Patrick Vuagnat est un skieur-voyageur. L’un de ceux qui a des ailes sur les spatules. Le ski commence toujours, pour lui, par un coffre de voiture et une carte ouverte sur le siège du passager. Après m’avoir raconté ses histoires de spots discrets défrichés par grande poudreuse, ses domaines presque déserts, ses champs de fraîche esseulés dans une station où tous les glisseurs restent sur piste... Je lui ai demandé des preuves. Du tangible. Des photos ! Alors Patrick a décidé de jouer le jeu et de se mettre en route pour défricher les petites stations peu connues au fort potentiel freeride. Après Tonale, Disentis et Sulden, il rentre tout juste de St Bernard...
Ca y est c’est reparti pour un tour de magie : un peu de poudre blanche et en quelques jours les paysages ont changé de façon radicale. Des flocons qui silencieusement vont bouleverser notre perception du relief, permettre de défier les lois de la gravité, nous donner des ailes planches aux pieds. Face à la joyeuse hystérie provoquée par le grand retour de la neige en Europe et aux webcams qui s’affolent, pas si facile de se décider sur une destination particulière. La seule certitude est que je n’aurais pas à rouler bien longtemps avant de trouver du terrain à défricher. La voiture est chargée, un café avalé, on est prêt, feu, partez et on avisera plus tard !
A une bonne heure de route de Thonon et de Chamonix se trouve Verbier. Au premier abord, Verbier ce sont des gros chalets, une clientèle friquée, le bec des Rosses, le mont Fort et son backside, ses après-ski… et si vous regardez bien, en bas du forfait, il est écrit en plus petit : Le domaine du Saint Bernard.
Le Saint Bernard, c’est le chien qui cache la foret : grosse boule de poil avec un regard qui pourrait faire penser qu’il a bu le contenu du tonneau qu’il porte autour du cou. L’animal est élevé depuis des siècles par les moines de l’hospice du Grand St Bernard. Le col est situé à 2400m entre Italie et Suisse, c’est un lieu de passage abondamment recouvert de neige. Le chien a longtemps été utilisé pour faire la trace afin de guider les voyageurs égarés, aidé par sa corpulence, sa robustesse et un très bon sens de l’orientation. Les recherches en avalanche ne sont en fait pas vraiment sa spécialité, parce que 100 kg dans un hélico c’est pas aisé à caser. Le champion du sauvetage, le Poulidor de l’élevage s’appelait Barry. Un nom pour faire carrière dans la chanson, mais à défaut d’avoir de la voix c’est une fameuse marque de DVA (modèle Barryvox construit par Mammut, ndlr) qui se l’est approprié.
Si les chiens ne sont pas votre tasse de vin chaud, alors il nous reste le ski. Et le ski dans la région du St Bernard, il y a vraiment de quoi faire. Comprenez par là que sous cette appellation, et sous la coupole administrative de Verbier, se regroupent les stations : Bruson, La Foully, Champex, Vichère, Marecottes. Super-St-Bernard a fermé cette année faute d’avoir pu financer une rénovation de ses installations. Ce sont des domaines de moyenne altitude qui culminent en moyenne à 2500m pour 700m de dénivelé. Qui dit moyenne montagne dit forêt et par les temps qui courent, il est préférable de sortir couvert, c’est même primordial pour assurer un minimum de visibilité.

En quatre jours et en improvisant avec des températures, des vents et une ciel capricieux, nous avons pu skier La Foully, Champex et Bruson. Tous ces authentiques villages se trouvent dans leurs vallées respectives et sont séparés par environ 30 mn de voiture. Cependant, le schéma est quasi identique à chaque fois : sur le parking, hors période scolaire, on ne trouve qu’une vingtaine de voitures au total. En prenant le télésiège, les gens s’étonnent de voir des skis larges, ça fait parler et c’est toujours un bon signe. On a donc peu de concurrence à la trace, une clientèle majoritairement familiale ne fait pas beaucoup de mal au hors-piste.
On enchaine les 2 ou 3 remontées qui mènent au sommet. De là, ce sont des options infinies qui s’improvisent entre les arbres (Bruson, La Foully) avec un supplément grosses faces ouvertes pour Champex, accessibles par des approches en peaux assez faciles. Les possibilités sont à la hauteur de votre engagement et du degré de résistance à l’échauffement des cuisses. Les pentes raides côtoient les grands vallons et autres champs de coussins. Pour le réconfort après l’effort, à défaut de trouver beaucoup d’endroits chauds et animés pour y boire des bières, les locaux offrent un accueil très chaleureux. On prend le temps de discuter ici et pour peu que vous montriez de l’intérêt à la région, on vous en refait tout l’historique accompagné d’un verre d’abricotine.
Fréquemment, dans ces bavardages improvisés, on m’a demandé de ne pas trop ébruiter les secrets de ces vallées. Comme je compte bien y retourner, je vais m’en tenir à ces recommandations, d’où un habile meublage de cet article avec le passage sur les chiens St Bernard. Pour faire simple, je dirai que cette région du Valais a l’ambiance et la chaleur inimitable de ce bois dont on construit les vieux chalets et qui a la saveur si particulière des sessions mémorables avec les potes.

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on les garde pour nous Kelvan!! =)


klyxt, il y a 5 jours