique. Un chiffre à mettre en face des 573 millions de passagers transportés. 

Vous l'aurez compris, vous pouvez vous sentir en sécurité en empruntant des remontées mécaniques. Mais cela ne doit pas vous empêcher de rester vigilants, au contraire ! Puisque c'est le bon comportement des skieurs qui garanti leur sécurité sur un télésiège. Pensez-y à votre prochain embarquement... 

Ci-dessous, comme pour le télésiège de Jonction, un moteur thermique de secours permet de prendre le relais pour évacuer les skieurs en cas de problème du moteur électrique (il est également situé sous la cabane de la gare d'arrivée)


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Ouverture

9h15. Ça tourne ! Les premiers courageux affrontant le blizzard arrivent sur la ligne. Ce matin, on avoue être mieux dans la cabane que dehors... Heureusement, le temps s'ouvrira vite en cours de matinée et les skieurs pourront profiter des pistes et de la poudreuse.  

Jusqu'à la fin de la journée, le travail de la conductrice sera de s'assurer de la sécurité des skieurs, aussi bien sur la ligne en surveillant le vent que lors du débarquement, moment toujours critique. A propos, vous vous demandez peut-être pourquoi les télésièges s'arrêtent parfois ? C'est essentiellement en raison de soucis d'embarquement ou débarquement des skieurs. L'opérateur a pour mission d'arrêter immédiatement la machine afin d'éviter tout risque de blessure, le temps que les personnes se remettent debout, récupèrent un ski, s'écartent, etc. 

Quand te reverrais-je, pays merveilleux...  


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Cet article est une production skipass.com, réalisée avec le soutien de la SECMH.

1 commentaire

Marco7512
Statut : Confirmé
inscrit le 10/12/06
Matos : 6 avis
Reportage très intéressant, un grand merci pour cette visite des coulisses :)
 

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