Des années que j'en rêvais, que j'attendais ce moment, que je l'espérais intérieurement: aller en Afrique.
Quand je retrouvai un ami d'enfance, que j'appellerai M, sur les bancs de l'université et que j'appris au fil des discussions qu'il menait chaque année des projets d'aide au développement à Madagascar, je sautai sur l'occasion. Cette année son projet (parmi d'autres) consistait à creuser un canal d'irrigation afin de permettre à un petit village isolé du nom de Mitsinjo, d'intensifier ses récoltes dans un premier temps, puis de les diversifier pour au final accéder au commerce. C'est grossièrement résumé mais je préfère ne pas m'étaler, sans quoi personne n'aura le courage de lire mon article.
Mon périple se divise en deux parties: d'abord trois semaines à Mitsinjo, non loin de Morondava, sur la côte Ouest, afin de mener à bien le projet, puis trois semaines à la découverte des Hautes Terres et de la côte Est. Nous étions quatre les trois premières semaines, dont deux connaissant bien le pays et nous ayant un peu servis de guides, avant de nous laisser faire nos propres découvertes et expériences durant les trois dernières semaines. Cet article concerne la première partie du voyage.
J'ai écrit ce texte en relisant mon carnet de bord, et j'ai essayé d'en garder l'esprit, afin de préserver l'authenticité du moment où j'écrivais. J'ai tenté d'y piocher quelques phrases illustrant mes journées, que j'ai à chaque fois notées en italique.
Ce texte n'est bien sûr qu'un condensé, de nombreux passages n'ont que peu voire pas d'intérêt ici, j'espère néanmoins que mon récit restera compréhensible et agréable à lire.
Pour vous permettre de mieux me suivre à travers mon périple, voici une carte très bien faite de Madagascar:
http://www.routard.com/guide_carte/code_dest/madagascar.htm
Vendredi 11 août 2006, une demi-heure avant de partir de chez moi
Driiiiiing, driiiiiing!
« - Allô?
- Bonjour, c'est l'agence de voyage G, vous êtes bien V?
- Oui c'est moi.
- Dans ce cas j'ai une mauvaise nouvelle pour vous: votre vol est reporté à demain matin.
- ....
- ...
- Au revoir, toutes nos excuses. »
On nous avait promis de l'aventure, nous avons au moins été servis dès le début!
Samedi 12 août, jour du départ ...enfin, on espère!
Alors qu'on s'attendait, J et moi, à dormir par terre, au milieu des rats et des détritus, à ne plus rien manger ou presque durant six semaines (ben oui, on est souvent un peu paranoïaque quand on s'apprête à partir à l'inconnu ;-) ), voilà qu'on se retrouve dans un hôtel cinq étoiles à l'île Maurice! Ben oui, vu le retard du vol, les deux heures d'escale que nous devions passer là-bas se sont transformées en nuit à l'hôtel, et pas n'importe lequel: océan Indien turquoise devant la terrasse, petites piscines tout autour de l'établissement, palmiers, sable blanc, grande chambre avec lit double de trois mètres de large, immense douche avec eau chaude, mini-bar, on est en Afrique là???
Dimanche 13 août, cette fois on y est!
Le choc est brutal: dès l'arrivée à l'aéroport, on est assailli par des hordes de malgaches prêts à tout pour porter nos sac et obtenir ainsi un pourboire. Heureusement que M et E sont venus nous chercher à l'aéroport, eux au moins ils connaissent le pays, ils savent comment faire! On grimpe dans un taxi, le chauffeur est saoul, il frotte deux câbles sous ce qui lui reste de tableau de bord et la voiture démarre! Mais on est dans quel film? Il y a des gens partout au bord et sur la route, des centaines et des centaines de personnes qui vont et viennent, un seau d'eau ou un panier sur la tête, des cyclistes transportant des kilos de bois sur leur dos, des autos en réparation au milieu de la route, des enfants, beaucoup d'enfants, partout. On roule à fond au milieu de toute cette agitation, on frôle les piétons, il n'y a pas de phares et il fait nuit noire, ça klaxonne à gauche à droite, ça saute de côté au dernier moment, et moi je transpire...
« Vu l'activité sur la route, il y a souvent des virages à faire au dernier moment pour éviter les gens, et c'est dans ces moments qu'au lieu de lever le pied le chauffeur accélère encore... »
Lundi 14 août, la découverte du taxi-brousse...
On part pour Morondava, une des villes les plus pauvres de Madagascar. Au programme, 600km de route plus ou moins goudronnée effectués en... 20h, à 15 dans un minibus empestant le gazoil et qui ne s'arrête que s'il y a une panne ou une crevaison... J'en maudis encore mon 1,85m! On m'avait dit « tu verras, c'est rigolo le taxi-brousse, il faut le faire au moins une fois dans sa vie ». Rigolo n'est peut-être pas le terme que j'aurais utilisé... ;-)
On arrive exténué à Morondava sur le coup de 11h... le lendemain!
« ...ce fut les 20 plus longues heures de ma vie... »
Mardi 15 août, dans le bidonville
Nous logeons dans des bungalows situés à quelques encablures du canal du Mozambique, sur une plage superbe, qui pourrait franchement être paradisiaque. Pourquoi pourrait? Simplement parce que cette magnifique plage au sable clair sert tout bonnement de toilettes publiques ou de déchetterie: les rats et d'autres bestioles du même genre y prolifèrent, et nous devons soigneusement vérifier où nous posons nos pieds...
Nous habitons juste à côté d'un grand bidonville, et le contact avec la misère ne se fait pas attendre. Les habitations en paille tressée mêlée à de la terre humidifiée sont plus que rudimentaires, les gens y dorment à même le sol, sur le sable. Les conditions sanitaires sont évidemment déplorables, les rues puent les défections et les eaux usées sont rejetées n'importe où, parfumant encore plus la ville... Nous sommes quelque peu sous le choc devant tant de pauvreté, mais après tout c'est bien ce que nous venions chercher ici.
« ...pourquoi venir ici si c'est pour se voiler la face, ne pas plonger au coeur de la pauvreté, ne pas rencontrer ces gens si différents de nous et pourtant si proches? »
« On ne voit ces quartiers défavorisés que dans les documentaires à la télévision, et se retrouver dedans paraît bien irréel. »
« Il est des expériences qui te façonnent un homme, chamboulant une bonne partie de sa façon de penser, d'envisager le monde et la vie; je crois que je suis en train d'en vivre une. »
Mercredi 16 août
Mauvaise nouvelle: au lieu de partir directement pour Mitsinjo, le petit village où nous allons travailler, nous sommes bloqués à Morondava pour une semaine. Notre contact sur place, sans qui nous ne pouvons aller au village, n'est pas là et ne reviendra pas avant quelques jours, pour une sombre histoire de douane... On aurait bien sûr préféré aller directement à Mitsinjo, mais on essaie de prendre cette embûche avec philosophie, on commencerait presque à s'y habituer de toute façon!
Au coucher du soleil, le premier moment fort du voyage survient sur la plage sous la forme d'une partie géante de football mêlant helvètes et malgaches, agrémentée de beaux gestes techniques, d'éclats de rire, de cloques aussi! ;-) Avant cela j'étais vraiment sceptique sur la notion de « football rassembleur des peuples » que l'on nous assène régulièrement, mais ce soir-là j'en ai compris la signification. Mémorable!
Jeudi 17 août, dans la peau d'un vahasa
Ici on nous appelle les vahasas, c'est-à-dire les étrangers, mais le terme désigne plus familièrement les blancs. Quand on se promène, on entend des « salut vahasa » à chaque coin de rue, partout, sans arrêt. La plupart du temps ce sont des salutations honnêtes, sympathiques, mais il arrive aussi qu'on subisse quelques moqueries, voire des méchancetés. Ici on est sans cesse dévisagé, où que l'on aille, quoi que l'on fasse, ce qui n'est pas forcément facile à gérer dans un pays où l'on ne connaît encore rien.
Vendredi 18 août, l'allée des baobabs
Ce soir nous allons faire un tour à l'allée des baobabs, non loin de Morondava, visite que j'attendais impatiemment. Je n'ai pas été déçu, ces arbres sont réellement magnifiques, et tellement étranges! On se demande comment un tronc pareil a pu se former. On essaie d'y grimper mais on oublie très vite. Puis vient le moment du coucher de soleil, un instant magique dans cette partie du globe. Les couleurs s'embrasent comme je ne l'avais jamais vu avant, c'est réellement hallucinant!
Samedi 19 août, ah oui c'est mon anniversaire!
On attend toujours à Morondava, et à vrai dire le temps commence à paraître un peu long. A part aller sur la plage et se promener dans les rues, il n'y a presque rien à faire ici... On est tous impatients d'aller à Mitsinjo, que notre trip commence véritablement!
« Je me réjouis d'aller à Mitsinjo, de voir ce qu'est la brousse malgache, de rencontrer les habitants du village, de donner un coup de main pour le projet de M. »
Dimanche 20 août, la frayeur
Je déteste les araignées, et c'est évidemment sur moi qu'une d'entre elles décide de foncer... Elle était énorme, rouge et blanche, avec de grosses pattes velues, et elle m'est passée entre les jambes, tandis que nous étions en train de boire un verre dans une petite gargote au bord de la plage. J'ai eu de la peine à continuer à suivre la discussion après, je suais à grosses gouttes, je n'arrivais plus à bouger ou à penser à autre chose et je ne voulais qu'une chose: rentrer au bungalow. Brrrrrr!!!
Lundi 21 août
Ca y est, demain on part à Mitsinjo! Notre contact arrive demain matin, et il nous embarquera dans son camion. Mitsinjo n'est séparé que d'une trentaine de km de Morondava, mais nous ferons deux heures pour y arriver, car la piste est défoncée, jonchée de nids de poule un peu partout, et on doit en plus franchir une rivière en cours de route. Le réseau routier ainsi que les véhicules de Madagascar, c'est vraiment quelque chose qu'il faut vivre pour comprendre!
Mardi 22 août, voilà Mitsinjo
Nous achetons du matériel pour le village: planches en bois pour le coffrage du barrage, tôles ondulées, ciment, fil de fer, vis et clous ainsi que divers objets pour bricoler. On comprend alors à quel point la vie est chère ici en voyant le prix qu'on doit payer pour ces quelques matériaux, quasiment le même qu'en Europe, alors que le salaire mensuel moyen est de 50 francs suisses (un tout petit peu plus de 30 euros)...
En route, nous découvrons enfin à quoi ressemble la brousse de la côte Ouest, nous traversons un grand fleuve avec de l'eau jusqu'aux essieux, et on a enfin l'impression de vivre l'aventure, telle qu'on la souhaitait depuis longtemps! On arrive à Mitsinjo alors que le soleil est déjà couché, il fait nuit noire.
« Ca y est, l'aventure malgache a cette fois-ci réellement débuté. »
Mercredi 23 août, au boulot!
On est arrivé hier soir dans le village, du coup on découvre gentiment les lieux ce matin. On va voir le canal qui est en grande partie déjà creusé, on rencontre les habitants du village, les enfants aussi, on essaie de discuter un peu, même si l'obstacle de la langue est important. Le village est totalement isolé, situé en pleine brousse, au milieu de la forêt tropicale sèche, et les gens qui y habitent n'en sortent que très rarement. C'est une grande communauté, presque une grande famille. Les paysages sont constitués de rizières d'un vert pétant, à la limite du fluo, et de broussaille épineuse, jujubier en premier lieu, dans laquelle il vaut mieux ne pas tomber, faute de se retrouver en tenue d'Adam pour le reste de la journée. ;-) Tout est sec ici, et tout est plat, il n'y a pas la moindre esquisse de relief à des km à la ronde, ce qui nous pèsera un peu par la suite.
Nous commençons les travaux dans la matinée et l'après-midi nous construisons, J et moi, une balançoire pour les enfants du village, avec les moyens du bord: un peu de fil de fer, un bout de corde et du bois coupé dans la forêt. Par la suite notre balançoire ne sera plus délaissée durant tout le reste du séjour, ça fait plaisir!
« Je suis impressionné par la vivacité des enfants, leur soif de vie et de savoir, leur émerveillement devant quelques tours de « magie » pourtant très simples. Ces gosses-là ont beaucoup à nous apprendre, nous occidentaux que plus rien n'étonne. »
Jeudi 24 août, quand la maladie s'installe
La nuit a été pénible pour J et moi. Il est presque impossible de voyager en Afrique sans connaître un jour ou l'autre des problèmes intestinaux, et nous n'aurons pas été l'exception confirmant la règle. Toutes les demi-heures nos boyaux jouaient leur concerto à notre plus grand désarroi et nous devions sortir le plus vite possible du bungalow et courir, courir pour... inutile de vous faire un dessin j'imagine! ;-)
« Je suis content d'être avec lui et de pouvoir parler. On a les deux un peu le mal du pays par moment, et en discuter nous fait le plus grand bien. Les montagnes nous manquent, on en a un peu marre de ce paysage plat, bien que charmant au premier abord. La platitude engendre vite en nous une certaine monotonie. » (en parlant de J)
Vendredi 25 août, coup de blues
La nuit s'est mieux passée, mais ce n'est pas encore la grande forme, ces coliques exaspérantes m'ôtent toute mon énergie! Je me mets à broyer du noir, j'en ai marre de ce village, je m'y ennuie. En plus il fait une de ces chaleurs moite et étouffante aujourd'hui, moi qui aime le froid j'ai de la peine...
Je me motive quand même pour le travail et le soir je vais déjà nettement mieux. Ce n'est toujours pas génial, mais ça ira je pense, j'espère.
« J'étais vidé de toute énergie ce matin à cause de cette fichue diarrhée, je suis retourné me coucher après le petit-déjeuner, et j'ai craqué... »
Samedi 26 août
Les travaux avancent bien, avec leur lot de mauvaises surprises mais c'est normal. A Madagascar, c'est quand tout va bien qu'il faut se poser des questions!
Je suis toujours malade, et la Suisse me manque par moment. J'ai envie d'aller marcher dans les Préalpes, de manger un bon vacherin d'alpage, bref de jouir de toutes ces petites choses qui rendent la vie si belle!
« Je pense beaucoup à la Suisse, je me rends encore plus compte de la chance qu'on a dans ce petit pays, où l'eau potable coule à flots, le confort est omniprésent, il n'y a pas de petites bestioles porteuses de virus mortels, il n'y a pas besoin de faire attention à tout ce qu'on mange, c'est vraiment un luxe dont on ne se rend pas compte! »
Dimanche 27 août, le crocodile
Le dimanche, c'est chasse au croco! On m'avait dit que le coin infestait de crocodiles, mais je ne pensais pas que j'assisterais à une chasse! Eh bien oui! 4,5m de long, plusieurs centaines de kilos, des dents de la taille d'une lame de couteau suisse, c'était un beau morceau, réellement impressionnant!
Je vais nettement mieux aujourd'hui, et cela se ressent sur mon moral, je suis content, heureux d'être là et pas ailleurs. Pourvu que la maladie ne soit qu'un mauvais souvenir...
Les travaux se poursuivent, le canal est désormais entièrement creusé, et nous sommes en train de préparer la construction du barrage en béton. Demain nous retournerons à Morondava pour acheter des planches, prendre une bonne douche et faire un peu de lessive, avant de revenir ici pour terminer le projet.
« Ce que j'attends le plus: la douche. Une semaine dans la poussière, à transpirer sous le soleil en travaillant, je suis peu présentable... »
Lundi 28 août, la maladie, encore et toujours...
Ainsi mon rétablissement n'était qu'éphémère... En plus un début d'angine s'est ajouté à mes problèmes intestinaux... Difficile de garder le moral dans ces conditions.
« J'ai rarement autant apprécier une douche, fut elle froide. »
« J'en avais vraiment marre au point de vouloir rentrer au plus vite... »
Mardi 29 août, de retour à Mitsinjo
Nous sommes de retour à Mitsinjo jusqu'à vendredi, pour terminer la construction de notre barrage et ainsi mener à bien notre projet.
Je ne vais toujours pas mieux, quand ma gorge a cessé de me faire souffrir c'est mon oreille qui a pris le relais, au point de me faire prendre trois comprimés de paracétamol pour réussir à m'endormir...
« J'espère retrouver la santé au plus vite, tant il est vrai qu'il m'est difficile de profiter des événements dans l'état physique dans lequel je suis. Quelle poisse de tomber malade ici, moi qui rêvais de ce voyage depuis si longtemps! »
Mercredi 30 août, toujours malade...
Je n'étais pas du tout en forme aujourd'hui, je n'ai pas pu participer aux travaux du barrage, qui avancent bien, encore une grosse journée de boulot demain et on devrait pouvoir tout terminer à temps.
Vendredi nous partirons pour Tuléar, plus au Sud sur la côte Ouest, et de là nous quitterons M et E et commencerons notre trip, J et moi. Nous avons plein de projets et nous espérons ne pas manquer de temps.
Jeudi 31 août, fin du projet
Nous avons bossé comme des dingues, et heureusement car il fallait bien ça pour achever la construction du barrage à temps. La bétonnière et la génératrice nous ont lâché dans les derniers moments, et nous avons dû finir le béton à la main. M est heureux, nous aussi, on se sent léger car tout ce qu'on avait à faire est terminé!
Après 10 jours à Mitsinjo, on commence à se faire à la vie du village, à connaître les habitants, et presque à se sentir chez soi! La santé va beaucoup mieux aujourd'hui même si c'est pas encore la grande forme, j'espère que ça continuera de s'améliorer pour la suite du voyage!
Vendredi 1 septembre, retour à Morondava
On quitte à regret Mitsinjo. Malgré les ennuis de santé, je sens que ce village va beaucoup me manquer à l'avenir. On y a vécu une dizaine de jours, on a appris à connaître les habitants, à s'en faire apprécier, on a joué avec les enfants, tous plus attachants les uns que les autres. J'avais toujours rêvé de vivre une fois dans un village de l'Afrique profonde, isolé, simple, calme, c'est désormais fait! La gentillesse des gens, leur générosité alors même qu'ils n'ont rien, tout cela restera des souvenirs très forts, dont je ne suis pas près de me défaire. A l'heure où j'écris ces quelques lignes, l'émotion est encore bien palpable.
Samedi 2 septembre, le camion-brousse...
Nous devions normalement prendre le camion-brousse pour Tuléar, en empruntant une piste complètement défoncée à travers la brousse malgache. Le trajet aurait dû durer 48 heures, juste ce qu'il faut, quoi! ;-)
Pour comprendre ce qu'est un camion-brousse, essayez d'imaginer une boîte de sardines à l'échelle humaine montée sur de grosses roues, c'est à peu près ça... Nous étions sept adultes plus quelques enfants par banquette, alors que franchement à cinq ça aurait déjà été franchement serré! Mes genoux s'enfonçaient d'une dizaine de cm dans le siège de devant, les coccyx de mes voisins se touchaient derrière moi, il n'y avait absolument pas moyen de ne bouger ne serait-ce que de quelques cm... J'ai rarement touché le fond dans ma vie, mais ce jour-là je crois que je peux dire que c'était ça! Pour tout dire j'ai même pensé durant un instant aux trains emmenant les juifs vers les camps de concentration... C'est difficilement comparable vous me direz, n'empêche que je ne suis pas le seul à y avoir pensé. Tout ça pour dire que ce fut un véritable cauchemar, qu'après trois heures dans cet enfer sur roues je pleurais déjà, et qu'une heure plus tard nous sommes sortis, J et moi, reprenant nos sacs de montagne sur le toit et rentrant à pied à Morondava. Nous avons donc quittés M et E un peu plus abruptement que prévu, mais ils ont parfaitement compris la situation.
Je vous parlais du réseau routier malgache comme de quelque chose d'incroyable. Pour vous donner une idée de la situation sachez que nous sommes rentrés à Morondava en trois heures, alors que le trajet jusque là avait pris quatre heures! Durant ces trois heures de marche, nous sommes passés dans de petits villages isolés comme Mitsinjo, où les gens accouraient avec le sourire jusqu'aux oreilles pour nous voir passer. L'endroit est tellement reculé que je ne sais même pas si ils avaient déjà vu des hommes blancs dans leur vie. En tout cas pas deux sortant à pied de nul part avec d'énormes sacs sur le dos et allant Dieu sait où... Cela devait être complètement irréel pour eux! Et pour nous une expérience extraordinaire, qui a véritablement marqué le début de notre trip à J et à moi! Nous sommes passés de l'enfer au paradis en quelques dizaines de minutes, nos trois semaines de voyage ne pouvaient pas mieux commencer!
« Impossible de bouger la moindre, de changer de position, et il aurait fallu y rester 48 heures! »
Dimanche 3 septembre, Antsirabe et les Hautes Terres
Après une nuit réparatrice dans un hôtel, le premier du voyage, nous avons pris un taxi-brousse pour Antsirabe, dans les Hautes Terres, d'où notre périple débutera. Il s'agit du même taxi-brousse que celui qui nous avait emmené à Morondava au début du voyage, celui-là même pour lequel j'avais dit que « ce fut les 20 plus longues heures de ma vie ». Et bien après la triste expérience du camion-brousse de la veille, quel luxe de monter dedans: on a la place pour bouger un peu les jambes, génial! Le camion-brousse aura au moins eu le mérite de nous faire apprécier plus facilement tous les autres trajets effectués par la suite, et c'est déjà pas mal!
Nous remontons petit à petit vers les Hautes Terres, les paysages changent en cours de route, les maisons sont de plus en plus construites en dur, les routes deviennent meilleures également, on sent nettement que cette région est moins pauvre que la côte. Nous apercevons quelques collines, puis carrément des montagnes! Ah, que c'est beau, que ça fait du bien après trois semaines dans la platitude la plus totale! C'est d'ailleurs cette platitude qui nous a poussés, J et moi, à se fixer comme principale priorité du périple l'ascension du Pic Boby, le plus haut sommet accessible de Madagascar.
« Je me réjouis vraiment plus que tout d'aller à l'Andringitra, le massif montagneux où se trouve le Pic Boby. Moi pour qui la montagne est une vraie passion, le temps me paraît long d'ici qu'on y soit. Vraiment, j'ai hâte. »
La suite de mon voyage bientôt...
Madagascar (deuxième partie) Découverte de deux coins mythiques
Madagascar (première partie)
par powpow9, mardi 3 octobre 2006




réactions (17 réactions)
Desole pour les majuscules, mais le texte est tres prenant, les photos tuent.
Bravo, et vivement la suite.
Un seul regret -> plus de photo...
Merci pour le voyage !!!