Des années que j'en rêvais, que j'attendais ce moment, que je l'espérais intérieurement: aller en Afrique.
Quand je retrouvai un ami d'enfance sur les bancs de l'université et que j'appris au fil des discussions qu'il menait chaque année des projets d'aide au développement à Madagascar, je sautai sur l'occasion. Cette année son projet (parmi d'autres) consistait à creuser un canal d'irrigation afin de permettre à un petit village isolé du nom de Mitsinjo, d'intensifier ses récoltes dans un premier temps, puis de les diversifier pour au final accéder au commerce. C'est grossièrement résumé mais je préfère ne pas m'étaler, sans quoi personne n'aura le courage de lire mon article. ;-)
Mon périple se divise en deux parties: d'abord trois semaines à Mitsinjo, non loin de Morondava, sur la côte Ouest, afin de mener à bien le projet, puis trois semaines à la découverte des Hautes Terres et de la côte Est. Nous étions quatre les trois premières semaines, dont deux connaissant bien le pays et nous ayant un peu servis de guides, avant de nous laisser faire nos propres découvertes et expériences durant les trois dernières semaines. Cet article concerne la deuxième partie du voyage.
J'ai écrit ce texte en relisant mon carnet de bord, et j'ai essayé d'en garder l'esprit, afin de préserver l'authenticité du moment où j'écrivais. J'ai tenté d'y piocher quelques phrases illustrant mes journées, que j'ai à chaque fois notées en italique.
Ce texte n'est bien sûr qu'un condensé, de nombreux passages n'ont que peu voire pas d'intérêt ici, j'espère néanmoins que mon récit restera compréhensible et agréable à lire.
Pour vous permettre de mieux me suivre à travers mon périple, voici une carte très bien faite de Madagascar: http://www.routard.com/guide_carte/code_dest/madagascar.htm
Lundi 4 septembre, Antsirabe, visite et... repos!
Nous arrivons à Antsirabe à 6h du matin. Malgré le confort relatif du taxi-brousse, nous n'avons pas fermé l'oeil du trajet et nous sommes fatigués. En arrivant dans la station de taxi-brousses, nous sommes accostés par une poignée de tireurs de pousse-pousses, qui se battent littéralement pour obtenir nos faveurs! Quand tu te dis qu'ils te tirent, toi et ton bagage d'une trentaine de kilos, sans oublier le poids du pousse-pousse, sur un kilomètre environ pour... 80 centimes suisses (50 centimes d'euro), tu te poses quand même des questions!
Nous dormons un peu à l'hôtel (deux heures, c'est déjà ça!), puis c'est la douche... chaude, la première du périple. Le premier contact est presque douloureux, c'est marrant comme on s'habitue vite à l'eau froide!
Le restant de la journée sera consacré à la visite d'Antsirabe, que l'on surnomme la « Vichy malgache » en raison de ses thermes, qui firent sa richesse sous l'ère coloniale. La ville est étonnante de propreté, rien à voir avec Morondava, sur l'avenue de la gare, on trouve même quelques poubelles, du jamais vu durant tout le reste du voyage! Mais bon, les gens ne s'en servent même pas...
Nous visiterons un énorme marché, s'étendant sur des centaines de mètres dans une toute petite ruelle, les stands entassés les uns sur les autres, et des centaines de personnes y déambulant. Le bruit, les odeurs, la chaleur, je ne suis pas claustrophobe mais je ne m'y sentais pas véritablement à mon aise.
Si la ville est beaucoup plus moderne que Morondava, que les maisons sont le plus souvent faites de briques, que les rues sont goudronnées, il y a une chose qui ne change pas, et qui même empire puisque nous sommes désormais sur un « circuit » touristique et que les malgaches sont plus habitués aux contacts des vahasas, c'est la mendicité. C'est incroyable comme on se fait harceler par des mendiants ou des vendeurs de colliers, pierres soi-disant précieuses et autres arnaques du même genre. On a beau répéter 100 fois « non », ils ne te lâchent pas! Nous prenons cela comme un « jeu », mais il faut bien avouer qu'à la longue ça irrite un peu...
Mardi 5 septembre, Ambalavao
Aujourd'hui nous prenons à nouveau le taxi-brousse, tout d'abord durant 6 heures pour se rendre à Fianarantsoa, deuxième ville du pays derrière la capitale Tananarivo, puis pour une petite heure encore, juste le temps nécessaire pour rejoindre Ambalavao, petite ville située dans un cirque montagneux à la limite entre les Hautes Terres et le Grand Sud, quelque part sur la RN7, la principale route de Madagascar. Au total, cela nous fait quand même près de 24 heures de taxi-brousse en 48 heures... Ou quand les voyages forment la jeunesse! ;-)
La route séparant Fianarantsoa d'Ambalavao est de toute beauté, nous roulons à travers un terrain très vallonné, les virages s'enchaînent les uns aux autres, nous gravissons de petits cols, redescendons de l'autre côté, remontons à nouveau, et ainsi de suite, nous ballottant de droite à gauche et de gauche à droite. Au sommet du dernier col, la vue s'ouvre soudainement devant nous, nous dévoilant la ville et son clocher quelques 1000m plus bas, au milieu de ce grand cirque montagneux. Nous avons de la peine à en croire nos yeux tellement c'est beau, nous sommes vraiment heureux d'être venus directement ici et de ne pas s'être arrêtés quelque part en route. Ici les paysages correspondent beaucoup plus à l'idée que je me faisais de Madagascar qu'à Morondava; la latérite, cette terre ocre (car riche en oxydes de fer) y est terriblement vive, les rizières, en revanche, sont moins avancées que sur la côte et sont donc moins « flashy », mais cela n'enlève rien au charme de cette superbe région. La ville est petite, extrêmement calme, cela change beaucoup des autres cités visitées jusqu'à lors. Autant le dire tout de suite, cette ville fut un peu mon coup de coeur du voyage!
Mercredi 6 septembre, grasse matinée, marché aux zébus et préparation
Après toutes ces heures passées sur les banquettes peu confortables des taxi-brousses, nous éprouvons, J et moi, le besoin de nous retaper une santé. Décision est donc prise de nous accorder une grasse matinée... sauf que celle-ci prend fin à 7h30, sans que personne ne nous ait réveillé! Simplement que durant les deux semaines et des poussières à Mitsinjo, nous allions nous coucher vers 21-22h pour nous réveiller à 5-6h, et nous avons pris le rythme! Le fait qu'il fasse nuit noire à 18h explique ces horaires de couche-tôt. Nous sommes donc frais, reposés, et il est 7h30! C'est assez rare (du moins pour moi) pour le souligner!
La journée sera ensuite consacrée à la visite de la ville, de son marché aux zébus, le plus grand de Madagascar, et de sa fabrique de papier antemoro. Nous nous occupons aussi de la préparation de notre trip au Pic Boby, et cela n'est pas facile: il faut trouver une voiture pour nous y conduire (et vu l'état de la route le moins qu'on puisse dire c'est que les chauffeurs ne se bousculent pas au portillon), et un guide (obligatoire dans les parcs nationaux malgaches, que l'itinéraire comporte des risques techniques ou non). Tout cela se marchande, évidemment, et cela prend du temps... ainsi que de l'énergie! Mais au final nous atteignons notre but et un rendez-vous est fixé avec un guide, le lendemain à 4h sonnante... Inutile de vous dire qu'on s'est couché tôt ce soir-là...
« Ici les paysages sont magnifiques, quel plaisir de voir ces collines rocheuses à droite et à gauche! Il y a ces montagnes, de petits villages perchés sur leurs flancs, la latérite qui contraste tellement bien avec la verdure des rizières aux alentours. Les jeux de couleurs sont splendides! »
Jeudi 7 septembre, Pic Boby
Journée consacrée à l'ascension du plus haut sommet accessible de Madagascar: l'Imarivolanitra (2658m), ou Pic Boby, dont j'ai déjà largement parlé ici:
http://www.skipass.com/forums/enmontagne/direct/ailleurs/sujet-72813.html
Vendredi 8 septembre, vélo et lémuriens
Après cette escapade en montagne, nous avons encore la frite malgré de tenaces courbatures et décidons donc de faire un peu de vélo jusqu'au parc national d'Anja, à une dizaine de kilomètres d'Ambalavao, en compagnie d'une jeune malgache rencontrée la veille. Quelle magnifique expérience que de rouler à travers ces paysages absolument féeriques, nous ne savons pas trop où donner de la tête tellement nous sommes sous le charme de la région. Prudence toutefois, nous sommes tout de même sur la RN7, et les malgaches n'ont pas vraiment l'habitude de donner un petit coup de volant pour t'éviter... Au mieux un coup de klaxon pour t'avertir. Combien de dépassements à moins de 30cm à tombeaux ouverts? J'en sais rien, mais trop, beaucoup trop...
Une fois sur place, nous nous baladons durant quelques heures à l'intérieur de ce petit parc, abritant quelques espèces de cet animal propre à Madagascar et qui en fait une bonne partie de la renommée au point que certaines personnes ne s'y rendent que pour en voir (si, si, je vous jure): le lémurien. Quel drôle de bête, très rigolote, joueuse, câline, un bon moment passé en leur compagnie!
Le retour sera l'occasion de se briser définitivement les pattes, en effet, ça grimpe sec, et les efforts cumulés la veille se font cruellement ressentir!
Samedi 9 septembre, Fianarantsoa
Après ces deux journées, notre prochaine envie est de prendre le train reliant Fianarantsoa à Manakara, sur la côte Est. Il s'agit d'un vieux train reliant ces deux villes distantes de 170km en une dizaine d'heures, traversant toute la forêt tropicale humide, que nous souhaitons absolument voir au moins une fois dans nos vies.
Nous quittons donc dans la matinée cette merveilleuse ville qu'est Ambalavao pour regagner Fianarantsoa, en taxi-brousse comme toujours. Nous passons l'après-midi à flâner dans les rues de « Tana bis », on va se renseigner à la gare au sujet du train (il y en a un demain... normalement!), puis on grimpe jusqu'à la cathédrale, surmontant la ville et offrant par conséquent de jolis points de vue. Nous sommes désormais sur une voie touristique, s'étendant tout le long de la RN7, et l'on se rend compte que les gens, beaucoup plus habitués au contact des occidentaux, mendient plus facilement. Sur les hauteurs de la ville, c'est une dizaine de bambins qui nous accosteront pour quémander des sous, des biscuits, des stylos pour l'école ou autre chose, pour ne plus nous lâcher, même après que nous ayons répétés 15 fois « non »... C'est finalement J, plus direct que moi dans ce genre de circonstances, qui réussira à leur faire comprendre que nous avions envie de tranquillité.
Je donne avec plaisir, mais je n'aime pas du tout me sentir forcé ou agressé pour que j'offre quelque chose. D'autre part, le problème est que si l'on donne quelque chose à UN enfant, TOUS les enfants viennent vers toi, et sont encore plus acharnés qu'avant... Sur l'ensemble du périple, nous avons toujours privilégié, J et moi, les enfants des petits villages isolés, qui ont moins accès à la « richesse » (j'insiste ici sur les guillemets) que ceux des villes. Ce fut notre choix et nous ne le regrettons pas.
«Nous sommes à Fianarantsoa, d'où nous espérons pouvoir prendre le train pour Manakara. Mais rien n'étant jamais garanti à Madagascar, nous allons attendre demain pour voir... »
Dimanche 10 septembre, parc de Ranomafana
J'avais bien fait de me méfier puisque nous n'avons pas pu prendre le train comme prévu ce matin, la locomotive étant en panne... Nous sommes désormais habitués à ce genre d'incidents et cela ne nous étonne même plus!
Quitte à rester pour la journée à Fianarantsoa, autant s'occuper intelligemment, alors nous choisissons de nous rendre à Ranomafana, pour se promener dans le parc national, au milieu de la forêt tropicale humide, et éventuellement rencontrer quelques représentants de la faune malgache. Nous n'avions pas programmé cette visite que nous jugions trop touristique, mais nous nous étions trompés puisqu'à part deux couples, nous n'avons croisé personne durant quatre heures. Ce fut une virée très agréable, car se promener dans une telle forêt n'est pas habituel, cela relève franchement du film documentaire sur Planète! La végétation, d'un vert foncé très prononcé, est incroyablement dense par endroit (surtout dans la forêt primaire, jamais exploitée par les hommes), et il n'y a que quelques sentiers étroits qui y serpentent. Nous croiserons quelques lémuriens, nettement plus sauvages qu'à Anja quelques jours plus tôt, et admirerons des bambous, orchydées et autres eucalyptus. Il fera frais tout au long de la journée malgré le soleil : quasiment aucun de ses rayons n'arrivant à percer l'épais tapis végétal au dessus de nos têtes.
Nous connaîtrons de belles frayeurs sur le chemin du retour car notre chauffeur, ayant certainement un peu picolé durant le temps de notre visite, roulait vraiment comme un dingue, s'amusant à faire des dérapages sur la route gravillonnée alors qu'il y a un beau précipice à droite, coupant les virages alors que des camions arrivent en face... Nous avons beau eu lui dire de lever le pied, il n'y avait rien à faire... Il a encore eu le culot de nous demander un pourboire! Hé ho, faut pas prendre les gens pour des cons non plus! ;-)
« ... c'est relativement fatigués que nous sommes rentrés à Fianarantsoa, dans une voiture folle où j'ai bien cru que ma dernière heure était arrivée... Dérapages en coupant les virages à gauche, camions qui te frôlent en te croisant, gloups... »
Lundi 11 septembre
Repos des guerriers aujourd'hui, on se contente de se balader en ville, on écrit quelques e-mails aux parents et amis, on flâne dans les marchés, on prend le temps de souffler et ça fait du bien!
La locomotive du train est réparée, un convoi est prévu demain, on croise les doigts...
Mardi 12 septembre, le train
Nous pouvons finalement embarquer comme nous l'espérions, et nous ne regrettons vraiment pas notre choix, ce fut une aventure réellement extraordinaire! Ce petit train traverse toute la forêt tropicale humide, en descendant calmement des Hautes Terres vers la côte Est, à travers une succession de paysages tous plus beaux les uns que les autres. Cela commence avec de grandes rizières, puis l'on aborde la descente dans un terrain très accidenté et totalement recouvert d'une forêt extrêmement dense, telle que celle visitée l'autre jour à Ranomafana, sauf qu'elle s'étend aujourd'hui à perte de vue! Seuls quelques rares affleurements rappellent parfois que tous ces arbres reposent sur de la roche.
Nous nous arrêtons tous les 10km environ, dans de petits villages où les gens accourent aux fenêtres du train afin de nous vendre leurs spécialités culinaires, parfois très étranges visuellement mais finalement toutes plus ou moins comestibles! Quelle animation il y a lors de ces arrêts! Le train étant leur seul lien avec la civilisation, les habitants des villages sont tous là, parfois simplement pour prendre des nouvelles du monde, souvent pour quémander deux ou trois sous... Tout au long de la journée, nous serons d'ailleurs surpris de voir toutes ces personnes le long des voies, au milieu de nulle part, juste pour nous regarder passer avec le sourire. C'est vraiment quelque chose d'impressionnant ici, il y a des gens partout, même où il n'y a rien! Nous avons pris le parti, plutôt que de donner des cadeaux aux enfants des gares déjà relativement gâtés par les touristes et souvent insupportables, de lancer des stylos depuis le train lorsque nous voyons des gamins sur les bords de la voie. Je ne vous dis même pas les cris de joie, cela fait chaud au coeur de donner un petit bout de bonheur!
Petit à petit, le relief se fait moins abrupte, nous longeons d'immenses fleuves, quelques cocotiers pointent le bout de leur nez, l'océan se fait sentir. Nous arrivons à Manakara, distante de 170km de Fianarantsoa, quelques 10 heures après notre départ, et nous sommes en pleine forme, preuve que nous nous habituons peu à peu aux transports malgaches. Nous serons encore agressés à la sortie de la gare, où quasiment toute la ville attend les usagers du train, afin de gagner un peu d'argent en les conduisant quelque part, en leur conseillant un hôtel ou en leur recommandant une visite. Nous avons même failli nous perdre avec J, et pourtant la place sur laquelle nous nous trouvions était relativement petite.
« C'est hallucinant de voir des tireurs de pousse-pousse, des taxi-men, des vendeurs de pacotille et des mendiants guetter ta sortie de train, d'hôtel ou de restaurant pour essayer de te soutirer quelques pièces, parfois dès 6h du matin! »
Mercredi 13 septembre, sur le canal des Pangalanes
Aujourd'hui nous passons la journée en pirogue malgache sur le canal des Pangalanes, en compagnie de quatre jeunes français rencontrés dans le train. Il s'agit d'un canal d'eau douce séparé de l'océan par une étroite bande de terre, et qui servait autrefois au transport vers les villes plus au Nord sur la côte. Nous ferons un aller-retour d'une vingtaine de kilomètres, nous arrêtant dans de petits villages de pêcheurs pour aller à la rencontre des gens et de la flore locale, à savoir de la vanille, des plantes carnivores, des bananiers, de la réglisse et j'en passe. Nous mangerons sur la plage, à même le sable, une immense feuille de l'arbre du voyageur en guise de nappe. Un moment tout en saveur, très agréable! Nous enchaînerons avec une petite baignade dans l'océan indien, suivi d'une légère sieste pour certains.
Combinée avec le train FCE (Fianarantsoa-Côte Est), cela donne deux très belles journées d'affilée, que nous recommanderions sans hésitation à toute personne se lançant à la découverte de Madagascar!
« Nous avons bien entendu mangé du poisson, préparé à la malgache, assis sur le sol avec une feuille géante en guise de nappe. Expérience très sympathique! »
Jeudi 14 septembre, promenade à Manakara
Avant de reprendre le train demain pour Fianarantsoa, nous nous lançons aujourd'hui à la découverte de Manakara, et force est de reconnaître qu'il n'y a pas forcément beaucoup de choses à faire ici... C'est un peu comme à Morondava sur l'autre côte, même si j'ai plus apprécié le cadre, à commencer par la plage, nettement plus attirante! Seul problème, les requins ne sont jamais bien loin... pas de baignade donc! La ville est plus riche que sa voisine de la côte Ouest, la plupart des habitations sont construites en dur, les routes sont souvent goudronnées, ce qui n'est jamais le cas à Morondava!
« Il ne nous reste plus qu'une semaine à Madagascar, notre trip touche gentiment à sa fin. Je regrette déjà mon retour, car la vie malgache commence à vraiment me plaire! Les gens sont si accueillants (ceux qui mendient ne sont qu'une exception), les paysages si somptueux, la végétation si belle, les animaux si variés, le style de vie si paisible, si différent du nôtre, qui aurait envie de quitter cette île magique après un peu plus d'un mois? »
« Je partirai avec la certitude de revenir un jour à Madagascar, peut-être bien plus tôt que je ne l'aurais imaginé il y a deux semaines encore. Cette île formidable m'a séduit, émerveillé même, et j'ai encore tant de choses à y découvrir, tant de gens à rencontrer, tant de bonheur à vivre, que je refuse de passer à côté de ça! Et en attendant, je vais encore pleinement profiter des sept derniers jours. »
Vendredi 15 septembre, de retour à Fianarantsoa
Ca y est, le compte à rebours a commencé, nous abordons désormais notre remontée sur Antananarivo où nous rejoindrons M et E, avant d'aller faire un tour à Andofary, le village dans lequel M a réalisé ses premiers projets d'aide au développement il y a quelques années, distant d'une centaine de kilomètres à peine de la capitale.
Le train sera à nouveau un moment exceptionnel, nous savourons les dix heures de trajet à travers cette luxuriante forêt tropicale du mieux possible. En route, nous lançons de nouveau quelques stylos par la fenêtre du train, faisant quelques heureux, dont un tout particulièrement. Imaginez-vous la finale de la coupe du monde de football, imaginez-vous le dernier tireur de la série de penalties, imaginez-vous que s'il marque, son équipe est championne du monde, imaginez-le s'élancer, tirer... et marquer! Maintenant visualisez ses cris et ses sauts de joie... et imaginez que ce gosse-là était encore plus heureux d'avoir reçu un simple stylo... Hurlements de joie, sauts dans tous les sens, yeux remplis de bonheur, une leçon de morale vraiment incroyable, un moment qui m'émeut encore fortement et que je n'oublierai jamais, c'est certain. C'est le genre de petites choses qui rendent la vie tellement plus belle!
La fatigue commence à s'accumuler, cela fait deux semaines que nous bougeons sans arrêt, nous réveillant à 5h pour prendre un taxi-brousse, un train, ou alors visiter une ville ou un parc national, et quand nous nous accordons une grasse-matinée, celle-ci ne dure que jusqu'à 7h... mais nous sommes jeunes et nous savons que nous vivons une expérience mémorable, cela nous donne l'énergie nécessaire.
« Si la machine à remonter le temps existait, elle ressemblerait certainement à ce convoi fumant traversant la forêt tropicale malgache, sur des rails défoncés, tordus, aux jointures plus qu'aléatoires. »
Samedi 16 septembre, Ambositra et Antsirabe
Aujourd'hui nous montons à Ambositra, où nous ne nous étions pas arrêtés à l'aller. Cette ville est la capitale de l'artisanat sur bois, on y trouve de tout, sculptures, masques, statuettes, tableaux, et j'en passe, le tout fait dans des bois plus précieux les uns que les autres: ébène, palissandre, pour n'en citer que deux. Nous nous arrêtons quelques heures afin de faire quelques achats, eh oui il faut bien ramener quelques petits cadeaux pour la famille et les proches!
Nous poursuivons ensuite notre route jusqu'à la plus helvétique des villes malgaches, Antsirabe, où nous avions passé du bon temps deux semaines auparavant. Nous en profiterons, J et moi, pour fêter notre dernière nuit rien que tous les deux, tel le vieux couple que nous sommes devenus en l'espace de cinq semaines. Il faut dire que dormir tous les soirs dans le même lit, ça noue des contacts! En plus de beaucoup de souvenirs gravés à jamais, j'ai aussi ramené un ami de mon périple, et cela vaut tout l'or du monde!
Dimanche 17 septembre, le retour à Antananarivo
Et voilà, nous sommes de retour à Antananarivo, presque six semaines après notre premier passage dans cette ville. Nous tomberons en panne sur la route, comme s'il était dit que nous ne rentrerions pas chez nous sans en avoir connu au moins une! Nous attendons un véhicule de remplacement au milieu de nulle part, véhicule qui finira par arriver une heure plus tard, pour nous emmener jusqu'à la capitale, où nous arriverons tardivement.
« Aujourd'hui nous retournons à Antananarivo, le début de la fin comme on dit... »
Lundi 18 septembre, Andofary
Après avoir retrouvé M et E, nous repartons aujourd'hui un peu plus au Sud, dans le village d'Andofary, où M mena ses premiers projets (et en mène encore) il y a quelques années. Je suis très surpris de l'avancée des choses, la diversification des cultures ainsi que des élevages est en route, une rizerie a été construite, bref, rien à voir avec Mitsinjo! La proximité avec la capitale n'y est certainement pas étrangère, et les quelques projets menés (pompes à eau, école, sanitaires, etc) non plus.
Nous passons la nuit au village, dans des lits fort confortables!
Mardi 19 septembre, le dernier taxi-brousse
Nous visitons encore un peu le village, puis nous rentrons à travers les rizières jusqu'à Ambatolampy, ville la plus proche, où nous prenons notre dernier taxi-brousse, pour retourner à Antananarivo. Une fois sur place, nous montons au Rova, le palais de la reine, sur une colline dominant la ville et ses alentours, pour admirer le coucher du soleil, mais nous le ratons de quelques minutes.
Demain M et E nous quittent à nouveau, ils partent pour Majunga, au Nord de l'île, pour passer leurs derniers jours avant de rentrer en Suisse, quatre jours après nous.
Mercredi 20 septembre, les marchés et le coucher de soleil au Rova
Nous nous réveillons donc seuls, J et moi, et profitons au maximum de cette dernière journée complète à Madagascar, en allant visiter les marchés de la ville pour faire aussi quelques derniers achats. L'activité sur les marchés et dans les rues est hallucinante, il faut tout le temps être aux aguets, regarder où tu marches, si une voiture n'arrive pas derrière toi, éviter les gens autour de toi. Le bruit est constamment présent, gens qui crient, klaxons, bref ça demande beaucoup d'énergie de faire les marchés malgaches!
Le soir, nous remontons au Rova pour cette fois-ci assister à ce qui sera notre dernier coucher de soleil sur Madagascar. Instant de calme et de sérénité au-dessus de cette ville trépidante, magique! J'ai les yeux tout humides... Nous nous faisons ensuite un bon restaurant, sur une terrasse au-dessus de la ville. Nous profitons à fond de ces derniers fragments de bonheur malgache avant de retourner vaquer à nos occupations européennes. La nostalgie est déjà perceptible...
Jeudi 21 septembre, c'est l'heure...
Aujourd'hui, nous rentrons en Europe. Nous avons énormément de peine à réaliser, ces six semaines ont défilé à une telle vitesse, le séjour fut tellement beau, nous sommes encore sur notre nuage. Difficile de rentrer alors que je m'émerveille encore dans le taxi en voyant tous ces gens au bord de la route de l'aéroport... J'aurais encore tant de choses à faire!
Il me faudra quelques jours, semaines, voire des mois avant de prendre pleinement conscience de toute la richesse de cette expérience et de tout ce qu'elle m'aura apporté. Actuellement il est encore trop tôt pour essayer de tirer un « bilan » (c'est fou ce que je déteste ce mot).
Nous faisons à nouveau escale à l'île Maurice, dans le même hôtel cinq étoiles qu'à l'aller, nous passons du bon temps au bord des piscines, à siroter quelques coktails en refaisant une dernière fois le monde...
« Et voilà, l'heure est arrivée, notre avion vient de décoller. J'ai passé ici six merveilleuses semaines, qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire. »
Vendredi 22 septembre, le retour à la réalité
Le choc est atténué par la merveilleuse vision des Alpes à laquelle nous avons eu droit en guise de cadeau de retour.
Finalement l'arrivée se passe bien, le moral est toujours là!
« J'ai passé six semaines absolument géniales à Madagascar, j'y ai découvert un style de vie radicalement différent du notre, j'ai fait des rencontres fortes, j'ai appris à mieux connaître M, E et surtout le désormais ami J, avec qui je partageais ma couche et avec lequel j'ai forcément eu plus de discussions, parfois superficielles, parfois profondes, toujours sincères, j'ai aussi et surtout mieux appris à me connaître, même si je ne m'en rends que partiellement compte aujourd'hui.
J'ai réalisé un rêve que je caressais depuis des années, comme je l'avais écrit au début du voyage, aller en Afrique, faire un périple de plusieurs semaines dans un pays défavorisé, voire autre chose que notre style de vie occidental, caractérisé par le stress de la course à la réussite sociale et/ou financière, l'ennui et la profusion de biens de consommation ô combien futiles.
Je sais qu'un jour ou l'autre, je reviendrai à Madagascar. Il y a tant d'autres pays qui m'attirent, que ce soit en Afrique, Amérique du Sud ou Asie, mais Madagascar restera à jamais gravé dans mon coeur comme ma première expérience dans un pays du Tiers Monde. Je reviendrai, j'en ai la conviction.
Je ne sais pas si je rentre changé, différent, plus mature ou plus évolué, seul l'avenir me le dira, mais j'ai en tout cas le sentiment d'avoir appris beaucoup de choses sur notre monde, et sur l'humain. Il y a tant de moments forts que je ne pourrai oublier et qui vont, c'est une évidence, façonner mon avenir. J'ai vu ce qu'est la vie quotidienne dans la brousse d'un pays en voie de développement comme Madagascar, j'ai compris ce que représente la pauvreté et la misère à un niveau national, j'ai découvert la gentillesse et la chaleur de certains malgaches qui n'avaient rien d'autre à offrir qu'un peu de temps, de paroles, de simplicité. Toutes ces choses font que je n'oublierai jamais ces six semaines.
Bien sûr, je mentirais si je disais que tout fut parfait, sans heurts. J'ai eu, durant les premiers jours, un peu de peine à m'adapter au style de vie très mora-mora (calme, tranquille) des malgaches, j'ai eu des problèmes intestinaux, pas franchement sérieux mais très fatiguants, je n'ai pas beaucoup aimé le fait d'être parfois harcelés durant des heures par des malgaches sous prétexte que je suis blanc et donc riche par rapport à eux, mais je le répète, l'expérience fut merveilleuse! »
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par powpow9, 08 novembre 2006 - 9
Madagascar (deuxième partie)
posté dans 'voyage'
par powpow9, 03 octobre 2006 - 17
Madagascar (première partie)
posté dans 'voyage'
Des années que j'en rêvais, que j'attendais ce moment, que je l'espérais intérieurement: aller en Afrique.
Quand je retrouvai un ami d'enfance, que j'appellerai M, sur les bancs de l'université et que j'appris au fil des discussions qu'il menait chaque année des projets d'aide au développement à Madagascar, je sautai sur l'occasion. Cette année son projet (parmi d'autres) consistait à creuser un canal d'irrigation afin de permettre à un petit village isolé du nom de Mitsinjo, d'intensifier ses récoltes dans un premier temps, puis de les diversifier pour au final accéder au commerce. C'est grossièrement résumé mais je préfère ne pas m'étaler, sans quoi personne n'aura le courage de lire mon article.
Mon périple se divise en deux parties: d'abord trois semaines à Mitsinjo, non loin de Morondava, sur la côte Ouest, afin de mener à bien le projet, puis trois semaines à la découverte des Hautes Terres et de la côte Est. Nous étions quatre les trois premières semaines, dont deux connaissant bien le pays et nous ayant un peu servis de guides, avant de nous laisser faire nos propres découvertes et expériences durant les trois dernières semaines. Cet article concerne la première partie du voyage.
J'ai écrit ce texte en relisant mon carnet de bord, et j'ai essayé d'en garder l'esprit, afin de préserver l'authenticité du moment où j'écrivais. J'ai tenté d'y piocher quelques phrases illustrant mes journées, que j'ai à chaque fois notées en italique.
Ce texte n'est bien sûr qu'un condensé, de nombreux passages n'ont que peu voire pas d'intérêt ici, j'espère néanmoins que mon récit restera compréhensible et agréable à lire.
Pour vous permettre de mieux me suivre à travers mon périple, voici une carte très bien faite de Madagascar:
http://www.routard.com/guide_carte/code_dest/madagascar.htm
Vendredi 11 août 2006, une demi-heure avant de partir de chez moi
Driiiiiing, driiiiiing!
« - Allô?
- Bonjour, c'est l'agence de voyage G, vous êtes bien V?
- Oui c'est moi.
- Dans ce cas j'ai une mauvaise nouvelle pour vous: votre vol est reporté à demain matin.
- ....
- ...
- Au revoir, toutes nos excuses. »
On nous avait promis de l'aventure, nous avons au moins été servis dès le début!
Samedi 12 août, jour du départ ...enfin, on espère!
Alors qu'on s'attendait, J et moi, à dormir par terre, au milieu des rats et des détritus, à ne plus rien manger ou presque durant six semaines (ben oui, on est souvent un peu paranoïaque quand on s'apprête à partir à l'inconnu ;-) ), voilà qu'on se retrouve dans un hôtel cinq étoiles à l'île Maurice! Ben oui, vu le retard du vol, les deux heures d'escale que nous devions passer là-bas se sont transformées en nuit à l'hôtel, et pas n'importe lequel: océan Indien turquoise devant la terrasse, petites piscines tout autour de l'établissement, palmiers, sable blanc, grande chambre avec lit double de trois mètres de large, immense douche avec eau chaude, mini-bar, on est en Afrique là???
Dimanche 13 août, cette fois on y est!
Le choc est brutal: dès l'arrivée à l'aéroport, on est assailli par des hordes de malgaches prêts à tout pour porter nos sac et obtenir ainsi un pourboire. Heureusement que M et E sont venus nous chercher à l'aéroport, eux au moins ils connaissent le pays, ils savent comment faire! On grimpe dans un taxi, le chauffeur est saoul, il frotte deux câbles sous ce qui lui reste de tableau de bord et la voiture démarre! Mais on est dans quel film? Il y a des gens partout au bord et sur la route, des centaines et des centaines de personnes qui vont et viennent, un seau d'eau ou un panier sur la tête, des cyclistes transportant des kilos de bois sur leur dos, des autos en réparation au milieu de la route, des enfants, beaucoup d'enfants, partout. On roule à fond au milieu de toute cette agitation, on frôle les piétons, il n'y a pas de phares et il fait nuit noire, ça klaxonne à gauche à droite, ça saute de côté au dernier moment, et moi je transpire...
« Vu l'activité sur la route, il y a souvent des virages à faire au dernier moment pour éviter les gens, et c'est dans ces moments qu'au lieu de lever le pied le chauffeur accélère encore... »
Lundi 14 août, la découverte du taxi-brousse...
On part pour Morondava, une des villes les plus pauvres de Madagascar. Au programme, 600km de route plus ou moins goudronnée effectués en... 20h, à 15 dans un minibus empestant le gazoil et qui ne s'arrête que s'il y a une panne ou une crevaison... J'en maudis encore mon 1,85m! On m'avait dit « tu verras, c'est rigolo le taxi-brousse, il faut le faire au moins une fois dans sa vie ». Rigolo n'est peut-être pas le terme que j'aurais utilisé... ;-)
On arrive exténué à Morondava sur le coup de 11h... le lendemain!
« ...ce fut les 20 plus longues heures de ma vie... »
Mardi 15 août, dans le bidonville
Nous logeons dans des bungalows situés à quelques encablures du canal du Mozambique, sur une plage superbe, qui pourrait franchement être paradisiaque. Pourquoi pourrait? Simplement parce que cette magnifique plage au sable clair sert tout bonnement de toilettes publiques ou de déchetterie: les rats et d'autres bestioles du même genre y prolifèrent, et nous devons soigneusement vérifier où nous posons nos pieds...
Nous habitons juste à côté d'un grand bidonville, et le contact avec la misère ne se fait pas attendre. Les habitations en paille tressée mêlée à de la terre humidifiée sont plus que rudimentaires, les gens y dorment à même le sol, sur le sable. Les conditions sanitaires sont évidemment déplorables, les rues puent les défections et les eaux usées sont rejetées n'importe où, parfumant encore plus la ville... Nous sommes quelque peu sous le choc devant tant de pauvreté, mais après tout c'est bien ce que nous venions chercher ici.
« ...pourquoi venir ici si c'est pour se voiler la face, ne pas plonger au coeur de la pauvreté, ne pas rencontrer ces gens si différents de nous et pourtant si proches? »
« On ne voit ces quartiers défavorisés que dans les documentaires à la télévision, et se retrouver dedans paraît bien irréel. »
« Il est des expériences qui te façonnent un homme, chamboulant une bonne partie de sa façon de penser, d'envisager le monde et la vie; je crois que je suis en train d'en vivre une. »
Mercredi 16 août
Mauvaise nouvelle: au lieu de partir directement pour Mitsinjo, le petit village où nous allons travailler, nous sommes bloqués à Morondava pour une semaine. Notre contact sur place, sans qui nous ne pouvons aller au village, n'est pas là et ne reviendra pas avant quelques jours, pour une sombre histoire de douane... On aurait bien sûr préféré aller directement à Mitsinjo, mais on essaie de prendre cette embûche avec philosophie, on commencerait presque à s'y habituer de toute façon!
Au coucher du soleil, le premier moment fort du voyage survient sur la plage sous la forme d'une partie géante de football mêlant helvètes et malgaches, agrémentée de beaux gestes techniques, d'éclats de rire, de cloques aussi! ;-) Avant cela j'étais vraiment sceptique sur la notion de « football rassembleur des peuples » que l'on nous assène régulièrement, mais ce soir-là j'en ai compris la signification. Mémorable!
Jeudi 17 août, dans la peau d'un vahasa
Ici on nous appelle les vahasas, c'est-à-dire les étrangers, mais le terme désigne plus familièrement les blancs. Quand on se promène, on entend des « salut vahasa » à chaque coin de rue, partout, sans arrêt. La plupart du temps ce sont des salutations honnêtes, sympathiques, mais il arrive aussi qu'on subisse quelques moqueries, voire des méchancetés. Ici on est sans cesse dévisagé, où que l'on aille, quoi que l'on fasse, ce qui n'est pas forcément facile à gérer dans un pays où l'on ne connaît encore rien.
Vendredi 18 août, l'allée des baobabs
Ce soir nous allons faire un tour à l'allée des baobabs, non loin de Morondava, visite que j'attendais impatiemment. Je n'ai pas été déçu, ces arbres sont réellement magnifiques, et tellement étranges! On se demande comment un tronc pareil a pu se former. On essaie d'y grimper mais on oublie très vite. Puis vient le moment du coucher de soleil, un instant magique dans cette partie du globe. Les couleurs s'embrasent comme je ne l'avais jamais vu avant, c'est réellement hallucinant!
Samedi 19 août, ah oui c'est mon anniversaire!
On attend toujours à Morondava, et à vrai dire le temps commence à paraître un peu long. A part aller sur la plage et se promener dans les rues, il n'y a presque rien à faire ici... On est tous impatients d'aller à Mitsinjo, que notre trip commence véritablement!
« Je me réjouis d'aller à Mitsinjo, de voir ce qu'est la brousse malgache, de rencontrer les habitants du village, de donner un coup de main pour le projet de M. »
Dimanche 20 août, la frayeur
Je déteste les araignées, et c'est évidemment sur moi qu'une d'entre elles décide de foncer... Elle était énorme, rouge et blanche, avec de grosses pattes velues, et elle m'est passée entre les jambes, tandis que nous étions en train de boire un verre dans une petite gargote au bord de la plage. J'ai eu de la peine à continuer à suivre la discussion après, je suais à grosses gouttes, je n'arrivais plus à bouger ou à penser à autre chose et je ne voulais qu'une chose: rentrer au bungalow. Brrrrrr!!!
Lundi 21 août
Ca y est, demain on part à Mitsinjo! Notre contact arrive demain matin, et il nous embarquera dans son camion. Mitsinjo n'est séparé que d'une trentaine de km de Morondava, mais nous ferons deux heures pour y arriver, car la piste est défoncée, jonchée de nids de poule un peu partout, et on doit en plus franchir une rivière en cours de route. Le réseau routier ainsi que les véhicules de Madagascar, c'est vraiment quelque chose qu'il faut vivre pour comprendre!
Mardi 22 août, voilà Mitsinjo
Nous achetons du matériel pour le village: planches en bois pour le coffrage du barrage, tôles ondulées, ciment, fil de fer, vis et clous ainsi que divers objets pour bricoler. On comprend alors à quel point la vie est chère ici en voyant le prix qu'on doit payer pour ces quelques matériaux, quasiment le même qu'en Europe, alors que le salaire mensuel moyen est de 50 francs suisses (un tout petit peu plus de 30 euros)...
En route, nous découvrons enfin à quoi ressemble la brousse de la côte Ouest, nous traversons un grand fleuve avec de l'eau jusqu'aux essieux, et on a enfin l'impression de vivre l'aventure, telle qu'on la souhaitait depuis longtemps! On arrive à Mitsinjo alors que le soleil est déjà couché, il fait nuit noire.
« Ca y est, l'aventure malgache a cette fois-ci réellement débuté. »
Mercredi 23 août, au boulot!
On est arrivé hier soir dans le village, du coup on découvre gentiment les lieux ce matin. On va voir le canal qui est en grande partie déjà creusé, on rencontre les habitants du village, les enfants aussi, on essaie de discuter un peu, même si l'obstacle de la langue est important. Le village est totalement isolé, situé en pleine brousse, au milieu de la forêt tropicale sèche, et les gens qui y habitent n'en sortent que très rarement. C'est une grande communauté, presque une grande famille. Les paysages sont constitués de rizières d'un vert pétant, à la limite du fluo, et de broussaille épineuse, jujubier en premier lieu, dans laquelle il vaut mieux ne pas tomber, faute de se retrouver en tenue d'Adam pour le reste de la journée. ;-) Tout est sec ici, et tout est plat, il n'y a pas la moindre esquisse de relief à des km à la ronde, ce qui nous pèsera un peu par la suite.
Nous commençons les travaux dans la matinée et l'après-midi nous construisons, J et moi, une balançoire pour les enfants du village, avec les moyens du bord: un peu de fil de fer, un bout de corde et du bois coupé dans la forêt. Par la suite notre balançoire ne sera plus délaissée durant tout le reste du séjour, ça fait plaisir!
« Je suis impressionné par la vivacité des enfants, leur soif de vie et de savoir, leur émerveillement devant quelques tours de « magie » pourtant très simples. Ces gosses-là ont beaucoup à nous apprendre, nous occidentaux que plus rien n'étonne. »
Jeudi 24 août, quand la maladie s'installe
La nuit a été pénible pour J et moi. Il est presque impossible de voyager en Afrique sans connaître un jour ou l'autre des problèmes intestinaux, et nous n'aurons pas été l'exception confirmant la règle. Toutes les demi-heures nos boyaux jouaient leur concerto à notre plus grand désarroi et nous devions sortir le plus vite possible du bungalow et courir, courir pour... inutile de vous faire un dessin j'imagine! ;-)
« Je suis content d'être avec lui et de pouvoir parler. On a les deux un peu le mal du pays par moment, et en discuter nous fait le plus grand bien. Les montagnes nous manquent, on en a un peu marre de ce paysage plat, bien que charmant au premier abord. La platitude engendre vite en nous une certaine monotonie. » (en parlant de J)
Vendredi 25 août, coup de blues
La nuit s'est mieux passée, mais ce n'est pas encore la grande forme, ces coliques exaspérantes m'ôtent toute mon énergie! Je me mets à broyer du noir, j'en ai marre de ce village, je m'y ennuie. En plus il fait une de ces chaleurs moite et étouffante aujourd'hui, moi qui aime le froid j'ai de la peine...
Je me motive quand même pour le travail et le soir je vais déjà nettement mieux. Ce n'est toujours pas génial, mais ça ira je pense, j'espère.
« J'étais vidé de toute énergie ce matin à cause de cette fichue diarrhée, je suis retourné me coucher après le petit-déjeuner, et j'ai craqué... »
Samedi 26 août
Les travaux avancent bien, avec leur lot de mauvaises surprises mais c'est normal. A Madagascar, c'est quand tout va bien qu'il faut se poser des questions!
Je suis toujours malade, et la Suisse me manque par moment. J'ai envie d'aller marcher dans les Préalpes, de manger un bon vacherin d'alpage, bref de jouir de toutes ces petites choses qui rendent la vie si belle!
« Je pense beaucoup à la Suisse, je me rends encore plus compte de la chance qu'on a dans ce petit pays, où l'eau potable coule à flots, le confort est omniprésent, il n'y a pas de petites bestioles porteuses de virus mortels, il n'y a pas besoin de faire attention à tout ce qu'on mange, c'est vraiment un luxe dont on ne se rend pas compte! »
Dimanche 27 août, le crocodile
Le dimanche, c'est chasse au croco! On m'avait dit que le coin infestait de crocodiles, mais je ne pensais pas que j'assisterais à une chasse! Eh bien oui! 4,5m de long, plusieurs centaines de kilos, des dents de la taille d'une lame de couteau suisse, c'était un beau morceau, réellement impressionnant!
Je vais nettement mieux aujourd'hui, et cela se ressent sur mon moral, je suis content, heureux d'être là et pas ailleurs. Pourvu que la maladie ne soit qu'un mauvais souvenir...
Les travaux se poursuivent, le canal est désormais entièrement creusé, et nous sommes en train de préparer la construction du barrage en béton. Demain nous retournerons à Morondava pour acheter des planches, prendre une bonne douche et faire un peu de lessive, avant de revenir ici pour terminer le projet.
« Ce que j'attends le plus: la douche. Une semaine dans la poussière, à transpirer sous le soleil en travaillant, je suis peu présentable... »
Lundi 28 août, la maladie, encore et toujours...
Ainsi mon rétablissement n'était qu'éphémère... En plus un début d'angine s'est ajouté à mes problèmes intestinaux... Difficile de garder le moral dans ces conditions.
« J'ai rarement autant apprécier une douche, fut elle froide. »
« J'en avais vraiment marre au point de vouloir rentrer au plus vite... »
Mardi 29 août, de retour à Mitsinjo
Nous sommes de retour à Mitsinjo jusqu'à vendredi, pour terminer la construction de notre barrage et ainsi mener à bien notre projet.
Je ne vais toujours pas mieux, quand ma gorge a cessé de me faire souffrir c'est mon oreille qui a pris le relais, au point de me faire prendre trois comprimés de paracétamol pour réussir à m'endormir...
« J'espère retrouver la santé au plus vite, tant il est vrai qu'il m'est difficile de profiter des événements dans l'état physique dans lequel je suis. Quelle poisse de tomber malade ici, moi qui rêvais de ce voyage depuis si longtemps! »
Mercredi 30 août, toujours malade...
Je n'étais pas du tout en forme aujourd'hui, je n'ai pas pu participer aux travaux du barrage, qui avancent bien, encore une grosse journée de boulot demain et on devrait pouvoir tout terminer à temps.
Vendredi nous partirons pour Tuléar, plus au Sud sur la côte Ouest, et de là nous quitterons M et E et commencerons notre trip, J et moi. Nous avons plein de projets et nous espérons ne pas manquer de temps.
Jeudi 31 août, fin du projet
Nous avons bossé comme des dingues, et heureusement car il fallait bien ça pour achever la construction du barrage à temps. La bétonnière et la génératrice nous ont lâché dans les derniers moments, et nous avons dû finir le béton à la main. M est heureux, nous aussi, on se sent léger car tout ce qu'on avait à faire est terminé!
Après 10 jours à Mitsinjo, on commence à se faire à la vie du village, à connaître les habitants, et presque à se sentir chez soi! La santé va beaucoup mieux aujourd'hui même si c'est pas encore la grande forme, j'espère que ça continuera de s'améliorer pour la suite du voyage!
Vendredi 1 septembre, retour à Morondava
On quitte à regret Mitsinjo. Malgré les ennuis de santé, je sens que ce village va beaucoup me manquer à l'avenir. On y a vécu une dizaine de jours, on a appris à connaître les habitants, à s'en faire apprécier, on a joué avec les enfants, tous plus attachants les uns que les autres. J'avais toujours rêvé de vivre une fois dans un village de l'Afrique profonde, isolé, simple, calme, c'est désormais fait! La gentillesse des gens, leur générosité alors même qu'ils n'ont rien, tout cela restera des souvenirs très forts, dont je ne suis pas près de me défaire. A l'heure où j'écris ces quelques lignes, l'émotion est encore bien palpable.
Samedi 2 septembre, le camion-brousse...
Nous devions normalement prendre le camion-brousse pour Tuléar, en empruntant une piste complètement défoncée à travers la brousse malgache. Le trajet aurait dû durer 48 heures, juste ce qu'il faut, quoi! ;-)
Pour comprendre ce qu'est un camion-brousse, essayez d'imaginer une boîte de sardines à l'échelle humaine montée sur de grosses roues, c'est à peu près ça... Nous étions sept adultes plus quelques enfants par banquette, alors que franchement à cinq ça aurait déjà été franchement serré! Mes genoux s'enfonçaient d'une dizaine de cm dans le siège de devant, les coccyx de mes voisins se touchaient derrière moi, il n'y avait absolument pas moyen de ne bouger ne serait-ce que de quelques cm... J'ai rarement touché le fond dans ma vie, mais ce jour-là je crois que je peux dire que c'était ça! Pour tout dire j'ai même pensé durant un instant aux trains emmenant les juifs vers les camps de concentration... C'est difficilement comparable vous me direz, n'empêche que je ne suis pas le seul à y avoir pensé. Tout ça pour dire que ce fut un véritable cauchemar, qu'après trois heures dans cet enfer sur roues je pleurais déjà, et qu'une heure plus tard nous sommes sortis, J et moi, reprenant nos sacs de montagne sur le toit et rentrant à pied à Morondava. Nous avons donc quittés M et E un peu plus abruptement que prévu, mais ils ont parfaitement compris la situation.
Je vous parlais du réseau routier malgache comme de quelque chose d'incroyable. Pour vous donner une idée de la situation sachez que nous sommes rentrés à Morondava en trois heures, alors que le trajet jusque là avait pris quatre heures! Durant ces trois heures de marche, nous sommes passés dans de petits villages isolés comme Mitsinjo, où les gens accouraient avec le sourire jusqu'aux oreilles pour nous voir passer. L'endroit est tellement reculé que je ne sais même pas si ils avaient déjà vu des hommes blancs dans leur vie. En tout cas pas deux sortant à pied de nul part avec d'énormes sacs sur le dos et allant Dieu sait où... Cela devait être complètement irréel pour eux! Et pour nous une expérience extraordinaire, qui a véritablement marqué le début de notre trip à J et à moi! Nous sommes passés de l'enfer au paradis en quelques dizaines de minutes, nos trois semaines de voyage ne pouvaient pas mieux commencer!
« Impossible de bouger la moindre, de changer de position, et il aurait fallu y rester 48 heures! »
Dimanche 3 septembre, Antsirabe et les Hautes Terres
Après une nuit réparatrice dans un hôtel, le premier du voyage, nous avons pris un taxi-brousse pour Antsirabe, dans les Hautes Terres, d'où notre périple débutera. Il s'agit du même taxi-brousse que celui qui nous avait emmené à Morondava au début du voyage, celui-là même pour lequel j'avais dit que « ce fut les 20 plus longues heures de ma vie ». Et bien après la triste expérience du camion-brousse de la veille, quel luxe de monter dedans: on a la place pour bouger un peu les jambes, génial! Le camion-brousse aura au moins eu le mérite de nous faire apprécier plus facilement tous les autres trajets effectués par la suite, et c'est déjà pas mal!
Nous remontons petit à petit vers les Hautes Terres, les paysages changent en cours de route, les maisons sont de plus en plus construites en dur, les routes deviennent meilleures également, on sent nettement que cette région est moins pauvre que la côte. Nous apercevons quelques collines, puis carrément des montagnes! Ah, que c'est beau, que ça fait du bien après trois semaines dans la platitude la plus totale! C'est d'ailleurs cette platitude qui nous a poussés, J et moi, à se fixer comme principale priorité du périple l'ascension du Pic Boby, le plus haut sommet accessible de Madagascar.
« Je me réjouis vraiment plus que tout d'aller à l'Andringitra, le massif montagneux où se trouve le Pic Boby. Moi pour qui la montagne est une vraie passion, le temps me paraît long d'ici qu'on y soit. Vraiment, j'ai hâte. »
La suite de mon voyage bientôt...
>> lire la suite
Quand je retrouvai un ami d'enfance, que j'appellerai M, sur les bancs de l'université et que j'appris au fil des discussions qu'il menait chaque année des projets d'aide au développement à Madagascar, je sautai sur l'occasion. Cette année son projet (parmi d'autres) consistait à creuser un canal d'irrigation afin de permettre à un petit village isolé du nom de Mitsinjo, d'intensifier ses récoltes dans un premier temps, puis de les diversifier pour au final accéder au commerce. C'est grossièrement résumé mais je préfère ne pas m'étaler, sans quoi personne n'aura le courage de lire mon article.
Mon périple se divise en deux parties: d'abord trois semaines à Mitsinjo, non loin de Morondava, sur la côte Ouest, afin de mener à bien le projet, puis trois semaines à la découverte des Hautes Terres et de la côte Est. Nous étions quatre les trois premières semaines, dont deux connaissant bien le pays et nous ayant un peu servis de guides, avant de nous laisser faire nos propres découvertes et expériences durant les trois dernières semaines. Cet article concerne la première partie du voyage.
J'ai écrit ce texte en relisant mon carnet de bord, et j'ai essayé d'en garder l'esprit, afin de préserver l'authenticité du moment où j'écrivais. J'ai tenté d'y piocher quelques phrases illustrant mes journées, que j'ai à chaque fois notées en italique.
Ce texte n'est bien sûr qu'un condensé, de nombreux passages n'ont que peu voire pas d'intérêt ici, j'espère néanmoins que mon récit restera compréhensible et agréable à lire.
Pour vous permettre de mieux me suivre à travers mon périple, voici une carte très bien faite de Madagascar:
http://www.routard.com/guide_carte/code_dest/madagascar.htm
Vendredi 11 août 2006, une demi-heure avant de partir de chez moi
Driiiiiing, driiiiiing!
« - Allô?
- Bonjour, c'est l'agence de voyage G, vous êtes bien V?
- Oui c'est moi.
- Dans ce cas j'ai une mauvaise nouvelle pour vous: votre vol est reporté à demain matin.
- ....
- ...
- Au revoir, toutes nos excuses. »
On nous avait promis de l'aventure, nous avons au moins été servis dès le début!
Samedi 12 août, jour du départ ...enfin, on espère!
Alors qu'on s'attendait, J et moi, à dormir par terre, au milieu des rats et des détritus, à ne plus rien manger ou presque durant six semaines (ben oui, on est souvent un peu paranoïaque quand on s'apprête à partir à l'inconnu ;-) ), voilà qu'on se retrouve dans un hôtel cinq étoiles à l'île Maurice! Ben oui, vu le retard du vol, les deux heures d'escale que nous devions passer là-bas se sont transformées en nuit à l'hôtel, et pas n'importe lequel: océan Indien turquoise devant la terrasse, petites piscines tout autour de l'établissement, palmiers, sable blanc, grande chambre avec lit double de trois mètres de large, immense douche avec eau chaude, mini-bar, on est en Afrique là???
Dimanche 13 août, cette fois on y est!
Le choc est brutal: dès l'arrivée à l'aéroport, on est assailli par des hordes de malgaches prêts à tout pour porter nos sac et obtenir ainsi un pourboire. Heureusement que M et E sont venus nous chercher à l'aéroport, eux au moins ils connaissent le pays, ils savent comment faire! On grimpe dans un taxi, le chauffeur est saoul, il frotte deux câbles sous ce qui lui reste de tableau de bord et la voiture démarre! Mais on est dans quel film? Il y a des gens partout au bord et sur la route, des centaines et des centaines de personnes qui vont et viennent, un seau d'eau ou un panier sur la tête, des cyclistes transportant des kilos de bois sur leur dos, des autos en réparation au milieu de la route, des enfants, beaucoup d'enfants, partout. On roule à fond au milieu de toute cette agitation, on frôle les piétons, il n'y a pas de phares et il fait nuit noire, ça klaxonne à gauche à droite, ça saute de côté au dernier moment, et moi je transpire...
« Vu l'activité sur la route, il y a souvent des virages à faire au dernier moment pour éviter les gens, et c'est dans ces moments qu'au lieu de lever le pied le chauffeur accélère encore... »
Lundi 14 août, la découverte du taxi-brousse...
On part pour Morondava, une des villes les plus pauvres de Madagascar. Au programme, 600km de route plus ou moins goudronnée effectués en... 20h, à 15 dans un minibus empestant le gazoil et qui ne s'arrête que s'il y a une panne ou une crevaison... J'en maudis encore mon 1,85m! On m'avait dit « tu verras, c'est rigolo le taxi-brousse, il faut le faire au moins une fois dans sa vie ». Rigolo n'est peut-être pas le terme que j'aurais utilisé... ;-)
On arrive exténué à Morondava sur le coup de 11h... le lendemain!
« ...ce fut les 20 plus longues heures de ma vie... »
Mardi 15 août, dans le bidonville
Nous logeons dans des bungalows situés à quelques encablures du canal du Mozambique, sur une plage superbe, qui pourrait franchement être paradisiaque. Pourquoi pourrait? Simplement parce que cette magnifique plage au sable clair sert tout bonnement de toilettes publiques ou de déchetterie: les rats et d'autres bestioles du même genre y prolifèrent, et nous devons soigneusement vérifier où nous posons nos pieds...
Nous habitons juste à côté d'un grand bidonville, et le contact avec la misère ne se fait pas attendre. Les habitations en paille tressée mêlée à de la terre humidifiée sont plus que rudimentaires, les gens y dorment à même le sol, sur le sable. Les conditions sanitaires sont évidemment déplorables, les rues puent les défections et les eaux usées sont rejetées n'importe où, parfumant encore plus la ville... Nous sommes quelque peu sous le choc devant tant de pauvreté, mais après tout c'est bien ce que nous venions chercher ici.
« ...pourquoi venir ici si c'est pour se voiler la face, ne pas plonger au coeur de la pauvreté, ne pas rencontrer ces gens si différents de nous et pourtant si proches? »
« On ne voit ces quartiers défavorisés que dans les documentaires à la télévision, et se retrouver dedans paraît bien irréel. »
« Il est des expériences qui te façonnent un homme, chamboulant une bonne partie de sa façon de penser, d'envisager le monde et la vie; je crois que je suis en train d'en vivre une. »
Mercredi 16 août
Mauvaise nouvelle: au lieu de partir directement pour Mitsinjo, le petit village où nous allons travailler, nous sommes bloqués à Morondava pour une semaine. Notre contact sur place, sans qui nous ne pouvons aller au village, n'est pas là et ne reviendra pas avant quelques jours, pour une sombre histoire de douane... On aurait bien sûr préféré aller directement à Mitsinjo, mais on essaie de prendre cette embûche avec philosophie, on commencerait presque à s'y habituer de toute façon!
Au coucher du soleil, le premier moment fort du voyage survient sur la plage sous la forme d'une partie géante de football mêlant helvètes et malgaches, agrémentée de beaux gestes techniques, d'éclats de rire, de cloques aussi! ;-) Avant cela j'étais vraiment sceptique sur la notion de « football rassembleur des peuples » que l'on nous assène régulièrement, mais ce soir-là j'en ai compris la signification. Mémorable!
Jeudi 17 août, dans la peau d'un vahasa
Ici on nous appelle les vahasas, c'est-à-dire les étrangers, mais le terme désigne plus familièrement les blancs. Quand on se promène, on entend des « salut vahasa » à chaque coin de rue, partout, sans arrêt. La plupart du temps ce sont des salutations honnêtes, sympathiques, mais il arrive aussi qu'on subisse quelques moqueries, voire des méchancetés. Ici on est sans cesse dévisagé, où que l'on aille, quoi que l'on fasse, ce qui n'est pas forcément facile à gérer dans un pays où l'on ne connaît encore rien.
Vendredi 18 août, l'allée des baobabs
Ce soir nous allons faire un tour à l'allée des baobabs, non loin de Morondava, visite que j'attendais impatiemment. Je n'ai pas été déçu, ces arbres sont réellement magnifiques, et tellement étranges! On se demande comment un tronc pareil a pu se former. On essaie d'y grimper mais on oublie très vite. Puis vient le moment du coucher de soleil, un instant magique dans cette partie du globe. Les couleurs s'embrasent comme je ne l'avais jamais vu avant, c'est réellement hallucinant!
Samedi 19 août, ah oui c'est mon anniversaire!
On attend toujours à Morondava, et à vrai dire le temps commence à paraître un peu long. A part aller sur la plage et se promener dans les rues, il n'y a presque rien à faire ici... On est tous impatients d'aller à Mitsinjo, que notre trip commence véritablement!
« Je me réjouis d'aller à Mitsinjo, de voir ce qu'est la brousse malgache, de rencontrer les habitants du village, de donner un coup de main pour le projet de M. »
Dimanche 20 août, la frayeur
Je déteste les araignées, et c'est évidemment sur moi qu'une d'entre elles décide de foncer... Elle était énorme, rouge et blanche, avec de grosses pattes velues, et elle m'est passée entre les jambes, tandis que nous étions en train de boire un verre dans une petite gargote au bord de la plage. J'ai eu de la peine à continuer à suivre la discussion après, je suais à grosses gouttes, je n'arrivais plus à bouger ou à penser à autre chose et je ne voulais qu'une chose: rentrer au bungalow. Brrrrrr!!!
Lundi 21 août
Ca y est, demain on part à Mitsinjo! Notre contact arrive demain matin, et il nous embarquera dans son camion. Mitsinjo n'est séparé que d'une trentaine de km de Morondava, mais nous ferons deux heures pour y arriver, car la piste est défoncée, jonchée de nids de poule un peu partout, et on doit en plus franchir une rivière en cours de route. Le réseau routier ainsi que les véhicules de Madagascar, c'est vraiment quelque chose qu'il faut vivre pour comprendre!
Mardi 22 août, voilà Mitsinjo
Nous achetons du matériel pour le village: planches en bois pour le coffrage du barrage, tôles ondulées, ciment, fil de fer, vis et clous ainsi que divers objets pour bricoler. On comprend alors à quel point la vie est chère ici en voyant le prix qu'on doit payer pour ces quelques matériaux, quasiment le même qu'en Europe, alors que le salaire mensuel moyen est de 50 francs suisses (un tout petit peu plus de 30 euros)...
En route, nous découvrons enfin à quoi ressemble la brousse de la côte Ouest, nous traversons un grand fleuve avec de l'eau jusqu'aux essieux, et on a enfin l'impression de vivre l'aventure, telle qu'on la souhaitait depuis longtemps! On arrive à Mitsinjo alors que le soleil est déjà couché, il fait nuit noire.
« Ca y est, l'aventure malgache a cette fois-ci réellement débuté. »
Mercredi 23 août, au boulot!
On est arrivé hier soir dans le village, du coup on découvre gentiment les lieux ce matin. On va voir le canal qui est en grande partie déjà creusé, on rencontre les habitants du village, les enfants aussi, on essaie de discuter un peu, même si l'obstacle de la langue est important. Le village est totalement isolé, situé en pleine brousse, au milieu de la forêt tropicale sèche, et les gens qui y habitent n'en sortent que très rarement. C'est une grande communauté, presque une grande famille. Les paysages sont constitués de rizières d'un vert pétant, à la limite du fluo, et de broussaille épineuse, jujubier en premier lieu, dans laquelle il vaut mieux ne pas tomber, faute de se retrouver en tenue d'Adam pour le reste de la journée. ;-) Tout est sec ici, et tout est plat, il n'y a pas la moindre esquisse de relief à des km à la ronde, ce qui nous pèsera un peu par la suite.
Nous commençons les travaux dans la matinée et l'après-midi nous construisons, J et moi, une balançoire pour les enfants du village, avec les moyens du bord: un peu de fil de fer, un bout de corde et du bois coupé dans la forêt. Par la suite notre balançoire ne sera plus délaissée durant tout le reste du séjour, ça fait plaisir!
« Je suis impressionné par la vivacité des enfants, leur soif de vie et de savoir, leur émerveillement devant quelques tours de « magie » pourtant très simples. Ces gosses-là ont beaucoup à nous apprendre, nous occidentaux que plus rien n'étonne. »
Jeudi 24 août, quand la maladie s'installe
La nuit a été pénible pour J et moi. Il est presque impossible de voyager en Afrique sans connaître un jour ou l'autre des problèmes intestinaux, et nous n'aurons pas été l'exception confirmant la règle. Toutes les demi-heures nos boyaux jouaient leur concerto à notre plus grand désarroi et nous devions sortir le plus vite possible du bungalow et courir, courir pour... inutile de vous faire un dessin j'imagine! ;-)
« Je suis content d'être avec lui et de pouvoir parler. On a les deux un peu le mal du pays par moment, et en discuter nous fait le plus grand bien. Les montagnes nous manquent, on en a un peu marre de ce paysage plat, bien que charmant au premier abord. La platitude engendre vite en nous une certaine monotonie. » (en parlant de J)
Vendredi 25 août, coup de blues
La nuit s'est mieux passée, mais ce n'est pas encore la grande forme, ces coliques exaspérantes m'ôtent toute mon énergie! Je me mets à broyer du noir, j'en ai marre de ce village, je m'y ennuie. En plus il fait une de ces chaleurs moite et étouffante aujourd'hui, moi qui aime le froid j'ai de la peine...
Je me motive quand même pour le travail et le soir je vais déjà nettement mieux. Ce n'est toujours pas génial, mais ça ira je pense, j'espère.
« J'étais vidé de toute énergie ce matin à cause de cette fichue diarrhée, je suis retourné me coucher après le petit-déjeuner, et j'ai craqué... »
Samedi 26 août
Les travaux avancent bien, avec leur lot de mauvaises surprises mais c'est normal. A Madagascar, c'est quand tout va bien qu'il faut se poser des questions!
Je suis toujours malade, et la Suisse me manque par moment. J'ai envie d'aller marcher dans les Préalpes, de manger un bon vacherin d'alpage, bref de jouir de toutes ces petites choses qui rendent la vie si belle!
« Je pense beaucoup à la Suisse, je me rends encore plus compte de la chance qu'on a dans ce petit pays, où l'eau potable coule à flots, le confort est omniprésent, il n'y a pas de petites bestioles porteuses de virus mortels, il n'y a pas besoin de faire attention à tout ce qu'on mange, c'est vraiment un luxe dont on ne se rend pas compte! »
Dimanche 27 août, le crocodile
Le dimanche, c'est chasse au croco! On m'avait dit que le coin infestait de crocodiles, mais je ne pensais pas que j'assisterais à une chasse! Eh bien oui! 4,5m de long, plusieurs centaines de kilos, des dents de la taille d'une lame de couteau suisse, c'était un beau morceau, réellement impressionnant!
Je vais nettement mieux aujourd'hui, et cela se ressent sur mon moral, je suis content, heureux d'être là et pas ailleurs. Pourvu que la maladie ne soit qu'un mauvais souvenir...
Les travaux se poursuivent, le canal est désormais entièrement creusé, et nous sommes en train de préparer la construction du barrage en béton. Demain nous retournerons à Morondava pour acheter des planches, prendre une bonne douche et faire un peu de lessive, avant de revenir ici pour terminer le projet.
« Ce que j'attends le plus: la douche. Une semaine dans la poussière, à transpirer sous le soleil en travaillant, je suis peu présentable... »
Lundi 28 août, la maladie, encore et toujours...
Ainsi mon rétablissement n'était qu'éphémère... En plus un début d'angine s'est ajouté à mes problèmes intestinaux... Difficile de garder le moral dans ces conditions.
« J'ai rarement autant apprécier une douche, fut elle froide. »
« J'en avais vraiment marre au point de vouloir rentrer au plus vite... »
Mardi 29 août, de retour à Mitsinjo
Nous sommes de retour à Mitsinjo jusqu'à vendredi, pour terminer la construction de notre barrage et ainsi mener à bien notre projet.
Je ne vais toujours pas mieux, quand ma gorge a cessé de me faire souffrir c'est mon oreille qui a pris le relais, au point de me faire prendre trois comprimés de paracétamol pour réussir à m'endormir...
« J'espère retrouver la santé au plus vite, tant il est vrai qu'il m'est difficile de profiter des événements dans l'état physique dans lequel je suis. Quelle poisse de tomber malade ici, moi qui rêvais de ce voyage depuis si longtemps! »
Mercredi 30 août, toujours malade...
Je n'étais pas du tout en forme aujourd'hui, je n'ai pas pu participer aux travaux du barrage, qui avancent bien, encore une grosse journée de boulot demain et on devrait pouvoir tout terminer à temps.
Vendredi nous partirons pour Tuléar, plus au Sud sur la côte Ouest, et de là nous quitterons M et E et commencerons notre trip, J et moi. Nous avons plein de projets et nous espérons ne pas manquer de temps.
Jeudi 31 août, fin du projet
Nous avons bossé comme des dingues, et heureusement car il fallait bien ça pour achever la construction du barrage à temps. La bétonnière et la génératrice nous ont lâché dans les derniers moments, et nous avons dû finir le béton à la main. M est heureux, nous aussi, on se sent léger car tout ce qu'on avait à faire est terminé!
Après 10 jours à Mitsinjo, on commence à se faire à la vie du village, à connaître les habitants, et presque à se sentir chez soi! La santé va beaucoup mieux aujourd'hui même si c'est pas encore la grande forme, j'espère que ça continuera de s'améliorer pour la suite du voyage!
Vendredi 1 septembre, retour à Morondava
On quitte à regret Mitsinjo. Malgré les ennuis de santé, je sens que ce village va beaucoup me manquer à l'avenir. On y a vécu une dizaine de jours, on a appris à connaître les habitants, à s'en faire apprécier, on a joué avec les enfants, tous plus attachants les uns que les autres. J'avais toujours rêvé de vivre une fois dans un village de l'Afrique profonde, isolé, simple, calme, c'est désormais fait! La gentillesse des gens, leur générosité alors même qu'ils n'ont rien, tout cela restera des souvenirs très forts, dont je ne suis pas près de me défaire. A l'heure où j'écris ces quelques lignes, l'émotion est encore bien palpable.
Samedi 2 septembre, le camion-brousse...
Nous devions normalement prendre le camion-brousse pour Tuléar, en empruntant une piste complètement défoncée à travers la brousse malgache. Le trajet aurait dû durer 48 heures, juste ce qu'il faut, quoi! ;-)
Pour comprendre ce qu'est un camion-brousse, essayez d'imaginer une boîte de sardines à l'échelle humaine montée sur de grosses roues, c'est à peu près ça... Nous étions sept adultes plus quelques enfants par banquette, alors que franchement à cinq ça aurait déjà été franchement serré! Mes genoux s'enfonçaient d'une dizaine de cm dans le siège de devant, les coccyx de mes voisins se touchaient derrière moi, il n'y avait absolument pas moyen de ne bouger ne serait-ce que de quelques cm... J'ai rarement touché le fond dans ma vie, mais ce jour-là je crois que je peux dire que c'était ça! Pour tout dire j'ai même pensé durant un instant aux trains emmenant les juifs vers les camps de concentration... C'est difficilement comparable vous me direz, n'empêche que je ne suis pas le seul à y avoir pensé. Tout ça pour dire que ce fut un véritable cauchemar, qu'après trois heures dans cet enfer sur roues je pleurais déjà, et qu'une heure plus tard nous sommes sortis, J et moi, reprenant nos sacs de montagne sur le toit et rentrant à pied à Morondava. Nous avons donc quittés M et E un peu plus abruptement que prévu, mais ils ont parfaitement compris la situation.
Je vous parlais du réseau routier malgache comme de quelque chose d'incroyable. Pour vous donner une idée de la situation sachez que nous sommes rentrés à Morondava en trois heures, alors que le trajet jusque là avait pris quatre heures! Durant ces trois heures de marche, nous sommes passés dans de petits villages isolés comme Mitsinjo, où les gens accouraient avec le sourire jusqu'aux oreilles pour nous voir passer. L'endroit est tellement reculé que je ne sais même pas si ils avaient déjà vu des hommes blancs dans leur vie. En tout cas pas deux sortant à pied de nul part avec d'énormes sacs sur le dos et allant Dieu sait où... Cela devait être complètement irréel pour eux! Et pour nous une expérience extraordinaire, qui a véritablement marqué le début de notre trip à J et à moi! Nous sommes passés de l'enfer au paradis en quelques dizaines de minutes, nos trois semaines de voyage ne pouvaient pas mieux commencer!
« Impossible de bouger la moindre, de changer de position, et il aurait fallu y rester 48 heures! »
Dimanche 3 septembre, Antsirabe et les Hautes Terres
Après une nuit réparatrice dans un hôtel, le premier du voyage, nous avons pris un taxi-brousse pour Antsirabe, dans les Hautes Terres, d'où notre périple débutera. Il s'agit du même taxi-brousse que celui qui nous avait emmené à Morondava au début du voyage, celui-là même pour lequel j'avais dit que « ce fut les 20 plus longues heures de ma vie ». Et bien après la triste expérience du camion-brousse de la veille, quel luxe de monter dedans: on a la place pour bouger un peu les jambes, génial! Le camion-brousse aura au moins eu le mérite de nous faire apprécier plus facilement tous les autres trajets effectués par la suite, et c'est déjà pas mal!
Nous remontons petit à petit vers les Hautes Terres, les paysages changent en cours de route, les maisons sont de plus en plus construites en dur, les routes deviennent meilleures également, on sent nettement que cette région est moins pauvre que la côte. Nous apercevons quelques collines, puis carrément des montagnes! Ah, que c'est beau, que ça fait du bien après trois semaines dans la platitude la plus totale! C'est d'ailleurs cette platitude qui nous a poussés, J et moi, à se fixer comme principale priorité du périple l'ascension du Pic Boby, le plus haut sommet accessible de Madagascar.
« Je me réjouis vraiment plus que tout d'aller à l'Andringitra, le massif montagneux où se trouve le Pic Boby. Moi pour qui la montagne est une vraie passion, le temps me paraît long d'ici qu'on y soit. Vraiment, j'ai hâte. »
La suite de mon voyage bientôt...
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L'art de réinventer un endroit connu et reconnu.
J'aime beaucoup l'avant dernière, qui laisse l'esprit courir...
Merci d'etre venu, t'as assure!