/ Texte Laurent Jamet _ Photos Laurent Jamet _ Vidéo Laurent Jamet


Nous avons demandé à Laurent Jamet de nous expliquer pourquoi il avait choisi de réaliser un film de ski avec une approche aussi personnelle. Plus qu'une façon artificielle de se différencier de la pléthorique production vidéo (la qualité de la réalisation atteint largement cet objectif), "Invincibles" est un écho esthétique à ses propres préoccupations et aux péripéties de sa vie. Un film de ski intime en quelque sorte. Que l'on aime ou que l'on n'aime pas, c'est en tout cas une démarche profondément artistique et prometteuse.


"Pour la plupart d’entre nous, le ski est l’activité la plus ludique et la plus jouissive qui soit. Nous nous amusons, y prenons un immense plaisir et c’est bien là le plus important. Mais pour une minorité de gens la passion du ski est  bien plus que cela. C’est un élément directeur de leur vie, ce qui leur permet de se redresser, de se remettre en selle, de regarder à nouveau vers l’avenir alors même que la vie leur impose des épreuves à traverser. Le film Invincibles raconte l’histoire d’êtres humains qui, ayant chacun une histoire différente, ont en commun cette passion du ski qui leur fait tellement aimer la vie. Bien que le sujet a déjà été abordé dans d’autres très bon films comme « Show and prove » ou bien « Reasons » j’avais le sentiment qu’il restait de nombreuses choses à dire.


Ce film, il y a des années que j’y pense, des années qu’il me hante. Mais le réaliser dans les conditions que je souhaitais n’était pas financièrement à ma portée. Il y a de cela deux ans Canon a changé la donne, ils ont rapproché plus que jamais le monde du cinéma indépendant du monde du « vrai » cinéma. Les DSLR (7d, 5d markII, d3s…) permettent de faire des choses qui étaient jusqu’alors impensables pour nous : donner du sens à une image dans des dimensions qui étaient jusqu’alors réservées à la pellicule 35 mm (latitude d’exposition, profondeur de champs, sensibilité, définition…) même si ils sont très délicats à utiliser. En effet ils ne laissent aucun droit à l’erreur, autant en tournage qu’en post-production.

Il y a tant de choses à savoir avant de s’en servir correctement que je ne peux pas les citer toutes ici et il faut accepter de perdre une partie de ses plans car ils sont juste impossibles à utiliser dans certaines conditions. Il y a eu ces derniers temps un grand débat : pour ou contre l’utilisation de ces appareils photos ? Mais au final ils ne remettent pas en question l’utilisation de caméscopes car ils ne sont pas destinés à la même chose (ils signent en revanche la mort des kits 35), il faut du temps, beaucoup de temps et de précautions pour arriver à quelque chose de bien. Du temps, j’en ai eu cet hiver car je me suis focalisé sur ce film et ces appareils photos m’ont apporté la possibilité de donner encore plus de poids aux images en allant toujours dans le sens du scénario.


Pourquoi faire ce film me direz vous ? Tout simplement parce qu’il reflète ma propre histoire : j’ai passé la moitié de ma vie à m’entendre dire que je n’étais qu’une merde, que je n’arriverais à rien. A force de l’entendre on fini par y croire et si l’on n’a pas un tant soit peu de respect pour soi-même on ne peut aller nulle part. Il me fallait quelque chose pour me prouver à moi-même que, peut être, je valais mieux que ce que je pensais, que je méritais mieux. Le ski m’a permis de devenir fier de moi, de penser pouvoir être un jour un homme. Skier nous oblige parfois à rassembler tellement de courage, à prendre la bonne décision, à se sacrifier, à être généreux, à suivre son cœur… Au final nous ne pouvons que nous élever.


Bien sûr, toute cette histoire est avant tout la mienne mais au fil des ans j’ai rencontré toujours plus de gens qui partageaient cette vision, j’ai alors commencé à penser qu’il serait légitime de raconter cela. Non pas comme étant mon histoire mais votre histoire à tous. Car nous sommes tous potentiellement concernés, il y a tellement de configurations différentes : d’un jeune freestyler qui a atteint l’âge où il se demande ce qu'il va faire de sa vie jusqu’au vieux grognard du freeride qui se demande ce qu’a été la sienne... en passant par les blessures, les chagrins d’amour…

Le point commun que nous avons est cette passion du ski qui nous tire vers l’avant et nous fait réaliser ce qui est vraiment important à nos yeux dans notre quête du bonheur. Il y a quelques temps j’ai été terriblement amoureux d’une femme, lorsqu’elle est partie j’ai traversé les moments les plus durs de ma vie, je n’avais plus vraiment de perspectives d’avenir. L’hiver est arrivé et j’ai commencé à guérir, à regarder à nouveau vers l’avant. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi mais skier m’a ramené à la vie. Attention, je ne dis pas que tout ira mieux tout de suite, pour m’a part j’y pense encore tous les jours bien que beaucoup de temps se soit écoulé, mais je sais désormais à quel point ma passion du ski m’épaule dans la vie, combien elle est désormais ce qu’il y a de plus important à mes yeux.

Ce que j’ai vécu cet hiver a été exactement ce que je souhaitais retranscrire dans ce film et c’est un sentiment étrange que d’essayer d’analyser froidement ses propres sentiments. Je pense être quelqu’un de nature assez triste mais qui s’efforce d’avoir une vision profondément humaniste et optimiste de la vie, et bien que ma foi en mes semblables aie été un peu ébranlée ces derniers temps, nombreux sont les moments cet hiver où les gens qui m’accompagnaient m’ont fait comprendre que je devais continuer à croire en eux. 


Je retiendrais de cet hiver que nous avons vécu ensemble de nombreuses galères mais surtout de véritables moments d’amitié et de joie, tous unis, hommes et femmes, autour de notre passion, dans notre quête d’un peu de bonheur : cet instant qui fait de nous des gens meilleurs, après une grosse ligne ou un nouveau trick où tout disparait et où l’on se sent, pour quelques secondes, invincible.


Voila j’espère vous avoir expliqué le pourquoi du comment, je sollicite votre indulgence pour le film, le sujet me tient tellement à cœur qu’il est dur de ne pas se perdre en route dans telle ou telle direction. Je vous donne à tous rendez vous en septembre".