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Emmanuel Cauchy, 45 ans, médecin. Praticien acrobate du secours en haute montagne, il a créé à Chamonix un institut de recherche sur les urgences en grand froid.

SOS-Médecîme

Par Eliane PATRIARCA

mercredi 24 août 2005


Dans le ciel de Chamonix en été, le va-et-vient est incessant. Les hélicos des secours, sécurité civile et gendarmerie de haute montagne, ne chôment pas : alpinisme, parapente, VTT, randonnée, et la ville qui passe de 15 000 à 120 000 personnes en été. Aujourd'hui, sur la DZ, la dropping zone, où se posent et décollent les appareils, l'atmosphère est calme. Il n'y a pas eu de sauvetage délicat, juste la routine : petites fractures, foulures... Le docteur Emmanuel Cauchy est d'autant plus détendu qu'il n'est pas de garde. En tee-shirt et baskets, il charrie gentiment le médecin qui l'accueille, tout équipé : baudrier et mousquetons, chaussures de montagne, sac à dos et crampons à portée de main. Pas question de faire attendre l'hélico. Une discipline que «Manu» Cauchy connaît bien. Cela fait dix-sept ans qu'il est sur la brèche comme médecin du secours en montagne, urgentiste très spécial, plus souvent suspendu à un treuil ou plongé dans une crevasse que dans les couloirs de l'hôpital de Chamonix. A 45 ans, il redoute quand même la lassitude et envisage de laisser peu à peu la place aux «jeunes» pour consacrer une partie de son temps à l'Institut de formation et de recherche en médecine de montagne (Ifremmont) qu'il lance à Chamonix. Un projet dans le droit fil de sa passion, inventer le métier de médecin de montagne, défricher le territoire inconnu des pathologies du froid.

En 1988, après ses études de médecine à Rouen, quand cet alpiniste déjà chevronné obtient un poste d'interne à l'hôpital de Chamonix , les secours ne sont pas médicalisés. «Les secouristes faisaient ce qu'ils pouvaient, ficelaient le blessé, et nous, on le recevait aux urgences.» Sous l'impulsion d'un chef de service intuitif, germe l'idée d'une équipe de médecins capables d'intervenir avec les secouristes, donc aptes à se débrouiller seuls en montagne, ou à redescendre en caravane terrestre, avec le blessé dans un traîneau, quand l'hélico ne peut intervenir. Manu Cauchy est parmi les premiers à embarquer dans l'hélico. «Descendre dans les crevasses, ça m'excite. J'aime faire de la médecine quand c'est dangereux. Paradoxalement, c'est là que j'y arrive le mieux.» Malgré «le froid, l'eau qui vous coule dans le cou, la neige qui continue d'ensevelir la victime au fur et à mesure que vous essayez de le dégager», les positions acrobatiques. Sans compter l'hélico qui vous presse pour repartir vers l'hôpital avec le blessé avant que tombe l'obscurité ou qu'une météo pourrie le bloque au sol. Très vite, il faut faire un diagnostic, évaluer le type et la gravité du traumatisme. Pas évident lorsque le blessé est saucissonné dans sa corde ou étranglé par son sac à dos. Après, on «shoote» la victime : on le perfuse, à travers les vêtements de montagne, de puissants sédatifs pour pouvoir l'hélitreuiller. Parfois il faut réanimer, intuber, dans un total inconfort.

Avec 1 400 secours effectués par an, l'intérêt de la médicalisation des secours ne fait aucun doute. «Quand j'ai commencé, on n'avait aucune formation», rappelle Manu Cauchy. Sur le terrain, il a tout appris, et a affiné les connaissances sur les gelures, l'hypoxie et l'hypothermie. Avec le réalisme clinique du médecin, qui confine à la froideur, il regrette même de ne pas traiter plus de cas difficiles : «On n'est jamais assez entraîné.» «Les blessés en hypothermie, c'est de la porcelaine, dit-il. On risque de les tuer juste en les secouant un peu, car ils sont toujours au bord de l'arrêt cardiaque.» «Docteur Vertical» surnom glané en rédigeant une chronique du même nom dans un magazine de montagne a aussi expérimenté la golden hour, l'heure où tout se joue, surtout pour les polytraumatisés ou les hypothermies sévères : «Si on intervient vite, on peut les sauver et limiter les séquelles.»

Dans le roman autobiographique qu'il vient de publier (1), il raconte des sauvetages périlleux techniquement et complexes médicalement. Ceux qu'il préfère, avoue-t-il. La mort n'est presque jamais nommée. «Elle rôde toujours mais c'est vrai que j'ai refusé de la mettre en avant.» On comprend que ce serait bien trop facile. «Quand on débute, on en parle beaucoup. Puis on voit tomber ses amis. Au bout de quinze ans, on n'en parle plus. La mort fait partie du jeu.» C'est la pudeur aussi qui lui fait raconter, avec une distance étonnante, des aventures dramatiques. Comme celle de Jamie, un alpiniste écossais, survivant miraculé mais à jamais privé de ses jambes et de ses bras, devenu un ami. Ou encore celle de ce secouriste qu'il a vu glisser devant lui, plonger dans une crevasse, et être enseveli par une couche neigeuse. Sans rien pouvoir faire. «Il est très secret sur ses sentiments, confirme sa soeur Véronique, c'est de famille, on est tous comme ça. Il a frôlé la mort plusieurs fois mais il n'en parle pas beaucoup.»

Dans son livre, dont la lecture a effrayé sa femme, infirmière, ce médecin de l'extrême a plutôt souligné le côté maniaco-dépressif du secours en altitude. «D'une heure à l'autre, tout s'inverse. Après une histoire qui se termine dans la bonne humeur, on plonge dans l'horreur», écrit-il. A l'image de la montagne, fascinante mais qui peut se transformer subitement en un piège sans merci. «Il y a les séries noires, quand on ne fait que ramasser des gens en miettes au pied des falaises. Et les bons jours où on sauve des vies qui semblaient perdues. Parfois, un coeur repart, mais on n'a pas l'impression d'avoir été l'élément qui a permis la survie, c'est déroutant.» Pour autant, Manu Cauchy ne condamne jamais: «Chaque année, je secours de jeunes alpinistes, je ne peux pas les engueuler, j'ai fait pareil. Tous les alpinistes font les mêmes conneries à moins d'avoir assez d'argent pour se payer un guide. Je ne suis pas là pour juger. Et puis qui peut se vanter de savoir avec certitude si une pente neigeuse va tenir ?» En fin de saison, son bilan est toujours le même : «J'adore ce métier.» Un métier et une vie parfaitement imbriqués, qu'adolescent romantique, nourri de littérature alpine, il rêvait ainsi : «Devenir docteur dans la montagne, sauver les bergères en détresse et faire l'Everest.» Mission accomplie sur toutes les cimes, dont le Toit du monde, sans oxygène, en 1990.

Médecin, Emmanuel Cauchy est aussi guide de haute montagne depuis 1998. «Tantôt d'un côté de la barrière tantôt de l'autre...», une ambiguïté sur laquelle il s'interroge encore. Enfant grandi en Normandie, avec un père joaillier et une famille de médecins, dérouté par l'école, casse-cou et avide de plein air, de grimpe, dans les arbres ou sur les toits, délaissant la voile, sa première passion, pour l'escalade, longtemps déclaré étranger à toute activité intellectuelle, il est aujourd'hui reconnu, et invité partout dans le monde, grâce à des publications scientifiques décisives, comme expert du froid.

Quand la tension devient trop pesante, que les drames s'accumulent, et le plongent dans un gouffre d'impuissance, Manu Cauchy part en montagne. Médecin d'expédition au Népal, en Bolivie, au Chili ou conseiller sur le tournage de films comme Himalaya, enfance d'un chef. Les vraies vacances, c'est en Italie, avec sa femme Cécile, et leurs deux enfants, Alix et Pierre. De l'autre coté du mont Blanc, ils font de la montagne.

photo JERìME BONNET

(1) Docteur Vertical, mille et un secours en montagne, 2005, éditions Glénat.


On peut voir aussi ses exploits en secours sur tv-mountain.com
carambole
carambole

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Pffffffffffe le livre doit être très intéressant mais j'ai horreur de ces présentations typiques de journaliste qui font dans le sensationnalisme et la psychologie à deux sous !!!
Calim
Calim

inscrit le 6/11/01
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oui le livre est bien
Modo
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