Derby de la Meije : sécurité, parcours et "recos"
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Derby de la Meije : sécurité, parcours et "recos"

"L'avant" derby fait autant partie de l'événement que la course elle-même, nous y étions
Texte Loïc Giaccone
Photos Loïc Giaccone
Texte Loïc Giaccone
Photos Loïc Giaccone
"L'avant" derby fait autant partie de l'événement que la course elle-même, nous y étions

La semaine dernière a eu lieu le 29ème Derby de la Meije, et nous étions sur place pendant trois jours pour suivre l'événement. Après l'échec de 2016 avec une annulation de dernière minute, c'était l'année de la revanche pour la fameuse course.  

Le Derby, c'est beaucoup de travail en amont, pour les participants comme pour les organisateurs : de la préparation physique et mentale durant l'été jusqu'aux droites tirées dans les Vallons lors des "recos" d'un côté, de la création graphique à l'installation de l'arrivée de l'autre. 

Nous avons suivi le comité de course durant la mise en place de la sécurité avec l'équipe des pisteurs bénévoles, et en bons participants nous avons également testé nos lignes avec quelques skipasseurs la veille de la course pour emmagasiner (ou dés-emmagasiner c'est selon) de la confiance... 

La sécurité de la course

Des pisteurs bénévoles

La lourde tâche de la sécurité d'une course aussi folle que le Derby de la Meije est gérée par le comité de course, composé de cinq membres, qui applique durant l'événement le protocole de sécurité.

Celui-ci impose certains équipements aux participants (casque, DVA et ceinture RECCO), décrit les conditions de course, l'itinéraire, les mesures prises pour le sécuriser, et les actions à mettre en place en cas d'accident, selon le niveau de gravité.

Les moyens de secours prévus font état d'une cinquantaine de pisteurs secouristes bénévoles répartis le long du parcours, d'un hélicoptère médicalisé, de quatre personnels RECCO, un infirmier urgentiste, une ou deux équipes cynophiles, et plusieurs autres personnes au PC course ou de réserve.

Ces pisteurs viennent d'un peu toute la France, du moins d'un peu tous les massifs, et se connaissent souvent des éditions précédentes. Une sacrée bonne ambiance règne au sein de l'équipe. 


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Postes et sécurisation du parcours

Après que le comité de course a réparti les pisteurs en binômes puis équipé tout le monde en vêtements officiels et en radios, nous sommes allés sur le terrain pour installer une partie du matériel et repérer chaque poste de secours. 

Ceux-ci sont répartis tout le long du parcours, à vue les uns des autres. Pour une arrivée à Chalvachère, la disposition minimale prévoit vingt-deux postes. Cette année, nous le savions déjà, l'arrivée allait être plus haute : seize postes étaient prévus. L'hélicoptère lui, sera stationné au col des Ruillans à 3200m, à l'arrivée du téléphérique.

Le Derby de la Meije est une course en milieu naturel non préparé, hormis la piste du glacier. Toute la zone de compétition, depuis le départ à 3600m jusqu'à l'arrivée, est fermée au public : personne ne peut aller dans les Vallons de la Meije le jour du Derby, du moins pas avant que la course ne soit terminée. Certains obstacles naturels présentant un risque important peuvent être balisés avec des filets, mais de manière non exhaustive. On est à la Grave quand même.  

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L'arrivée

Le mercredi, à deux jours de la course, l'incertitude plane encore sur la position de l'arrivée du Derby. C'est chaque année la grande inconnue : où sera t-elle positionnée ? Son altitude est variable d'une année à l'autre selon l'enneigement. Au plus bas, il y a longtemps, les concurrents ont pu descendre jusqu'à la Romanche... C'est une donnée importante pour eux, leur donnant une idée de l'effort qu'il y aura à fournir mais surtout leur permettant de choisir leur ligne.

Ces dernières années, l'arrivée la plus basse se trouvait aux environs de la cabane de Chalvachère, en bas des Vallons, pour des temps courses se situant dans les six minutes pour les meilleurs, plutôt huit voire dix pour les autres : ça commence à faire long. En 2017, l'enneigement ne permet malheureusement pas de descendre aussi bas. L'arrivée sera positionnée plus haut, en fin de moraine, juste avant de basculer dans le goulet au niveau du premier retour P1.

Le comité de course choisit ainsi en fonction de l'enneigement le lieu approximatif de l'arrivée, puis ensuite le lieu précis en fonction de plusieurs critères : une largeur minimale, une raquette d'arrivée permettant l'arrêt des coureurs, où le public peut s'assembler autour, avec la possibilité de faire une DZ (Drop Zone) hélicoptère et enfin où le risque d'avalanche est peu élevé.  

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Les "recos", reconnaissances du parcours

L'importance du repérage

Les recos font partie intégrante de l'événement. A moins d'être un peu suicidaire ou d'y aller pour le fun, il est "très fortement recommandé" de repérer sa ligne avant la course. Car même en connaissant bien les Vallons, la configuration du terrain change chaque année en fonction de l'enneigement.

Une bonne partie des concurrents viennent donc les jours précédant le Derby pour repérer, trouver et ajuster leur ligne au milieu des Vallons. Nous y étions également le jeudi, à la veille de la course, avec une belle petite équipe de skipasseurs qui n'étaient pas là pour enfiler des perles, certains étant sur place depuis le début de la semaine (voire de la saison pour l'un d'eux) : tonido, FastNico, fullspeed, mikpowderman38, labuche1 et bert05. Skieur libre lui, était présent dans l'équipe des pisteurs secouristes.

L'idée, c'est de repérer la ligne la plus adaptée à notre connaissance du terrain et nos capacités, nous permettant d'aller le plus vite. Certains iront plus dans l'axe de la pente, ou plus dans les bosses, il va leur falloir gérer la vitesse... On commence donc par trouver sa ligne, travailler section par section, puis se faire un enchainement de haut en bas une fois qu'on sait où est la ligne d'arrivée. Ca permet d'avoir une idée de l'effort à fournir (et la souffrance qui nous attend). Attention, il ne faut pas se crâmer (ni exploser) aux recos et en garder sous la spatule pour le vendredi matin.

Dossards et chambrage

Le tirage du dossard fait aussi partie de "l'avant-course", un moment de stress pour tous qui va décider de votre état moral jusqu'au départ : si on tire un petit dossard, il y a de fortes chances que l'on parte avant que la neige ne soit dégelée, mois d'avril oblige... A l'inverse, les gros dossards auront de la neige ramollie mais aussi des bosses plus grosses. Le numéro de dossard peut donc influer sur le choix de ligne. Après un sale coup en 2015 (dossard 59), c'était plutôt une bonne pioche cette année : 328.

Cela permet de se moquer de ceux qui ont des dossards à deux chiffres. C'est aussi ça le Derby, comme pour toute compétition, on se toise les uns les autres, et on joue beaucoup sur le moral des autres et le chambrage ("C'est pas une fissure dans la coque de tes chaussures là ?" - "Tu vas vraiment farter au rouge ?" - "J'ai entendu dire que ça finissait à la rivière cette année...").

A gauche, la queue pour le retrait des dossards. A droite, des skis gris, des skis verts, une wingsuit, pas de doutes des skipasseurs sont par là :

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Glacier

Comme toujours, le départ est prévu au sommet du téléski du glacier de la Girose, à 3550m d'altitude. Il sera effectué par vagues successives de dix concurrents, toutes les minutes.

La première partie du Derby est une belle piste bleue, la seule partie préparée du parcours. Prise droite d'en haut en schuss, on y dépasse facilement les 100km/h (certains auront même enregistré des pointes à plus de 160, mais nous doutons fort de l'efficacité du GPS pour ces cas...). Cette vitesse est capitale pour passer le plat légèrement montant du bout du glacier et arriver au col des Ruillans à 3200m, arrivée du téléphérique et seul point de passage obligatoire permettant de basculer dans les fameux Vallons de la Meije.

La glisse est capitale et stratégique : plus on va vite et loin sur le plat, moins on pousse. Moins on pousse, plus on garde d'énergie pour les Vallons... Surtout que pousser comme un boeuf sur les bâtons à 3200m d'altitude, ça vous scie rapidement les poumons, les jambes et les bras alors que vous allez en avoir bien besoin ensuite. Certains concurrents établissent donc leur tambouilles de fartage pour essayer de griller leurs concurrents dans le schuss (avec plus ou moins de réussite)...

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Entrées

Après le col des Ruillans, trois choix s'offrent à vous : l'entrée "haute", ou "entrée de la cabane" faisant un léger détour, l'entrée "du milieu", plus étroite, et l'entrée "basse", plus directe mais aussi plus vite bosselée et pas forcément facile à négocier. Tout dépendra de votre ligne, de vos préférences, de ce que vous êtes capables de supporter... Ensuite, vous avez toute la largeur des Vallons de la Meije pour choisir votre ligne. Seuls les couloirs Trifides sont interdits. 

Les lignes

Une fois passé par une des entrées, il faudra choisir une des diverses options qui s'offrent à vous : le "mur", la ligne la plus directe mais aussi la plus bosselée et raide, ou bien une des lignes plus à droite ci-dessous (gauche skieur) en empruntant les traversées.  

Chacun doit se trouver une ligne qui lui correspond, avec la quelle il obtiendra le meilleur compromis entre sa connaissance du terrain, sa gestion de la vitesse et la peur. Dans notre cas, c'était la ligne déjà utilisée en 2015, plutôt "prudente" : entrée basse, contournement du propulseur, première puis deuxième traversée, lançoir, "S" puis la moraine. Cette ligne n'est pas la plus directe, loin de là, mais elle ne comporte pas de passage étroit et laisse une grosse marge d'erreur si quelqu'un est au milieu. 


La partie haute des Vallons vue de l'arrivée (les noms des zones ne sont pas officiels et peuvent varier) :

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La moraine et l'arrivée

Une moraine est un "amas de blocs et de débris rocheux entraînés par le mouvement de glissement d'un glacier (moraines mouvantes), et apparaissant lors de son retrait ou s'accumulant sur les bords, le centre ou l'extrémité inférieure de celui-ci (moraines déposées)" (source). A la Grave, celle-ci forme une sorte de grosse épine dorsale qui découpe les Vallons de la Meije en deux parties distinctes. 

Cette année, la moraine était un passage obligatoire pour les concurrents car l'arrivée était au bout du plat en fin de moraine. Lorsque la course descend jusqu'à Chalvachère, certains concurrents préfèrent basculer derrière et continuer dans la "zone interdite" (appelée ainsi en raison des potentielles chutes de séracs) pour rallier le bas des Vallons. Ce n'était pas le cas cette année.

La moraine forme ainsi une sorte de goulet avec un grand bord droit (sens skieur), pas forcément facile à gérer car si l'on tire droit dedans, on atteint une grosse vitesse dans la partie basse...  

L'arrivée était prévue au bout du plat situé au fond de la moraine, après un dernier schuss final, juste avant le premier retour P1 et le goulet qui précède "la forêt"

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Une fois qu'on a sa ligne en tête et qu'on a éloigné les doutes, il est temps de se reposer et tenter de passer une bonne nuit pour être prêt le vendredi matin... 

5 commentaires

Oliver Gough
Statut : Confirmé
inscrit le 10/09/15
Stations : 1 avisMatos : 1 avisPhotos : 3 photos du jour
On veut le run de Loic en camera embarquée!!

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