Pour rappel, les commentaires de Jérôme et sa vidéo sont par ici. Nous retranscrivons ci-dessous les commentaires de François Sivardière, directeur de l'ANENA.
D?abord pardon pour avoir tardé Ã
envoyer ce petit commentaire.
Et puis ensuite, merci à Jérôme pour sa
vidéo : c?est un document exceptionnel car il
n?y a pas beaucoup de riders qui rident avec une
caméra vidéo sur la tête, et
(heureusement) encore moins qui se font prendre dans une
avalanche? qui, en plus, se finit bien (mis Ã
part le gros bleu aux fesses? et les fringues
déchirées). Et comme cela a
été souligné par plusieurs personnes,
merci aussi à Jérôme pour avoir
accepté d?en parler « en public
».
En général, on se sent
plutôt « honteux » d?avoir
été victime d?un accident
d?avalanche, et on n?en parle Ã
personne, alors que cela peut arriver à n?importe
qui et qu?il y a souvent des choses intéressantes
à apprendre de ce genre
d?expériences?
Alors, justement, de celle-là en particulier, quoi retenir ?
Jérôme a été victime
d?une «
avalanche de plaque à vent friable ».
Comme dans 90 % des accidents d?avalanches en France, il a
lui-même déclenché
l?avalanche qui l?a emporté (elle ne
serait pas partie toute seule). Cela s?est produit en passant sur la plaque
elle-même (ça n?est pas
toujours le cas : on peut aussi déclencher une plaque
« à distance »,
c?est-Ã -dire que la plaque va partir
d?une zone située à 10, 20, 50 ou 200 m
de l?endroit où l?on se trouve).
On dit que la plaque est « à vent », car c?est le vent qui est à l?origine de sa formation (c?est-à -dire qui lui a donné une certaine cohésion permettant à toutes les fissures que l?on voit au tout début de l?avalanche, de se former et surtout de se propager).
La neige qui constituait la plaque était poudreuse (on voit la
neige voler sous les skis) : on dit que la plaque est friable.
Ce dernier point, l?air de rien, est important. On a souvent
tendance à croire qu?une plaque est composée uniquement de neige dure, ce qui est faux : les avalanches de plaque friable nous montrent chaque année que même une neige poudreuse peut avoir suffisamment de cohésion (c?est-à -dire avoir un minimum de dureté, tout en restant poudreuse) pour partir en plaque.
Il faut donc aussi se
méfier de la neige poudreuse.
Deuxième chose intéressante que Jérôme a souligné : il n?y
avait pas beaucoup de neige (Jérôme dit même « sous-couche inexistante »). C?est bien la preuve qu?il n?est pas nécessaire d?avoir une grande épaisseur de neige pour avoir une avalanche. En fait, ce qui est important, c?est moins la quantité de neige au sol, que la qualité de cette neige et en particulier l?existence d?une « couche fragile ».
La couche fragile, c?est le maillon faible du manteau neigeux, qui va céder sous l?impact de la surcharge due au passage d?une personne.
Dans notre cas, difficile de dire précisément le type de grains
qui constituaient la couche fragile. Mais on peut raisonnablement penser qu?il s?agissait de grains anguleux (grains à faces planes et gobelets, pour les connaisseurs). Or ces grains se forment d?autant plus facilement que la couche de neige qu?ils constituent est de faible épaisseur.
On a probablement eu la situation classique de début de
saison : faible épaisseur de neige fraîche soumise à de très basses températures et des nuits de ciel clair.
Sans doute cette pente est-elle exposée Nord-Est à Nord-Ouest, car dans ce cas, elle ne voit pas le
soleil dans la journée, ce qui est un facteur de plus
favorable à la formation des grains anguleux. Les grains de
neige initiaux soumis à plusieurs jours de ce
régime météo se transforment en faces planes
voire gobelets, et la couche de neige perd
complètement sa cohésion : elle ressemble
à du gros sel (ou du sucre en poudre, au choix). La neige
qui vient se poser dessus à la faveur d?une chute
de neige ultérieure repose donc sur des « fondations fragiles
» qui peuvent
céder à la moindre surcharge.
C?est vrai (et cet incident en est une preuve de plus) que
l?activité avalancheuse est plus importante
après des chutes de neige, mais il n?est pas
nécessaire qu?il y ait beaucoup de neige pour
qu?il y ait des avalanches.
Que dire encore ?
Comme l?a écrit Jérôme :
- ne jamais partir seul. S?il avait été enseveli et incapable de
se dégager tout seul (ce qui est quand même ce qui
se passe dans presque tous les accidents d?avalanches),
personne n?aurait été là pour l?aider ou appeler les secours. On n?ose imaginer la dramatique fin dans ce cas?
- Le nombre d?années de pratique et le niveau technique n?ont rien à voir avec les avalanches.·
Ca n?est pas parce que vous êtes né « sur des skis » que vous êtes à l?abri d?une avalanche. L?expérience, quand elle devient habitude, peut même être un facteur de risque. Notre comportement, dans des situations familières, est très
fortement influencé (voire guidé) par la façon dont nous réagissons habituellement. Comme, la plupart du temps, tout se passe bien, nous avons tendance à reproduire nos actions passées, sans essayer de réfléchir à ce qui pourrait distinguer
la situation présente des précédentes.
Une autre victime d?un accident d?avalanche le dit
ainsi : « sans doute trop de sorties, qui se passent toujours
bien ». Mais, quand le danger change alors que la situation
reste familière, l?habitude
peut devenir un piège.
- L?avalanche
peut être déclenchée, même
dans des secteurs que l?on pense sûrs.
En début de saison, une station de ski qui n?a pas
encore ouvert doit être abordée comme la
montagne non aménagée : correctement
équipé (Arva, sonde et pelle, même
quand on part seul) et avec prudence.
- La vitesse du déclenchement : on le voit sur la
vidéo, Jérôme le dit aussi, tout va très vite.
Pratiquement pas le temps de réagir, ni d?essayer
de continuer à glisser? Quand
l?avalanche se met en branle, il est souvent trop tard, alors
mieux vaut tout faire pour éviter de se faire prendre. Car,
Jérôme s?en est rendu compte,
ça n?arrive pas qu?aux autres, et
statistiquement, quand
une personne est emportée, elle a, en gros, une «
chance » sur six ou sept de décéder.
Un peu comme la roulette russe?
Voilà les quelques réflexions que
m?inspirent le témoignage de
Jérôme. Pour tous ceux qui veulent en savoir plus
sur les avalanches et la sécurité en montagne
enneigée : www.anena.org.
Merci encore à François Sivardière pour avoir pris le temps de donner tous ces détails. On tient à rappeler l'existence d'une page "témoignage" pour les victimes d'accidents d'avalanches, qui est d'une aide précieuse pour l'ANENA. Les comptes rendus et autres rapports d'avalanches viennent en effet principalement des pompiers et du PGHM, il y a un manque d'information sur les accidents non-mortels ou moins importants...

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(14 réactions)
Très intéressant et surtout, revenez souvent nous faire des explications comme celle-ci durant l'hiver
C'est gentil d'expliquer aux gens qui ne connaissent pas la montagne les danger !
J'ai presonnellement perdu un ami, qui est decedé dans une avalanches il y a 2ans !