Freeride à Paris

8 décembre 2010... Qui aurait cru que les ligne 2 et 7bis du métro parisien pouvaient être l'équivalent de nos téléphériques et nous permettre d'accéder à des domaines skiables majestueux ?

Après des chutes de neige épisodiques ces derniers jours sur la capitale, c'est comme par magie, ce jeudi 8 décembre, qu'il s'est mis à poser comme un gros jour. En quelques heures ce sont 10 à 15 cm qui ont recouvert le pavé. Fait rare ici. Tout excité à l'idée de me dire qu'on allait pouvoir skier, il me fallait trouver des riders disponibles et motivés. Pas évident quand ils sont déjà tous partis vers les montagnes. Qu'importe, un appel sur facebook et 3 coups de fils pls tard, j'avais à 15h une équipe composée d'un freerider Chamoniard, Yvan Lataste, et de deux skipasseurs Martin Dujol et Nicolas Rodriguez.

On se donne rendez-vous pour 18/19h et je pars en repérage, armé de tout mon matos photos, de chaussures de ville, d'un jean et d'un bonnet. Les pieds déjà trempés, j'arrive en 5 minutes au spot de mes rêves : Les Buttes-Chaumont, nom de ce parc (et non park) inauguré en 1867 par Napoléon III et situé en plein cœur du 19ème arrondissement. L'histoire ne dit pas si l'empereur et les concepteurs des Buttes étaient de fin visionnaires du ski mais ils ont réussi à créer un domaine de près de 25 hectares composé de collines, de ruptures de pentes, d'un lac, d'un pont digne d'Indiana Jones et de sapins...

Manque de bol, les gardiens, que nous appelleront ski-patrols, venaient de fermer le parc pour des raisons de sécurité (officiellement car officieusement on nous parlera d'un risque d'avalanche de niveau 5). Alors que Paris se met en mode "heure de pointe" sous la neige avec toute la pagaille que ça engendre, j'attends l'arrivée d'Yvan pour escalader la grille du parc et pouvoir profiter de ce domaine encore vierge. On rentre à 19 heures et on passe près d'une heure à jouer les commandos à ski aux milieu des arbres pour ne pas se faire repérer. On veut absolument pouvoir sortir une photo sans se faire virer mais il faut faire vite car on découvre qu'on est pas les seuls à avoir ressenti l'appel de la poudre. Comme dans tout bon spot, il y a déjà quelques locaux qui sont là pour faire les premières traces.

On se lance rapidement et je fais partir les premiers éclairs de flash. On est en pleine nuit et même si le parc est éclairé, on doit compenser le manque de lumière. On commence à enchainer les runs jusqu'à l'arrivée de Martin et Nicolas. Ce dernier jouera le rôle de guide de haute-montagne des Buttes Chaumont. Voisin du parc, il nous emmène vers les bons spots, et y a de quoi faire.

Alors oui on ne dépasse pas un dénivelé de 40 mètres sur cette station, oui on touche parfois l'herbe, et oui il n'y avait aucune remontée mécanique en état de marche ce soir-là mais, nom d'un chamois, quand vous vous retrouvez en haut du parc, avec une vue sur la tour Eiffel, le Sacrée Cœur et Paris illuminé à perte de vue, que vous êtes seuls, skis aux pieds, dans le calme, y a quelque chose de magique qui vaut bien une pure session de ride, un jour de soleil avec 60cm de fraiche dans une station des Alpes ou d'ailleurs.

Et comme une pure session, on a pas vu le temps passé. Commencé à 19 heures on termine à 1 heures du matin, épuisés. On n'a pas croisé les skis-patrols mais à la fin on aurait bien aimé. Car on était les seuls à être encore présent dans un parc fermé de tous les cotés. Sans sortie et après 2 tours du lieu, on se décide à retraverser les bois pour utiliser l'entrouverture causée par un énorme arbre qui n'a pas supporté le froid et qui est venue s'écraser sur la grille du parc (et sur des voitures, accessoirement). On est enfin libre sous le regard interloqué de passants qui rentraient chez eux.

Dans le lit, avant de s'endormir, on se demande si on a pas fait un drôle de rêve : on vient de skier à Paris dans un lieu qui ne semblait pas être Paris. On est heureux d'avoir eu l'expérience de ce changement d'espace, de perspective. Un changement que seul la neige et la passion de la glisse, entre autre, permet.

Infos station : Les Buttes Chaumont. Accès téléphérique ligne 2 ou 7bis. Forfaits : gratuit ou pass Navigo. Remontées : à construire. Snowpark : Tables et bancs à disposition. Dénivelé : 40 mètres. Point culminant : entre 100 et 200 mètres. Restaurant d'altitude : Le Rosa Bonheur. Logement : nombreuses possibilités autour de la station.

Ouverture : décennale. 

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