/ Texte Romain Raisson _ Photos Tony Lamiche _ Vidéo Dino Raffault


Quatre chanceux, vainqueurs du concours organisé par Salomon, ont passé une folle semaine de freeride avec guide et pro riders (Laurent Niol et Enak Gavaggio). Le trip idéal en bonne compagnie, rien de moins, raconté ici sous forme de carnet de route par le chef scout en chef Romain Raisson.

Jour 1
Les conditions d’enneigement se sont franchement détériorées avec l’augmentation des températures. L’empreinte du printemps est venue dégrader ces belles neiges froides que nos spatules affectionnent tant. La troisième édition de la Rocker Week s’annonce difficile... ce qui était sans compter la chute des températures et surtout quelques précipitations bien salvatrices.
Lundi 29 mars, avec une trentaine de centimètres à 1800 m, nous prenons le départ de cette folle semaine à Val d’Isère. Faces vierges, neige froide et profonde… bref le retour de l’hiver. Wahou, doux Jésus ! “Boucherie”, dirais-je en vocabulaire moins pieu. Quel plaisir de rider autre chose que du carrelage…


Jour 2
Les cannes déjà un peu fumées par la grosse journée de peuf de la veille, nous nous dirigeons vers le sommet de la pointe de Folliet sur le domaine de Sainte Foy : 45 minutes de montée avec de fortes bourrasques de vent, un ciel couvert, pas des conditions top, mais une forte motivation.
Cet itinéraire est magique, descendant du sommet de ce domaine de haute montagne, loin de tout, vraiment sauvage, sans remontées mécaniques, dans une petite vallée parallèle qui débouche au Crot, hameau magnifique, un des spots secrets de Haute Tarentaise. Cela fait un peu guide touristique mais les 2000 m de dénivelé n’étaient pas pour les touristes. Neige excellente sur un tiers du parcours à en croire les gloussements des riders, le second tiers est une croûte horrible à en présumer par leurs cris et un tiers de neige de printemps dégueu à entendre les râles…
Après le repas, nous nous exerçons au freestyle sur le tapis gonflable : de quoi faire pâlir Simon Dumont (quand il avait huit ans…). Ce soir nous sommes à Chamonix et les centimètres s’accumulent sur les pentes… hihihi.


Jour 3
Sommes-nous déjà au mois d’avril ? Sommes-nous en janvier ? Est-ce le cœur de l’hiver, est-ce la fin, le début, je ne sais plus…. La journée sur Cham que nous pensions ensoleillée s’est avérée froide, neigeuse et ventée… Mais quel pied, quelle chance nous avons, quel bonheur de skier à l’oreille et à l'ouïe dans une neige douce, les gueules burinées par l’austère température et les vents tempétueux… J’aaaadore ! Sentir la douceur, ne plus pouvoir respirer, anticiper le possible bloc de glace dissimulé sous 40 cm de pow bien fraîche. Des sauts, des boites, du plaisir, du ski, du vrai. Nous nous exerçons également aux techniques de mouflage et de recherche avec DVA.


Jour 4
Aujourd’hui journée démente : quatre déposes héliski en Suisse, Enak qui passe un double back sur une barre de 20 m, sunshine et en bas des Suédoises à moitié dénudées se prélassent et criant nos prénoms à l’arrivée de chaque run. Enfin presque.. à l’exception de ces nuages accrochés au relief tels des tiques sur un chien. Vous voyez l’image ? Toute la journée dans la poisse… Mais encore une fois dans la peuf, énorme peuf, fraîche, douce, feutrée… à se rouler dedans à volonté. 40 cm de neige tombée dans la nuit en plus des cm de la veille.
Grosso modo même journée que la veille. Le genre de journées rares dans un hiver. Haut, bas, haut, bas, haut... Un dernier essais au sommet des Grands Montets en espérant l’éclaircie de fin de journée et la porte inespérée vers “le Pas de Chèvre” mais nous n’avons pas trouvé la clef.  J’ai eu le serrurier, nous irons demain.


Jour 5
Nous avons bien fait d’attendre la fin de la perturbation. Pour une poignée de soleil, nous avons eu des brouettes de neige lors des quelques journées écoulées. Aujourd’hui, comme dirait Tony (Lamiche, l’un des guides, NDLR), c’est : “Golden Day”. Ciel bleu, tout peuf. Avec des fourmis dans les spatules nous mettons poignée en coin à 7h30 du mat. Le genre de journée où tu sais que tu ne vas ni manger, ni boire, si ce n’est des mètres avalés en courbes délectables.
Direction l’Aiguille du Midi. On attaque par une heure d’attente avant de pénétrer dans la benne. Trop belle vallée mais trop gavée lors de telles journées. Alors on bougonne un peu de voir autant de monde sur de tels itinéraires, mais en même temps, on y est aussi et on profite, alors… Une descente du Grand Envers et encore une fois je peux le dire comme lors de la session de janvier : trop de poudre… Indécent ! Nous côtoyons les glaciers et c’est quand même magique.
Nous empruntons le tchoutchou pour redescendre à Cham depuis le bas de la Mer de Glace et enchaînons un deuxième tour de manège par un autre itinéraire : le Glacier Rond. On peut dire qu’on rentre dans une autre cour. Pas le droit de trébucher au sommet ni en route. Mais les skieurs sont confiants, les guides vigilants et l’éprouvante descente est sûre et bien négociée. Du raid, du large, du couloir, de la peuf, des crevasses, des bois… du freeride quoi !
La journée se finit tard après une descente en marchant à travers les bois jusqu’au tunnel.  Nous prenons la route direction Les Arcs pour un dernier jour de bonheur.


Dernier jour
Après la ventripotente journée de vendredi ainsi que quatre gros jours de ride dans des lieux mythiques du ski, nous sommes de retour en Tarentaise. Plein les chevilles, jusqu’au-dessus du genou, limite fémur pour certains, nous voici au Monal, petit hôtel cosy de la station de Sainte Foy. On trinque au champagne pour se réjouir de cette Rocker Week où nous avons skié, skié et encore skié de la poudre. Enorme pour une presque-fin de saison…
Pas de bringues malgré tout, pas d’abus si ce n’est de sommeil. On a anticipé la fatigue de fin en faisant une petite fête de début de semaine à l’occasion d’une dégustation de vin… Alors tout le monde au pieu pour avoir de bonnes jambes demain, enfin ce qu’il en reste…
Départ à la cool ce samedi matin. Direction Villaroger au pied du domaine des Arcs et son sommet : l’Aiguille Rouge, 2000 m plus haut. Cinq remontées et quelques mètres à pied pour accéder en haut des Grandes Pentes. “Ooooooh noooooon ! Encore de la peuf…”, nous qui adorons le carving. L’itinéraire restera secret tout comme les autres descendus cette même journée.
Reste que cette dernière descente fut encore une fois magique. Sniff… C’est la fin, la troisième édition de la Rocker Week s’achève autour d’une bonne assiette. Merci aux quatre vainqueurs Sébastien, Anthony, Samuel et Tom pour leur passion et leur écoute. Merci aux deux riders Laurent et Enak pour le ski qu’ils proposent, leurs bons conseils, les images…. Merci aux deux guides d’exception Tony Lamiche et Cédric Grand et à Dino pour les images et les beaux montages journaliers qu’il a fini à point d’heure chaque nuit.



Le mot Freeride est souvent synonyme de blue sky, soleil,  poudreuse, barre rocheuse, solitude, courbes, liberté… Personnellement, j’ai encore compris cette semaine que ce mot a aussi une dimension rock, forêt, froid, boites, mal aux jambes, marche, effort, nature, déconne, entraide, montagne, neige exceptionnelle ou neige dégueu, lumière et brouillard… ce sera pareil partout, en Alaska ou dans les Alpes. Pour moi le ski, c’est tout cela à la fois. “Alors la Rocker Week : t’as compris le principe ?”.

La Rocker Week de janvier dernier (la première de l'année, mais la deuxième en tout, puisqu'il y en a eu une l'hiver dernier, celle-ci étant la troisième, vous suivez ?) est à revivre ici.