Les Jeux de Neige, c'était 3 jours d'animation et de compétition en plein coeur de Grenoble, la capitale des Alpes qui en profitait pour renforcer son dossier de candidature pour les JO 2018.

Un peu de pression donc sur les épaules des organisateurs, surtout que lorsque l'on associe des mots comme Big Air, Ski, Snowboard et France dans la même phrase, des souvenirs douloureux s'empressent de revenir à l'esprit (remember Disney Village pour ne citer que lui). Pour une raison inconnue qui tient sans doute de l'envoûtement, la France a toujours lamentablement échoué dans l'organisation d'un événement urbain ski ou snowboard d'ampleur, et ce alors que nos voisins européens y arrivent très bien.

Puis nous avons regardé le bulletin météo pour ces 3 jours de festivité : pluie, pluie mais aussi un peu de pluie entre 2 averses. Mmmmmm, ce n'est pas qu'on était inquiets, jouant à domicile, mais un léger doute flottait (lui aussi). Sachant qu'une autre inconnue de taille subsistait : le public. Allaient-ils répondre présent aux sirènes de la neige, ces grenoblois pas forcément si montagnards malgré leurs polaires chatoyantes et leurs grosses chaussures? Car il ne faut pas gober la légende urbaine qui voudrait que chaque nouveau né grenoblois reçoive une carte du CAF (Club Alpin Français, pas les allocs) : nombreux sont ceux qui ne touchent la neige que lorsqu'elle daigne tomber en ville, le ski n'étant pas le sport le plus accessible de la planète.

3 jours de pluie prévus donc. OK, c'est noté, même pas peur.

Après une épreuve de sprint ski de fond urbain le jeudi, le gros des festivités coté freestyle a commencé vendredi soir avec la Jib Session place de Verdun, -bien- organisée par nos  confrères des éditions Nivéales. C'est sous une pluie battante que skieurs (surtout) et snowboarders (un peu moins nombreux) se sont déchainés 2 heures durant, encouragés par un public qu'on peut féliciter pour sa fidélité au vu des conditions. Plutôt bon signe pour la suite d'ailleurs, mais chuuuut ne tuons pas le suspens...
Ca s'enchainait tellement vite qu'il n'était pas toujours évident d'y retrouver ses petits. On aura noté en vrac et de façon absolument pas exhaustive : les galipettes de Gus Kenworthy, l'élégance de Guillaume Sbrava, une clavicule cassée pour Vanessa Coletta qui était de retour de blessure - la poisse -, les front flips de Lucas Benaccio en snowboard...

Et avec un jour d'avance sur le Seigneur, au lendemain de la soirée electro de la Bastille (qui jouait à guichets fermés, pas étonnant vu l'affiche) le samedi vit arriver le Big Air et ses déluges semi-bibliques... Coupe du Monde FIS de snowboard toute la journée suivie d'une démo / team battle en ski, le tout sur une structure massive planté sur l'Anneau de Vitesse du parc Paul Mistral, et entrecoupés de concerts de rock gratos avec Firecracker, Kill the Young et Burning Heads.
Et là, c'est le choc : un anneau de vitesse noir de monde, le public était présent en masse, et très divers (des papies et mamies sous leurs parapluies, des riders, des gamins, des poussettes, des jeunes de tous horizons) malgré les torrents de pluie de l'après-midi, pour consacrer Mathieu Crépel en snowboard. Un scénario quasi parfait donc qui voit la victoire du français, même si on a bien cru voir Victor Delerue sur le podium (il finit 4).

Scénario qui devait se répéter le soir, avec une foule encore plus dense et un peu moins de pluie pour la Grenoble Freestyle Battle qui a vu s'affronter les teams CoreUpt, Salomon, Dynastar et Rossignol, avec une belle brochette d'internationaux (Charles Gagnier, Colby West, Gus Kenworthy plus les 2 rookies de chez Rossignol). Sans oublier bien sûr les frenchies, présents en nombre, avec un savant mix de petits jeunes et d'anciens (20 riders en tout, désolé si on ne les cite pas tous).
Un format taillé sur mesure pour le public (ah, l'applaudimètre...) mais aussi pour les skieurs qui s'amusaient comme des petits fous au rythme des thèmes imposés (pas toujours respectés il est vrai, mais c'est du freestyle après tout).
Comme quoi il est tout à fait possible de faire un événement grand public qui fonctionne pour tout le monde, et on ne peut que se féliciter de l'image super positive de notre sport qu'ont renvoyé les riders : alors ok, ils avaient des pantalons un peu grands, mais ils ont assuré le spectacle dans la bonne humeur (voire le délire complet avec la magnifique prestation des clowns de service, à savoir Kevin Rolland et Xavier Bertoni). Au final, c'est le team Dynastar qui remporte la compétition. Pourquoi pas, à vrai dire ça n'a aucune importance.




Il est donc possible de réussir un événement urbain de qualité en France, qui attire plus de monde qu'un King Of Style ou autant qu'un Freestyle.ch, sans pour autant sacrifier la qualité sportive. En bon grenoblois, inutile de vous dire qu'on n'est pas peu fiers que la malédiction ait été brisée dans notre bonne vieille ville, et d'aussi belle manière.

JO ou pas, on espère qu'une chose : une suite.

avec, ps pour l'organisation : un peu plus de ski (l'idée de la team Battle est bonne, mais un peu plus de lisibilité et d'enjeu serait pas mal, ainsi qu'une durée allongée) et aussi, pour que tout le monde en profite, surtout pour les animations pour les enfants et familles,  passer sur du vendredi/samedi/dimanche plutôt que jeudi/vendredi/samedi comme c'était le cas.


texte : Guillaume Lahure
photos : Guillaume Lahure  et complémentaire portfolio bonus parce qu'il faut laisser de la place aux jeunes doudiou par Jérôme Tanon.