Interview Drew Tabke
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Interview Drew Tabke

Drew Tabke, 28 ans, ne tourne pas dans des films de ski, il n'a jamais skié dans les piquets, il travaille (entre autre) dans un magasin de ski, il surfe, il passe l'hiver au Chili et est à l'heure actuelle en tête du classement du Freeride World Tour 2013. Interview.

Texte Guillaume Desmurs
Photos Guillaume Desmurs (sauf mention)
Vidéo FWT
Texte Guillaume Desmurs
Photos Guillaume Desmurs (sauf mention)
Vidéo FWT

Drew Tabke, 28 ans, ne tourne pas dans des films de ski, il n'a jamais skié dans les piquets, il travaille (entre autre) dans un magasin de ski, il surfe, il passe l'hiver au Chili et est à l'heure actuelle en tête du classement du Freeride World Tour 2013. Interview.

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Drew Tabke, 28 ans, ne tourne pas dans des films de ski, il n'a jamais skié dans les piquets, il travaille (entre autre) dans un magasin de ski, il surfe, il passe l'hiver au Chili et il est, à l'heure actuelle, en tête du classement du Freeride World Tour 2013, juste avant l'épreuve de Kirkwood. Avec son Macbook air sous le bras dès qu'il n'a pas une paire de ski, l'Américain raconte sa vie et sa vision du ski. Rencontre. 


-Drew, peux-tu nous donner ta biographie en quelques phrases ? 

-J'ai grandi en Utah, j'ai déménagé à Hawaï pendant 5 ans, puis je suis revenu à Salt Lake City. J'ai surtout fait du half pipe et ensuite j'ai déménagé à Snowbird. Mes parents sont skieurs mais je n'ai pas de background en alpin comme la plupart. Mon premier contest fut Snowbird, en 2004, pour le North Americain freesking championship et j'ai tout de suite été mordu par cette discipline. C'est exactement le type de ski que j'aime pratiquer tous les jours : essayer de trouver un "power run", des sauts, comme en compétition, c'était naturel pour moi de skier ainsi. En 2008, j'étais sur le premier FWT, puis je suis parti sur le Freeskiing Tour (que j'ai gagné en 2011) et je suis revenu sur le FWT en 2012 et 2013.

-Qu'est ce qui a changé depuis tes débuts ?

-Quand j'ai commencé, les skieurs payaient tout. Les sponsors, c'était une veste, des masques, personne ne gagnait de l'argent. Il y avait beaucoup de skibums qui dormaient dans leurs camions, qui sortaient 200 dollars pour s'inscrire à la compétition. J'étais un skibum, je travaillais dans un magasin de ski à Alta, pendant mes études. Je prenais ma voiture, je partais trois jours dans le Colorado et je revenais. Je n'avais pas les moyens de partir un mois en Europe ! 

-Tu rencontres les skieurs français à cette époque ?

-Oui. Guerlain Chicherit, Manu Gaidet, Adrien Coirier, Seb Michaud. C'était mon premier contact avec l'Europe (en 2007, je suis venu à Tignes pour la première fois). En plus, c'étaient eux qui gagnaient le North American Tour : Guerlain, Hugo Harrisson, Manu Gaidet, Adrien Coirier. Ils semblaient avoir un meilleur sens du big mountain. Je me souviens les regarder beaucoup : choix de lignes, réceptions de sauts. Pour les gens comme moi, nous n'avions pas de connaissance de la montagne, on pensait qu'on savait, alors qu'on ne skiait que de la poudreuse. On ne connaissait rien de la haute-montagne ! A l'époque on inspectait dans la face, on pouvait même construire des kickers, on n'était pas encore assez confortables pour se contenter d'une inspection visuelle. Passer à l'inspection visuelle a été pour nous une transition difficile, certains pensaient même que c'était trop dangereux. 

-Tu viens en Europe pour la première fois en 2007 (à Tignes pour le World Tour freeride). Qu'est-ce qui t'a marqué ?

-Aux US, quand un secteur est fermé, c'est vraiment fermé, tu perds ton forfait si tu y vas. Alors qu'en Europe, j'étais surpris de pouvoir aller n'importe où, passer sous la corde. A Snowbird, je me disais que les Français étaient des "assholes" quand ils passaient sous les cordes ! 

-Tu vois une différence entre les skieurs européens et les nord-américains ?

-J'ai perdu un peu le fil je crois, j'ai l'impression que l'on est tous pareils. Il y a moins de différence aujourd'hui qu'il y en avait avant, les gens voyagent plus et sont influencés. Les Américains ont peut être plus l'habitude de skier de la neige tracée, pratiquer sur les mêmes spots car nos domaines skiables sont plus petits, du coup on est meilleurs par certains aspects. Alors que dans les Alpes, il y a plus de place, ils ne se concentrent pas sur la technique mais sur la haute-montagne. 

-Quelle est ta position sur le vieux débat des tricks dans les runs du FWT ?

-Le jugement est toujours basé sur une impression générale, c'est elle qui compte, avec ou sans tricks. Prends l'exemple de Markus Eder et Jérémie Heitz, leurs styles sont si différents et pourtant ils gagnent tous les deux. J'espère qu'on aura toujours ces deux types de skieurs, qu'on ne voit pas d'uniformisation du style. Même si cela crée de la controverse dans le jugement, différents styles gagent à différentes étapes, je pense que c'est bien de montrer tous ces styles au même endroit, dans une même compétition. Ce qui compte, c'est que le run soit propre, rapide et avec de l'amplitude. Si tu peux faire des tricks, c'est mieux. 

L'impression générale, c'est bien, à une seule condition que les juges et les riders discutent en permanence. Les riders sont ceux qui poussent le sport, ils doivent avoir la voix, décider quel type de ski doit être récompensé et tant que la conversation est ouverte, avec le board des riders par exemple qui existe sur le FWT, cela fonctionnera.

-Comment choisis-tu ta ligne ?

-Je choisis ma ligne en fonction des juges, sinon ce n'est pas la peine de courir ! Il faut également équilibrer avec le plaisir de skier la ligne. Dans le choix de ligne, je cherche à satisfaire les juges… et moi ! A Courmayeur, j'étais surpris que Markus gagne, je pensais que Jérémie l'emporterait, Markus a pris une ligne moins bien notée mais ses tricks ont compensé au final. Moi, je ne suis pas parvenu à équilibrer la ligne que les juges auraient pu aimer et celle que j'aurai aimer skier. Si tu ne veux plaire qu'aux juges, il n'y a pas assez d'inspiration dans ta ligne. Si je m'écoutais, je skierai de la poudreuse jusqu'en bas et j'aurai un mauvais score ! 

-Que se passe-t-il dans ta tête pendant la minute de course ?

-Pendant l'inspection, j'essaie de découvrir tous les secrets du run : quel hauteur pour ce saut ? A quelle vitesse je dois aller ? Tu vois le futur, en quelque sorte. Pendant le run, je trouve les réponses à toutes ces questions, je valide. Si c'est différent de ce que j'avais prévu, j'ajuste mes plans. Un beau run, c'est quand tu as tout juste et que tu n'as pas de surprise ! Cela veut dire que tu as découvert le code secret de la face pendant l'inspection. A Courmayeur, j'ai perdu ma ligne, je ne trouvais pas le take-off, j'ai perdu le fil, une petite erreur et je suis complètement hors-course. Il faut rester le plus près possible de ce que tu as en tête. Le mieux : tu inspectes, tu trouves ta ligne, tu l'imagines, tu la skies et c'est très proche de ce que tu imaginais. A Chamonix, c'était le cas !

-Comment skies-tu aussi vite ? 

-Certains peuvent skier vite tout le temps, quelle que soit la neige, comme Reine Barkered ou Jérémie Heitz. J'ai un style plus surf, moins carving, il me faut de la neige douce pour skier vite.  

-Tu vis une partie de l'année au Chili. 

-J'ai étudié l'espagnol, j'y suis allé, j'ai skié, je suis resté. Je n'avais pas de but précis et j'ai trouvé une communauté de skieurs là-bas. Le ski peut être bien, si tu as un hélicoptère ! Chili en été et US au printemps et à l'automne. En hiver, je voyage. 

-Tu participes à des films ?

-Je suis impatient, j'aime skier avec mes amis, je n'aime pas attendre que les gens changent leurs batteries ! Je suis tellement dédié au freeride que cela me prends une bonne partie de l'hiver, filmer serait très difficile. Si je devais filmer, je ferai mon propre film, une expédition dans un lieu exotique, plutôt qu'aller en Alaska et craquer 10 000 dollars. C'est le plus bel endroit du monde j'y suis allé, mais pour moi le film doit être créatif. Et puis j'ai d'autres jobs : j'écris pour Powder, ESPN, Skiers Cup, je travaille dans un magasin de ski et au Chili je donne des ski clinics, je guide. 

-Quelles sont tes influences ? 

-Oakley White-Allen m'a beaucoup influencé, c'est le type de rider qui ne se soucie pas de ce que les juges vont penser, il est fidèle à ses valeurs et à son style. C'est ce que j'aime chez les skieurs : ils ont une vision de ce qu'ils veulent skier, ils utilisent les compétitions pour montrer leur style. Markus essaye de montrer son style, même si cela ne marche pas toujours. Je ne veux pas être le skieur qui fait des trucs dangereux, qui est connu pour sa capacité à impressionner. Mes valeurs sont plus celles-ci : donner envie de skier. Je ne cherche pas forcément le terrain exposé, à l'étape de Chamonix je n'ai pas pris de risque. En revanche, avec de la vitesse tu peux faire des choses cool et originales. Je voudrais être vu comme celui qui fait le run le plus fun et qui gagne quand même ! Mais bon, ceux qui prennent le plus de risques doivent aussi être récompensés, cependant, tu ne dois pas être obligé d'engager ton intégrité physique pour gagner.

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Interview Drew Tabke

Photo FWT/B.Long

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Photo FWT/J.Bernard

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Photo FWT/D.Daher

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Photo FWT/D.Daher

Vainqueur de l'étape de Chamonix en 2013.

Photo FWT/D.Daher

Au départ de l'épreuve de Chamonix en 2012.

Photo FWT/T.Repo

Fieberbrunn

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