Philouski m'avait invité à la faire avec lui mais mon emploi du temps n'a pas coincidé avec sa préparation. Le guide rando du CG06 me donnait l'envie d'y aller mais, sans expérience, ni caisse, ni entrainement, cela me semblait un peu prétentieux. Finalement, pourquoi pas ? Au pire je n'aurai qu'à faire demi-tour... 1100 mètres de dénivelé pour 6 heures aller-retour, voilà ce qui m'attend le lendemain pour admirer la vue qu'offre le Mont Mounier. Calim m'a définitivement convaincu d'y aller tout seul. J'ai acheté une carte et une boussole, il parait que ca peut servir.

Dimanche matin, encore dans le coltard, ca se confirme côté météo: pas bon. J'ai intérêt à arriver là haut vers midi sous peine de devoir renoncer. La Maniacmobile avale vite la route, dans les limites du raisonable. Ca y est je suis au col de l'Espaul juste au dessus de Valberg. Il est déjà neuf heures et demie, je suis à la rue. Je pense que c'est trop tard pour partir là haut mais je n'ai pas fait tout ce trajet pour en rester là.

La piste de la Colle me conduit à la première balise de mon itinéraire. Le guide dit de monter en écharpe vers la prochaine balise. J'ai une vague idée de ce que signifie ''écharpe'' et je ne vois ni mon sentier ni une indication de son existence. Je sors la boussole et la carte. Ma direction passe par un petit tas de caillasse juste devant moi. Je m'y engage et découvre quelques mètres plus loin le sentier et son balisage, amusant.

Je commence à monter pour atteindre les passes du Cloutet. J'essaye de faire vite. Dans le Cloutet, une heure s'est déjà écoulée, je suis à la ramasse. Je monte comme un débile en poussant sur les bâtons quand les mollets le demandent. Une fleur me sourit, je la trouve jolie et la photographie. Je dépasse un petit groupe qui veut savoir combien de temps il faut pour arriver là haut et si plus loin c'est moins dur pour quelqu'un qui n'a pas mon niveau. Mon niveau ? Quel niveau ? C'est ma première rando ! Ils me font sourire. Pour leur question je n'en sais fichtrement rien et je leur répond qu'on est à mi-parcours et qu'après c'est facile. Ca m'aide d'y croire moi aussi mais je me dis que ca ne doit pas être très honnête. Je repars pour franchir la barre et arriver sur le Mont Demant au point de liaison avec le GR5. Enfin, le voilà ce GR5. La balise annonce une heure et quarante-cinq minutes pour le Mounier. Merde alors !!! Il est onze heures et quart. Je me dis que je ne serai jamais là haut à temps et mon regard s'attarde sur un ciel de plus en plus chargé. Ca serait idiot d'en rester là. Arriver au petit Mounier semble être un objectif atteignable si j'accélère un peu.

Je ''fonce'' vers Stèle Valette. Le sentier est facile et je regarde par delà la baisse du Canton du Midi. Hmmmm ici, en hiver, ca doit faire un spot sympa pour les méritants. Le vent est frais et j'enfile la polaire avant d'aborder la montée. Je tente d'accélérer. Ca chauffe dans les chaussures, le sang bat dans mon cou, je souffle comme une bête et je ralentis car je ne tiendrai jamais à ce rythme. Le groupe que j'ai doublé est bien loin, ils viennent seulement d'atteindre le GR5.

J'arrive enfin au col de Crousette bien cuit. Au nord, je reconnais l'affreuse gare d'arrivée du TPH de Las Donnas à Auron. Je regarde vers la baisse, mes poursuivants ont disparu. Ils ont du déclarer forfait en lisant la balise du GR5. Des petits joueurs ;). Je ferais bien une courte pause mais je préfère m'en tenir à ce que j'ai décidé: me poser une fois arrivé à l'observatoire. Je souffle, je souffre, mes tympans font mal. Soudain il est là: la tête dans le brouillard, je distingue les ruines de l'observatoire. Courage, la pause n'est plus très loin. J'arrive enfin au petit Mounier. Majesteux, l'adret caressé par les nuages, le Mont Mounier est enfin devant moi. C'est beau et un peu impressionnant. Ici, même si il n'est que midi trente, il fait vraiment frisquet. Je vais me trouver un petit coin un peu à l'abri pour manger peinard et me changer. Je ne ferai pas la pause de récupération car le temps est compté et se serait dommage d'avoir fait tout ca sans aller au but.

Repas xtrem-rapido et zou !!! C'est le moment d'en finir et de me finir. Je repars en suivant la ligne de crête qui m'inspire plus que la baisse. Je croise un petit groupe qui me dit que là haut il fait plus chaud. Tant mieux parce que ici ca caille et le vent soulève de la caillasse sur l'adret. La fin est dure mais j'y arrive enfin. Petit instant de plaisir, sentiment indescriptible, la récompense est là devant moi. Il doit être treize heures. En fait je m'en fiche, cela n'a plus aucune importance. Vu d'une altitude de 2817 mètres, le panorama est magnifique. Dommage que l'horizon soit autant bouché. Quelques photos, une micro pause et se sera le moment de repartir car ca se couvre de plus en plus. J'aurais du démarrer une heure plus tôt. Au pied de la croix, derrière la plaque se trouve un vieux bidon d'huile rouillé. A la fois intrigué et curieux je le prends et y découvre un agenda de l'année 99 contenant les messages de ceux qui m'ont précédé. Le papier est humide mais le stylo bille fonctionne. J'y laisse un témoignage de mon passage et range religieusement cette chose soudainement devenue précieuse, je n'ai pas le temps de m'y attarder.

Hélas, je retourne déjà sur mes pas. Il n'y a plus du tout de soleil et je me dis que j'ai intérêt à me grouiller si je ne veux pas me prendre la raïsse. J'imaginais que la descente serait facile mais parfois un pied se dérobe sous moi pour me rappeler d'être plus prudent. Ca tire sur les jambes, le sac tire sur les trapèzes, vite, faut descendre. Finalement, l'ascension est plus difficile mais pas désagréable comme la descente. En faisant le chemin inverse, je réalise mieux ce que je viens de d'accomplir. Il faudra remettre ca une autre fois avec de meilleures conditions météo.

Le ciel est très assombri et le tonnerre gronde au loin alors que j'ai rejoint le chemin qui me ramène au col du point de départ. Je marche serein et souriant en pensant à ce que je viens de réaliser. Dans le guide rando, ils précisent trois heures pour la montée. Je me dis que celui qui tient cette allure est une machine qui ne s'arrête jamais. Trois heures aussi pour la descente. Là, je dois reconnaitre que j'ai fait un bon temps nettement en dessous. Ils la classent rando alpine, soit le niveau le plus élevé de leur guide. Entre le timing et la difficulté je doute de l'exactitude de ce petit livret fort pratique mais j'ai probablement tord. Il fait frais, je suis bien. Tandis que les premières grosses gouttes poussées par un fort vent cinglent mon visage, j'y repense encore: je l'ai faite seul et j'y suis arrivé. Je m'étais fixé un objectif que j'ai atteint grâce à l'émulation qui règne ici, grâce à certains carnets sans lesquels je n'aurais jamais osé faire cela. Me dépasser, tout simplement.

Cela doit être aussi un peu de ca l'esprit Skipass.



Merci Calim, merci Philou.