Mat Crépel, rider pyrénéen, première place du TTR 2006, récent champion du monde FIS en Big Air et Half Pipe (des vidéos ici même d'ici vendredi), un rider qui envoie gros quand les autres arrivent pas à popper, un snowboarder complet au bagage de tricks lourd et varié. Interview effectuée pendant le Air&Style 2006 dans un gros coussin moelleux, entre une scéance de trainings et une bouffe à l'hôtel.
Sponsors actuels : Quicksilver, Rossignol, Domaine du Tourmalet, Evian, Nokia
Résultats :
06/07 3ème freestyle.ch; 2ème big air Nissan X-Trail; 1er en big air et en halfpipe aux championnats du monde d'Arosa (Suisse)
05/06 Champion du monde TTR; 2ème pipe Burton European Open; 2ème Air and Style; 1er big air Nissan X-Trail
Voilà, je suis avec Nicolas Müller, donc Nicolas tu es né à Tarbes...
Eh oui (rires) je suis Suisse, mais je suis né à Tarbes, dans le Sud-Ouest...
Bon, sérieusement Mathieu, on est au Air and Style, il y a du beau monde, lequel de ces riders te fait le plus peur?
En fait le format de compétition a changé par rapport à l'année dernière, puisqu'il n'y a plus l'obligation du saut Style. De ce fait il y a des riders qui ont des grandes chances, parce qu'ils ont des tricks qui sont appréciés en ce moment. Notamment Eero Ettala, avec son switch double backflip, ce n'est pas un tricks très technique, mais ça demande de l'engagement, ça plaît beaucoup au public et pas mal aux juges aussi, donc je pense que c'est le genre de tricks qui va marquer pas mal de points. Et puis après tout ce qui est 1080, cab 1080, switch 1080 back, pour ce dernier j'en ai pas encore vu beaucoup aux trainings mais je pense qu'on va en voir...
Donc tu as plus peur d'Eero que d'un Shaun White sur un contest comme le Air&Style?
Oui parce que ce tricks sur un format comme ça, c'est tout bon. Après il y a David qui rentre des double corks, il fait même un double cork 1080, ça aussi ça peut le faire. Bien sûr Shaun a toujours de quoi faire...
En même temps Eero s'est fait une talonade en faisant du skate, donc on verra comment il se porte.
Tu parles de ce switch double backflip, mais ici il y a une tradition de style, et ce n'est pas forcément un saut très stylé...
Oui, c'est vrai, mais en même temps on s'est déjà retrouvés face à face au Toyota Big Air au Japon l'an dernier, lui fait un double backflip et moi un switch 1080 back et c'est lui qui avait gagné, on verra demain, je pense que ce sont des tricks qui se valent, il y en a un qui demande plus d'engagement, l'autre plus de technique...
La saison dernière tu as fait beaucoup de compétition, entre JO et TTR, est ce que tu as pu rider à côté ou c'était vraiment que de la compète et rien d'autre?
C'était pas que l'année dernière, c'était aussi celle d'avant! J'ai passé deux saisons à faire vraiment beaucoup beaucoup de compète, peu de ride pour moi, pas de films, très peu de photos... Cette année je vais prendre une autre option, je vais faire moins de compète, je pense que je vais en faire cinq ou six grosses, dont le Air And Style, les principales du TTR, peut-être les X Games, et le reste du temps je vais essayer de filmer et de shooter à bloc. Et je pense que je vais passer plus de la moitié de ma saison aux Etats-Unis.
On parle de l'absence de Shaun White aux X Games, qui préférerais l'European Open, toi c'est le contraire ?
En fait ça va dépendre de mes résultats sur les trois premières compètes (Air and Style, Xtrail et O'neill Evolution). Si je vois que je suis en bonne position sur les events TTR, j'irai plutôt à l'European Open, sinon j'irai aux X Games.
Aujourd'hui pour un snowboardeur, ça vaut plus le coup de finir bien au TTR que de faire un résultat aux X?
Je pense que ça se vaut un petit peu. Le TTR c'est un tour mondial qui est très bien reconnu en Europe et un peu moins aux US, mais ça va changer dans les années qui viennent à mon avis. Alors que les X Games c'est clair qu'aux US c'est énorme, et si un européen fait quelque chose de bien là bas, ça compte double parce que c'est encore plus difficile. Et puis moi je n'y ai jamais été, donc c'est une expérience qui compte. A priori je ferai Pipe et Slopestyle...
Pour revenir au début, maintenant qu'on en est arrivé déjà aux X Games, comment ça a commencé tout ça pour toi?
Eh bien je suis issu d'une famille très montagne, mon père était moniteur de ski, il passait les saisons en montagne à La Mongie, donc dès que j'ai su marcher j'ai été mis sur des skis. J'en ai fait beaucoup jusqu'à l'âge de 10 ans... Entre temps j'avais commencé le snowboard à 7 ans, mais j'en faisais le soir, après les entrainements de ski. C'est un pote à mon père qui m'avait fait ma première planche, il n'y avait pas de marques qui faisaient des planches pour gamins à cette époque, donc c'était un truc d'adultes coupé avec des step-in, vu que j'avais des fixations de ski dessus. Donc c'était un genre de proto (rires).
Ton premier contrat pro?
En fait j'ai fait ce trip au Groenland avec Quicksilver en 1995, j'avais 10 ans, ils avaient prévu un scenario avec ce jeune qui apprenait aux Inuit à faire du snowboard. D'ailleurs ça m'a beaucoup influencé pour la suite, je m'étais dit que si c'était ça le snowboard, ben j'étais prêt à en faire ma vie. En rentrant j'ai eu un petit contrat avec Rossignol (qui n'avait aucun rapport avec Quick à l'époque) puis avec Quicksilver, mais j'estime être pro depuis beaucoup moins longtemps que ça, depuis que j'ai dans les 16 ans. J'ai fini mon IUT tech-de-co en juillet, mais je pense que tu es vraiment pro à partir du moment où tu ne fais que ça. Parce que le snow c'est une passion avant tout, mais c'est aussi un métier, il y a des obligations, il y a des sacrifices et des efforts à faire. Et je pense que c'est la différence entre des riders qui sont super doués qui ne perceront jamais, et des riders peut-être un peu moins bons, mais qui vont faire ce qu'il faut pour bien bosser avec les sponsors, ou avec les medias, et qui vont faire ce qu'il faut pour que ça marche.
Comment tu gères la pression des compétitions, j'ai l'impression que u y es sensible, peut être que je me trompe ?
L'année dernière je n'avais rien, et là en septembre j'ai attaqué de la préparation mentale avec un préparateur sur Bayonne. Je fais pas mal de répétition mentale, c'est de la visualisation de tricks, des choses comme ça. Je ressens pas trop de pression, après sur les JO c'est clair que ça a pas marché, bon j'ai eu du stress mais c'est les jeux, je suis dossard 1, et puis j'ai merdé sur le deuxième run, je croyais que le premier suffirait... Pour le Air and Style l'an dernier, Hampus était devant moi au saut style, et je partais avant lui sur le saut technique, donc je ne savais pas ce qu'il ferait. Mais l'an dernier j'étais déjà super content d'être en finale...
Bref la pression en compète, je l'ai peut être un peu, mais j'aime bien parce que ça me pousse. Je pense que les gens qui s'en sortent bien en compète, c'est ceux qui prennent la pression pour s'en servir au mieux.
Ca me fait rebondir sur la peur, sur des gros modules...
C'est clair qu'il y a de l'adrénaline, mais en Big Air et en Slopestyle je parlerais pas de peur, en Pipe plus peut-être. Mais un excès de confiance c'est pas bon non plus. Heureusement qu'on a un peu cette notion de peur, c'est un garde fou. C'est important d'écouter son corps à se niveau là, au niveau de la fatigue aussi.
Il y a des choses que tu ne ferais pas?
(rires) Ben depuis que j'ai sauté la table (la grosse bertha) au Candide Invitational, oui. Ca je pense que je ne le referais pas. C'est juste que, ben voilà, c'est un module qui n'est pas adapté au snowboard. Les gens n'arrêtent pas de comparer le ski au snowboard, dire que les skieurs vont plus haut, sautent des tricks plus gros, je pense que c'est vrai, mais c'est juste que ce n'est pas le même sport. Je vais pas comparer avec le skate et le roller, parce que c'est pas comparable, en roller les mecs ils prennent des rails de 50 marches et en skate tu le verras jamais ça. Je respecte énormément les skieurs pour ce qu'ils font ceci dit.
Tu me fais penser à la remarque de Tanner sur le switch en snow et ski, il disait que en ski, quand tu es en switch tu es en arrière, pas sur le côté comme en snow...
C'est clair que du fait qu'il soient en marche arrière, ça change pas mal. Mais après, bon, ils sont aussi dans l'axe...
Pour en revenir au jump du Candide, sur un gros jump comme ça, où tu as besoin d'une vitesse énorme, en snowboard tu as une prise au vent qui est deux fois plus importante que sur des skis. Un ski ça fait 8cm de large, un snow ça en fait 25. Et puis tu as les pieds accrochés et pas séparés...
Sur la table, j'en ai réussi un, le deuxième je me suis fait peur, parce que ma board a pris le vent... Après il faut se fixer des limites aussi, c'est nous qui faisons évoluer le sport, il faut qu'on sache où on veut aller et pas faire n'importe quoi avec.
Ton style, comment on te reconnaît sur un snow, des défauts?
C'est paradoxal, parce que j'ai un gros défaut en pipe, c'est l'amplitude, que je dois travailler fortement, et en kicker je vais au contraire avoir un pire pop. Sinon mon style je ne sais pas, je pense que je suis un rider assez technique, j'essaie de ne pas faire tout le temps les mêmes tricks et d'en avoir un maximum dans mon sac.
Une discipline préférée?
Non, j'ai toujours fait de tout, j'ai même fait de l'alpin et du boardercross au départ. Pour moi le snowboard c'est utiliser la montagne comme elle se présente à nous, et ne pas se cantonner à faire soit du rail, soit du kicker ou du pipe. J'ai envie de faire de tout pour continuer à progresser et surtout pas se blaser.
Les Pyrénées, tu as un spot à nous proposer dans la vallée d'à côté, ou c'est vraiment La Mongie?
Je veux pas dénigrer la vallée d'à coté (rires) (ndlr : ceci est une private joke pyrénéenne, désolé) mais pour moi c'est La Mongie. Après avoir voyagé dans pas mal d'endroits, chaque fois que je reviens là-bas je suis toujours surpris de la qualité des runs qu'on a, surtout avec l'ouverture du Pic du Midi il y a quelques années, il y a des possibilités encore plus grandes. Je reste amoureux de cette station et j'aimerais y passer plus de temps. J'y suis peu l'hiver, j'ai eu la chance d'y être il y a deux saison à un super moment quand on avait fait le road gap.
Ta compétition préférée?
C'est difficile...
Je dirais l'Air and Style. Déjà c'est un honneur d'y participer, tous les riders qui sont passés là, il n'y a que des légendes... Pouvoir faire un résultat ici c'est avoir son nom au milieu des légendes du sport. Et puis le contest n'a pas changé d'esprit, c'est le rider avant tout, et ça c'est top quand tu arrives à un event aussi gros de garder cet esprit snowboard.
Mathieu fait son switch backside 1260 lors des championnats du monde à Arosa
Meilleur endroit sur terre pour rider?
Je dirais, avec le peu d'expérience que j'en ai eu, l'Alaska. C'est le snowboard ultime. T'arrives là bas, les montagnes sont deux fois plus grosses que partout, la neige tient sur des pentes super raides, ça te remet à ta place rapide, et si tu te prends pour un autre ben tu paies cash.
C'est vraiment impressionnant et j'aimerais rider plus là bas, peut être en avril, c'est la période à laquelle on y va.
Ma dernière question, c'est pas sympa pour elles mais c'était sur les filles dans le snow
Je pense qu'elles ont beaucoup évolué ces dernières années. A un moment je trouve que ça stagnait un peu, que le niveau était pas terrible, mais là ça a bien évolué dans les deux-trois dernières années. Bizarrement elles envoient surtout bien en rail, alors que c'est plutôt une discipline où il faut pas mal d'engagement.
Bon on te laisse rentrer à l'hôtel, merci!
merci!
Propos recueillis par Mathieu Ros//skipass.com

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(7 réactions)
question : il va aux X games???
quelqu'un peu me sauver la vie?
Dis Castor, c'est bien les fatboy, hein ???
Gros bravo pour les deux derniers titres tout chaud tout beau
je réagis un an plus tard