Certaines séries limitées disparaissent rapidement. D'autres deviennent presque des objets cultes.
Pour moi, le Corvus Fifteen fait clairement partie de la deuxième catégorie.
J'ai skié environ cinquante journées sur cette version anniversaire en 188 cm, montée en Look Pivot 14 et associée à des Dalbello Krypton Pro 130.
Je l'ai utilisé dans toutes les conditions imaginables, des journées de poudreuse aux neiges les plus compliquées. Et c'est également avec ce ski que j'ai terminé troisième du Derby des Pyrénées en 2023.
Autant dire que nous avons eu le temps de faire connaissance.
Aujourd'hui encore, malgré l'arrivée du nouveau Corvus, je considère cette version comme l'un des meilleurs skis de freeride que j'ai possédés lorsqu'il s'agit de skier vite dans du terrain difficile.
Le Corvus Fifteen se distingue immédiatement par son cambre plat.
Ce choix technique lui donne un comportement très particulier.
Le ski pivote extrêmement facilement pour sa taille et sa largeur. Il est capable de passer instantanément d'une conduite coupée à un dérapage contrôlé sans jamais demander de lutte ou d'effort particulier.
Dans les passages techniques ou lorsque les conditions deviennent compliquées, cette caractéristique procure énormément de confiance.
C'est probablement sa plus grande qualité.
On sent immédiatement que le ski a été conçu pour la montagne avant d'être conçu pour les catalogues marketing.
Le Corvus Fifteen prend réellement vie lorsque l'on commence à accélérer.
Plus la pente augmente, plus il devient impressionnant.
La stabilité est tout simplement exceptionnelle.
C'est probablement le ski sur lequel je me suis senti le plus en confiance pour skier très vite.
Le meilleur exemple reste sans doute ma participation au Derby des Pyrénées. Lorsqu'il faut lâcher les chevaux dans des conditions parfois très variables, le Corvus Fifteen donne l'impression qu'il reste toujours davantage de marge que son pilote.
Cette sensation est rare.
À Chamonix, les belles conditions ne durent jamais toute la journée.
Après quelques descentes, il faut souvent composer avec une montagne beaucoup moins accueillante.
C'est exactement dans ce terrain que le Corvus Fifteen excelle.
Le ski absorbe les irrégularités et conserve sa trajectoire même lorsque le terrain devient très chaotique.
Dans les neiges dures, les anciennes traces gelées ou les zones irrégulières, il procure une sérénité remarquable.
C'est probablement dans ce domaine que je continue à le préférer au Corvus actuel.
Lorsqu'on regarde ses dimensions, on pourrait imaginer un ski exigeant et peu joueur.
La réalité est différente.
Grâce au cambre plat, le pivot est excellent et le ski se révèle étonnamment facile à faire tourner.
En pente raide, cette caractéristique devient particulièrement appréciable. Le déclenchement des virages est intuitif et le comportement reste prévisible même lorsque l'espace manque.
Cette facilité ne doit toutefois pas faire oublier que l'on reste sur un ski relativement rigide et destiné à être skieur activement.
Pour un ski de cette largeur, son comportement sur piste est remarquable.
La spatule ne vibre pas, l'accroche est solide et les grandes courbes peuvent être enchaînées avec beaucoup de confiance.
Le ski manque en revanche légèrement d'effet spatule lorsque l'on cherche à fermer fortement les virages.
Son ADN reste clairement orienté vers les grandes trajectoires rapides.
Et c'est probablement ce qui explique pourquoi le Corvus a encore évolué ensuite.
Pour un ski de cette largeur, la portance reste relativement limitée.
La spatule n'est pas particulièrement haute et demande davantage d'engagement physique lorsque la neige devient profonde.
Pour obtenir les meilleures performances, il faut conserver de la vitesse.
À basse vitesse, le ski déjauge clairement moins bien que le Corvus actuel ou qu'un Anima.
C'est son principal défaut à mes yeux.
Lorsque la trafolle reste relativement légère ou compacte, le Corvus Fifteen est une véritable arme.
Il permet d'appuyer franchement sur les languettes et de conserver un rythme très élevé.
Lorsque la couche devient beaucoup plus épaisse, le travail devient plus physique et demande davantage d'engagement.
Mais même dans ce domaine, il reste très performant.
Ayant également beaucoup skié le Corvus précédent ainsi que le modèle actuel, la comparaison est intéressante.
Pendant longtemps, j'ai considéré l'ancienne génération comme mon Corvus préféré. D'ailleurs, je l'avais revendu avec regret à un ami skipasseur.
Puis un jour nous avons échangé nos skis pendant quelques descentes.
Ma réaction a été immédiate : je n'avais plus envie de remonter sur l'ancien.
Le Corvus Fifteen était plus stable, plus facile à faire pivoter et plus efficace dans les terrains difficiles.
Face au Corvus actuel, l'équilibre change.
La version moderne est plus facile à mettre sur la carre, tourne encore plus facilement et offre une bien meilleure portance en neige profonde.
En revanche, lorsque la neige devient très dure, très rapide et très dégradée, je continue à préférer le comportement du Corvus Fifteen.
Dans ces conditions spécifiques, je lui trouve encore un avantage.
Le Corvus Fifteen représente probablement l'aboutissement de la philosophie "Corvus à cambre plat".
Moins performant en poudreuse que son successeur mais exceptionnel dès que les conditions deviennent rapides, techniques ou dégradées, il reste pour moi l'un des skis les plus rassurants jamais produits par Black Crows.
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