Les pénitents du freeride

Mi-mai, un jeudi des plus banal, le téléphone sonne alors que je suis en train de regarder mon troisième épisode de Dragon Ball Z et que Freezer est en train de se faire casser les dents par Sangohoan (il est fort ce Sangohan quand même) : "salut Laurent c’est Thibaud à l’appareil, juste pour te dire qu’on t’a pris ton billet pour l’Argentine cet été. Yeah ça va être du lourd…". Puisqu'il le dit, je le crois et me voilà, trois mois plus tard, à l’aéroport de Buenos Aires, accompagné donc de Thibaud Duchosal, Xavier Manjot, Julien Constans et Sebastien Bocos (dit bocal), en rond autour de notre tas de bagages avec des regards belliqueux visant à éloigner les pickpockets qui sévissent.


Bon, ce n’est pas le Vietnam non plus. Nous passons notre première nuit dans la banlieue de Buenos Aires chez un ami de Sébastien. Ce qu’il y a à retenir est que les rotweilers, même petits, ça fait peur, mais surtout que les Argentines sont magnifiques (pour ne pas dire chaudes comme des baraques à tapas). Le lendemain, direction la gare routière et périple de 16 heures de bus (luxueux et confortables) direction les Andes et le premier arrêt de notre voyage : la station de Los Penitentes.

Los Penitentes est une minuscule station située au pied de l’Aconcagua, à quelques kilomètres de la frontière chilienne dans la province de Mendoza. Dépaysement total et impression d'être arrivé au bout du monde. Los Penitentes se trouve au sommet d’un col, il n’y a qu’un seul véritable bar, une discothèque ouverte seulement le week end et les télésièges fonctionnent au diesel. A Los Penitentes tout est négociable, comme souvent en Argentine d’ailleurs, de la chambre d’hôtel au prix de la bouteille de bière.

Après plusieurs jours, nous n’avons toujours pas posé une spatule sur les flocons... car il y a trop de neige. Juste avant notre arrivé, une chute massive de neige a fait partir des plaques partout sur la montagne, y compris sur les pistes, et que les Argentins, un peu dépassés par les événements, ne savent pas vraiment quoi faire. Quelques prises de têtes plus tard, nous finissons par obtenir un rendez-vous avec le directeur de la station, Julian, qui nous accorde enfin la permission de sortir hors des sentiers battus.

Ce qu’il y a de bien à Los Penitentes, c’est qu’à part quelques moniteurs, il n’y a ni touristes européens, ni Américains, donc on peut se lever à 9h le matin en étant sûr que toutes les pentes seront encore à déflorer. C'est ce que nous comptons faire le lendemain et arrivés au sommet du télésiège le plus haut, nous marchons une demi-heure pour basculer derrière : un domaine hors-piste s’offre à nous, il y a de nombreuses crêtes très esthétiques à rider et de grands champs de neige fraîche. Cela manque malgré tout d'un peu de pente et avec le gang de furieux que j’accompagne, tout est torché en quelques jours. Nous disons alors adieu à Los Penitentes et prenons le bus pour rejoindre la station phare d’Argentine : Las Lenas.

C’est parti pour un transfert en camionnette, une nuit dans un hôtel que je soupçonne être un hôtel de passe, genre un couple différent arrive à l’accueil toutes les cinq minutes… Le lendemain on prend enfin le bus direction Las Lenas (photo), accompagné par tout le team Vans Snowboard et un chargement indécent de housses de snow et de ski... ce qui fait paniquer les Argentins qui sont obligés d’affréter une camionnette pour transporter l’excédent de bagages. Même cirque à l’arrivée mais au moins nous y sommes : la mythique station de Las Lenas. Effectivement, c’est autre chose que Los Penitentes : la station est plus grande, le domaine est plus grand, même les voitures sont plus grandes, la plupart des touristes argentins présents à Lenas sont des gens particulièrement aisés, c’est un peu le Courchevel de l’hémisphère sud.

Nous sommes obligés de scinder le groupe en deux pour pouvoir ce loger : Thibaud et Sébastien partent chez Jaja (personnage emblématique de Lenas, Sebastian Luna de son vrai nom, qui connaît tout le monde), Xavier, Julien et moi-même s’installent chez Fabien Nadal (c’est son vrai nom), guide français.

Les premiers jours sont quelques peu déroutants : il neige à foison, et à Lenas quand il neige, on se fait ch… donc on va sur internet trois fois par jour, on fait connaissance avec la faune féminine locale : serveuses de Las Rosas et autres employées du Virgo. Au bout d’une semaine, nous n’avons pratiquement pas mis une spatule dehors, Xavier et Julien doivent malheureusement nous quitter, on se console en se disant que cela nous laissera de la place pour deux traces.

A l’aube du huitième jour, il ne neige plus et c’est le branle-bas de combat dès sept heures du matin. Tout le monde est chaud comme la braise, les remontés ouvrent et lorsqu’on arrive en haut du Neptuno (dernier télésiège avant le légendaire Marte, télésiège mythique de Lenas) un filet barre le chemin et nous nous retrouvons à attendre, trente cinq personnes, dont une majorité d’Américains. Ca discute, ça chambre gentiment et après une bonne heure d’attente, ça ouvre enfin avec un gavage en bonne et due forme.

La première journée, tout le monde reste dans les environ du Marte car il y a de nombreux couloirs qui ne nécessitent pas plus de cinq minutes de marche. Les jours suivants nous nous préparons à trois heures de marche vers le Cerro Martin, Entrerios et Torrecillas : les runs valent vraiment le coup. Et c'est sur cette note poudreuse que nous bouclons nos valises pour rentrer retrouver notre télé et Dragon Ball Z.

Texte, photos et vidéo : Laurent Jamet.