Récit (tardif) d'un road trip estival dans les Tatras slovaques et polonaises, en juillet 2005.

1000 bornes, c'est long... Mais 1000 bornes sous la pluie, c'est très très long... Il est 20h, et la Berlingo bondée du Choucroute Crew s'engage dans les ruelles sablonnées de Terchova, typique bourgade du parc des Mala Fatra, en Slovaquie. Dehors, malgré le déluge, des panneaux attirent notr attention: ''Privat''. Il s'agit en fait des chambres d'hôtes locales. Je n'essaye même pas de convaincre mes deux acolytes de planter la tente. Chameauxxx vient de traverser une partie de l'Europe en roulant, et Calvin, au prix d'un bel effort, a atteint le niveau final de Lucky Luke, sur sa Game Boy. D'un commun accord, nous optons pour cette première entorse à notre budget.
Et nous ne le regretterons pas! Accueillis comme des rois par deux dames slovaques très accueillantes, nous sommes logés dans un vrai appartement, pour 9 euros par personne. Dobre! N'était cette météo inquiétante, le trip commence sacrément bien. En outre, dialoguer avec une slovaque qui ne parle pas un mot de français, anglais, allemand, ou quoique ce soit, ça vaut le coup... La première chose que nous partageons avec les locales, ce sont les fous rires.

Le lendemain, pour la première sortie vtt, le ciel est bien dégagé. J'ai prévu un beau tour, mais notre entreprise tourne vite court.En effet, nous sommes vite contraints de pousser le vélo, sabots aux pieds, roues et transmissions bloquées par une glaise collante. Si Calvin et moi-même prenons la chose avec humour, il en est un qui apprécie moins le scénario... Notre ami Chameauxxx, en effet, inaugure pour ainsi dire son nouveau vtt à 1000 euros, et voit d'un mauvais oeil cette gadoue s'infiltrer dans tous ses roulements! Nous rentrons donc directement à la voiture pour laver nos montures bien éprouvées.
Petite mésaventure bien vite oubliée au déjeûner... Les garçons me comprendront. Je me bornerais à préciser que les pizzas étaient excellentes.
On the road again! Parce qu'on a un planning à tenir, hein? Ah oui mais non, eh, eh oh! Demain, j'ai bien l'intention de guider mes compères vers la cime du Kralova Hola, sorte de Ventoux des Basses Tatras. A cette fin, nous entendons nous rapprocher le plus possible du pied de cette ascension. Deux ou trois villages, dans le coin, me semblent convenir pour un camping, domestique ou sauvage. Quatre heures de voitures plus tard, nous bifurquons sur une route peu fréquentée qui longe le parc national du Paradis slovaque. Soudain, nous aperçevons un vendeur de myrtilles sur le bord de la route. A notre passage, il tend son panier. Etrange. Puis nous voyons un deuxième vendeur de myrtilles. Bon. La concurrence bat son plein, nous disons nous... A leur couleur de peau, nous pensons à des gitans en vadrouille dans le coin. Mais dans les kilomètres suivants, ce n'est pas deux, ni cinq, ni dix vendeurs que nous croisons, mais des paquets de dix, les uns à côté des autres, avec leurs paniers de myrtilles tendus! C'est un autre aspect de la Slovaquie que nous découvrons. Après Terchova, petite Chamonix proche de la République Tchèque et de l'Autriche, développée grâce au tourisme, nous pénétrons avec stupéfaction dans le trou du cul du pays... Villages rares et sans cachet, infrastructures délabrées, population désoeuvrée, la misère rencontrée dans cette région nous laisse sans voix et ramollit notre enthousiasme. Les paysages sont magnifiques, certes, mais une chose ne nous a pas échappé: depuis que nous avons quitté l'axe principal, nous n'avons pour ainsi dire croisé aucune voiture. A Telgart, une mendiante vient tendre la main jusque dans la voiture. Tacitement, nous sommes tombés d'accord: il est hors de question de laisser la voiture une journée dans ce coin. Héroïquement, nous refusons de planter la tente n'importe où, et nous faisons demi-tour, la queue entre les jambes.
C'est ainsi que nous arrivons ce lundi soir à Tatranska Lomnica, station de ski des Hautes Tatras que nous aurions dû atteindre le lendemain seulement. Ambiance... Il a plu toute la fin du trajet, et nous découvrons un paysage digne de Verdun il y a 90 ans...

Les dégâts de la terrible tempête qui s'est abattue sur le piémont des Hautes Tatras il y a un an... Ici, ils parlent de ''la calamité''... Rien ne ressemble plus à rien. En fait, les arbres sont debout à partir de 1300m, quand la pente est un peu plus forte. Pour remonter le moral des troupes, je ne peux hélas compter sur le repas du doir, puisque j'ai décidé d'introduire le fameux régime lacédémonien. Equilibré et sain, le régime lacédémonien présente l'avantage d'être accessible à toutes les bourses. Le terme de cure serait plus approprié, car il s'agit d'ingurgiter, une semaine durant, exclusivement des pâtes.

Le lendemain, c'est plein d'ambitions que le Choucroute Crew s'éveille, sous un ciel à nouveau bleu. Une belle ascension nous attend, puisque nous allons monter au Slieszky Dom, un hôtel situé au bord d'un lac à 1670m. Immédiatement, sur la portion macadamée en faux-plat qui précède la montée, Maupertuis et Chameauxxx impriment un train d'enfer, vent dans le dos, le but étant, bien entendu, de décourager les tentatives d'attaque de Calvin. La montée débute dans le paysage apocalyptique de la ''calamité''.

Mais peu à peu, nous nous retrouvons entre deux rangées d'épineux debout. Dans les derniers mètres, Chameauxxx contre une attaque désespérée de Maupertuis et empoche les lauriers à l'arrivée. Le paysage est magnifique...

L'air très frais, la végétation et les gros névés environnants sont trompeurs: on se croirait à 2500m!

La descente sera mémorable... Même un spécialiste du trail aurait eu du mal à tenir sur son vélo! De cahotique au début, le sentier choisi emprunte même le lit d'un torrent de montagne pendant quelques centaines de mètres. L'occasion pour Calvin et son tout-suspendu de frapper un grand coup, en restant sur le vélo là où un Maupertuis ne s'y risquera pas. Chameauxxx, pour sa part, préfèrera redescendre par le chemin pris à l'aller.
L'après-midi sera consacrée au Tour de France, puisque nous suivrons l'étape de Courchevel devant la télé d'un hôtel. Un rituel très apprécié des troupes, même si l'on peut regretter le manque de panache des adversaires du Texan, Vino mis à part...
Un autre rituel est en passe de s'instaurer. Il s'agit de la partie de cartes du soir. Dès le repas lacédémonien avalé, le Choucroute Crew s'en va immanquablement taper le carton autour d'une table. Soulignons la détermination de Calvin, qui aura ainsi passé des heures de jeu à côté des poulets rôtis à la broche sans déroger à son régime, bien qu'il en rêve chaque nuit...

Un autre lac nous attend le mercredi: le Zelenom Pleso, à 1550m. Et pour cette ascension, il vaut mieux être en forme... Le chemin, cassant de chez cassant, et parfois raide de chez raide, annihile toute velléité de lutte entre nous. Dans ces cas-là, on souffre et on se serre les coudes... et surtout on essaie de rester sur le vélo! Mais au bout, la récompense est à la hauteur de l'effort.

Un cadre majestueux que nous avons du mal à laisser, mais le temps plus que frais et la prometteuse descente nous décident à prendre le chemin du retour.
Et c'est parti!... Technique et brutale au début, la descente devient roulante et rapide dans la deuxième moitié. Dans ces cas-là, on ne se pose plus de questions, on lâche les freins et VENGA!!!

Un grand moment de bonheur... Pour récupérer, nous squattons de nouveau l'hôtel et applaudissons la victoire de Vino à Briançon.
Puis nous plions bagage. Adieu Tatranska Lomnica, nous filons en Pologne.
Enfin, filer est un bien grand mot, nous disons-nous, quand le patibulaire douanier polonais nous intime l'ordre de nous ranger sur le bas-côté. Va t'il falloir vider le coffre? Calvin va t'il devoir se soumettre à une fouille rectale (Chameauxxx et moi-même avons une dispense du médecin)? Du tout, il vérifie juste nos papiers, et ''Bon voyage messieurs, et bienvenue en Pologne''. Enfin, ça c'est moi qui le rajoute.
La Pologne... sous un déluge auquel nous sommes désormais abonnés à chaque fois que nous prenons la voiture. Arrivés à Zakopane, j'opte pour le premier camping venu... et je paye! Hélas, le lieu n'a pas l'heur de plaire à ces messieurs. Trop de monde, trop serrés, pas assez de grätchen,mais surtout, trop de gadoue. Force est d'avouer que je n'ai jamais vu un camping aussi détrempé. C'est à se demander si on peut planter une tente...
Mais la pluie passe, emportant avec elle la morosité, et nous nous retrouvons, dès le menu lacédémonien avalé, dans la joie et la bonne humeur pour taper le carton à l'abri.

Jeudi! Selon nous, la plus belle journée... Il faut bien avoir conscience du fait que Zakopane n'a rien à voir avec l'image qu'on a tous de la Pologne. Ici, point de morne plaine, de villages de bric et de broc, de tours staliniennes ou de champs de choux à perte de vue; tout le contraire,c'est une petite Bavière, aux paysages enchanteurs mêlant collines verdoyantes et sommets enneigés, riants ruisseaux et chalets magnifiques.
Notre sortie du jour nous conduit pour commencer à la lisière du parc national des Tatras, entre forêt et champs fleuris.

Puis nous nous enfonçons dans l'une des vallées (payantes), la Chocholowskie dolina. Fréquenté, ce petit Paradis doit être un lieu de pélerinage. Une petite église en bois semble en effet être l'objectif de plusieurs groupes de bonnes soeurs que nous doublons. Mais notre objectif à nous est... plus terre à terre, plus mâle même. Une cycliste locale que nous pensions enrhumer au moment de passer à côté d'elle, fait de la résistance, semble-t'il sans problème... Notre fierté d'hommes en prend un coup et nous tartinons de plus, belle, mais seule une habile manoeuvre de ma part (un tête à queue pour être exact) aura raison de sa ténacité. Ouf, l'honneur est sauf...
Là-haut, le panorama se passe de commentaires...

Nous serons de retour à la tente juste au moment où un nouveau déluge s'abat sur Zakopane.
Repas lacédémonien, tapage de carton, la routine, quoi...

La dernière journée de vélo va finir en eau de boudin. Non que nous ayons une nouvelle fois été saucés. Au contraire, nous sommes épargnés par la pluie et une magnifique journée d'été s'annonce. Mais la montée, une nouvelle fois, est plus qu'ardue... La Dolina Suchej Wody est raide, très raide. Et le chemin qui la parcourt ressemble précisément à la tranchée d'Arenberg, dans le Paris-Roubaix. Des pavés en veux-tu en voilà, présentant de plus leur arête, et non leur flanc... Au bout d'une heure, Chameauxxx, grand vainqueur des étapes précedentes, lâche l'affaire et fait demi-tour. Calvin emmène donc le train, surmotivé depuis le début de la montée, et nous arrivons, non sans peine, au refuge, puis à la crête qui domine Zakopane. Un panorama à couper le souffle! Derrière nous, un cirque immense avec plusieurs sommets majeurs, dont le Rysy, point culminant de la Pologne; devant nous, Zakopane plus de 1000m en contrebas, et une descente certes fréquentée, mais qui s'annonce dantesque.
Sauf que l'ami Calvin crève au bout de 5 minutes...
Et que c'est Chameauxxx qui a le matériel de réparation....
Nous vous épargnerons le récit de la dantesque descente...

Pour nous consoler, et soigner nos intestins, bien troublés par le régime lacédémonien, nous nous offrons comme repas du soir une magnifique brochette dans un restaurant de la ville.

Là s'arrête mon récit.
Le retour sera parcouru presque d'une traite par Chameauxxx (dopé?), ce qui me permettra de finir le Da Vinci Code, et à Calvin de terminer victorieusement Lucky Luke. Nous avons découvert deux pays merveilleux, des gens attachants (-es!), et il est temps de retrouver nos compagnes et familles, délaissées pendant une petite semaine. DOBRE!