Connections EP1 - Entretien avec Fritz Barthel
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Connections EP1 - Entretien avec Fritz Barthel

A l'occasion de la sortie de l'épisode 1 de Connections, un petit entretien avec l'inventeur des fixations low tech

Texte Loïc Giaccone
Photos Dynafit
Vidéo Dynafit
Texte Loïc Giaccone
Photos Dynafit
Vidéo Dynafit

A l'occasion de la sortie de l'épisode 1 de Connections, un petit entretien avec l'inventeur des fixations low tech

Nous avions présenté le teaser de cette nouvelle websérie ce weekend, et le premier épisode est enfin en ligne. Connections, produite par Dynafit, va raconter le lien entre les débuts des low tech et les dernières générations de fixations, désormais certifiées de la norme ISO 13992. L'épisode 1 va à la rencontre d'Eric Hjorleifson et Trevor Hunt sur leur propre terrain, à Whistler. Nous nous sommes entretenus pour l'occasion avec Fritz Barthel, l'inventeur et possesseur du brevet des fixations low tech. 

Connections, Episode 1 - Whistler avec Hoji et Trevor Hunt

Fritz Barthel, inventeur du système low tech


Fritz Barthel, 1989 (archive Barthel) et 2013 (archive Demmler & Hofinger)


- Combien de temps ça t’a pris pour inventer le système low tech ? Est-ce que tu as imaginé ça tout seul ?

- Les idées viennent en un clin d’oeil. Mais le dicton est vrai : au final c’est 1% d’inspiration, et 99% de transpiration. Au début, comme c’était un hobby pour moi et que je n’avais aucune formation ni objectif commercial, je n’avais pas de pression pour délivrer quoi que ce soit. J’étais encore à la fac. Mes idées et recherches m’ont mené vers des concepts étranges, encore plus étranges que ce qu’est le système low tech. Je préfère vraiment travailler seul, donc la construction est essentiellement de mon propre fait, mais les feedback des quelques testeurs ont beaucoup aidé. Et surtout, mon père m’a encouragé grâce à son enthousiasme. Sans lui, je n’aurais pas réussi. Il a même dit une fois que que je devrais continuer à travailler sur cette fixation car ça lui permettrait d’être plus rapide à la montée, et il pourrait ainsi rattraper ses jeunes collègues de randonnée : « ça m’a rajeunit de 15 ans ! » m'a t-il dit après avoir testé le système.

1984, toute première version d'une fixation low tech, sans châssis ou plaque


- Comment en est-tu venu à cette idée d’inserts ?

- Je suis rentré chez nous dans le Tyrol et je me suis enfermé dans notre sous-sol : c’était et c’est toujours un petit atelier. J’ai commencé à penser à ce système, en essayant, en jouant, en testant différentes choses. Une des questions les plus cruciales pour faire fonctionner le système low tech était de fournir un lien rigide et durable entre l’insert métallique à l'avant de la chaussure et le plastique de celle-ci. Je devais créer une interface suffisamment résistante à la cet endroit pour tenir avec les pins de la butée. Les forces y sont assez élevées, surtout en mode marche/bloqué, moins qu’en mode ski (ce qui peut sembler bizarre au premier abord). J’ai essayé différentes méthodes : j’ai percé des trous dans des bottes, ou bien j’ai enlevé la partie en caoutchouc et j’ai tenté d’accrocher des partie métalliques avec des vis, détruisant au passage mes propres chaussures. Des choses comme ça…

- Comment as-tu fait pour trouver la bonne solution ?
- A cette époque, j’étudiais à Graz, en Autriche, dans la ville où Dynafit était basé. Ils étaient l’une des quelques entreprises qui fabriquaient des chaussures de ski de randonnée. Comme j’avais ruiné les miennes et que je continuais à tester mes idées, j’ai pris mon vélo et je suis allé leur demander s’ils pouvaient me donner quelques coques de chaussures Tour Lite de l'époque pour faire mes essais. Ils ont eu pitié de moi et m’ont donné quelques coques. Après quelques tentatives plus ou moins inefficaces, il m’est apparu évident que seul un insert directement intégré dans le processus de moulage par injection de la coque de la chaussure pouvait fonctionner. Mon père a payé le coût nécessaire pour la modification des moules. C’était pas mal d’argent en fait…

1985, deuxième version, avec la première mâchoire sur la butée et les deux pins sur la talonnière 


- Le ski alpin était en pleine expansion et le ski de randonnée seulement à ses débuts à ce moment là. Comment as-tu fait pour vendre ton idée à une marque ?

- En 1984, j’ai acquis le premier brevet pour le concept de fixation sans liaison (NDLR plaque ou châssis, comme les Diamir Freeride, Salomon Guardian, Marker Baron, etc), et je suis allé voir des grands noms du ski avec. Il y avait beaucoup moins de skieurs de randonnée qu’aujourd’hui, et ces grandes marques m’ont dit qu’elles n’étaient pas intéressées par un système qui ne concerne que 1% du marché du ski. Les fabricants de fixations de randonnée doutaient qu’une fixation qui nécessite une chaussure spéciale, aménagée et modifiée, puisse se vendre. Le plus drôle dans l’histoire, c’est qu’à ce moment j’offrais mon brevet pour environ 2000€.

- Donc à ce moment, tu fabriquais encore tout toi-même ?
- Oui, dans notre sous-sol. Les chiffres ont augmenté de manière impressionnante pour une entreprise si minuscule, d’un seul modèle la première année, à une dizaine l’année suivante, et 300% de plus la troisième année : 40 fixations !

Version de 1987


- Que s’est-il passé ensuite ?

- Dynafit fabriquait les chaussures de ski qui avaient les inserts à l’avant pour être tenues par les pins de la fixation low tech, et me les vendait. Ensuite je coupais des encoches à l’arrière pour qu’elles soient adaptées à l’insert de la talonnière. Et j’essayais de vendre l’ensemble comme un système complet chaussure et fixation. Entre 1986 et 1990, le nombre est monté à environ un millier de sets… Je ne sais pas si tu imagines, un millier de boites de chaussures de ski dans la maison, des boites de partout du sous-sol au grenier, de partout ! Je vendais une bonne partie de ces sets en Italie. Une bonne partie des compétiteurs en ski de randonnée se trouvaient là-bas. La plupart des courses avaient lieu sous forme de « rallies », et les participants étaient fortement intéressés par ce genre de système. Après un certain temps, Dynafit est venu me voir et a proposé de reprendre le système low tech. J’ai trouvé un accord avec eux, et ils ont acquis les droits exclusifs sur ces fixations, tandis que j’ai conservé les brevets. En 2003 Salewa, qui était en grosse progression, est entré dans la partie et depuis Dynafit fait partie de ce groupe. Pour moi, ils étaient les premiers à prendre la low tech vraiment au sérieux.

1990, première version sous le nom de Dynafit, la Tour Lite Tech (TLT)


- Travailles-tu encore avec Dynafit aujourd’hui ?

- Je suis consultant extérieur depuis 1990. Je contribue à la fois à la recherche et à la conception. En outre, Dynafit emploie maintenant des ingénieurs qui développent les fixations. J’aime beaucoup la façon dont l’équipe Dynafit fonctionne et travaille.

Deuxième version de la Tour Lite et la chaussure correspondante, 1992 

3 commentaires

Eric91

inscrit le 07/11/10
Stations : 2 avisMatos : 1 avis
Autant j'ai aucun doute sur les fixes autant pour le chaussures je serais plus réservé... Va falloir creuser ça cet hiver !

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florent04

inscrit le 24/07/13
super article, merci, interéssant de voir que le système des fixs à inserts à peu évolué en 30 ans, quand un système simple est fiable au final...

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winstonsmith

inscrit le 24/06/14
M. Barthel est un génie, c'est le seul et le premier à être parti d'1 feuille blanche et avoir réinventé la fixation de rando à ski, à avoir abandonné l'idée simpliste qu'une fixation de rando c'est juste une fix d'alpin montée sur une plaque et une charnière (système "moyenâgeux" qui se vend pourtant encore aujourd'hui...) mais un ensemble articulé chaussure fixation.
Il faut aussi saluer Dynafit pour avoir pris le risque de se lancer dans l'inconnu à l'époque.
Quand on voit les légendes urbaines et les a-priori autour des LT en 2015 j'imagine même pas ce que ça devait être il y a 30 ans ;)

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