On se souvient des catalogues Oxbow de la fin des années 80 et des hélicos tournant dans le ciel du Caucase. On a vu ensuite la poudre de Krasnaya-Polyana jaillir chaque hiver sur les pages des magazines jusqu'à ce qu'on se dise : "ça va, le Caucase, on a déjà vu". Ce qu'on a vu, surtout, ce sont des riders occidentaux venir tremper leur spatule dans la couleur locale... mais peu de riders locaux justement. Jérôme Wilm, dont la femme Marina Levkova vient du coin, y retourne chaque année. Il a passé du temps avec la scène locale, minuscule mais active, d'une petite dizaine d'excellents riders.

Ces Caucasiens au talent méconnu glissent dans trois principales stations qui sont, d'ouest en est : Sotchi (Krasnaya), Dombaï et Elbrouz (qui dispose de deux remontées mécaniques sur les flancs du plus haut sommet de l'Europe continentale, l'Elbrouz, qui atteint 5 642 m : un téléphérique sur la face sud et un télésiège et une pioche sur la face nord à partir d'une station appelée Cheget). C'est toute la zone, sur la carte, qui longe la frontière nord de la Géorgie.

Ces pentes vont devenir encore plus célèbres puisque Sotchi est une ville olympique en 2014 et une étape du World Tour freeride s'y arrêtera cet hiver. Et puis bien sûr il y a l'hélico, les fameux gros bourdons russes qui peuvent monter 20 skieurs d'un coup. Il faut compter dans les 350 euros la journée par personne. Pour les autres, la randonnée...
Si un snowpark doit voir le jour dans la station de Dombaï cette saison, le Caucase reste très typé freeride, le freestyle c'est plus au nord, près des grandes villes comme Moscou (qui a une station à l'intérieur de la ville et plusieurs autour) ou Saint Petersbourg.
Les riders locaux sont discrets pour plusieurs raisons : ils sont peu nombreux et ont beaucoup de difficultés administrative à voyager sur les évènements européens. Au contact des équipes de tournages, des riders et des photographes occidentaux, leur niveau a progressé et n'a rien à envier à nos glisseurs nationaux. La preuve avec ces quatre riders.

Sacha Baydayev, chef du ?Rescue team? du téléphérique de l?Elbrus depuis une vingtaine d?années, est aujourd?hui aussi guide et skieur pro, ridant pour Rossignol et Cébé. Quand il n'est pas sur les sommets de la planète, il finit 7ème à Verbier la saison dernière, et sera cet hiver présent sur le World Tour. C'est aussi un très fort snowboarder, faisant partie des pionniers du snowboard russe et plus particulièrement dans la région de l'Elbrus au début des années 90.
Liza Pahl, la femme de Sacha, d'origine allemande, est aussi guide. Elle vit dans le Caucase depuis une vingtaine d'années, alpiniste, elle emmène ses groupes au sommet de l'Elbrus, rideuse, elle encadre des groupes de freeriders. Elle ride aussi bien en ski qu'en snow, et c'est en snow qu'elle finit 4ème à Verbier l'année dernière. Elle ride pour Rossignol et Cébé, et sera aussi présente sur le World Tour cette saison.

Alexey Vodolazkin, comme Sacha, fait partie du "Rescue team" de l'Elbrus. Skieur pro, il ride pour Volkl, ACG, Oakley et Vist. Très fort skieur, super fan des front et back loops sur les grosses barres, champion de Russie en 2004, il était aussi aux qualifs de Verbier en 2005. On devrait le voir en Europe cet hiver...

Marina Levkova, elle vit maintenant une partie de l'année à La Grave en France, mais elle a fait ses débuts avec la bande de potes de l'Elbrus au début des années 90. Première fille, en 97, à faire la descente en snowboard du sommet (5642 m), championne de Russie de Freeride en 2004, elle s'est essayée aux contests freeride internationaux en 2005, mais plus que tout, préfère les belles grosses pentes pleines de poudre... Elle ride pour Salomon, Electric et ACG.


Texte : Guillaume Desmurs et Jérôme Wilm
Photos : Jérôme Wilm