Par contre, j'ai eu l'occasion de discuter avec la momenclatura locale caucasienne de choses très interessantes, notamment de leur vision de ce conflit, de l'avenir politique et économique de la Russie, de son histoire.
Avec son ironie habituelle, Byron trouvait simpliste le fait de devoir simplement ouvrir un atlas pour comprendre la nécessité d'un pouvoir politique central fort pour la Russie. Je lui ai plus haut rappelé la composition de cette énorme entité composite qu'est la Fédération de Russie, (presque 90 sujets, entre Républiques, oblast, Kray et régions autonomes) toujours soumises à un risque d'implosion du fait de sa régionalisation croissante du pouvoir et de certains soubresauts séparatiste
L'arrivée au pouvoir de Poutine, qui avait du ouvrir un Atlas de son pays lui, est marquée par une premiere mesure très forte, faire de l'état un état centralisé basé sur ce qu'il appelle "La dicature de la loi" Un de mes interlocuteurs d'hier m'a rappelé ce concept, qui lui est forcéement cher puisqu'il est directement nommé par Poutine en tant que Gouverneur d'un Kray. Restqurer l'autorité centrale de l'Etat, en nommant directement les Gouverneurs, mais aussi avec la création en 2000 de l'Oukase 849 qui permet la création de 7 districts fédéraux dont celui du Nord Caucase et dont le découpage s'appuie sur les arrondissements militaires et non plus sur l'ancien découpage de l'ère soviétique.
Pour dirigé ces districts, Poutine a nommé des représentants censés contrôler l'action des Gouverneurs de Province et des Présidents de République autonomes qui bien souvent, par certains privilèges étaient devenus des barons régionaux.
Mon interlocuteur d'hier m'a rappelé en rigolant un exemple pour justifier cette politique de Poutine, avec la république du Tatarstan (ici, c'est un peu les belges des Russes!) dont Chaïmiev avait refusé de reverser l'impôt à Moscou en inscrivant dans sa constitution que sa république était propriétaire du sol et de ses ressources. Bref, je ne trouverais pas grand monde dans ce pays pour critiquer l'action politique de Poutine dès son arrivée au pouvoir, si ce n'est les vieux nostalgiques de l'époque soviétique de plus de 50 ans.
En ce qui concerne le conflit Gérogien tout proche, sa première remarque m'était directement destiné car je suis un des rares occidentaux présent encore dans cette région du Caucase : en gros ca voulait dire quelle est la pertinence des analyses qui consistent à juger ou analyser la situation politique en Russie et en Géorgie sur la base des critères occidentaux?
Le premier argument pro-russe qui justifie -ou pas- ce conflit c'est que le Caucase est une poudrière depuis toujours, pour différentes raisons mais dont une des plus actuelles seraient que de nombreux foyers de tensions notamment en Ciscaucasie (je ne savais pas ce que c'était que cette appelation et j'ai appris hier qu'il s'agissait du versant nord du Caucase, donc du versant Russe) ont pour premières origines non pas une origine politique mais une origine mafieuse. De citer en exemple les mutliples trafics en tout genre de cette région. Argument du pouvoir ou réalité, c'est difficile à dire mais il est vrai qu'étant présent dans la région depuis avril, dont plusieurs semaines passées en Géorgie, je connais la réalité des trafics, leur dangerosité parfois à grande échelle, notamment avec des mafias locales très fortes, regroupées en ethnies et qui se spécialisent dans un secteur particulier)
Concernant les orgines plus profondes de ce conflit, en vrac, on parle de :
- Culture de la violence du Caucase de part sa position au carrefour des mondes slaves, de l'Asie centrale et du Moyen-orient, zone de passage de multiples groupes humains d'ou découle une diversité de peuplement et d'ethnies
- Le choc de la colonisation avec l'annexion de la Géorgie en 1801, un des rares royaumes chrétiens du coin dans une zone majoritairement musulmane, avec occupation des terres par les colons slaves, exil et déportation
- Le choc de la déportation sous le régime soviétique dans les années 20 et 30, avec l'exemple de l'éradication des Oubykhs
- Le choc de la désoviétisation qui plonge le Caucase dans les affres de l'instabilité à nouveau
Bon je pense qu'il a quand même oublié de me parler des enjeux pétroliers de la mer caspienne, de l'autre côté du Caucase et dont le transport vers l'Europe et l'Ukraine passe dans la région du Cause géorgien. Depuis peu, on sait que cette zone dont l'exploitation se fait dans de très mauvaises conditions techniques représenterait à elle seule 16% des réserves mondiales, soit dans les 200 milliards de barils, ce qui parait énorme quand on voit la vétusteté des installations.
Le soutien de la Géorgie des américains s'explique par une seule et unique chose : la présence de deux oléoducs qui partent de Bakou en Azerbaïdjan pour aller pour un à Batoumi en Géorgie (un passe dans la région de Tbilissi) et pour l'autre qui pénètre en Turquie via la Géorgie dans la région d'Adjarie (les connaisseurs du monde musulmans apprécieront le nom de la région

)
Les Russes n'ont pas de besoin vital de contrôle de cette région de l'Ossétie et de l'Abkazie sachant que le principal oléoduc qui part de Bakou passe par Makhachkala en direction de Novorossiisk en mer noire, avec un autre problème pour eux, il traverse la Tchéténie (vous comprenez maintenant l'origine du conflit Tchétène en partie)