Skipass aux Lofoten : J6, de l'autre côté du fjord
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Skipass aux Lofoten : J6, de l'autre côté du fjord

Nous sommes partis à l'aventure, grimper une pente que nous trouvions belle, mais à l'accès compliqué
Texte Loïc Giaccone
Photos Guillaume Lahure
Texte Loïc Giaccone
Photos Guillaume Lahure
Nous sommes partis à l'aventure, grimper une pente que nous trouvions belle, mais à l'accès compliqué
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Pour ceux qui ont loupé le début, nous vous racontons chaque jour un nouveau chapitre de notre trip communautaire (c'est quoi donc?) aux Lofoten au printemps 2016 : une semaine de ski de rando magique en compagnie des lecteurs de skipass.com.

Tous nos articles sont disponibles ici avec au menu de la poudreuse, du ciel bleu, des aurores boréales et toute la magie de la Norvège!

Dernière journée

Depuis le sommet du Geitgallien, la veille, nous avions repéré une belle pente très attirante montant vers le Langstrandtinden, à 934m d'altitude. A vol d'oiseau, la face est plus proche de notre basecamp que les autres randonnées que nous avons faites, mais en pratique il y a un petit obstacle entre nous et la face : le fjord. 

La première idée est de se faire déposer en bateau par Harold, notre gentil hébergeur norvégien, et un ami à lui. Harold n'a qu'une barque à moteur, mais son ami a un bateau plus grand pouvant emmener presque tout le groupe. Le tarif est par contre assez élevé... Sur le papier, une route, ou un chemin, peut nous amener presque jusqu'au fond de la baie, ne laissant que "peu" de portage. Nous décidons donc de tenter l'aventure par la voie terrestre et de garder les sous pour les bières. Le temps s'annonce mitigé, beau et nuageux, mais loin de la tempête que nous avons pu connaitre lors de certains jours précédents.

Ci-dessous l'objectif (vu du Geitgallien), précisément la pente à l'aplomb sud du bras de fjord nommé Austpollen. Elle monte d'abord dans l'ombre, avant de basculer à droite du pic vers des vallons ensoleillés. Le sommet est en haut de ces pentes ondulées qui jouent entre ombre et lumière :  

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"Un peu" plus de marche que prévu

C'était sûr et couru d'avance, pour notre dernière journée de ski en terre norvégienne, nous n'allions pas nous en sortir si facilement. La route indiquée sur les cartes locales n'est qu'un chemin non praticable en voiture, nous laissons donc les deux fourgons avant même l'entrée du bras de mer, au niveau des dernières habitations, et nous attaquons le portage pour faire le tour du bout de fjord.

La marche se fait hors-chemin d'abord (celui-ci faisant des détours inutiles), dans les hautes herbes, puis les arbustes, avant de longer le bord de l'eau, tantôt dans la neige et la boue, tantôt dans les pierres de la plage qui nous font apprécier les semelles de rando agrippantes. Ce sentier mène à ce qu'on peut appeler un refuge non gardé : un immense tipi de style Nord-Amérindien est ouvert à tous, au pied de la face sud du Geitgallien.

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Après la visite du tipi, nous regardons le reste du trajet : il y a encore pas mal de portage, notamment une petite colline à monter et redescendre car le bord de l'eau est trop abrupt, impossible de le longer. Ce n'est pas infaisable en soi, mais le retour risque d'être vraiment long après la rando. Une décision est rapidement prise : nous allons demander à Harold de venir nous chercher en bateau au pied de la face après la descente.      

Une montée compliquée

Enfin au pied de la face, nous nous rendons compte que les difficultés ne faisaient que commencer : tout juste à une trentaine de mètres d'altitude, nous pouvons déjà sortir les couteaux. La neige est dure, et la première partie se fait dans une sorte de goulot étroit où nous enchainons les conversions dans les restes d'une avalanche. Un bonheur.

Ensuite, c'est plus large, mais tout aussi dur et plus lisse. Ceux qui ont choisi des skis en grandes tailles ou larges vont comprendre leur douleur là-dedans. Ca y est, on est au coeur du paradoxe matériel de la randonnée ! En dehors des pistes damées l'idéal est d'avoir de la portance avec des skis plutôt grands et larges, mais en randonnée le plus simple pour monter ce sont des skis étroits et courts... 

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Comme à la descente, nous prenons nos distances et naviguons dans la pente d'un ilot de sécurité à l'autre. Pour passer la partie la plus raide, nous sortons les crampons et attaquons droit dans la pente, qui est devenue entre temps plus poudreuse. Une fois sortis, nous arrivons ensuite dans la partie plus tranquille, vallonée et ensoleillée. Ce pays est toujours aussi beau.

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Le temps va malheureusement se couvrir durant les dernières conversions. Nous arrivons au fond d'un vallon, duquel descend un couloir assez raide de l'autre côté de la montagne. Insatiable, notre Cédric Pugin s'y engage sans hésiter pouvoir plaquer quelques virages sautés et nous rejoindre plus tard en le remontant. Une petite partie du groupe, en bonne forme, s'attaque à suivre Hervé pour aller jusqu'au sommet du Langstrandtinden, tandis que pour le reste, ça suffira comme ça !
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Après avoir mangé un bout et dépeauté, nous nous attaquons à la belle poudre encore conservée du haut du vallon. Nos jambes sont fatiguées d'une semaine intense, mais c'est toujours aussi bon ! La prudence s'impose dans la partie raide, où nous passons un par un jusqu'à retrouver un safe spot presque tout en bas de la face. Ca grogne quand on arrive dans la neige dure, heureusement celle-ci à très légèrement ramolli entre temps...

L'image du trip?

Neige, gens heureux, fjord, mer...

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Nous finissons par une session de boarder-cross dans la dernière partie, entre blocs d'avalanches et arbustes, avant de déchausser les skis sur le rivage. Ayant un peu d'avance, il ne nous restait plus qu'à attendre nos bateaux-navettes en partageant les trois ou quatre canettes que quelques skieurs, intelligents, avaient laissées planquées au pied d'un arbre avant d'attaquer la montée. Pendant ce temps, Cédric tentait en vain de faire un feu avec des branches humides... 
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Nos deux norvégiens sont arrivés avec leurs hors-bords. Le plus gros a fait le plein pour filer en direction du basecamp, tandis que le deuxième déposait nos guides aux fourgons pour qu'ils puissent les ramener avant de revenir chercher les trois derniers membres du groupe qui avaient été abandonnés au bord du fjord.

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Après cette superbe dernière sortie, il n'était pas temps de se reposer : nous devions emballer toutes nos affaires pour prendre la route en fin d'après-midi afin de rallier l'hôtel à Narvik dans la soirée, après une pause barbecue chez des français qui passent un gros mois ici. On s'en prend encore plein les yeux au coucher de soleil.

c'en est presque fini de notre histoire, mais pas tout à fait encore, on se retrouve la semaine prochaine pour conclure en beauté!

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La trace du jour : 903m D+, 8.6 km

Le tracé complet, enregistré au Crosscall Trekker M1
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Les tests de matos

Comme sur chaque journée de la semaine, plusieurs paires de test étaient de sortie ! Quatre marques avaient envoyé des modèles : Dynastar, Movement, Black Crows et Zag. C'était une sortie parfaite pour tester les skis dans tous les terrains, neige dure, neige transformée, neige poudreuse, en pente un peu raide, en terrain ouvert, dans le bordel des arbustes de bas de face, etc.

Tout le long de la semaine, ceux qui le souhaitaient ont pu emmener un des masques Aerospace de Julbo que nous avions en test. Notre compte-rendu se trouve un peu plus bas.  

Nota : tous les tests matos seront à l'issue de la publication de tous les articles réunis dans un article unique, pour plus de lisibilité. 

Dynastar Mythic 97

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"Remplit le contrat !" - Testeuse : Karin

Matos : Dynastar Mythic en 177cm, montés en Dynafit Radical 2.0 de test. Poids pesé sur place avec balance (fix comprise) : 2200g/ski.

Profil de la testeuse : Karin, 38 ans, 180cm, 60kg, niveau de ski confirmé, 20 jours de ski par hiver.

Note : 8/10

A la montée, le Mythic 97 est léger, maniable en conversions. A la descente, impeccable, le ski a un bon comportement, mais il aurait fallu des conditions plus exigeantes pour bien le tester. La semelle a une glisse excellente sur la neige collante. 

Pour qui ?

Je dirais pour des randonneurs qui cherchent un bon rapport poids/skiabilité. 

Masque de rando : Julbo Aerospace

Partenaire optique du trip, la marque jurassienne Julbo nous avait laissé quelques masques Aerospace. Leur atout ? C'est un masque "de rando", grâce à un système qui déporte l'écran de presque un centimètre en avant de la monture, permettant ainsi à l'air de circuler. Vous pouvez garder le masque sur le visage pendant l'ascension sans risque qu'il s'embue !

Photo prise lors du quatrième jour, au sommet, dans la tempête :

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Notre bilan, après avoir recueilli quelques retours et sensations des testeurs : l'Aerospace est tout d'abord un masque confortable et joli. Mais le véritable intérêt de l'Aerospace est le système Overflow, décrit un peu plus haut. Vous pouvez conserver le masque sur le visage pendant la montée avec le système ouvert, cela évite toute constitution de buée. Idéal pour travailler la trace du masque ! Bon évidemment, la plupart d'entre nous montent en lunettes de soleil pour les longues ascensions, mais lorsque le temps se gâte, on est pas mécontents de pouvoir monter avec le masque et ce système.

L'Overflow est d'ailleurs autant efficace en montée qu'en descente : si le temps est humide, que vous avez chaud, et que votre masque s'embue pendant votre descente, vous pouvez ouvrir quelques secondes le système et la buée partira. Idéal pour les accès au hors-piste ou les retours station !

Un bémol tout de même : il n'est pas évident à utiliser, pas toujours facile à clipser ou déclipser, encore moins avec des gants. C'est le seul point que nous voyons qui pourrait être amélioré. 

Black Crows Corvus Freebird

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"La vie en rose" - Testeur : Benoît

Matos : Black Crows Corvus Freebird, 183cm, montés en Plum Guide de test. Poids annoncé, ski nu : 1925g/ski. 

Profil du testeur : Benoît, 28 ans, 183cm, 73kg, niveau de ski confirmé, sportif très régulier, 45 jours de ski par hiver.

Note : 7,5/10

- A la montée : Assez lourds, peu maniables pour les conversions dans du raide et pas évident dans les traversées raides sur neige dure.
- A la descente : Très agréables à skier, bonne portance dans la poudreuse et tient bien le pavé sur neige dure, assez polyvalents pour leur poids et gabarit.

Pour qui ?

Skieur privilégiant tout de même la descente à la montée (donc pas fait pour de gros dénivelés, ou alors demande une très grosse caisse).

Zag Ubac

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"Un freeride de rando" - Testeuse : Karin

Matos : Zag Ubac en 178cm, monté en Dynafit Radical 2.0. Poids pesé sur place avec balance (fix comprise) : 2200g/ski.

Profil de la testeuse : Karin, 38 ans, 180cm, 60kg, niveau de ski confirmé, 20 jours de ski par hiver.

Note : 7/10

- A la montée : conditions délicates dans du raide en neige dure (nous avons mis les couteaux), du coup, difficile de parler de son accroche en montée. Un détail, souvent gênée par le talon large, en conversion.
- A la descente : agréable et stable en poudreuse ; dans le raide neige dure, je me suis sentie un peu expulsée sur l’arrière en fins de virages ; bien maniable dans les arbres.

Pour qui ?

Pour le randonneur qui a envie de tailler de grandes courbes. Ils peuvent être utilisés pour de longs dénivelés, mais il va falloir les jambes et la technique pour les tenir à la descente sans trop se faire secouer.

Conclusion : un trip magique

Aux environs de 23h-minuit, alors que nous chargions les camions en vue du trajet à l'aéroport du lendemain matin, la magie norvégienne est revenue pour nous faire un petit au revoir : le ciel s'est rempli d'aurores boréales ! Après une semaine intense, c'était le plus beau cadeau de départ possible, surtout pour les quatre qui ne s'étaient pas levés le mardi soir et qui avaient raté les premières aurores...

Cette semaine a rempli toutes ses promesses : une équipe géniale avec l'esprit que nous cherchions (on se rappellera longuement de la soirée à décortiquer les avis des skipasseurs sur le guide des skis), des itinéraires de randonnée tous plus intéressants les uns que les autres, des actions bêtes et drôles à longueur de journée, une bonne humeur permanente, une météo capricieuse mais qui nous laissé la chance d'entrevoir les paysages à couper le souffle des Lofoten, deux guides assez patients pour nous supporter, des morues qui se sont sacrifiées pour ne pas nous laisser mourir de faim, et enfin une neige bien présente, en quantité et parfois poudreuse ! 

Merci !

Un grand merci aux membres de cette super équipe : Karin, Sarah, Antoine, Clément, Guillaume, Dorian, Philippe, Benoit, Guillaume et Cedric.

Un grand merci à nos guides : Hervé et Gaétan.

Un grand merci à nos partenaires : Bergans Of Norway, Julbo, Crosscall, Zag, Black Crows, Dynastar et Movement.

Un grand merci à Sildpolness Sjocamp, le fameux basecamp qui nous a réservé un superbe accueil, avec la vue sur le fjord à chaque réveil.

Et enfin un grand merci à Allibert Trekking, qui a permis à cette idée de trip communautaire de voir le jour. 

Trois petites questions pour conclure : quand est-ce qu'on remet ça, où et qui est partant ? 

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