/ Texte Guillaume Desmurs _ Photos Jeremy Bernard (action) et Guillaume Lahure (aire d'arrivée) _ Vidéo Guillaume Desmurs


Candide manquait ce matin sur la face ombrée de l'Eyssina, dans la station de Vars, pour la troisième édition du Red Bull Linecatcher (deuxième dans la station sudiste). Il manquait son ski reggae si groovy. Il manquait ce repère autour duquel les autres skieurs se positionnent. Il manquait cette approche en diagonale - souvenez-vous de la transition dans sa ligne. En revanche, au niveau performance, nous avons été pleinement satisfaits. Le Canadien Sean Pettit l'emporte dans une neige qui ne pardonnait rien, devant Markus Eder (issu des qualifications) et Tim Durtshi. Sage Cattabriga empoche avec le Best Natural Trick et Willey Miller le Best Trick.



Le nom de Sean Pettit était noté sur la feuille des juges, tout en haut, à côté du chiffre "1", lors de leurs délibérations. Le "2" et le "3" étaient sans nom, toujours soumis à discussion. Car le vainqueur s'est imposé rapidement et n'a surpris personne. Julien Régnier, chef-juge et cerveau de l'évènement, l'explique : "ce qui a fait la différence, c'est la grosse barre du milieu, Sean se met un tir... Je l'ai vu partir je me suis dit : il est mort ! Et là il pose. Tu ne comprends pas trop comment il arrive à poser cela, deux mètres plus loin que les autres, c'est solide, rien à dire. En plus il fait un gros trick, un 7 désaxé. Il skie vite, ne s'arrête pas, le run est puissant."

Sean Pettit est donc l'incontestable vainqueur de cette compétition qui a lancé 15 des meilleurs skieurs de freestyle backcountry dans une face truffée de kickers qu'ils n'ont pas le droit de skier avant la compétition. Le jugement se fait sur une impression générale, au meilleur des trois runs ; ce qui incite les riders à se lâcher. Sean Pettit, auteur d'un premier run killer, n'a pas pour autant levé le pied pour assurer. Il a tenté de monter d'un cran au second run, sans succès. Il est tombé et ne s'est pas découragé dans son troisième run qui score (à voir en vidéo). 

Ce matin, les skieurs ont marché à l'aube pour atteindre le sommet de la face, un peu plus à gauche (vu d'en bas) que l'année dernière. Vers 9h, l'hélico décolle et, réglés comme du papier à musique, les riders déroulent les uns après les autres leurs runs. Ce premier run sert de test : on y voit donc pas mal de chutes et de runs très skiés. Chacun a donné son interprétation de la face avec un Tim Durtschi en grande forme, un Markus Eder sorti du bois (et des qualifs), un Sean Pettit qui prend immédiatement une option sur la victoire en terminant en tête de ce premier run ; un Léo Taillefer issu des qualifs (6ème et premier Français de la finale) qui a donné à voir un ski très solide et inventif, plein de joie dans les pieds. "C'est la glissage d'échauffement pour les jambes. J'ai un run avec 5 sauts, j'en ai raté un au milieu. Je les poserai dans mon deuxième run !", dit-il. 

Chris Booth est plus en forme que jamais avec une grosse double barre au début qui donne le ton en entrée de run, une vraie prise de risque. Matti Imbert montre sa créativité habituelle associée à un ski léger et rapide. Rich Permin envoie aussi la grosse double barre en entrée avec un 360 fat, JP Auclair nous surprend avec une belle idée de ligne serpentant dans les cailloux (ligne qu'il conservera pour ses trois runs). "Il ne restait plus de poudreuse à gauche, il fallait que j'aille en chercher à droite. Pour les deux prochains runs, je vais y aller solide, pas plus fort que ça", commente-t-il. 

La clé de la compétition, ce sont les réceptions : elles se doivent d'être impeccables, bien équilibrées, sous peine d'explosion sur cette neige légère en surface et béton en sous-couche. C'est une neige plus prévisible que de la poudreuse mais qui ne pardonne pas la moindre erreur d'équilibration. 

Au deuxième run, chacun monte le niveau d'un cran, au risque de finir sans skis. Le troisième run est une confirmation : Tim Durtshi confirme sa solidité et sa régularité, tout comme Markus Eder, un rider italien avec qui il faudra compter... tandis que Sean Pettit persiste et signe. 

Sage Cattabriga (à gauche avec Sean Pettit), l'un des grands noms présents sur la face de l'Eyssina, joue à l'acrobate en tombant deux fois dans son run et en sauvant inexplicablement son équilibre : il chute lourdement face contre neige à la sortie d'un backflip et, quand le nuage se dissipe, il est mystérieusement debout, glissant vers le prochain saut : comment a-t-il fait ? Il réceptionne difficilement le saut suivant et s'en sort par un nouvelle pirouette en tournant sur lui-même, sur un seul ski, pour rester debout et finir le run devant les bouches bées du public. 

Rich Permin est volcanique. On l'avait vu l'année dernière. Il a légèrement dompté son moteur aujourd'hui, l'effet de l'expérience ? "Pour moi il faut que ce soit rapide, puissant et gros. J'ai voulu faire le bourrin l'année dernière, cette année je vais me faire plaisir". Ben Mayr tombe sur ses trois runs, Chris Booth propose un solide troisième run, Nico Vuignier (issu des qualifs) skie vite sans être satisfaits d'aucuns de ses runs, tandis que JP Auclair ponctue ses ligne de deux backflips mute. 

On retiendra aussi le plaisir évident de skier qui transpirait à chaque virage de Léo Taillefer et de Sage Cattabriga. Deux prestations offertes par un ancien et par un rookie. Celle de Sage est propre, c'est enchainé et fluide, une simplicité rafraichissante obtenue avec beaucoup de travail et d'expérience. "Le niveau est tellement élevé, c'est vraiment motivant. On est tous là, à envoyer sans se retenir !". Léo aussi laisse éclater son pur plaisir ludique de jouer avec la montagne... en témoigne le moment assez surprenant où il balance son 360 sur une épaule, en terrain naturel, sans kicker. Il l'explique : "j'ai improvisé mon troisième run en cours de route, je n'ai pas tout plaqué vraiment propre, ça tient debout, c'est le principal. Six sauts, ça fait plaisir, c'est rentable !". 

Sean Pettit (dont le run de l'année dernière nous avait fait frissonné l'échine de plaisir et de surprise) a su déployer une assurance et un esthétisme supérieurs. Maintenant qu'il s'est installé dans la cour des grands, il se pourrait bien que le petit Sean donne le ton. Avec ou sans Candide.

Les résultats complets :

1) Sean Petit (CAN)
2) Markus Eder (ITA)
3) Tim Durtschi (USA)
4) Sage Cattabrigo - Aloso (USA)
5) Chris Booth (AUS)
6) Léo Taillefer (FRA)
7) Wiley Miller (USA)
8) JP Auclair ( CAN)
9) Richard Permin (FRA)
10) Mathieu Imbert (FRA)
11) Nicolas Vuigner (SUI)
12) Anthony Bronowski (CAN)
13) Chris Benchetler (USA)
14) Bene Mayr (GER)
15) Rory Bushfield (CAN)