/ Texte Guillaume Desmurs _ Photos Nicolas Schlosser (en-tête : Guillaume Desmurs)


L'Urban Plagne Festival a décerné son palmarès vendredi soir en récompensant le film de Laurent Jamet (équipe Tested Panthera) devant le film des Gpsy Feelin et de l'équipe Edit. 

La tension était palpable dans la salle alors que s'égrenaient dans le désordre les 7 films non primés (le jury a décidé de ne pas classer les films 4 à 10). Les équipes épuisées par 4 jours et nuits de tournage/montage non-stop affichaient leurs cernes et leur excitation. Ils ont eu froid (rien à voir avec les conditions printanières de l'édition 2011), ils ont filmé sous la neige, ridé et shooté jusqu'à 5 heures du matin, "on est assez fatigués, les conditions climatiques n'étaient pas forcément là", lâche Antoine Mayet de l'équipe Wemotion. Malgré cela la qualité de l'image et du scénario a pris un énorme coup de boost en un an, le niveau général est monté chez toutes les équipes. 

Après les 7 films, il n'en reste donc plus que trois : Edit, Tested Panthera et Gpsy Feelin. Les équipes savaient donc qu'elles étaient sur le podium sans connaitre leur place exacte. Pour les filles de l'équipe Edit, c'était une vraie surprise d'arriver à ce niveau-là. Le jury (dont je faisais partie avec David Lacote, Lao Chazelas et le réalisateur Régis Wargnier) a aimé l'esprit acidulé et joyeux de cette courte production sur le thème de la gourmandise. Mathieu Mazuel, réalisateur que l'on connait bien à skipass, a soigneusement travaillé les gros plans, le montage, les couleurs, pour un film qui reste très fidèle à son ambition et à son thème. Un film qui pétille à chaque coin de l'écran. Les autres péchés capitaux (l'un des thèmes imposés) ont été traités avec sérieux par d'autres équipes (orgeuil, colère), là c'est traité avec un joli sourire. 

Les Gpsy, vainqueurs de quatre éditions, ont un peu faiblit du côté du scénario en proposant un fable philosophico-poétique, quasiment un trip psychédélique, sur le hasard. Leur intention était d'avoir une histoire moins évidente, plus complexe. C'est bien filmé, bien monté, il y a du savoir-faire dans le rythme mais l'ambition affichée dès le début du film n'est pas tenue, toute la première partie du film n'engage pas le spectateur. C'est exactement le point sur lequel ce festival voudrait avancer, en dépassant le ski porn. On sait que toutes ces équipes savent filmer (et bien) le ski, lui donner du rythme et du punch. Il faut maintenant amener une dramaturgie, des personnages, des rebondissements, bref, raconter une histoire qui accroche du début à la fin et qui puisse parler à un public de non-initiés. 

Celui qui répond le mieux à cette promesse, c'est le vainqueur, Laurent Jamet, réalisateur de l'équipe Tested Panthera. Deuxième l'année dernière, troisième l'année précédente, il décroche enfin le trophée (une lourde sculpture en bois et plâtre) qu'il convoitait. Le film n'est pas exempt de défauts, mais il parvient rester en équilibre malgré tous les défis qu'il s'impose : une histoire émotionnelle, avec des dialogues, un vrai jeu d'acteur. Cela aurait pu rapidement tourner au ridicule mais il s'en sort et parvient à mêler son récit aux scène d'action ski de façon habile. C'est exactement le genre de production que l'on attendait à l'Urbain Plagne Festival : un film de ski qui ne rougirait pas à être présenté dans un festival de film "classique". 

Alors évidemment, les vainqueurs laissent peu de place aux 7 autres films qui ont tous, et c'est la grande différence avec l'année dernière, fait l'effort d'apporter un scénario. C'est le cas des Crapules, des Canailles (avec un passage hilarant et surréaliste dans la forêt sur le mode : "j'aime Dame Nature, j'embrasse les arbres"), de Jibheadz- avec un film à l'histoire simple mais bien tenue, à l'émotion certaine... dommage que la chute soit aussi faible - ou de l'équipe Neophile qui mettait en scène les efforts d'un gamin (Nathan Gaidet) pour rendre son père fier de lui (père joué par Greg Guénet). Aktaes a joué sur l'humour, avec un film nonchalant et rigolo qui donnait envie d'écarter les orteils et de glisser les deux mains derrière la tête. 

Voici les 7 films non primés (ce qui ne leur enlève pas, évidemment, leurs qualités) :

J'apporterai un prix de consolation personnel à l'équipe Wemotion qui a fabriqué les plus belles images de ce festival, proposé un long plan fixe bienvenu (le type de plan systématiquement absent des montages très clipés de ski) et parvenu à installer une ambiance originale... malgré une absence totale d'enjeu dans la narration. Les belles images ne suffisent donc plus à gagner l'Urban Plagne Festival, qu'on se le dise !

En effet, ce palmarès est le premier d'un Urban Plagne Festival nouvelle formule qui veut mettre l'accent sur l'aspect cinématographique des productions, c'est à dire qu'elles racontent une histoire. En 4 jours, 10 équipes sélectionnées devaient produire un film de 5 à 10 minutes sur un thème imposé (la trahison, le hasard ou l'un des 7 péchés capitaux). La nouveauté de l'édition 2012 est la présence au côté de chaque équipe d'un étudiant d'école de cinéma qui apportait son expérience et également l'identité du président du jury : Régis Wargnier, réalisateur de cinéma. Une très belle édition qui prouve la vitalité et la créativité de la production vidéo ski en France (mesurée à la quantité d'énergie déployée pendant 4 jours pour mettre ce sport en images) et qui promet une belle évolution à ce festival.