Déclenchement préventif des avalanches
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Déclenchement préventif des avalanches

Un peu d'histoire sur une pratique moderne, en partenariat avec l'ANENA.
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Retrouvez tout l'hiver des sujets orientés pratique, découverte et pédagogie en partenariat avec l'Association Nationale pour l'Etude de la Neige et des Avalanches (www.anena.org).

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Le déclenchement préventif des avalanches (DPA) consiste à provoquer volontairement une avalanche, par un moyen artificiel (le plus souvent la détonation d?un explosif ou d?un mélange gazeux), dans le but de supprimer le danger qu?elle représente. Son principe de base est le suivant : une avalanche ne descend qu?une fois.

Ainsi, en présence d?une pente dont la couverture neigeuse est jugée instable, plutôt que d?attendre le départ spontané de l?avalanche en espérant qu?elle n?emportera ni ne recouvrira personne ou de souhaiter que personne ne viendra provoquer son déclenchement par surcharge en passant sur cette pente (au risque d?être emporté), le déclenchement artificiel permet de supprimer le danger latent en provoquant son départ, tout en en choisissant l?instant. En effet, il est alors possible de prendre les mesures de sécurité nécessaires (notamment l?évacuation des zones d?écoulement et d?arrêt de l?avalanche) pour qu?elle descende sans provoquer ni dégâts ni accidents : elle ne constitue ainsi plus un risque.

Choisir le moment du déclenchement de l?avalanche permet aussi de provoquer des avalanches de moindre importance en en déclenchant plus qu?il ne s?en serait produit naturellement (mais cela n?est pas toujours possible) : en déclenchant fréquemment, on rend impossibles de grosses accumulations de neige instables, et on diminue donc la taille des avalanches éventuelles (ainsi que la gravité potentielle de leurs conséquences).

Un peu d'histoire

Tite-Live , dans son récit de la traversée des Alpes par Hannibal en 211 avant J. C., est certainement le premier écrivain à relater des " histoires d?avalanches ". Il nous raconte ainsi que le célèbre général carthaginois perdit 18 000 hommes, 2 000 chevaux et plusieurs éléphants sous les avalanches, dont certaines, dit-on, auraient été déclenchées par les montagnards des vallées qui menaient aux cols alpins, pour tenter d?empêcher le passage de ses troupes, sans que l?on sache vraiment comment.

Il a été plus sûrement utilisé lors de la première guerre mondiale, par les troupes italiennes et autrichiennes dans les combats qui les opposaient dans les Dolomites. Le but était alors d?infliger aux troupes ennemies les pertes les plus importantes : au moins 30 000 soldats (jusqu?à 80 ou 100 000 ?) auraient ainsi perdu la vie, dont 10 000 début décembre 1916. Mais dans certains cas, il est probable que des troupes ne furent victimes que d?avalanches spontanées.

Depuis cette époque, et sauf probablement quelques cas isolés, le déclenchement des avalanches est utilisé à des fins plus pacifiques. Les militaires suisses, principalement basés dans les montagnes et particulièrement concernés par le sujet, ont été parmi les premiers à procéder à des déclenchements préventifs, après avoir constaté que des avalanches pouvaient être déclenchées par des tirs d?artillerie lors d?entraînement. Le service forestier des États-Unis, en particulier dans l?État de l?Utah, a également été un pionnier en la matière grâce à l?utilisation d?explosifs (dès 1939) puis de canons militaires (à partir de 1949). Le Japon a aussi, semble-t-il, connu très tôt des expérimentations dans ce domaine.

En France, les premiers déclenchements à but préventif sont le fait de quelques pionniers au sein des premiers services de sécurité des pistes des stations de ski et du " Service Avalanche " d?EDF, dès la seconde moitié des années 1960. Ils sont alors effectués le plus souvent à skis, ce qui n?est pas sans laisser au " déclencheur " des souvenirs parfois désagréables. L?utilisation des explosifs n?est, à l?époque, que ponctuelle, empirique, voire " artisanale ".

L?entrée dans l?ère de l?utilisation des explosifs pour le déclenchement des avalanches en France est le fait du Laboratoire d?Applications Spéciales de la Physique du Centre d?Études Nucléaires de Grenoble (CENG). Dès l?hiver 1969-70, celui-ci lance, à la demande de la DDA de l?Isère, en collaboration avec de nombreux autres services départementaux et nationaux ainsi qu?avec les professionnels de la sécurité des stations de ski, les premières études systématiques sur le sujet (programme Dynaneige qui durera près de vingt ans).

Grâce à ces scientifiques qui n?avaient pas froid aux yeux, les connaissances sur l?effet des explosifs sur le manteau neigeux ont été approfondies et formalisées. Ils confirment et complètent ainsi rapidement les premiers résultats de spécialistes américains et suisses, à savoir que l?explosion est plus efficace si elle a lieu en surface du manteau neigeux que dans la neige (plus tard, ils établiront qu?elle l?est encore plus si elle se produit quelques mètres au-dessus de la neige). Puis, grâce au programme " Bangavalanche " (lié aux études sur le Concorde), ils montreront que même le bang supersonique d?un avion à réaction n?est pas suffisant pour déclencher d?éventuelles avalanches. Ils expérimentent également différents systèmes de déclenchement à distance. Le dispositif ICARE (Installations de Charges Amorcées en Réseau et Enterrées, testé en 1971-72), malgré des résultats encourageants, sera abandonné après quelques années d?utilisation (en particulier pour protéger la route d?Isola 2000), pour des raisons d?ordres technique, environnemental et légal.
Par contre, le premier Catex français au Col du Lautaret dans les Hautes-Alpes, qu?ils testent avec succès au cours de l?hiver 1973-74 à des fins " personnelles " pour faciliter leurs travaux, sera ultérieurement repris par Jacob Schippers (l?inventeur du Gazex). Celui-ci le fera connaître et commercialisera cette technique (qui vit le jour en Autriche) auprès des stations de ski et des gestionnaires de route de montagne.
De même, à partir d?un lanceur pneumatique américain importé en 1973, ils mettent au point l?avalancheur en coopération avec le Ministère de l?Intérieur et l?ANENA. Celui-ci sera présenté aux professionnels de la montagne et aux administrations en 1979 et distribué dès l?hiver suivant par la société Ruggieri (rachetée à la fin des années 1990 par Lacroix).

Parallèlement, l?ANENA, dès sa création en 1971, a assuré la coordination :
? de tous ces efforts de recherche impliquant un grand nombre de partenaires,
? de la mise en place d?une réglementation (alors inexistante) sur l?utilisation des explosifs à des fins de déclenchements préventifs d?avalanches,
? ainsi que d?une formation d?artificiers " neige " (le premier stage a lieu en novembre 1972 à Barcelonnette), et de celle du " servant avalancheur ".

Et maintenant ?

Plus de trente ans après les premières expérimentations et les premières discussions visant à organiser cette activité, le DPA (déclenchement préventif des avalanches) fait maintenant partie du paysage des mesures de gestion du risque d?avalanche. Il est couramment utilisé dans deux cas principaux, pour lesquels il constitue un outil de la gestion du risque à part entière :
? la sécurisation des pistes de ski des domaines skiables (voire, dans quelques cas exceptionnels, d?itinéraires hors-pistes) ; il est alors mis en ?uvre par les pisteurs-secouristes des services de sécurité des pistes ;
? la sécurisation des routes de montagne ; il est alors mis en ?uvre par des agents de la direction départementale de l?équipement ou du conseil général concerné.

Depuis quelques années, le problème de l?extension du déclenchement préventif pour la protection de zones habitées a été soulevé, à travers quelques cas pour lesquels il a été envisagé (voir les réflexions de JF. Meffre dans les liens ci-dessous). Il n?est juridiquement pas interdit de provoquer une avalanche qui pourrait atteindre des bâtiments d?habitations, dans la mesure où ceux-ci auraient été préalablement évacués. Mais les conditions nivologiques et techniques des évacuations qu?il serait nécessaire d?imposer avant le tir, ainsi que le problème des dédommagements en cas de dégâts éventuels sont délicats.
La question reste posée, et des solutions existent, déjà proposées par certains experts.

Par François Sivardière

Aller plus loin

Sur le même thème sur le site de l'ANENA :
Réflexions à propos du DPApour les routes et au-dessus d?habitations, par Jean-François MEFFRE
Le point de vue du directeur d'un service des pistes, par Jean-Louis Tuaillon
Des déclenchements parfois surprenants, par Hervé WADIER
Une activité à risques pour les artificiers, par François Sivardières

4 commentaires

freeryan
Statut : Confirmé
inscrit le 12/02/05
Oui cet article est super interressant j'en ai appris des choses , même si j'ai pas forcément tout compris ;) ( L'histoire de la route pour Isola 2000 ) surtout que c'est vers chez moi , merci en tout cas pour les infos ...
 

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