Après des études d'anthropologie, Ian Coble a tourné son microscope sur une tribu particulièrement active : celle des glisseurs. Photographe depuis l'âge pré-pubère de 12 ans, californien du sud, les seules montagnes que Ian voyaient étaient celles des vacances familiales annuelles. Il déménage dans l'état de Washington à 18 ans pour pouvoir profiter de la neige quand elle tombe et logiquement, se dit qu'un sport dans l'industrie du ski, ce serait pas mal, vu "que je passais tout mon temps libre skis aux pieds. Dès que j'ai pris cette décision, j'ai simplement commencé à photographier d'autres skieurs".
Et voilà
, comme disent les Américains qui connaissent un peu de français.
Ian, qui a shooté l'hiver dernier avec MSP, fait aujourd'hui partie du pré carré des grands photographes de neige. Difficile pourtant, reconnaît-il, d'apporter du neuf dans la photo de ski, et "quelque soit le sujet d'ailleurs. Il y a de grandes chances pour que ton travail ait déjà été défriché par d'autres. Tu peux cependant dénicher de nouvelles façons de regarder la réalité. J'aime par exemple shooter avec des angles surprenants qui arrêtent l'oeil du lecteur. Je cherche aussi l'inspiration en dehors de la photo de sport pour ensuite adapter ces styles et influences à mon domaine".
Au rayon des inspirations justement, Ian cite trois photographes qui travaillent loin de la neige : Patrick Giardino, Steven Lippman et Ansel Adams, le pape de la photo de paysage noir et blanc (pour "la simplicité de ses images et leur incroyables détails"). Ansel Adams tirait toutes ses images sur papier, Ian, époque oblige, travaille en numérique, "ce qui a transformé la façon dont je travaille. Mon processus de production est beaucoup plus efficace ce qui me libère du temps pour shooter et démarcher des clients. Je peux également être plus créatif et expérimenter de nouvelles idées avec un feedback immédiat". La preuve en images ici même.

Texte : Guillaume Desmurs

Boitier
Nikon D2x digital
Nikon F5 en secours
Objectifs

28-70mm f/2.8
80-200mm f/2.8
16mm f/2.8
Parfois j'emmène une plus grosse lentille pour le freeride et les trips hélico.
Divers

Deux flashs SB 800 radio-commandés
MacBook Pro
Disques durs LaCie
Imprimante Epson P5000 pour faire des tirages en déplacement.
Un sac pour transporter tout cela, le Dakine Sequence.



"Cette photo de Bryce Phillips est une petite perle. C'était tard dans la saison mais l'hiver n'avait pas dit son dernier mot et une tempête inattendue a déposé 40 cm de poudreuse légère sur une base bien solide... conditions de shoot idéales. La station, fermée, a accepté d'ouvrir les remontées pour nous. Un employé nous attendait au départ pour nous expliquer comment faire tourner la machine et il nous a laissé seuls : nous avions la station entière pour nous ! Notre terrain de jeu privé. La visibilité était parfaite et nous pouvions voir le Mt Rainier, ce qui est extrêmement rare. Ce qui explique que tous ceux qui ont vu cette image et qui connaissent la station ne croient pas qu'elle a été prise à Alpental."



"Cette photo a été prise le même jour que la précédente. Avec un soleil bas sur l'horizon, tout semblait en place pour une belle image. J'avais repéré une petite poche de neige et j'ai demandé à Bryce de remonter à pied pour avoir de l'élan et poser un virage précisément à cet endroit. Il a rigolé, pensant que je plaisantait. J'ai insisté, il a envoyé un virage bien sec et a haussé les épaules : "bon, on dirait bien que c'était une perte de temps". Le lendemain, alors que je sélectionnais mes images, il a jeté un oeil par dessus mon épaule : "non, c'est pas possible, l'image est magnifique !". Parfois même un petit carré de neige vaut le coup quand la lumière est parfaite."


"Un vieux pote, John, était venu me rendre visite et ce jour-là et nous avions l'intention de rider toute la journée à Crystal Mountain. Mais il est tombé 70 cm de neige pendant la nuit. Le téléphone m'a sorti du sommeil à 4h30 du matin : tous les skieurs de la région voulaient profiter des conditions et je savais que ma journée de ride avec John était foutue. Je l'ai abandonné, après lui avoir donné un forfait, pour rejoindre Bryce et trois autres skieurs. Nous avons détruit, les uns après les autres, le backcountry vierge. J'ai shooté toute la journée dans une lumière fade mais malgré ça, j'ai ramené des tonnes de bonnes images... et mon pote John ne m'en a pas voulu !"




"L'une des ces journées qui vous tombe dessus par hasard... En route pour Seattle je me suis retrouvé bloqué dans 30 cm de neige sur l'autoroute, avec de la glace dessous. Je me suis arrêté sagement à Bellingham chez un pote. Pour faire contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai appelé deux copains skieurs, Matt Niederhauser et Chad Wertz. Le lendemain matin à 4h30 nous avons pris la route vers Baker. Le soleil s'est levé sur un horizon complètement dégagé ! En arrivant, une autre bonne nouvelle nous attendait : le télésiège était fermé, sauf pour ceux équipés d'un Arva, d'une pelle et d'une sonde. Nous avons tracé dans la poudreuse vierge pendant des heures sous le télésiège. Cette photo de Matt a été prise le long des cordes de sécurité, sans avoir besoin de marcher, sur le domaine skiable !"















"Après une journée de neige, le soleil japonais est venu bénir nos pentes. Il avait neigé 70 cm en une nuit et 30 de nouveau le lendemain. J'ai pris cette image du sommet de Happo, à cent mètres de la table d'orientation. Une quinzaine de minutes de marche ont donné à Bryce Phillips accès à cette ligne de 800 m de dénivelé de poudreuse vierge jusqu'à la route où une voiture les attendait. La neige était incroyablement stable et étonnement légère malgré la proximité de la mer. Nous avons travaillé cette ligne toute la journée sans jamais croiser nos traces. Les locaux venaient voir ce qui se passait et secouait la tête, incrédules, avant de retourner dans leurs champs de bosses."


"Cody Townsend est à Valdez (Alaska), en avril 2006 pendant le tournage de Respect. Les conditions étaient délicates, les avalanches menaçantes et nous devions vraiment skier sur la pointe des pieds. Nous nous cantonnions à des pentes plus débonnaires, moins exposées et donc logiquement moins engagées. Cette ligne était évidente et simple pour Cody mais ce fut une autre histoire pour Brian Scott le cameraman et moi. Quand l'héli nous a déposé, il avait une partie des patins au-dessus du vide. Puis il nous a laissé sur une colonne de 15 m par 30 avec le vide tout autour ! Un spot magnifique pour bosser mais on était tellement paralysés par la peur qu'on n'a pas bougé d'un cm. Après avoir mis en boite nos images, nous avons appelé l'héli pour qu'il nous sorte de là."




"Ces trois photos d'Elyse Saugstad et Ingrid Backstrom ont été prises à Alpental (Washington), en janvier dernier. C'était probablement ma meilleure journée de shoot de la saison et l'une des meilleure de ma vie. C'est l'un de ces moments où se combinent parfaitement la météo, les skieurs, la neige et la lumière. Alpental avait été fermée pendant trois jours après une grosse tempête qui a laissé derrière elle un mètre de poudreuse légère et sèche. Nous avons composé deux groupes avec les skieurs et les deux photographes (Adam Clark et moi) présents. Notre groupe a gagné, à pile ou face, le droit de choisir son spot. Nous avons opté pour Piss Pass où le soleil commençait tout juste à lécher les sommets. Ce fut un festival d'images de trois heures et demies... Nous n'avons pas quitté cette face de la journée, tapant dans tous les réservoirs de poudreuse, toutes les faces, les spines, couloirs et formations neigeuses que nous pouvions trouver. Un rêve."







"Dépourvu de neige dans leur station de Tahoe, Kip Garre et sa copine Ingrid avaient décidé de suivre les tempêtes de neige sur le continent. Un coup de chance pour moi puisqu'ils ont passé une bonne partie de l'hiver sur mon territoire. Juste avant cette photo, il y a eut deux jours de tempête livrant un gros cadeau : plus de 30 cm de neige. Le troisième jour, ciel bleu. Nous voulions explorer le backcountry mais la neige était trop profonde, alors nous sommes restés en proximité de la station. Cette falaise était le seul spot auquel nous pouvions accéder en marchant sans trop de mal. Conclusion : pas besoin d'aller loin pour trouver le bon spot photo. "


"Avec Laura Ogden, nous étions en train de bosser à un reportage pour Powder magazine. C'était un temps typique du nord-ouest : jour blanc. Laura est restée près des arbres, seul moyen de donner un peu de profondeur et de relief à l'image. Il y avait tellement de neige que j'avais du mal à sortir ma caméra du sac : dès que j'ouvrais le zip, la neige entrait et recouvrait tout d'une fine couche de flocons humides. Dans la journée, j'ai réussi à shooter un seul run, ensuite, j'ai rangé l'appareil et j'ai ridé ! Parfois il faut accepter l'adversité..."


"Nous avions dépensé huit jours sans skier sur notre crédit de quinze au Japon. Nous avons finalement trouvé 600 m de dénivelé dans les arbres avec une poudreuse ultra-légère et, en bas, l'un des nombreux barrages de la vallée d'Hakuba. De la route, on s'était dit que ce serait un beau spot pour jibber. Si seulement on pouvait en trouver un avec la bonne neige et une bonne transition... Billy Poole a vite compris qu'on avait trouvé notre bonheur : après avoir tassé une prise d'élan, il a envoyé ses tricks. C'était le lendemain de mon anniversaire, j'avais la tête pleine de saké."

"J'ai pris cette photo d'Alex Schenkar à Crystal Mountain (Washington) en décembre. Un jour parfait, froid, avec un air limpide, personne en vue et presque un demi-mètre de fraîche. A la fin de la journée, nous avons décidé de filer en backcountry pour une dernière gorgée de poudreuse. Nous avons attendu en haut de ce champ de poudre que le soleil descende sur l'horizon. Ensuite, nous avons tracé ce champ dans tous les sens, avec le Mt Rainier en fond. Nous sommes remontés jusqu'à ce que le soleil disparaisse et nous nous sommes retrouvés dans le noir ! Le retour à la station dans l'obscurité fut épique. Je n'oublierai pas cette journée... ni d'amener une torche la prochaine fois que je shoote un coucher de soleil !"