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Kevin Guri, le petit prince des Belleville
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Kevin Guri, le petit prince des Belleville

Il n'a pas dit son dernier mot, au contraire : portrait et entretien avec ce rider qui mêle le freestyle au freeride.
Texte Loïc Giaccone
Photos Stephane Delecluse
Vidéo Ludovic Chauchaix
Texte Loïc Giaccone
Photos Stephane Delecluse
Vidéo Ludovic Chauchaix
Il n'a pas dit son dernier mot, au contraire : portrait et entretien avec ce rider qui mêle le freestyle au freeride.

Kevin Guri n'est plus à présenter depuis sa victoire sur le Bec des Rosses lors de la finale du Freeride World Tour en 2013, à Verbier.  Cependant, après quatre hivers de bons et loyaux services sur le Tour, il a décidé d'arrêter la compétition. Il nous a ouvert sa porte chez lui, aux Menuires, pour nous raconter son hiver et ses projets, mais aussi son passé, ce qui l'a mené où il est aujourd'hui et ce qui fait de lui un skieur si polyvalent, mélangeant le style des tricks à la vitesse dans ses lignes. 

La jeunesse

J'ai eu un parcours classique : avec tous mes potes de la primaire nous étions au ski club pendant une dizaine d'années. Je suis allé jusqu’en course FIS, pendant deux ans, puis j’en ai eu un petit peu ras-le-bol de tout ça, car à côté j’ai découvert le ski de poudreuse et le freestyle. C’était ce qui était un peu "nouveau" et à la mode à ce moment là. 


J’ai eu Jérome Mondiet comme entraineur, qui a toujours été un peu LE coach des Menuires à mon époque. J’en garde de très bons souvenirs : ce n'était pas comme dans les autres clubs, nous étions un peu plus "bonne franquette" ! Et la compétition était là bien sur, mais ce n’était pas autant sérieux que dans les autres clubs, en tout cas que certains… Les coachs étaient un peu plus ouverts, ils nous faisaient sortir des piquets et nous emmenaient faire du libre, ou de la poudreuse. Ce sont les meilleurs souvenirs que j’ai du ski club !

Ajoutez des photos (2020px)

Le freestyle

C’était un peu LE truc à la mode à l'époque. J’étais au lycée, tout le monde ne regardait que ça, et j’avais envie de voir ce que c’était. Comme c’est à la mode, tu as envie de faire le truc à la mode, simplement. Je m’y suis mis, et en fait j’ai adoré dès le début. Je faisais ça au snowpark de Val Thorens et aux Menuires, à notre humble niveau, donc c’était un peu la catastrophe par moment. Mais je prenais beaucoup de plaisir ! Sauf que, tout le monde ne l’entendait pas de cette oreille : certains me disaient que je "gâchais" soi-disant mon talent de skieur alpin. Mais, moi ce n’était pas ce que je voulais faire, l’alpin. Je préférais m’amuser et prendre du plaisir plutôt que de toujours se confronter au autres. Même si, effectivement, en freestyle et en freeride on se confronte aussi, ce n’était pas la même chose, pas la même ambiance.


Je n’ai jamais été fort en freestyle, car j'avais un gros défaut : je ne faisais pas beaucoup de switch. Et j’en fais toujours très peu. J’ai même du me botter le cul à un moment donné ! Je n’aimais vraiment pas ça, car je n’étais pas habitué tout simplement. Et puis parce que je regardais en switch du mauvais côté par rapport à mon sens de rotation, ça n'aide pas. Et à l’époque, la différence natural-unnatural, ça payait mais ce n’était pas encore trop regardé par les juges, ce n'était pas primordial. Au bout de 3 ou 4 ans de freestyle, j’ai fait ce résultat, mon meilleur, troisième au classement général du SFR Tour. Derrière moi il y avait Toto Krief et Ben Valentin était deuxième, ou peut-être le contraire je ne me souviens plus. J’étais vraiment content de moi, d’en être arrivé là.

Le lourd passé de freestyleur de Kevin :

Le freeride

Je n'ai pas vraiment arrêté le freestyle ou commencé le freeride. En fait, on a toujours fait de la poudreuse chez nous, depuis le ski club, tout le monde en fait. C’est le summum du ski ! Je me disais que ce serait bien d'y faire un peu de freestyle, car à ce moment je regardais les vidéos et j’adorais voir les mecs qui arrivent à faire des tricks en dehors des pistes. C’est le top quoi ! Je regardais les vidéos de Fab, et d'autres. Je me suis dis que ce serait bien d’avoir un niveau en freestyle, et une fois que je pensais l'avoir, j’ai commencé à skier un peu plus en hors-piste, avec des skis plus larges. Au même moment il y avait mon pote Jérémy Prevost qui lui ne faisait que du freeride, et qui faisait les Qualifier, je suis donc allé essayer avec lui.

J’ai fait ma première compétition de freeride à Flaine. Je m’étais qualifié pour la finale mais j’ai pris une grosse boite… Au moins j’avais marqué des points pour pouvoir aller ensuite sur les étapes au niveau plus élevé. En fin de saison je suis allé en Slovaquie avec Jérémy faire ma deuxième compétition et j’ai fini deuxième, juste derrière lui. Là, j’ai pu m’inscrire l’hiver d’après sur tous les contests que je voulais. Donc en 2011, j’ai fait ma saison entière sur le FWQ, et je l’ai gagné alors que ce n’était pas du tout mon objectif : j’étais juste là pour apprendre. Et c’est comme ça que j’ai eu ma place sur le Freeride World Tour ! 

Kevin et Victor dans leur jardin, aux Menuires :

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Le Freeride World Tour

J'ai fait quatre saisons de Freeride World Tour. C’était cool, quatre ans de plaisir, à rencontrer des gens de milieux différents avec des visions du ski différentes. Par contre, c’était un bon combat contre moi-même, avec beaucoup de stress à chaque départ. Et ça, ce n’était pas facile… C'est la raison pour laquelle j’ai arrêté le World Tour. Je réalisais que je n’arrivais pas vraiment à bien skier en étant sous cette pression là. Je n’arrivais pas à skier correctement, ce n’était pas mon ski à moi, ce n’est pas ce que j’aimais faire comme ski finalement. J’adore skier les faces, mais j’avais peur de mettre des tricks parce qu’il ne faut pas tomber, il faut rester qualifié pour l’année d’après, etc. Toutes ces choses là font que, en plus de la pression de la compétition, il y avait la pression du résultat et de la qualification. J’ai réalisé que je n’étais pas fait pour ça. J’ai mis un petit moment avant de le réaliser, bien deux ou trois ans. 

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Après mon troisième hiver sur le FWT je n’étais pas qualifié pour l'année d'après, mais j’ai eu une Wild Card par Nicolas Hale-Woods, le boss du Tour. Je l’ai acceptée car c’est très rare d’en avoir une, surtout que je ne l’avais pas demandée, alors que beaucoup les demandent. J'ai aussi accepté car il y avait l'Alaska pour la première fois, et je voulais faire cette épreuve. Je voulais aller car là-bas on est pris en charge, c’est une occasion rare car l’Alaska c’est hyper cher. Niveau compétition, ça s’est très bien passé pour moi. Niveau ski un peu moins, c’était une vraie galère : j’ai compté avec la GoPro, j’ai skié dix minutes sur deux semaines, en comptant la compétition… Ce n’était pas une superbe première expérience, mais la compétition s’est bien passée et j’ai vu le potentiel de l’endroit, donc j’ai envie d’y retourner. C’est ce qui m’a fait vraiment dire qu’il fallait que j’arrête la compétition et que je me consacre à la vidéo. Je préfère skier quand je veux et où je veux pour faire des choses belles et non pas dans une face où tout est tracé, où il faut chercher le plus gros saut, la plus grosse ligne, etc. Je préfère skier l’endroit qui me plait le plus et non pas l’endroit où ça va être LA ligne gagnante. Voilà pourquoi j’ai arrêté. 

Le fameux run gagnant de Kevin en 2012 à Verbier :

Les réseaux sociaux

Ca a changé pas mal de choses : maintenant, on voit bien en permanence où sont les autres riders. Parce que dans notre sport, et même dans notre société, on est sponsorisé par des marques. En tant que riders, nous nous devons d’y être présents. Je sais que pas mal de riders sont contre, moi pas du tout, au contraire, j'essaye de m'y mettre de plus en plus. Mais j’ai quand même un bémol : par conséquent, il y a trop, trop d’informations. Trop de contenus, parce qu’on essaie de mettre le plus de choses possible sur internet sauf qu’il y a beaucoup de riders, beaucoup de médias, et on se retrouve avec trop d’informations. 

Dans le même temps, on perd aussi la part de mystère qu'il y avait auparavant. On ne savait où étaient allés les riders que plusieurs mois plus tard, dans les magazines ou les films. Je me souviens quand je voyais Fab et Victor en vrai c’était « Waouw ils sont là ! ». Sinon je les voyais seulement dans les magazines. C’est un peu dommage. Avec les réseaux sociaux, tout est dévoilé "en live", alors qu’avant c’était ce qui faisait le charme du freeski ! Maintenant tout est balancé en ligne en permanence, on est pas vraiment obligés mais on se doit de le faire parce que la société est comme ça. Peut-être qu’on part dans la mauvaise direction, je ne sais pas.

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Il y aura peut-être un retour en arrière, quand il n’y aura plus de neige ! En tout cas je ne pense pas que ce soit le cas en ce moment. Il y a des gens qui le font, en sortant des magazines un peu plus "péchus". Je ne sais pas trop comment dire. Peut-être des choses comme Guillaume Desmurs a fait, avec son livre sur l’évolution du freestyle.

Et à côté il y a Candide, lui c'est l'opposé, il cache tout. Il y a peu de riders qui peuvent se le permettre. Lui, on ne voit pas trop ce qu’il fait pendant sa saison, mais on sait qu’il va sortir un truc de fou derrière. Alors que nous, en tout cas pour ma part, je n’ai pas une grande notoriété, et il faut essayer de la gagner. C’est bête à dire mais le sport, en général, est comme ça maintenant, il faut de la notoriété. Il y a surement beaucoup de personnes qui ne pensent pas comme moi, mais je le vois comme ça.   

Petit bonus de fin, le flash Bon Appétit Kev To The Top :

10 commentaires

freeryan

inscrit le 12/02/05
1108 messages
Je suis tout à fait d'accord c'est un rider qui semble humble et ouvert
En tout cas c'est l'impression qu'il me renvoie
Gros niveau le garçon en tout cas ..
Il lui manque sa web série ;)

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Louisstaquet

inscrit le 26/08/15
0 message
J'étais sur le télésiège du rocher noir quand tu as tapé 720, ça envoyé plutôt du paté en étant aux premières loges ;)

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Watzefok

inscrit le 16/01/16
0 message
Vraiment un article super avec du texte, une vidéo au format parfait (10min), du gros ski et de l'itw. Bravo !

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