Cher Mondo Chowder,

En me promenant dans la poudreuse de septembre ce matin, j'ai entendu l'élan grogner, les oiseaux chanter et le doux murmure d'un ruisseau. Ca m'a rappelé le point de rupture de notre relation l'hiver dernier. Je ne t'en ai jamais vraiment parlé, mais en y repensant j'aurais dû voir les signes avant-coureurs. Il y a un vrai problème dans notre relation, dont j'ai besoin de te parler maintenant, mon ami et complice.

Au début quand tu es arrivé avec ton nouveau lecteur mp3, je n'ai pas tiqué. Après tout moi aussi j'avais déjà craqué pour de la bande son pendant mes jours de poudre. Il y a une joie assez immense à plier le genou au son d'un bon petit morceau de funk. Je me sentais comme revêtu de ma plus belle tenue à fleurs, sur le dance floor, entouré de jeunes filles volages. Oui, écouter de la musique et skier sont deux activités qui peuvent aller de pair.

Mais la camaraderie des conversations de télésiège commença à disparaître entre nous. A plusieurs reprises j'essayais de te raconter quelque chose et découvrais à la moitié du chemin que j'étais en train de parler tout seul. Après deux jours à tripoter ton lecteur portable pour pouvoir gérer mon babillage, tu étais en mesure de l'allumer et de l'éteindre à la vitesse de l'éclair. Cette période d'apprentissage ne m'a pas embêté. Les gestes que je devais faire pour t'avertir de l'imminence d'une conversation ne m'ennuyaient pas non plus.

On dit qu'il n'y a pas d'amis les jours de poudre, mais je suis quelqu'un de généreux quand il s'agit de partager de bonnes lignes avec mes amis. Un jour où l'on coupait à travers la trafole pour trouver de la fraîche, je repérais deux belles lignes. Je me retournais pour t'avertir mais tu ne pouvais pas m'entendre. J'ai vu ta ligne et laisse moi te dire que la mienne était bien meilleure. Tu t'es fourvoyé mon gars. Ca ne m'a pas ennuyé non plus, pas plus que ton tout nouveau casque intégral. Franchement, qui n'a pas envie d'être dope sur les pistes?
L'utilisation abusive des "ouf" et autres "tueries" ne m'a pas fait tiquer non plus. Je voyais mon petit oisillon de Mondo qui commençait à prendre son envol avec des "tueries" toujours plus "ouf".

Je vais te dire ce que qui m'a vraiment touché, Mondo, c'est ce coin sacré, mon secret spot. Ce dont je parle là c'est de tracer une ligne, Mondo, qui sépare les instants où on ne doit pas devoir éteindre sa musique pour écouter. Je t'ai emmené à cet endroit où j'ai appris à skier, dans ce coin de forêt, un endroit magique. J'aime monter en silence, ça ne me dérangeais pas que tu écoutes ta musique. Non, c'est juste après, quand on est arrivés aux troncs, aux arbres aux branches coupées. Le vent a forci et ma chanson préférée a commencé : sifflements angoissants, hululements et grondements des troncs noirs sur la neige blanche. J'essayais de partager une des rares choses qui comptent pour moi sur cette planète, mais tu n'as même pas appuyé sur pause. Est ce que ça suffit pour mettre un terme à une relation merveilleuse?

Je détesterait en finir avec notre partenariat, surtout maintenant que tu as acheté cette nouvelle luge. Peut-être que j'ai eu tort de revenir sur cette histoire, mais il faut que l'on communique plus. Des fois, on doit arrêter avec la musique. J'espère que tu comprends ça, mon pote -- traites moi de hippie si tu veux, je m'en fiche. Peut être que tu devrais passer plus de temps avec le silence cet hiver, et cette lettre prendra alors tout son sens. Mais il faut que tu saches, Mondo, qu'avec ou sans musique, j'espère qu'on ira se gaver ensemble très bientôt.

Ton ami,
Charles R. Nuggin


P.S. Je ne veux pas d'Ipod pour Noël.



Un texte de Colby Nielsen, publié pour la première fois sur aspectjournal.com. Trad. et photo © skipass.com