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en tout cas, ça m'a fais prendre conscience de ce risque que je ne soupçonnais pas sur une pente apparemment pas très raide...
Locky--> non, la caméra ne s'est pas arrétée.
Pour ceux que ça intéresse, voici le récit qui m'a été demandé par l'ANENA.
28/11/2005 Piau (Pyrénées).
Bilan d’une petite sortie qui aurait pu coûter cher.
En cette fin de mois de novembre 2005, l’ouverture des stations de ski se fait attendre et mon désir de dévaler les pentes aussi, je décide donc de faire une petite excursion en solo dans une station que j’ai l’habitude de fréquenter quand elle est ouverte.
Me voici à Piau, il fait un temps magnifique, la température avoisine les –4° et pour couronner le tout la neige est tombée en abondance ces dernières 24 heures, 30 à 40 centimètres de neige fraîche rien que pour moi.
Le but à atteindre est clair et bien visible depuis la voiture, aucune difficulté particulière puisqu’il suffit de suivre les pistes taillées dans la montagne pour atteindre le sommet du télésiège du Pic.
Nous sommes lundi et l’ouverture de la station est prévue pour mercredi, j’utilise au maximum les pistes qui ont été préparées pour l’ouverture jusqu’au secteur du Badet ensuite j’emprunte une petite pente assez soutenue qui me mène sur un autre chemin, à cet endroit, la neige est soufflée et un petit bruit me rappelle que le domaine n’est pas encore sécurisé, j’entends comme un grondement sourd sous mes pieds et tout autour de moi, le fameux « whoumfs » je suppose, que je n’avais encore jamais entendu auparavant, je me déplace aussitôt sur le côté de la pente pour regagner le chemin, jusqu’ici tout va bien.
Arrivé en haut à 2528m., je me rends vite compte que le vent a soufflé, déplaçant ainsi la neige sous les crêtes. L’accumulation devant le poste de secours en est un bel exemple et malheureusement pour moi je ne me suis pas servi de ce nouvel indice pour modifier ma descente qui a une exposition identique à ce poste de secours.
Sans trop réfléchir et sans attendre je me dirige vers le départ de la descente, cette pente que je ski comme beaucoup tout au long de la saison et qui me semble complètement inoffensive et pourtant.
Il n’est pas encore midi, j’attaque la descente tranquillement, sans me soucier de quoi que ce soit si ce n’est de l’état de mes semelles, les trois ou quatre premiers virages se font sur les cailloux, la sous couche n’est pas encore présente en ce début de saison et je décide donc de me diriger lentement sur la gauche pour chercher un peu plus neige. Nouvelle erreur, au bout de quelques mètres de traversée une plaque d’environ 30 cm. d’épaisseur commence à se former tout autour de moi, je n’ai pas de vitesse, impossible d’y échapper, je me retrouve prisonnier et impuissant face à toute cette neige en mouvement, la plaque se fragmente très rapidement en plusieurs morceaux friables, elle me plaque littéralement au sol. C’est parti pour quelques petites secondes de descente avec l’avalanche, je me débats pour ne pas boire la « tasse », je tente de freiner ma chute avec les skis en travers, mes fesses, le haut de la cuisse gauche et le coude raclent les cailloux, d’ailleurs mon pantalon et mon blouson en gardent les traces car les cailloux n’étaient pas loin.
Une quarantaine de mètres plus bas, l’avalanche ralentie, un chemin en aval retient une partie de la coulée, elle continue ensuite sa course derrière ce chemin mais sans moi cette fois. Fin du chantier, plus un bruit, je suis seul au milieu de ce chaos, je me relève indemne un peu abasourdi par ce qui vient d’arriver.
Après une petite mise à jour de la suite de ma descente je file vers la station, plus une minute à perdre je prends le trajet qui me semble le plus sûr car ici on est en terrain « miné ». Difficile dans ces conditions de prendre du plaisir à skier, le doute s’installe après chaque courbes et l’envie de retrouver les pistes damées se fait vraiment sentir.
Arrivé à la voiture sain et sauf je jette un dernier coup d’œil sur cette petite coulée qui aurait pu m’être fatale si j’avais été enseveli, le personnel de la station présent ce jour là n’a rien vu, sans ce chemin pour barrer la route à la coulée la fin de l’histoire aurait pu être différente.
Ce que j’ai retenu de cette expérience :
- Garder l’esprit critique et prendre en compte tous les indices d’une situation à risques, accumulation de neige, vent en crête, état de la neige à la montée, historique des dernières chutes de neige, météo,…
- Eviter de partir seul dans un domaine non sécurisé.
- Ne pas croire qu’une pente à proximité du domaine skiable est plus sûre qu’une autre, surtout quand la station n’est pas encore ouverte.
- En station, se renseigner auprès du personnel (pisteurs de préférence) sur l’état du manteau neigeux et leur indiquer mon itinéraire pour qu’il sache en cas d’avalanche si quelqu’un se trouve dans le secteur.
Tout cela je l’ai maintenant bien en tête et il est bien dommage que cet incident ait eu à me le rappeler, heureusement pour moi cette petite « piqûre » de rappel n’aura pas été trop douloureuse mais je l’avoue elle aura quand même bien marqué mon esprit.
serait-il possible que vous nous recontactiez ?
je vous laisse notre mail : meteosite@chamonix.com (la Chamoniarde = société de prévention et de secours en montagne de Chamonix).
merci