Le bon matos fait-il le bon rider ? A travers les articles et reportages de ce nouveau magazine, nous allons essayer de mieux comprendre comment fonctionne notre matos : sac à dos, fixations, chaussures de ski, vêtements, skis à cambres inversés, fabrication d’un ski, etc... Le but est de vous aider à identifier les points clés d’un produit, les critères sur lesquels il faut être particulièrement attentif lors de l’achat... mais aussi expliquer, vulgariser, décrypter ces objets qui font notre sport.


La chaussure est l’interface entre le skieur et le ski, le lieu stratégique où l’énergie se transmet (du skieur au ski) et les sensations remontent (du ski au skieur). Autant dire que son choix est presque plus important que le ski. Nous allons désosser, dans un premier temps, une chaussure de ski pour comprendre comment elle est construite, quels sont ses éléments essentiels : le châssis, le bas de coque, le collier, le chausson et le serrage. Puis nous écouterons les quatre conseils d’un détaillant pour bien choisir sa chaussure. Enfin, un spécialiste du bootfitting nous expliquera pourquoi la personnalisation d’une chaussure de ski est essentielle... car tous les pieds sont différents.


  • Les 4 conseils avisés de Olivier Duch, du magasin Twinner Tignes-Le-Lac pour bien choisir :

1-Il faut choisir une coque de chaussure adaptée à la forme de son pied. On peut voir la chaussure de ses rêves et ne pas être bien dedans ! Deux zones sont importantes : la largeur du pied par rapport à la longueur et le coup de pied (un coup de pied fort est contraignant dans le choix), ce sont les premières choses que je regarde en magasin. Il n’y a plus de marques “étroites” et de marques “larges”, toutes proposent des chaussures assez universelles.
2-Le niveau de pratique du skieur vient compléter la décision. Bon skieur ou débutant ? Pour skier sur piste rouge, un indice de flex (dureté de flexion) de 60 à 70 suffira, on privilégie le confort à la performance avec une chaussure qui n’a pas besoin d’être trop près du pied. En montant en niveau de ski, on inverse en privilégiant la performance au confort, le skieur va chercher une chaussure étroite et rigide pour avoir plus de précision. Pour une chaussure performante, on est dans des indices de flex de plus de 100.
3-Lors de l’essayage, le talon ne doit pas décoller au moment de la flexion. Si le talon n’est pas tenu, ce ne sera jamais confortable pour skier et vous allez devoir compenser le manque de maintien, ce qui provoquera des douleurs. Veiller à ce qu’il n’y ait pas de points de douleur marqués. Bien serrer les chaussures et les garder dix minutes aux pieds.
4-Il ne faut pas hésiter à faire personnaliser sa chaussure avec une semelle thermoformée type Conformable (sur mesure) ou une semelle préformée (standard) qui maintient la voûte plantaire afin de donner plus d’appui, de précision et d’éviter que le pied ne se fatigue. C’est un vrai plus.


  • Autrefois réservée aux coureurs de Coupe du Monde, le bootfitting se démocratise. L’un des spécialiste du genre, Joseph Bouchon, responsable des formations "Bootfitting" chez Sidas, nous l’explique.

-Quelle est la définition du bootfitting ?
La mise au pied de la chaussure, autrement dit l’adaptation de la chaussure au pied et non l’inverse. Chaque pied est unique (et le pied droit est différent du gauche) et doivent être bien dans une chaussure qui est la même pour tous.

-Quelle est la première étape ?

-On commence par le choix de forme de coque pour choisir le meilleur volume chaussant possible. Le meilleur moyen de vérification est de se mettre pied nu dans la coque en plastique (sans le chausson). C’est là qu’on voit tout de suite la place disponible autour du pied, si le volume est adéquat et s’il y a possibilité d’adapter.

-On s’intéresse ensuite à la morphologie du pied ?
-Oui, car chaque pied a un morphotype (pied creux, plat, affaissé). Une observation en statique permet de détecter des problèmes éventuels, on le voit par les pressions de la voûte plantaire sur une vitre. Pour adapter la chaussure au pied, on propose une semelle thermoformée, une technique qui permet de mouler une résine à la forme du pied. Les bénéfices sont : meilleure tenue dans la chaussure, meilleure précision et de meilleures sensations.

-Un signal de bonne tenue est le serrage des crochets.
-Oui, un pied bien maintenu n’a pas besoin de crochets serrés à fond. 80% des problèmes sont liés à un serrage inadapté, ce qui provoque des points de pression, des douleurs, des crampes, le froid et un stress général. Moins le pied est en contrainte, moins il y a de problème potentiels.

-Troisième point : observer comment le pied se comporte en flexion.
-En flexion cheville-genou des problèmes peuvent apparaître, comme la malléole interne. En flexion, on repère si le pied va vers l’extérieur, l’intérieur ou s’il reste en position neutre. Le décalage doit être limité par une semelle qui a pour but de stabiliser le pied. C’est un aspect très important dans une chaussure à coque rigide.

-On a résolu tous les problèmes à ce stade ?
-Quasiment. On peut pousser la personnalisation en travaillant le chausson. Certains modèles sont entièrement thermoformables (pour le ski de rando par exemple) et d’autres sont injectés (une mousse s’intercale entre le chausson et la coque). Ensuite, on peut creuser, gratter, repousser, travailler la coque, chauffer le plastique avec outillage spécifique, pour gagner de la place à l’endroit où l’on a besoin.

-Là, on est dans du bootfitting pointu quand même ?
-Le bootfitting est perçu comme une activité élitiste, le client se dit que c’est trop technique pour lui. Or dans une coque rigide, 100% des skieurs ont besoin de bootfitting, ça commence par la stabilisation du pied, c’est à dire le travail de la semelle. La culture du bootfitting évolue très vite en magasins et il existe des solutions plus ou moins onéreuses et performantes pour tous les skieurs.

Propos recueillis et vidéo : Guillaume Desmurs