Désolé pour le style gendarmesque: no time!!

Voila près de 32 ans, en 1972, Dimitrije Milovich inventait le snowboard moderne. Cela semble très loin pour les très jeunes riders, et très proche pour les riders de la premiere et deuxieme generation (*)( *pionniers: 1972-1983 ( de la création de Winterstick à Apocalypse snow), deuxieme gen: 83-92 ( du choc d'Apocalypse snow à l'age d'or de l'alpin), troisieme gen: 92-2004 (généralisation des soft boots)). Dans quelle situation est notre sport aujourd'hui? Vers où évolue t-il? Des pratiquants commencent à s'interroger, pronant le retour du Style, dans un esprit plus libre, débarassé du marketing et des autres considérations marchandes. Cet article a pour but de partager ce point de vue avec ceux qui ne connaissent le snowboard que tel qu'il est vendu et proposé par la société de consommation. Bien entendu certains propos choqueront: le but étant bien sur de faire avancer la reflexion, pas de provoquer de polémiques. Je prends l'exemple du carving pour montrer comment une démarche particulière exigente vise à recoller avec cet esprit pionnier, sans pour autant rejeter les autres tentatives.

Il faut bien voir tout d'abord la relation entre l'histoire du snowboard, et sa relation avec l'industrie de la montagne, pour bien comprendre pourquoi nous traversons depuis quelques années déjà une grave crise d'identité. On pourra ensuite essayer de trouver des alternatives pour en sortir.

Les années pionnières, les années 70 furent marquées par les plus folles expérimentations: les pionniers créeaient leurs planches et se battaient contre les stations pour se faire accepter, et parvenir à utiliser les remontées mécaniques. C'était l'époque des shapers de garage, du génie de certains créant leur marque, inventant à chaque nouvelle planche de nouveaux outils pour glisser. En dehors des USA, la plupart d'entre nous n'entendirent pas parler de ce nouveau sport, et cette première génération de riders était peu nombreuse, utilisant ce qui pouvait s'adapter pour s'habiller et se lacher dans la poudre sans carres ni fixations.

Les années 80 marquent le développement du sport grâce à la vidéo, et aux images que visionne la generation X ( en france par le biais des nuits de la glisse dans les MJC de province par exemple ). L'influence de Régis Rolland est alors considérable: La plupart des gens l'observant échapper aux vilains monoskieurs dans la trilogie Apocalypse Snow veulent alors connaître des sensations de glisse similaire. De là débute en europe la mode du snowboard et des années glisse et fun, ou les fringues fluos, les écrans total zink fluo et les lunettes de soleil blanches a verre miroir sont de rigueur! Le snowboard explose alors avec la création de nombreuses marques de part le monde, la plupart crées par des riders à un moment ou l'industrie vieillissante du ski se refuse à croire à autre chose qu'une mode passagère, de toute façon trop localisée pour y investir.

Les années 90 voient le développement des niches et des differentes disciplines, et l'explosion du freestyle par opposition, en europe principalement à l'alpin qui porte alors l'image négative d'un esprit trop proche du ski et de la compétition. Les marques de skis choisissent ce moment pour créer des marques écran de fumée masquant leur réelles origines, afin d'éviter d'êtres démasquées et boycottées. Oxygen et O'sin sont les noms de guerre de Atomic et Dynastar pour exister, ce qui leur est facile grâce a leur réseau de vente ski. Cette décenie marque également l'énorme influence du snowboard sur le ski, et le sauvetage du marché stagnant du ski par l'adoption de lignes de cotes et d'attitudes importées directement du snowboard.

Un sport mature mais un comportement immature

Dix ans ont passé, et nous sommes aujourd'hui pilotés par le freestyle et des gamins pro riders de 16 ans tatoués, piercés et markétés.
Les boites de skis contrôlent la quasi totalité du marché, soit en rachetant et sabordant la concurrence ( A-Snowboard...), soit en apparaissant au grand jour en absorbant les noms de guerres ''snowboard'' ( Osin et Oxygen ont été absorbés par leur parents respectifs). Dorénavant, l'esprit snowboard est crée par des marketeurs en tendances qui décident un ou deux ans à l'avance quelles sont les couleurs à porter, quelles décos et quelles planches rider, et combien les parents vont dépenser pour équiper leur progéniture. Notre sport favori est désormais aux mains de l'économie globale, des flux internationaux et des modes de fringues: le sportswear représente plus de 80% du marché ''glisse'' et gouverne désormais! Le but n'est pas de faire des bonnes planches, mais de créer des planches qui feront vendre les fringues. Notre sport a atteint sa maturité, mais a développé une immaturité liée à la société du paraître et de la consommation. Il s'auto détruit en bafouant les derniers grammes de liberté qui sont à sont origine.

Pendant ce temps, alors que le business a pris le dessus sur le snowboard, deux approches différentes (parmis d'autres) tentent de perpétuer l'esprit de glisse, loin des magazines et du hype du marché. La première est le ''Soul Riding'' que l'on pourrait traduire par ''Surfer avec l'âme'', dans la recherche du virage parfait sans téléobjectif ni sponsors. En france des riders comme Polo Gasgoin se cachant à la Grave avant la mode, ou même Marco Siffredi, disparu trop tôt sont de bons représentants de cette philosophie: se faire plaisir loin de la presse, des pistes et de la société de consommation, en communion avec la nature.

Cette démarche ne peut s'appliquer qu'à un nombre limité de privilégiés, et nous est impossible lorsque nous vivons en ville avec une famille et un travail. seuls quelques personnes dans chaque sport comme le surf et le snowboard peuvent vivrent de cette façon. L'esprit qui les anime est en revanche apréhensible et compréhensible et ne doit pas tomber dans l'oubli. C'est un'''esprit de glisse'' communicable et qui provoque d'énormes émotions à ceux qui l'approchent.

L'autre jour ( octobre 2003) j'ai acheté un magazine de snow français et j'ai senti le danger. Parmis les 230 pages du magazine, une seule montrait un rider sur la neige, en simple virage. Le reste étant 229 pages de pub et d'adolescents en rotation aérienne, la plupart des images ne montrant pas la montagne ou la neige sur laquelle ils se trouvaient. J'essaie alors d'imaginer combien d'années seraient nécéssaires pour que ''snowboarding'' devienne ''circusboarding'' ou bien ''trickboarding'', et à partir de quand on pourrait alors définitivement se passer de la neige et de la montagne. Cela me fait m'interroger sur notre responsabilité à ce sujet, pourquoi nous laissons les magazines se laisser gouverner par les annonceurs et l'industrie du ski, et pourquoi nous laissons les marketeurs faire de notre sport un sport pour adolescent en rébéllion alors que la plupart d'entre nous sont matures et savent prendre du recul.?

La communauté alpine est la première vraie communauté dans le snowboard. Elle a permis au snowboard de devenir ce qu'il est en se posant comme le chaînont manquant entre les années 80 et aujourd'hui. A l'heure ou les marques désertentèrent l'alpin pour lancer le mouvement marketté FS, les riders alpins se regroupèrent autour de ce qui pour eux représente cet esprit de glisse et de liberté: la ligne coupée parfaite, loin des tendances du marché.

Le style n'est pas mort..

C'est là qu'apparaît la notion de style, et la démarche de l'extremecarving en particulier, au milieu des années 90, en pleine vague FS ''agressive attitude''.
Jacques Rilliet et Patrice Fivat deux riders suisses travaillent dans leur coin, loin des tendances et du marché du snowboard, au développement d'un style qu'ils veulent le plus pur et le plus simple d'entre tous. Ils améliorent le matériel, mais surtout sur leur technique pour en enlever le moindre mouvement qui n'est pas nécessaire pour rider et qui parasite innefficacement le style.
Pendant ce temps, en europe, et surtout en France, Suisse et Italie, la plupart des riders alpins se serrent les coudes, isolés au milieu des bottes souples, ridant des boards en voie d'extinction. Internet permet alors de se chercher les uns les autres, de fédérer les isolés par des communautés web, pour permettre enfin de réfléchir à l'avenir. En surfant par moteur de recherche, je tombe par hasard sur un petit clip de carving minuscule, montrant les deux suisses carvant comme jamais je ne l'avait cru possible auparavant. Nous nous sommes rencontré par email, et finissons par décider de passer à l'action pour changer la situation que nous subissions en tant qu'alpins. La création d'un site voulant marquer les esprits en montrant une certaine idée et philosophie fut entreprise. Plus qu'une technique ou une manière de carver, l'idée première a été alors d'enseigner, d'expliquer, et d'expliquer encore pour donner à tout les types de riders des outils leur permettant d'atteindre le parfait style gestuel. Poussée à l'extreme, le site propose une nouvelle technique de ride que l'on appelle alors ''extremecarving ou EC'', parcequ'il atteint la limite physique du virage coupé/carvé. Le but étant bien sûr d'obtenir des sensations extrêmes et un plaisir pur! Nous décidons ensuite de créer une marque de snowboard pour produire une planche capable de supporter les efforts que nous permettent notre technique de ride, mais c'est une autre histoire... ( qui démarre lorsque la demande extérieur pour nos protos devient importante).

L'extremecarving est une forme de style

La plupart des gens pensent que c'est une facon de rider qui permet juste de s'exhiber parcequ'elle est spectaculaire. Nous essayons de dépasser ce raisonnement ( bien que les commentaires des gens devant de beaux virages propre soient agréables à entendre ) et travaillons continuellement à améliorer notre technique pour l'épurer le plus possible. L'idée finale étant de donner l'impression que chaque virage soit aussi facile que de marcher dans la rue.

Une forme d'art martial

Nous essayons de discipliner chacun de nos mouvements pour ne laisser apparaître aucun geste inutile. Cette approche peut s'assimiler à celle des danseurs, ou des arts martiaux ou l'on contrôle la douleur pour réaliser des mouvement apparament impossibles de facon fluide et simple. Des heures sont passées pour maîtriser les bras, les jambes, et le reste des mouvements du corps pour contrôler parfaitement la planche, qui devient une extension du corps.
Cette recherche vers un style pur et minimaliste qui bannit les mouvements de bras et autres contre-rotations nous permet également d'améliorer notre technique en poudre lorsque nous ridons d'autres planches comme les swallowtails, et de nous améliorer également lors des petits sauts et autres petits tricks. Je me sens bien plus efficace désormais en poudre en utilisant ce style épuré qui me permet de me concentrer sur la neige et mes trajectoires plutôt que sur la planche et ses réactions.

Nous pensons que l'extremecarving peut tirer le snowboard alpin dans une voie beaucoup plus facile et intéresser d'autres passionnés de trajectoires et de mouvements purs. La compétition en alpin, ses planches rigides, ses chaussures dures et fixations raides ont provoqué l'exode massif des riders vers d'autres pratiques. Notre démarche consiste justement à convaincre les gens à revenir sur la piste dammée plutot que de trainer sur les snowparks, qu'ils puissent s'exprimer sur la piste en famille ou entre potes juste en freecarvant sans chronomètre, marketing et attitude tendance.

Nous avons reçu de nombreux mails de gens hypnotisés par nos vidéos et photos placés sur notre site. Ils nous disent que le temps ou ils avaient l'impression d'être isolés et incompris est révolu puisqu'ils ont maintenant pour but de progresser dans une voie qui leur permettra d'améliorer leur niveau général en snowboard et leur donner de nouvelles sensations. C'est le but premier de notre démarche, c'est pourquoi nous continuons à produire nos planches, en dehors de nos vrais métiers et malgré les très nombreuses difficultés et l'absence de retour financier véritable: par pure passion. J'espère que cet article permettra d'amener au moins une personne à s'interroger sur sa façon de rider et qu'il lui permettra ensuite de développer sa curiosité et progresser dans une voie différente !

Nils
Article original paru en anglais en octobre 2003 sur le site snowjapan.com
www.extremecarving.com