Nouvelles membranes : le grand flou
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Nouvelles membranes : le grand flou

Quelle est la meilleure membrane imperméable-respirante parmi les nouvelles venues : OmniDry, Neoshell et Active Shell ? Impossible à savoir, les fabricants entretiennent un savant flou artistique... Une enquête qui fait transpirer.

Texte Guillaume Desmurs
Photos Guillaume Desmurs

Quelle est la meilleure membrane imperméable-respirante parmi les nouvelles venues : OmniDry, Neoshell et Active Shell ? Impossible à savoir, les fabricants entretiennent un savant flou artistique... Une enquête qui fait transpirer.

Texte Guillaume Desmurs
Photos Guillaume Desmurs
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Souvenez-vous quand l’imperméabilité était le critère décisif de choix d’une membrane imper-respirante. Je suis même sûr que vous connaissez l’unité qui mesure la résistance de votre veste à la colonne d’eau, le Schmerber (12 000 Schmerbers signifie que votre veste est imperméable à une colonne d’eau de 12 m). Plus il y a de Schmerber, mieux c’est, j’achète et tout va bien dans le meilleur des mondes. 

Oubliez cela. Le Schmerber n’est plus à la mode. Les fabricants de membranes imper-respirantes ont opéré un virage à 180° cette année lors du salon ISPO 2011 pour mettre en avant l’autre caractéristique de la membrane imper-respi : la respirabilité

Ca tombe bien, l’imperméabilité a toujours été le cheval de bataille du leader Gore-Tex, l’inventeur du produit, son point fort jamais remis en question... quitte à lui sacrifier de la respirabilité, son point faible. Et c’est précisément là que la concurrence attaque.

Lors de l’ISPO 2011 donc, les Polartec, et autres OmniDry semblent s’être donnés la main dans un grand élan anti-Gore-Tex. Ils entonnent ce refrain en choeur : "pas besoin de pousser si loin l’imperméabilité, on ne skie pas pendant la mousson, nous n’avons pas besoin d’autant de Schmerbers pour un usage normal". David Gatti de Polartec l’explique par une image : «quelle que soit la puissance de leur moteur, une Ferrari et une Twingo roulent toutes les deux à 130 km/h maximum sur l’autoroute». 

Le credo de nouvelles membranes ? Accepter de reculer sur le terrain de l’imperméabilité pour pouvoir gagner en respirabilité - capacité à évacuer l'humidité de la transpiration - critère beaucoup plus important dans le cadre de nos sports à fort potentiel de sudation. Dans cette logique, Polartec a présenté son NeoShell, Columbia son OmniDry... sans oublier l'Active Shell de Gore-Tex. 

Intrigué par cette vague de membranes révolutionnaires, j’ai pris mon carnet de pèlerin et entamé le tour des fabricants, armé de mes seules questions naïves de skieur qui cherche à savoir quelle est la meilleure membrane. Je me suis mis dans les baskets du consommateur soucieux de prendre la bonne décision en comparant les avantages des uns et des autres, avant de lâcher 600 euros pour une veste haut de gamme. 

Autant vous le dire tout de suite, un choix avisé est impossible. Les fabricants brouillent volontairement les pistes afin d’éviter que l’on compare les performances de leurs membranes. L’un d’eux le dit même franchement : «On ne veut pas se comparer aux autres.» Cela ressemble étrangement aux opérateurs de téléphonie mobile complexifiant leurs abonnements pour que la comparaison devienne impossible au simple cerveau d’un humain moyen pas encore liquéfié par les ondes des portables.

Combien de fois ai-je entendu :

-"Notre membrane est 5 fois plus légère et 3 fois plus respirante.

-Que qui ? 

-Que la concurrence... 

-Oui mais quelle membrane de la concurrence précisément ? 

-Ah, ça, je ne peux pas vous le dire, nous ne souhaitons pas nous comparer aux autres." 

François Knoll de Columbia explique que sa nouvelle membrane OmniDry affiche «12 000 de respirabilité au test MVTR». Quelques stands plus loin, la nouvelle membrane Neoshell de Polartec est argumentée avec l’aide d’un graphique mettant en avant un test DPMC. DPMC ? Une référence visiblement, puisqu’il est utilisé par l’armée américaine. Ah ben chouette, tout s’éclaire alors. Ou pas. Chez Gore-Tex on défend le RET, un troisième test mesurant la respirabilité. Ok, bon, expliquez-moi... 

«Le RET est un test statique qui ne prend pas en compte le fait que le corps bouge et favorise la respirabilité par déplacement d’air. En effet, la respirabilité n’est pas constante selon l’activité de celui qui porte le vêtement, ce que mesure le DPMC», explique David Gatti de Polartec. On rétorque chez Gore-Tex, que le test «RET est le seul qui prend en compte le confort d’utilisation du sportif». Oui mais «le test MVTR est le seul qui soit normé», renchérit-on chez Columbia. Qui croire ? Chacun utilise le test qui avantage sa membrane, c’est de bonne guerre. 

Avec ce flou artistique sur l’unité de mesure de la respirabilité, tous précisent - pour noyer encore le poisson qui n’en demandait pas tant - qu’au final tout dépend de la construction de la veste, des autres matières auxquelles la membrane est associée, «l’étanchement des coutures et l’accessoirisation (rabats, poches, capuches) changent les performance d’un vêtement», précise François Knoll. «Deux vestes avec les mêmes matériaux mais deux constructions différentes peuvent afficher une respirabilité qui va du simple au double», confirme-t-on chez Gore-Tex. 

Le poisson bouge encore ? Il n’a pas encore suffoqué ? Achevons-le en introduisant une nouvelle notion : la perméabilité. Je n’ai pas tout compris, mais il semblerait qu’une membrane perméable (comme NeoShell et OmniDry) permette à l’air d’entrer (mais pas le vent) afin de faciliter l’évacuation de la transpiration. Chez Gore-Tex, on n’y croit pas : «la perméabilité n’aide pas la respirabilité, ça rafraichit seulement. Le flot d’air n’est pas assez fort pour améliorer votre confort», précise Antonio Grippo.

Bref, passons sur la perméabilité et cherchons un moyen de sortir de ce débat impossible. On pourrait d'abord soumettre toutes ces membranes une batterie de tests similaires et scientifiquement comparables. 

L’autre méthode est l'approche de la marque Mountain Hardwear : ne plus parler technique ni types de membranes, pour déplacer le discours sur le seul bénéfice utilisateur. «On travaille avec une vingtaine de fournisseurs (General Electrics - eVent, Toray - Dermizax, Mitsubishi, etc) pour trouver les membranes possédant les caractéristiques dont nous avons besoin. Sur notre veste d’alpinisme par exemple, nous avons diminué l’imperméabilité dans une zone précise où nous avons besoin d’un surcroît de respirabilité, cette veste n’aurait jamais été labellisée par Gore-Tex par exemple, explique Frederic Meynent. Ca me rappelle le débat Mac contre PC, où les utilisateurs de PC insistaient sur les performances et les Mac répondaient "oui mais nos machines sont tellement plus faciles à utiliser". Je ne veux plus argumenter sur les performances techniques des membranes, mais apporter une solution au pratiquant.»

Finalement, après de nombreux allers-retours dans les halls de l'ISPO, j'ai compris pourquoi nous assistions à une soudaine offensive contre le leader historique, l’inventeur de la membrane imper-respirante en PTFE il y a un peu plus de 50 ans. La Chine et les marges. «Les prix en Chine augmentent depuis 4/5 ans, cette année ils ont pris 30% de plus. Les marques cherchent à regagner leur marge, explique un acteur du marché. Et même si Gore-Tex est le meilleur en terme d’imperméabilité, nous n’avons pas besoin de ce niveau de technicité. Les grandes marques se posent donc la question de changer.» Et pour changer, il faut le choix. Columbia a ainsi racheté OmniDry en 2009 (une membrane qui continue cependant à équiper d’autres marques) pour posséder sa propre technologie. 

L’acheteur, lui, ne sait plus quoi faire avec tous ces graphiques, ces arguments imparables, ces bulles qui traversent les membranes sur les stands (démonstrations «scientifiques» censées édifier le chaland - cf photo d'en-tête). Alors si on ne peut pas choisir rationnellement, il faut faire confiance. «Si j’étais un consommateur, je ferais confiance à une marque qui a 30 ans d’expérience», explique Antonio Grippo au client perdu dans les procédés de lamination, les RET, MVTR et autres DPMC. Et puis le design de la veste. Finalement, je vais prendre la bleue et rouge là, elle est sympa, non ?

portfolio

Démonstration sur le stand Columbia.

Photo Guillaume Desmurs

Test OutDry pour les chaussures (OutDry n'est pas une membrane mais un procédé de construction).

Photo Guillaume Desmurs

Tests comparatifs Mountain Hardwear.

Photo Guillaume Desmurs

Tests comparatifs NeoShell Polartec.

Photo Guillaume Desmurs

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