9 novembre 2009 - Texte Xavier Léonti - Photos captures d'écran - Vidéo Xavier Léonti

"Once upon a time in Alaska" est un vrai reportage au paradis de l'héliski, une vidéo signée par le skieur Xavier Léonti.


Je ne saurais dire depuis quand j’ai eu envie d’aller en Alaska. Depuis aussi longtemps qu’une majorité d’entre nous, je dirais. J’aurais pu me rendre sur ces terres il y a un moment déjà, tout seul, hors un des objectifs quand on est sponsorisé est de ramener des images, qu’elles soient figées ou qu’elles bougent. Le mieux étant les deux. Cela signifie partir avec deux personnes de plus. Je ne vous fais pas un dessin, ça veut dire beaucoup plus de moyens et donc de temps pour réunir toutes les conditions. Qu’importe, je n’en retire que plus de « fierté » en gérant les choses dans mon coin, là ou d’autres ont besoin d’un team manager pour leur poser le cul dans l’avion, leur dire où aller, quand, comment, quoi faire et puis rentrer jouer à la console alors que le vrai travail ne fait que commencer avec toute la chaîne média à traiter…

L’an dernier enfin, les conditions sont réunies pour faire le trip. Nous sommes trois, et depuis le temps que j’essaie de me rendre en Alaska, j’ai fait la connaissance de plusieurs personnes qui aimeraient partir avec moi. Je me lie d’amitié avec l’une d’entre elles et skions ensemble les saisons précédentes.

Le trip se passe bien, avec du beau et du moins beau, du ski sur des faibles pentes car trop dangereux et du ski dans le plus raide. Je suis le seul à passer à certains endroits, le guide et mon ami emprunte d’autres itinéraires. Parfois certains runs sont les même pour tout le monde, c’est juste la façon de descendre qui rend un run dangereux. Le temps passe vite malgré les jours d’attente car le tournage prend du temps.

 Mon objectif, en me rendant là-bas, est de réaliser un documentaire sur le ski à Valdez, des débuts à nos jours. Alors entre recherches, interviews, lifestyle, on ne s’ennuie pas. Pour tourner une vidéo uniquement sur le ride, il faut beaucoup de moyens, d'argent mais temps aussi. Je ne dispose des deux qu’en quantité limitée et quand bien même, faire juste de l’action ne m’intéresse que modérément…

Nous sommes vendredi et dimanche nous rentrons à la maison. Il fait grand bleu et les conditions sont parfaites. Voici enfin les deux jours qu’ils nous manquaient (car samedi s’annonce identique) pour se faire plaisir, skier les faces repérées précédemment, shooter tout ça, finir les interviews avec le soleil, et rentrer avec le trip de sa vie dans la soute de l’avion.

Sauf que, peu de temps après, devant nos yeux, mon ami chute, sans que nous puissions nous en expliquer la raison aujourd’hui. L’issue est fatale et le cauchemar démarre. J’ai beaucoup réfléchis là bas et ici aussi, en écrivant l’article et en montant les images. Nombreux sont ceux qui partent, et tous le font trop tôt mais la vie doit continuer avec, pour chacun ses peines. Alors voici le résultat de ce trip, je ne voulais pas monter les images mais je me suis poussé car il faut continuer. Le film est incomplet car, nous avons cessé toute activité dès l’accident, je ne sais pas ce qu’a fait MSP sur le tournage ou Shane a aussi trouvé la mort mais en ce qui me concerne, hors de question de parler face caméra de ce qu’il venait de se passer. 

Toutes mes pensées vont à la famille de mon ami, qui fut émerveillé durant tout le séjour, comme me l’a confié son amie à qui il racontait ses aventures au jour le jour.

Quant à moi, les flocons viennent de se poser devant ma porte. J’ai le désir de retourner à Valdez, mais une fois encore, je vais devoir trouver les finances nécessaires pour repartir mais surtout, peser le pour et le contre. Car bien sûr le voyage là-bas vaut le coup mais jamais au prix d’une vie. Assister à la mort de mon ami me donne beaucoup à réfléchir, la vie est un bien précieux. Lui n’avait pas pris de risques superflus, une faute dans un endroit où il n’y a pas lieu d’en faire… Les alpinistes disent toujours que ce n’est pas dans les endroits les plus dangereux que l’on commet une erreur ! Mais je ne veux pas aller là bas pour faire du promène-couillon alors la question est simple : où sont les limites ?