Week-end de beau temps annoncé dans les Alpes, des conditions de neige propices au ski de printemps, et une belle équipe motivée : nous décidons de mettre le cap sur l'ex-plus haut sommet des Alpes françaises, j'ai nommé le Pelvoux !
Et oui, jusque dans les années 1800 et des brouettes, il était le sommet le plus haut visible depuis les villages environnants, et considéré comme le plus haut sommet du massif. Ce sont ensuite des explorations plus avancées qui ont mis au jour l'existence de la Barre des Ecrins et de ses 4101m d'altitude (150m de plus tout de même). Le rattachement de la Savoie à la France le relèguera ensuite bien loin dans la hiérarchie des plus hauts sommets français, mais il n'empêche que l'on peut encore y passer de bons moments à ski ! Vous aurez peut-être envie de me faire remarque que nous sommes sur Skipass Live et non sur Wikipedia, j'abrège donc ces considérations historiques.
L'aventure commence aux Claux (1250m...) à la sortie de Pelvoux, puisque la route, bien que quasiment intégralement déneigée, est encore fermée à la circulation (une grosse avalanche au-dessus d'Ailefroide étant à redouter d'après la rumeur). On commence donc en baskets jusqu'à Ailefroide, et on les cache vers le camping, puisque nous montons au refuge, et visons une descente par le glacier des Violettes, qui débouche sur le Pré de Madame Carle. Ailefroide constituant donc la jonction de notre boucle.
Nous alternons entre chaussage et marche sur le sentier d'été qui conduit au Vallon de Celse Niere, et bifurquons en direction du Refuge du Pelvoux. Le raide sentier orienté plein Sud nous conduit à porter les skis jusqu'à 2200 environ, sous une chaleur redoutable. Nous ne regrettons pas d'avoir dormi au parking pour un départ matinal. Nous arrivons au refuge peu avant midi, nous sommes seuls et déjeunons à l'ombre de la salle réchaud pour fuir la chaleur du soleil dont la compagnie durant la montée s'est avérée un peu encombrante à la longue.
L'après-midi passe, nous alternons entre sieste, bains de soleil, deux copains qui ont fait l'Ailefroide orientale le matin nous rejoignent, nous sommes cinq au refuge désormais, et personne d'autre ne viendra.
Le réveil sonne à 3h30, son caractère précoce est compensé par notre motivation, et nous sortons du refuge en crampons à la lueur de nos frontales. Le regel est excellent, et l'ascension commence par le franchissement d'une barre rocheuse derrière le refuge qui débouche sur une raide pente. Le rocher est bon et les prises nombreuses, nous rejoignons rapidement la neige, et face à l'exposition et la dureté de la neige, nous poursuivons en crampons. Nous atteignons la Bosse de Sialouze, les premières lueurs du jour illuminent le ciel, la silhouette du Viso se découpe à l'horizon. Nous poursuivons en direction du couloir Coolidge, bien béton, que nous remontons jusqu'au plateau sommital. Comme nous n'avons toujours pas mis les peaux depuis le départ du refuge, on se dit que l'on va les user un peu pour les 150m de dénivelé restants jusqu'au sommet. Il est 8h45 quand nous l'atteignons, le vent nous cueille là-haut, et des nuages d'altitudes se découvrent : ils enveloppent la Barre des Ecrins, et se rapprochent rapidement de nous. On décide d'abréger la pause et de filer vers la descente, dont le cheminement s'annonce suffisamment complexe pour éviter de vouloir y rajouter une progression dans le brouillard.
Dès la bascule, l'ambiance est à la hauteur de la taille des séracs que nous contournons, et nous effectuons les premiers virages dans une poudreuse très agréable. On franchit la première grosse crevasse du haut, et on bascule dans un petit couloir qui en cheminant entre les séracs nous conduit à une première barre de glace. Nous effectuons ici un premier court rappel sur abalakov d'une quinzaine de mètres, avant de rejoindre une nouvelle barre. On installe le rappel, mais en l'amorçant, on se rend compte qu'il débouche dans une crevasse : il faudrait descendre dedans, et remonter ensuite. Bon, on se pose un peu des questions avant d'aller se mettre dans ce chantier, et finalement, en longeant la vire de glace, on trouve un passage qui se franchit à skis de manière finalement très commode. On range les cordes, et on traverse rive droite pour prendre la direction du Serre du Riou : une dernière descente raide nous conduit à une crevasse qui barre l'accès. Les rochers sur le côté laissent entrevoir la possibilité de construire un relais sur cablés ou pitons, mais le saut se tente bien. Bilan des courses : deux chutes sur cinq membres de l'équipe : mention honorable. On file désormais main droite dans les couloirs rocheux qui conduisent vers le Ravin des Militaires. On en a désormais terminé avec la partie glaciaire, et la suite de l'affaire n'est plus qu'une question de recherche d'itinéraire : on passe d'un large couloir à un autre large couloir. Une dernière petite remontée sur une banquette de mélèze nous permet d'atteindre le couloir débouchant sur le Pré de Madame Carle, on se laisse glisser tranquillement jusque là pour un casse-croûte bien mérité.
Le retour au Claux sera un peu long, la route étant quasiment déneigé, les retrouvailles avec nos baskets à Ailefroide seront salutaires pour apprécier les derniers kilomètres avant d'aller se boire une bonne petite bière au parking.
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