Alors qu'un nouvel hiver plein d'espoir pointe son nez tout froid, revenons le temps de 3 articles sur la (noire) saison dernière. Un hiver de tous les dangers vécu du point de vue des marques, des stations de ski et du ciel. Dans cette première partie : la météo.


Souvenez-vous : le 6 mars dernier, la station pyrénéenne d?Ardiden enregistrait 80 cm de neige à 2500m. En principe, elle aurait dû avoir 2 mètres à cette altitude. En avril, à Flaine, en Haute-Savoie, on n?observait qu?une vingtaine de centimètres au lieu des 80 normaux à 1600 m. Même constat dans la très grande majorité des stations de ski de France et de Navarre. En moyenne sur tout le territoire, la température cet hiver était supérieure de 2,1°C aux normales saisonnières (comme dit la dame à la télé). L?hiver 2006-2007 gagne ainsi la médaille d'hiver le plus doux depuis 50 ans.

Quand on déroule le fil de l'hiver, les dés étaient jetés dès l'automne avec des mois de septembre, octobre et novembre exceptionnellement caloriques : environ + 3°C au dessus des moyennes (pour retrouver un septembre plus chaud, il faut remonter à 1895). "En décembre, ça s'est calmé, mais on a connu une longue période de temps stable avec en montagne un temps sec et chaud, plus qu'en plaine, et sans neige. L'anticyclone sub-tropical normalement sur le Sahara et le sud de la méditerranée est remonté plus au nord", commente Guillaume Séchet, un météorologue qui porte un nom de circonstances.

Le 13 janvier, il faisait par exemple 16°C à Chamrousse et la pluie est tombée à Tignes, jusqu'à presque 2000 m. Le fautif ? Toujours l'anticyclone installé sur l'Europe qui bloquait tout et déroutait les perturbations au nord. Dès la mi-février l'anticyclone est redescendu à des latitudes classiques et la météo est devenue très perturbée, avec des températures élevées mais beaucoup de précipitations. « En mars, nous avons eu des limites pluie-neige bien plus hautes que la normale. En février, elles n?étaient montées qu?à 1300 m le plus souvent. Et dans la saison, nous avons eu des épisodes durant lesquels la neige n?apparaissait pas en dessous de 2000 m. En janvier, la limite pluie-neige s?est même élevée jusqu?à 2500 m ! », indique Denis Debray, technicien au bureau de Météo France à Chamonix. Résultat des courses : de la neige en altitude, de la pluie en vallée. « Le ressenti est qu?il a beaucoup plu cet hiver, alors que les chiffres montrent que nous n?avons reçu que 80 à 90% des précipitations que nous aurions dû connaître entre octobre et mars », corrige Annick Auffray, responsable d?exploitation climatique à Météo France Bourgogne-Auvergne-Rhône-Alpes.

La cause de tout ce tintouin, c'est un dérèglement des courants du Pacifique plus connu sous le nom de « El Niño ». Le courant chaud de l?océan Pacifique remplaçant régulièrement le long des côtes du Pérou et de l?Équateur le courant froid qui y est normalement installé. « Nous avons constaté, cette année, qu'El Niño était très décalé vers l?Est, bien plus que d?habitude, poursuit Annick Auffray. Ce comportement, dans le Pacifique a eu des impacts sur l?Atlantique et donc sur notre partie du monde. » Résultat : l?apparition de petites cellules anticycloniques très actives sur la façade atlantique de l?Afrique du Nord, de l?été 2006 à la fin de l?hiver. « En principe l?anticyclone est centré sur l?Atlantique, ce qui apporte de l?air froid du Nord-Ouest. Avec ce flux chaud dominant de Sud-Ouest, nous avons eu un automne particulièrement doux et un hiver peu froid. »

Un scénario qui, selon Annick Auffray, « est représentatif de l'avenir, lorsque l?on regarde les modèles que nous avons établis pour les 50 à 100 années à venir. Nous ne pouvons pas prévoir une répétition de ce qui est arrivé cet hiver, mais nous sommes dans une dynamique globale. » Et Gilles Rion, météorologue et nivologue à Météo France Chamonix d?ajouter que « le réchauffement climatique apporte surtout un grand dérèglement du climat, nous pourrions donc avoir un ou des hivers très rudes avec de très importantes chutes de neige dans les années prochaines. » Tout n'est pas perdu donc...

Ce dérèglement du climat dont parle votre voisine, il est visible dans les courbes de températures en dent de scie depuis les années 80 : « on note une accélération du réchauffement depuis 1988, conclue Guillaume Séchet. L'hiver 2006/2007 pourrait être un cap dans le réchauffement climatique, une étape à partir de laquelle ça s'accélère ».

Texte : Floriane Macaire et Guillaume Desmurs
complément mi scientifique, mi ésotérique : les forums météo de skipass.com

Jeudi prochain : comment les stations de ski ont-elles vécu cet hiver de tous les dangers ? Ca dépend où...