Le matin du Derby, il est 7h14 à 3200, le soleil se lève derrière les Enfetchores. Un photographe bien connu pour être anonyme m'accompagne, ou bien je l'accompagne, enfin, on est deux, et on s'extasie sur la beauté de l'espace temps dans lequel on se trouve présentement jetés. Je lui dis "c'est beau". il me dit "si tu écris là dessus, évite les clichés". Ce que j'essaie, mais c'était tout simplement... (pardon...) Magique. Tiken Jah Fakoli chante "On a tout compris".

Malheureusement, et Harry Potter le dirait mieux que moi, magie ne dure que dans l'instant et bien vite le lieu calme et reposant sous les premiers rayons se transforme en capharnaüm : d'abord les bénévoles, qui mangent sans vergogne de grosses part de tarte à la myrtille chez Daniel, puis les journalistes, caméramans, photographes, suivi de près par les riders aux petits numéros, les 8, les 32, les 64. La neige est brisée, le silence piétiné, et vice versa. Bientôt le télé du glacier ouvre, et on queue pour aller se faire quelques descentes dans les 20 de fraîche de l'après midi de la veille, qui recouvrent traîtreusement les crevasses.

Le soleil est maintenant haut
, la nuit est finie sur Belledone au loin, la journée s'annonce radieuse comme une jeune suédoise au printemps et la queue s'est agrandie au télé du glacier, alors que les 434, 328 et 293 se présentent à leur tour. Dans la zone de départ on s'affaire, la Plate-Forme (nouvelle zone de passage avec déchaussage obligatoire) se prépare derrière la cabane du télé au niveau des Ruillans, la course va commencer, ça se sent tout d'un coup les échines se ponctuent d'une sueur glacée.


Pour les premiers numéros je me suis placé devant la cabane à Pounia, vue imprenable sur les vallons, spécialement pour voir passer le plus spectaculaire de la journée : les fous volants équipés de leurs parachutes, inventeurs d'un sport dénommé "speed riding". Eh bien le moins qu'on puisse écrire en mauvais jeu de mot, c'est qu'ils survolent leur affaire, le premier assurant le temps en prenant de l'altitude, et ses compères sautillant à petites touchettes sur le mur des vallons, tout droit, les mains assurées sur leurs suspentes. Ca fait envie.

Je m'en vais ensuite me placer, muni de mon prestigieux (?) dossard XXXX, sur la Plate Forme, niché sur un point d'observation qui permet de voir en même temps le schuss sur le glacier, le bordel sur ladite plate forme ("tout droit, tout droit, bien à cul, attention il y a un filet"), et le départ du mur, qui présume bien de ce que les concurrents feront de leur course. Il en est qui arrivent tranquille, tricotant quelques virages dans les bosses, mais le top 100 envoie tout droit, allant se perdre dans une courbe plus ou moins appuyée derrière les filets là bas.

Les engins se succèdent, quelques costumes attirent l'oeil, des combis, des baggys, des monoskis. Le soleil bientôt est au zénith, il fait chaud c'est l'heure de prendre une bière, les 700 sont passés, il n'en reste plus que quelques uns. On redescend par Chancel, la Banane est dégueulasse de bosses de glace, mais le jeu en valait le chandelier : un peu de poudre, un peu de joie. La traversée jusqu'à P1 laisse quelques traces, et les carres finissent en mordant la prairie plantée de rochers, on a trop chaud, le télé nous redescend, marbrés de boue, à La Grave, où le Derby n'est déjà presque plus que du passé.

La soirée encore fut épique, le bar à moufle encore fit des ravages parmi les foies déjà soumis à rude régime, les gagnantes et les gagnants, que ce soit sur le papier ou dans leurs têtes, ne se ménagèrent pas, ce fut un beau derby.
Pour les résultats, on note surtout la performance de la fratrie Meynet : Olivier premier, Cyril quatrième, et la petite soeur Caroline première chez les filles (45ème au scratch!). Yann Michalet gagne en snowboard, et, très classiquement, Xavier Duret chante le lapin après sa victoire en monoski.

Elle est pas belle, la vie?

Ca se note

Francky Moranval

  • Loupe son départ à cause de TF1
  • Part en s'apercevant que ses 2 spoilers sont cassés
  • Voit partir sa planche dans les vallons toute seule, depuis la plateforme

Ce derby ne devait pas le voir arriver...

Les skipasseurs historiques Mathieu "Dude" Morin et Olivier "Fils" De Montlivault ont brillé comme des stars : le premier finit 5ème en snow, et loin au scratch devant son voisin taquin qui avait farté 7 fois la veille, et le second a droit au podium des déguisements pour son interprétation au bugle de "mon beau sapin".


Remerciements : Guillaume "la truite" Desmurs, L'organisation, l'accueil à la résidence des alpinistes (ils se reconnaîtront)

Texte : Mathieu Ros
Photos : Simon Tremblay