Grenoble (214m.) est une ville de 64 002 hab., l?anc. capitale du Dauphiné et auj. le chef-lieu du départ. de l?Isère et du command. d?une subdivision du XIVe corps d?armée, le siège d?un évêché, d?une université, etc., sur l?Isère, qui la divise en deux parties inégales, celle de la rive dr. relativement très petite. C?est en outre une place forte de 1re classe, défendue par une enceinte continue et par des forts détachés, à l?extrémité du massif de montagnes que contourne l?Isère et qui en dominent la rive dr. Mais ce qui fait de Grenoble une des principales villes de France pour les touristes, c?est le site original qu?elle occupe, à la jonction des belles vallées de l?Isère et du Drac et au milieu de montagnes s?élevant jusqu?à 3000m., qui lui font un horizon superbe, particulièrement en hiver et au printemps, quand les crêtes sont couvertes de neige.
Grenoble est la Gratianopolis des Romains, auparavant le Cularo des allobroges. Son nouveau nom lui fut donné en l?honneur de l?empereur Gratien (375-383), qui en fonda l?évêché. Elle eut toute sorte de maîtres au moyen âge, mais elle appartient surtout aux évèques, quand l?un d?eux l?eut délivrée d?une invasion de Sarrasins ou de Hongrois (995), puis à leurs rivaux, les comtes d?Albon, qui prirent le titre de Dauphins et cédèrent leurs possessions à la France en 1349, à la condition qu?elles seraient l?apanage du fils aîné du roi. Elle fut de 1369 à 1501 le siège du tribunal de l?inquisition, établi pour rechercher et punir les vaudois. Les guerres de religion du XVIe s. y furent particulièrement sanglantes ; elle eut surtout alors pour gouverneurs deux chefs du parti calviniste, le trop fameux baron des Adrets et le duc de Lesdiguières, sous lequel elle fut prospère. Grenoble fut la première grande ville qui ouvrit ses portes à Napoléon Ier à son retour de l?île d?Elbe, en 1815 ; une conspiration bonapartiste y éclata l?année suivante et fut sévèrement réprimée par les Bourbons. ? Outre sa nouvelle université, cette ville a une école préparatoire de médecine, une école d?artillerie et une école d?aérostation, avec ballon captif. L?industrie y a surtout pour objets la fabrication des gants de peau, perfectionnée par un habitant de Grenoble, Xavier Jouvin (1800-1844), et la fabrication du ciment inventé ici par Vicat. La ganterie occupe plus de 5000 personnes dans la ville, env. 24 000 dans la région, et la production annuelle est de 1 200 000 douzaines de paires de gants, pour une valeur de 35 millions.
La partie ancienne de la ville a des rues étroites et tortueuses, mais il y a un beau quartier neuf à l?opposé de l?Isère, et la partie du côté de la gare a subi une transformation complète, par suite de l?agrandissement de l?enceinte.
Nous laissons à dr., à la gare, l?avenue d?Alsace-Lorraine, qui conduit vers le quartier neuf, à la place Victor-Hugo, et nous prenons en face l?avenue de la gare, par où l?on arrive dans la vieille ville en croisant le cours St-André et passant à dr. à l?hôpital général, puis par la rue Montorge, à gauche.
La petite place Grenette, à l?extrémité de cette rue, est le centre de la ville. Elle est décorée d?une fontaine avec des dauphins en bronze, par Sappey, et on voit de là, au N., le somment de St-Eynard.
Un passage voûté à g. de la fontaine, à la rue Montorge, conduit au Jardin de Ville, promenade avec kiosque pour la musique et bassin décoré d?une statue en bronze, le Torrent, par Basset, de Grenoble. C?est l?anc. Jardin de l?hôtel de Lesdiguières, dont une partie subsiste dans l?hôtel de ville, à l?E., où l?on remarque une inscription rappelant une des assemblées qui ont préparé la révolution de 1789. Devant, un Hercule au repos, sous les traits du connétable, bronze par Jacob Richier.
Derrière ce jardin, la placeSt-André, avec une statue de Bayard, bronze moderne, par Raggi (1823). L?illustre chavalier, né en 1476 dans le Dauphiné, est mort en 1954 à Romagnano et non à Rebecq, quoi qu?en dise l?inscription, qui lui attribue en outre des paroles apocryphes. L?église St-André, anc. Chapelle du château des dauphins, du XIIIe s., n?a de remarquable que son clocher gothique. On y voit, à g. du ch?ur, un tombeau érigé à Bayard au milieu du XVIIe s. Dans le bras dr. du transept, un Martyre de St-André, par Restout.

Extrait de Sud Est de la France, édition Baedeker (1901)