Gare du Montenvers, 11 H du matin, l'heure parfaite pour attaquer une course en montagne comme il est d'usage chez les alpinistes.
Après avoir affronté la foule de Chamonix, les saccades du train du Montenvers, les hordes barbares de touristes n'ayant comme but que de s'empaler sur les bâtons et les piolets, nous arrivons en haut des échelles pour descendre sur la Mer de Glace.
Depuis quelque temps, si on continue le sentier menant aux anciennes échelles, on accède à une mini via ferrata, d'abord en traversée, multi-niveaux, toute rutilante, des queues de cochon permettent de passer une corde rassurante, tout est doublé, de sorte que si l'on s'entend un peu avec les gens voulant monter (nous on descend, suivez un peu ;) ), on arrive vite en bas.
A la mer, il y a du sable, ici aussi, ce n'est pas parce que l'eau de la Mer de Glace est plus dure qu'ailleurs qu'elle ne pulvérise pas le granit local, bien au contraire. Le résultat est une bouillie déposée sur la glace vive, qui permet à une semelle Vibram (R) standard d'atteindre des vitesses stupéfiantes, en total désaccord avec l'autre semelle. Le propriétaire des 2 semelles est ainsi poussé au compromis, savoir de quel côté tomber.
Le premier contact avec la vraie surface de la Mer de Glace est agréable, les chaussures adhèrent très bien sur la glace vive, on ne s'équipera pas des traditionnels crampons. la marche commence, au début au milieu des cordées d'école de glace, ensuite seuls, avec pour quelques compagnons éphémères des chocards venant guetter quelques miettes. La remontée du glacier est facile, la pente est douce, constante, il y a très peu de crevasse, on tire un peu à gauche, pour tangenter la moraine.
Les rochers charriés par le glacier de Leschaux nous accueillent pour le repas de midi. Après une longue traversée de ce pierrier instable, très mouvementé, on arrive sur le glacier de Lechaux, tout aussi lisse et agréable que la Mer de Glace. A l'heure la plus chaude de la journée, les bédières coulent à flot, nous en franchissons plusieurs grâce à des rochers gros comme des voitures, providentiellement posés en travers. Mais la chance a ses limites, il coule au milieu du glacier un énorme torrent, qui se jette dans un moulin avec un bruit de tonnerre, nous faisons demi-tour, il n'y a aucun passage visible plus haut et il faut penser à aborder la rive droite pour chercher les échelles menant au refuge.
Petit arrêt photo au bord du gouffre, au fond, les nuages nous masquent les grandes Jorasses, le refuge du Couvercle est plus haut, au dessus de l'énorme barrière rocheuse dénudée laissée par la fonte du glacier de Talèfre. les pentes à nu en bordure du glacier ne sont qu'un tas branlant de roches, prêtes à s'effondrer, les échelles sont au dessus d'un petit névé. Les chaussures s'enfoncent agréablement dans la neige, par rapport à la glace, le contact est agréable, mais les semelles s'emmêlent aussi les pinceaux, le guide ne s'arrête pas, pas de crampons, tant pis. De large marques peintes sur la falaise signalent le bas des échelles, une grosse corde permet de franchir les premiers mètres d'éboulis, et on arrive aux choses sérieuses.
Ici, une sorte de via ferrata aussi, mais pas de queues de cochon, les échelles sont tordues par les rochers voulant s'essayer au vol à voile. De petites marches aide un peu, un regard derrière, pas mal de gaz, on continue, doucement, concentré, tiré en arrière par le sac bien plein, pas de corde non plus. Le refuge apparaît soudainement, au détour d'un virage, comme pas mal de choses se dévoilent aux yeux du randonneur en montagne. Une coque en aluminium accrochée à la falaise, sur un soubassement de béton. Une petite cabane est visible au bout d'un sentier sur la droite, les toilettes (penser à amener sa frontale pour les déplacements au petit coin, voir chausser ses précieuses vibram).
l'accès final est à l'image du reste, une échelle nous propulse dans un dernier hanannant élan sur la terrasse. les sacs, que l'on croyaient attachés à la colonne vertébrale, s'en séparent facilement, le temps n'est pas au beau, le plafond est bas, nous ne sommes qu'à 2431 m et heureusement. Un sourire passe la porte, la gardienne nous accueille et nous présente les lieux : une petite guérite protubérante à gauche de l'entrée abrite la cuisine et les quartiers des gardiens, les dortoirs sont tout en longueur, des tables sont rangées à droite, à gauche les bas flancs à 2 étages nous accueilleront ce soir. La déco est assez surprenante, l'intérieur est revêtu de bois, sur les étagères, une quantité énorme de livres, de bibelots, c'est chaleureux et on s'y sent vite chez soi.
Il y aura 3 groupes ce soir, le notre, un peloton de l'UCPA, et une famille avec des enfants très jeunes. La soupe est servie ... sur la terrasse, mais les portions généreuses et le ''rab'' nous réchauffent vite, on profite à fond des rayons du soleil qui se précipitent sous les nuages à l'horizon. Le repas est très bon, le pain est fait maison par la gardienne ! Un peu d'observation aux jumelles pour compléter les photos prises à l'arrivée, et le froid nous fait battre en retraite au dortoir. Les multiples volumes d'Agatha Christie vont nous amener tranquillement chez Morphée, la gardienne arrive et pose des bougies sur les encadrement des fenêtres, peut être pour les petits qui dorment au dessus. ''Habitués'' des rêches couvertures grisâtres, on se glisse avec délice dans de jolies couettes roses, la nuit promet d'être agréable.
Le passage d'un convoi ferroviaire déroute un peu au début de la nuit mais on s'y fait, rien n'est parfait.
Petit matin frisquet admiré de derrière les double vitrage, au travers de la condensation on distingue un peu de bleu, de feu, il doit faire assez beau. Le pain est rationné, le café bienvenu. Passage aux toilettes, sèches, d'ailleurs le refuge est très intégré dans son environnement, une myriade de panneau solaires assurent un confort électrique notable.
Il est temps de partir, on chausse, on s'arnache, ce matin c'est encordé que l'on descendra les échelles, humides, froides et autant réveillée que nous. La concentration sort de la douce torpeur de la nuit, les sommets des Jorasses s'embrasent sous le soleil du matin.
Walker, Croz, Hélène, Whymper, ces noms sortis droits des livres se matérialisent, le Linceul montre sa verticalité. Les Perriades, petits diamants de lumière au bout du glacier du mont Mallet, offrent leurs formes tortueuses au soleil. Après la désescalade, on reprend la marche sur le glacier, il a plus cette nuit, la glace est délavée, lisse, les crampons sont chaussés dès le petit névé en bordure du glacier. La descente est tranquille, mais faite d'un bon pas, nous revoici bientôt dans le paysage lunaire de la moraine, derrière, la Mer de Glace. Les crampons ne facilitent pas la progression sur les roches, les oreilles souffrent d'autant, puis on s'habitue, l'adhérence des pointes de métal est excellente. Nous avons traversé plus haut que la veille, et après les éboulis, nous accueillent à gouffres ouverts de gigantesques crevasses, parfaitement perpendiculaires au sens de progression.
La remontée de la Mer de Glace redevient vite tranquille, mais étonnante, en bas, on trouve des éclats de verre par milliers, mais en remontant, on progresse dans l'histoire, vers le présent, c'est ainsi que les canettes en alu font leur apparition, de moins en moins décolorées, on trouve une quantité non négligeable de skis, classés par date de mise sur le marché. Des morceaux de bois, des poulies, des câbles, des canettes, des bâtons des canettes, un caillou gravé, des canett... ? Heureusement que nous nous étions décordés auparavant, mon arrêt brutal n'aurait pas été le bienvenu. A la surface de la Mer de Glace flottait à mes pieds un galet, parfaitement lisse, gravé d'un nom aux consonances italiennes, daté du 27 août 1983, qui a été une très bonne année soit dit en passant. J'ai essayé de retenir le nom, mais je dois avouer que ce fût un échec (ça reviendra ;) ), le caillou rendu à la montagne, nous continuons pour trouver un endroit pour manger.
La moraine de la rive droite nous donne encore une table providentielle, juste en dessous de la Salle à Manger. Le refuge du Requin est bien visible, l'envers des Aiguilles est magnifique, les faces du célèbre granit s'élèvent vers le ciel bleu profond. Le guide nous raconte qu'elles sont délaissées, au profit des voies dégagées par le glacier, plus bas, plus facile d'accès, parfois plus dures car très lisses.
Nous entamons la descente de la Mer de Glace sur son côté gauche (dans le sens du courant ;) ), l'histoire se déroule en sens inverse, mais sur le passage des skieurs descendant la vallée blanche, les débris sont nombreux. Les obstacles le sont tout autant, même si ils se présentent sous la forme d'une absence gênante de matière, barrant notre chemin, nous obligeant à de tortueuses trajectoires et des passages impressionnants. Une fois doublé le cap des Petits Charmoz, nous voguons vent arrière vers le Montenvers, sur une mer très calme et plate. Quelques cordées croisent au loin, les Drus portent encore les stigmates de la canicule, de nouvelles voies sont déjà ouvertes. Nous doublons des caravanes d'écoliers des glaces, partant d'un bon pas vers leurs leçon de planté de piolet en crampons. Pour notre part, depuis midi, les semelles ont regagné notre confiance, le temps est agréable, les échelles sont en vue. La remontée se fait encordés, les jambes sont fatiguées, moins sûres et il y a pas mal de monde.
Le retour à la civilisation est brutal, immersion totale dans la foule de la gare, on se précipite dans le train, je ne trouve pas de place assise. le thermomètre s'emballe avec notre descente effrénée, et c'est dans la fournaise que l'on rejoint la voiture au parking.
Cette rando glaciaire est très accessible, malgré les échelles. Il y a des variantes possibles, suivant la forme : montée au refuge du couvercle et passage en via ferrata jusqu'au refuge de Leschaux, remontée jusqu'à la salle à manger, etc.
La nuit au refuge de Leschaux est magique, on est en plein c?ur du massif, au pied des parois les plus mythiques des Alpes, bien sûr c'est un petit refuge, mais si les voies ne sont pas praticables (c'est malheureusement souvent le cas), les simples randonneurs ne doivent pas gêner. Le soir d'ailleurs nous étions tous venus là pour la magie du lieu :)
Un grand bravo à la gardienne, pour son accueil, l'aménagement du refuge, le rab de soupe et les couettes :)
Site du refuge de Leschaux
et un coucou à l'aiguille de la Bérangère : à charge de revanche ;)
Leschaux : au coeur de la meule mardi 25 septembre 2007
Posté dans 'Escapades' par walgui




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