Des fois, la vie elle est pas vraiment comme une boite de chocolats, d'un autre coté, je m'en moque, j'aime pas le chocolat! Un petit mail envoyé à mes amis pour qu'ils me renvoient leur coordonnées...
Voilà! Je suis un international business traveller tout chagriné! Toute ma vie professionnelle a bien failli partir en fumée!
Voici ce qui m'est arrivé: je me suis fait sauvagement aggresser par un de ces margoulins qui hantent les belle rues de notre capitale. Moult contestations de ma part: j'ai menacé de faire appel à mon avocat, j'ai exhibé mon brevet de collèges (ça impressionne toujours, un jeune diplomé, non?), sorti ma carte d'electeur, croyez bien que le sinistre personnage a flippé sa race. Malgré tous ces efforts, j'ai du céder aux volontés de ce brigand de grands chemins, et l'ai laissé repartir avec mon téléphone mobile. Pas un merci, pas un au revoir, vraiment, les bonnes manières se perdent de nos jours, il n'y a vraiment plus de jeunesse, parfois j'ai le sentiment de perdre ma foi en l'espèce humaine.
Aujourd'hui, j'ai perdu mon temps en démarches administratives:
-''Allo, monsieur SFR?''
-''...''
-''Allo, monsieur SFR?''
-''...'' (en off: ''mais tu vas répondre, ducon?'')
-''Loulou, Loulou?''
-''oui, c'est moi!'' (ah, il a décroché, il était temps)
- ''oui, voilà, bonjour, je m'appelle Georges Dobeliou Bouche, et on m'a subtilisé ce surprenant petit appareil qui sert à prendre contact avec d'autres personnes, elles aussi munies d'un appareil similaire''
-''votre portable, c'est ça?''
-''ouiiii, voilà, c'est ça, j'avais le nom sur le bout de la langue''
-''Quel malheur, cher monsieur Bouche, vous m'en voyez fort contrit''
-''Ne m'en parlez pas, ça me rappelle ma grand-tante Edna à qui une aventure similaire est arrivée''
-''Ah bon, mais racontez moi donc...'' (je l'ai bien ferré le poisson, il est pendu à mes lèvres, ah quel fin stratège je fais)
-''j'y viens, j'y viens. Bon, c'était en 1987, elle s'est cassé le col du fémur''
Je vous épargne les détails fastidieux, néanmoins amusants de cette discussion. Résultat des courses, le gentil opérateur suspend ma ligne (quelle drole d'expression, vous ne trouvez pas, j'imagine parfaitement un couple de vieux techniciens perchés sur une échelle posée sur un poteau de télégraphe, l'un demandant à l'autre: ''passe moi une pince à linge'' ''mais pourquoi faire?'' ''oh, rien de grave, j'ai encore une ligne à suspendre, c'est celle de monsieur Bouche''). J'apprends que je dois me rendre aux bureaux de la maréchaussée afin de leur signaler l'affreux contretemps.
Ni une, ni deux, je décide de faire une sieste!
Une petite heure après, les yeux encore tout collants de ce délicieux repos, je me lève (non, je ne te bouscule pas) et prends l'initiative d'aller voir la flicaille.
-''Bonjour monsieur''
-''Bien le bonjour, mon bon ami, le bleu vous sied à ravir en ce bel après midi'' répondis-je courtoisement au fier défenseur de la veuve, de l'orphelin et de son régime de retraite préférentiel.
-''Ecoute moi bien espèce de rigolo, tu vas pas jouer longtemps au guignol avec moi! Si c'est pour faire chier les honnêtes gens, tu te casses tout de suite''
-''Pardonnez ma familiarité, monsieur l'officier, promis, j'le referai plus jamais, sur la tête de ma mère, sur le Coran, parole de scout!''
-''Bon j'préfère ça. Mais qu'est-ce que c'est-y-pas qui vous à fait sortir de chez vous, en d'autres termes que nous vaut l'honneur de votre visite?''
-''Et bien voilà, c'est bête comme chou, je me suis fait soutirer mon précieux téléphone portabeule, plaqué argent et platine, et incrusté de plus de 750 carrats de diamants rubis saphirs et émeraudes.'' Ahhh que n'avez vous pas vu la tête de six pieds de long du préposé à l'accueil des criminels, pardon, des citoyens...
-''Bon, si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer, nous allons enregister votre déposition''
Me voici dans une pièce exigue, sale, un bureau trone au milieu, un écran d'ordinateur miteux nargue l'obtus fonctionnaire (c'était mieux au temps des machines à écrire, moi j'aimais bien taper avec deux doigts dessus).
-''Papiers s'il vous plait, contrôle du véhicule! nan j'déconne.''
Décidément, je suis vraiment rétif à cet humour à deux sous.
-''Ah ah, vous êtes caustique...''
-''Bon, vous me la montrez votre CNI, ou bien?''
Moi qui ai fait des études, je sais bien que CNI est un acronyme utilisé pour Carte Nationale d'Identité, et pas pour Casquette Naze Irlandaise, mais imaginez quelqu'un de moins instruit!
Paroles paroles paroles chantait Dalida, nous avons fait de même (non, Jean, on n'a pas chanté Dalida, on a causé).
-''Vous êtes sûr que c'était un arabe'' (il aurait pu dire ''sale arabe'' ça aurait sonné pareil dans sa bouche)
-''Chais pas, je lui ai pas demandé son nom et on n'a pas encore couché ensemble!'' (commence à me courir sur le haricot, le mecd à Julie Lescot)
...
-''Quai de Valemy, mais c'est où ça, c'est pas dans l'arrondissement?'' (comprenez les trois rues alentours)
-''C'est Valmy, pas Valeumy, et oui, c'est pas dans l'arrondissement, c'est dans le dixième'' (tiens c'est marrant, en fait se faire courir sur le haricot, ça chatouille)
...
-''Bon ben je crois qu'on y est finalement arrivé'' (tu m'étonnes John, ça a été un travail laborieux, mais on s'en est sorti! Tenez, Madame, c'est une fille!)
Une heure plus tard, exténué par cet interrogatoire en règle, je quitte péniblement le commissariat, mais avec le sentiment du devoir accompli: je suis en possession des documents à envoyer au service clientèle de SFR.
Soyez rassurés, je n'ai rien, pas un égratignure, j'ai même pas été violé, vous n'aurez pas à envoyer une couronne à mes funérailles, je suis seulement un peu dépité de ne plus pouvoir (temporairement, entendez bien) être joignable 24 heures sur 24.
Alors il y a une chose que vous pouvez faire pour me réconforter: renvoyez moi vos coordonnées!
Allez, c'est promis, dès que j'ai un nouveau combiné, ''on s'téléphone, on s'prend une douche'', ou un truc comme ça, je sais plus trop.
En attendant de pouvoir de nouveau vous parler, refaire le monde (''mais t'es oùùùùùùùùùùùùùù?''), envoyer des sms, me dandiner sur le doux son polyphonique de mon natel recevant un message, et bien je vous salue bien bas, puis je retourne parler à mes deux amis végétaux, Bianca le Yuca et Brutus le Ficus: je dois leur annoncer qu'ils vont avoir une petite soeur, Daphnée l'Orchidée!
Hopeùla!
Bises à tous,
Eric
PS, pour ceux qui aiment bien téléphoner quand même, voici mon tel fixe: 01 xx xx 36 69 (non, ce n'est pas numéro de cul).
J'ai pas de répondeur, je suis pas souvent chez moi, et je ne réponds pas le matin, mais tentez quand même le coup, c'est tellement rare un téléphone qui sonne indéfiniment dans le vide, et ça fera grand plaisir à mes cons de voisins.
''Mais t'es oùùùùùùùùùùùùù?'' samedi 4 septembre 2004
Posté dans 'Etats d'âme d'Eric' par dagu







Continue comme ça et ne change ... 


réactions (4 réactions)
J'aime beaucoup le style du récit!''Applause!!''
C'est pourtant chouettement bien narré, cet épisode des aventures du dagu perdu dans la nature !