Avalanche : c'est quoi un aérosol ?
2000*1045px

Avalanche : c'est quoi un aérosol ?

Quelques explications après l'accident de ce matin à Tignes qui a touché une piste
Texte Loïc Giaccone
Photos Wikipédia - IRSTEA
Texte Loïc Giaccone
Photos Wikipédia - IRSTEA
Quelques explications après l'accident de ce matin à Tignes qui a touché une piste

Ce matin à 9h50, une avalanche s'est déclenchée en hors-piste sur le secteur de la Grande Balme à Tignes. Les premiers éléments faisaient état de plusieurs skieurs ensevelis alors qu'ils évoluaient sur une piste bleue ouverte, "la Carline". Mais après environ deux heures de recherches, il n'y avait heureusement aucune victime à déplorer. 

Le station de Tignes a expliqué par communiqué que c'était l'aérosol de l'avalanche qui avait atteint et traversé la piste, "bousculant" au passage plusieurs skieurs et déposant une cinquantaine de centimètres de neige sur la piste. Nous avons voulu revenir sur ce qu'est un aérosol pour mieux comprendre ce qu'il s'est passé. 

Différents types d'avalanches

Il y a plusieurs sortes d'avalanches selon les types de neiges qui les constituent. On retrouve surtout deux types d'écoulements bien distincts, sans être indissociables :

- Ecoulement avec nuage de particules de neige, divisé en deux catégories : nuage au niveau du front (avalanche "en aérosol"), ou en arrière du front (avalanche "avec panache"),

- Ecoulement sans nuage de particules de neige, avalanche dite "coulante".

Celles qui nous intéressent, avec nuage de particules de neige au niveau du front, sont constituées de neige très froide, peu dense (concentration volumique en particules assez basse), et très sèche (une teneur en eau proche de zéro) : elles arrivent surtout lorsque de grandes quantités de neige fraîche sont tombées en montagne. 

Ajoutez des photos (2020px)

L'aérosol

Neige froide et sèche, pente, vitesse

L'aérosol, c'est le nom donné à ce nuage de particules en suspension situé au front de l'avalanche. Il est possible lorsque de grandes quantités de neige froide, sèche et légère se mettent en mouvement spontanément ou à la suite d'un déclenchement, et prennent de la vitesse dans une pente, elle-même remplie de neige du même type prompte à partir (l'effet de "reprise"). 

Impulsion

L'aérosol est provoqué lors de l'écoulement par un "impulseur", un ressaut topographique comme une barre rocheuse ou une rupture de pente qui va mettre en suspension des particules de neige dans l'air. C'est cette turbulence qui créé l'aérosol, un nuage de particules qui aura la tendance de se comporter comme un gaz alourdi par les cristaux qu'il contient. L'avalanche est alors constituée d'une partie coulante, avec des débris, et de l'aérosol.

Phénomène impressionnant

Ce type d'avalanche peut atteindre de très grandes vitesses : de 100 jusqu'à 350km/h, sur des trajectoires assez rectilignes. Mobilisant généralement de grandes quantités de neige, elles peuvent être très impressionnantes. Avec la vitesse, dans certaines configurations de terrain où celui-ci se resserre, une "onde" de surpression peut se former à l'avant de l'aérosol avec un effet très destructeur. Dans certains cas de grosse ampleur, les avalanches vont jusqu'à remonter le versant opposé à celui où elles sont descendues sur quelques dizaines voire centaines de mètres.

Ajoutez des photos (2020px)

Le dépôt

La particularité de ce phénomène, c'est que si le terrain le permet, l'aérosol va plus loin que la partie coulante. Ainsi dans la zone de dépôt (dont les caractéristiques sont différentes pour chaque cas, influant sur l'arrêt de l'avalanche), on aura une zone de débris issus de la partie "coulante" de l'avalanche, et une zone touchée par l'aérosol sur laquelle il aura deux effets :

- Un effet de souffle (les restes de la turbulence),

- Un dépôt de neige : les particules en suspension retombent au sol. Ce dépôt peut donner un aspect hivernal à la zone concernée (jusqu'à plusieurs hectares dans certains cas), avec une chute de neige de plusieurs centimètres voire dizaines de centimètres.

A double tranchant

L'aérosol est donc très dangereux et très destructeur quand il est dans la pente : entre la vitesse de l'écoulement et la surpression de l'onde, vous n'avez quasiment aucune chance de vous en sortir (sac airbag ou non). En revanche, une fois que celui-ci a perdu de la vitesse et que la partie coulante s'est arrêtée, il devient moins dangereux au fur-à-mesure de son ralentissement, jusqu'à devenir bénin avec seulement l'effet d'une bonne tempête de neige. 

Explications en vidéo

Rien de mieux que quelques vidéos pour bien comprendre "l'effet aérosol". Ci-dessous, une vidéo bien connue d'une avalanche déclenchée par le service des pistes aux Arcs en 2006. On distingue bien l'effet d'aérosol, la vitesse de l'avalanche et en prime des déclenchements simultanés. A partir de 1min20 environ, il ne s'agit plus que de l'avancée de l'aérosol. On voit bien l'effet que ça fait sur le pisteur lorsque celui-ci arrive jusqu'à eux à 1min48 :

Une autre vidéo connue, lorsque des russes en 2011 ont déclenché une énorme avalanche au canon. A partir de 1min30, l'aérosol arrive à proximité du groupe : 

Plus récemment, nous l'avions publiée sur Facebook, un déclenchement effectué par les pisteurs de Glacier 3000 du côté des Diablerets, sous l'Oldenhorn en Suisse. En bas du vallon, une remontée et un restaurant (vides bien évidemment) sont atteints par l'aérosol mais pas par les débris de l'avalanche :

Le cas de Tignes

Départ spontané

Ce qui semble s'être passé à Tignes, c'est un départ spontané de type linéaire : une plaque de neige sèche s'est décrochée naturellement vers 9h50, sans déclenchement provoqué. Ce cas prouve encore une fois qu'une plaque, ce n'est pas forcément de la neige compacte mais cela peut avoir l'apparence et la consistance de neige "poudreuse". Et ça peut partir tout seul, loin au-dessus de vous.

D'après les derniers éléments, cette avalanche est descendue depuis le secteur de Grande Balme. Il faudra attendre le beau temps, potentiellement dès demain, pour en savoir plus sur son envergure et sur la zone de déclenchement.

Aérosol 

Ce qu'on sait, c'est que cette avalanche possédait un aérosol, et c'est lui qui est arrivé jusqu'à la piste bleue de la Carline. Il a ainsi "bousculé" quatre personnes d'après le communiqué de la station et touché au total au moins huit d'après la Base Avalanche de l'ANENA, avant de déposer une couche de neige sur la piste. Cependant, ces personnes n'ont pas été blessées ni ensevelies, seulement choquées et prises en charge par les secouristes.

Mauvaises conditions météorologiques

Dans le contexte d'une journée à la météo compliquée (temps couvert et chutes de neige), les premiers éléments qui sont parvenus aux secours étaient chaotiques et plusieurs témoins ont vu ou cru voir des personnes se faire ensevelir. 

Ces premières informations communiquées par la gendarmerie faisaient état de plusieurs skieurs emportés : les secours ont donc déclenché une grosse opération de recherche qui a pris fin un peu avant midi et l'annonce officielle du bilan, heureusement sans victimes. Beaucoup auront remarqué que pendant le laps de temps entre les premières infos alarmantes et le dénouement, c'était l'emballement médiatique. 

La zone potentielle de l'avalanche, secteur Grande Balme en jaune à gauche (image France Info), la zone sur carte IGN à droite avec les différents degrés de pente en couleur (30° en jaune, puis 35°, 40° et 45°) :

Ajoutez des photos (2020px)

Le risque zéro n'existe pas

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes se posent des questions : comment se fait-il qu'une avalanche ait pu toucher une piste ? Le secteur avait bien été sécurisé ce matin (extrait d'un commentaire du compte Facebook de la station de Tignes) :

"Avant d'ouvrir cette piste, les pisteurs-secouristes de la station avaient bien engagé depuis 5h30 ce matin le PIDA (Plan d'Intervention de Déclenchement d'Avalanches). La piste Carline se trouve sous 3 Gazex qui ont bien été déclenchés sans provoquer de coulée. La coulée dont on parle ici est partie d'un secteur qui n'est pas, à l'heure actuelle, couvert par les Gazex, puisque, de mémoire de Tignard, aucun épisode ne s'était jusqu'alors produit à cet endroit. Il est évident qu'il faudra en tenir compte pour les saisons prochaines."

La sécurisation des pistes peut donc trouver ses limites. Et c'est normal ! Cet exemple rappelle ce que nous répétons assez souvent dans les articles concernant le risque d'avalanche : il est impossible d'être sur qu'une avalanche va se déclencher (ou ne pas se déclencher). Il également est difficile voire impossible de modéliser à l'avance les futurs effets d'une avalanche, notamment jusqu'où elle va aller. Seules les expériences, compilées avec le temps, permettent d'avoir une idée du risque à un endroit. A la suite de cet accident, le PIDA du secteur va surement être revu. 

Fred de l'ANENA, que vous commencez à connaitre, le répète chaque année (extrait d'une interview à la suite de l'accident des Deux Alpes en janvier 2016) :

"Dès qu’il va tomber 15-20 centimètres de neige et/ou qu’il va y avoir un déplacement de neige par le vent, les pisteurs vont déclencher des avalanches. Il s’agit de sécuriser les pistes qui se trouvent en aval des pentes problématiques, où une avalanche pourrait partir, naturellement ou parce qu’un skieur y passe. Il faut garantir la sécurité maximale, la sécurité à 100 % est impossible."

Fred a répété plus ou moins les mêmes choses aujourd'hui pour France Info, qui se posait les mêmes questions après l'avalanche de Tignes :

"Le risque zéro n'existe malheureusement pas en montagne, même sur les pistes sécurisées. Il arrive que des avalanches naturelles se déclenchent au-dessus d'une piste ouverte à cause d'une chute de corniche, d'une surcharge du manteau neigeux due à d'importantes chutes de neige, de vents violents... Ces coulées peuvent aussi être déclenchées par des personnes qui font du hors-piste au-dessus de pistes ouvertes."

Le risque d'avalanche sera toujours élevé demain mercredi 8 mars : toujours "fort" (4) en Savoie, il est "marqué" (3) dans la plupart des autres massif. Les températures vont remonter au cours de la journée avec l'arrivée du redoux, soyez donc très prudents : le risque de départ spontané va être en hausse, tandis que le risque de déclenchement skieur est déjà important. N'oubliez pas de lire comme il faut le BERA de votre massif, sortez couverts et avec toute votre tête.

10 commentaires

Cedric Le Devehat

inscrit le 30/03/12
Matos : 3 avisPhotos : 1 photos du jour
col du galibier sur la photo ? Sinon encore un bel article qui prouve que le risque zéro n existe pas dans notre disipline.
glacio

inscrit le 07/01/13
Non c'est le couloir de 2 de la crête de la Montagne de Chaillol. On voit à peine le bord de la route d'accès au col du Galibier.
Pour être encore plus précis c'est une avalanche déclenché au Gazex en 2007.
Et ce n'est pas une avalanche aérosols pure mais une une avalanche dite mixte (avalanche dense avec nuage pulvérulent).
Et comme à chaque fois que cette image est utilisé elle n'est pas crédité correctement ce qui n'est pas normal.
Elle devrais être indiqué source : Cemagref ou IRSTEA (le nom actuel)!
Ce serai un bon moyen que les gens sache qu'on étudie les avalanches la haut :) Et cela depuis 40 ans ...
http://www.irstea.fr/site-exp%C3%A9rimental-du-col-du-lautaret
1
KillaWhale
Statut : Gourou
inscrit le 05/02/06
Stations : 3 avisMatos : 25 avis

Staff depuis le 04/10/17
@glacio

Merci pour le détail. Normal qu'elle soit utilisée, elle sort en résultats de recherche dans les images dont la réutilisation est autorisée. Et sur la page Wikimedia Commons, il n'y a pas de détails sur l'origine du cliché. Grâce à toi, c'est rajouté :-)

Loïc (Redac)
0
glacio

inscrit le 07/01/13
Merci Loïc :)
J'ai vu qu'ensuite que la source indiqué était Wikipedia.
Bon sur wikipedia il est indiqué que c'est un démarrage d'avalanche poudreuse. Ce qui est une belle connerie puisque l'image en question est prise dans la zone d'arrêt de l'écoulement ou la pente est d'ailleurs inférieur à 30° !
0

Connectez-vous pour laisser un commentaire

scamka

inscrit le 19/02/13
Merci pour l'article bien instructif. Petite boulette à la fin le 8 mars est un Mercredi ;)
KillaWhale
Statut : Gourou
inscrit le 05/02/06
Stations : 3 avisMatos : 25 avis

Staff depuis le 04/10/17
Corrigé, merci ! Finir les articles vers 20h, ça ne me réussit pas...
0

Connectez-vous pour laisser un commentaire

marco@31.

inscrit le 10/01/17
Bravo pour cet article. Il est effectivement dommage que les médias ne communiquent pas correctement les faits. En effet le risque zéro n'existe pas en montagne, bien qu'il y a eu d'énormes progrès (formation, parque DVA, DVA beaucoup plus performant) Les gens devraient communiquer un peu plus comment reconnaître les éléments d'une avalanche. Je viens de lire le bouquin avalanche qui est très bien fait, sûrement plus destiné aux personnes qui font du ski de randonnée et alpinistes mais je trouve que ce genre de livre devrait être plus en avant. C'est certainement un livre à lire régulièrement pour se mettre ou remettre en question.

Connectez-vous pour laisser un commentaire

kéké 3.6

inscrit le 04/07/02
Stations : 1 avis
Ca demande confirmation et je ne sais pas si ça ne résulte que de l'avalanche d'hier, mais à la vue de la webcam de Tovière toute la FN de Gde balme est purgée.

Connectez-vous pour laisser un commentaire

Straight-Down

inscrit le 03/10/02
C'est marrant, les médias ne parle d'absence de risque zéro que dans le cas ou une piste est touchée. En HP c'est toujours la faute des gugusses qui se font embarquer, jamais du risque zéro inatteignable!

Connectez-vous pour laisser un commentaire

Connectez-vous pour laisser un commentaire